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Poètes de LPB

Jean-Michel Maubert

SOLIDITÉ DES LUMIÈRES - POEMES

SOLIDITÉ DES LUMIÈRES





l'embrasure entre les pins . odeur de cendre enfant à même la voix . grain

rugueux dru . corps d'épines encore poussière . la peau . craquelée . cosse . au bord le calvaire .



sous ce pays d'air noir se trament durs des miroitements .

d'insondables grumeaux . plaine elliptique des enfants. gravant des cendres . la forme.



un cône granitique que rase une rumeur de soleil . des abeilles vibrant bas . soyeuses dans le coton jaunâtre-terreux . tournesols .



dislocation des masses . ciel d'écorce . veines . de molles limaces goûtent leurs entrailles . suie du jour . chevaux dans l'oreille . le mors . naseaux épais dilatés . boitant . le vent léchant la paille .



à l'os la grise morsure . plaie blanchie à cette carne de soleil . d'un cratère rêche . des brindilles . craquements par saccades . vieilles mottes . fument et meurent au bord de ce soleil . brûlent leurs peaux tannées .



broutant la suie à sa bouche . l'âne lent . près d'un mur blanc sale . chardons qui doucement déchirent le ciel . l'œil du mouton . ça meurt ici . linge au ventre .



solstice . ciel cassé brut . plaie hantée du désir de l'herbe . dort la laine sous l'épine du souffle . brouter . sabots contre le roc . ventre muré . parasites gavés encore . puits de boue . celui qui chercha l'eau .






grommèle le feu . d'un lourd crâne venté une chèvre laiteuse . désert où il soliloque . brimant le feu . souche de laine blanche . le sel sur les doigts .


sol si blanc . en son delta vaporeux . soleil de bois . ocre arpent . roux nénuphar . serpentant . doux d'argile pur . l'embrasement dur . bref sommeil des troupeaux .


corps nageant pataud dans cette mélasse éblouie . souffle brisé sous la caillasse . chevreau tendre l'œil jaune . lait chaud du sang . ça crache une glaise lourde . beau ciel glaireux . mains durcies . frottées aux noires racines du jour .






s'écarte le fruit . pulpe rougie d'une femme . bave sa teinte au bord . saigne un peu . halète .


salive âcre . sueur laineuse près du sein . la bouche maculée tétant blanc l'aréole . liqueur d'été . l'amertume .


désert que sonde le feu . graines d'eau sous la langue . l'écorce rêche . l'assagie . lit d'orties . le pré profond .


d'un ravin bref cette fleur rapprochée . méandres des hanches . bouche fermée . béate . un bras de terre . cire de l'os à l'ombre cassée .






jour pauvre . langue rauque . durcie . sourde . un troupeau brossé noir . mur encore que brasse étouffée la cendre . théâtre du veau glissant vers une ligne de mer .


mains courbées des vieilles . l'abîme du champ jauni . masques noirs luisants des scarabées . maïs sépia et pain dur . de tendres porcs . ce bruit de silex dentu .


bois qui craque d'un sol noir. libellule écorchée . ondulent ces lueurs que murmurent les fauves . vignes et chèvres endormies sous les lins nuageux . chants gelés du soir . l'aube lèche les graminées ployant sous les vents noirs .






épaisseur granuleuse . flamme épaisse du pot . sillons . épaule tordue dans la terre . lampe brisée par endroits . cette couleur aride d'un cri d'insecte . le noir se boit . strident . cassant le gris de l'eau .


cornes . écailles . ligne grise des étangs . tissu dense de fumées laineuses . la forme chenue du coteau . aigre fluet le lin . le sang des amours . maigres chevaux dans ce lit de pierre .






torsions . sans fin s'écoulent épaisses leurs textures noirâtres . bourdonnements . au dedans . une voix effondrée . plâtreuse . visage mort de cette boue . le pâtre défait . nuit des écorchés . sous le crâne pluvieux quelque chose rôde encore . fore . à perte . comme sous ton sternum cette fleur .


voix basse du désert . à ses crissements gris ce silex . poussières . braises . une tour de détresse . claquements secs en nous . de nouveau la mâchoire ouverte . peine l'embrasure d'ombre de la voix . nuée massive du sang . l'œil à nu .


que disait la voix . seul . ou sors du visage . puise dans cette épaisseur . et mâche un noir goudron . voix morte à présent . sa glaise nourrit le linceul .


ça . une tempête . fixée en cri froid . fœtale noce du printemps . grince le gris sec du roc . schizoïde brame d'enfant . craque l'armature d'hiver des mots . sinus . seule poutre tenant le triste néant de l'os . lambeaux de mer noués de noir encens .


en toi coulure . linge vieux du mort têtu . simple lumière que tète l'englouti . germe l'insecte au creux de son crâne sans mots .






désolation des simples jours . morts usés sous le vent . ce visage blême du cerf . l'instant durci . le froid noir et compliqué de l'oreille .


ce lourd sommeil des saintes eaux . agrume âpre de l'incendie . carapace chenue . pierre et fer sous la main . mur d'os de la mère sous la peau dure du temps . cette bosse au sommet du dos .


l'escargot sur le mur . le cirque confit . lagune au bord grisé du monde .


je suis agneau . fragments . encore les mains violentes . porcelaine brisée . dans la terre meuble des autres voix .






le lac sans vent . le bel âne ridé de blancheur meurt dans l'herbe . là . y voir clair enfin . cette brûlure de l'intestin . poussière rêche dans les reins .


âme-cafard près de l'os . museaux humant la moelle humide du matin . soleil broyé . quelques grains de millet . mains sèches du vieux .


cierges finissant en germes lourds . parfum terreux du cloporte . grouillements de gestes dans l'ombre de la chambre . bruit la glaise râpeuse des draps .






regard . l'œil céleste et noir du poisson . mer et roches d'où sourd ce bleu froid . une hase dans un buisson . tremblante . son poitrail plexus et peau . là le noir d'une plaie grêle . du sang pâle. sa mort à l'aube . un freux . cancer du chien . l'osier craque sacs d'os . pétri dans ce morne désert . la faim .






la dévorée . fille sans voix . poumon mort l'enfant couleur de truffe . cœur battant faible . greffon dans le bocal . vertèbres et encore la neige grise du cerveau . grès gris au dessus de l'âne . s'ensevelir dans l'air caillouteux . l'œil chevalin . orage fibreux . songe dur de la mer à peine remise .






route . un corridor de rocs . de neige . attendre . cette chambre d'amibe . la mer hivernale . forme liquide de la solitude .


plaine d'ardoise . craie . mottes l'herbe touffes battues d'air . gestes en rasoir . à l'écart . le dehors .


fleurs sèches . une effluve de sommeil . tête du chat dans ta paume . paupières . pliures raides . langue minéralisée . failles . au-delà du vacarme brut de ton cœur . billes noires . la grêle . un soleil éventé .












ORAGES DU FROID





à l'angle du champ stellaire


la lumière aveugle au vide de l'image ––


hors des voix : le cri du sang –– bêtes sourdes,



les compagnons de la poussière,


la langue soudée


aux lueurs carbones des routes –– tunnel, enfin





cargo que tète l'image brisée ––


ce tourbillon de ligneux sarcophages,


cette masse mécanique d'hommes


et de chevaux d'acier prompt ––


lame écaillant le vol impeccable d'une vrille





loin, le navire-animal –– une étoile froide ––


les blessures d'une autre guerre ––


la neige recouvrant les os du frère





souvenirs du présent –– de cette boue dure comme l'os ––


cheminer vers le lac que la bête avait halluciné;


malgré ton sternum brisé,


la bouche pleine de ronces,


elle aussi connut l'enfer



une écuelle, ce songe de douleur

les barbelés, les entailles dans la terre anonyme





étoile surgelée, l'ampoule


palpe sa lumière en sang –– la plaine



et ses lions froids –– formes naines –– grès, silex, chants d'os ––


leurs langues sur ta peau –– l'hiver dernier,



il y avait sous ta main la froideur austère des abîmes; un noir rasoir


pour la lampe délivrée





lumière d'alcool aveugle à la


chair du sein mûrissant; cratère blanc, granit,


masques de cuir –– ciel ouvert au feu ––



coudre où cheminent –– lentes –– les douleurs,


ces plaies brunes, sur tes mains –– le cheval le chien


les sanies du feu





amer haut sable; noir le grain d'où


s'épure la lèvre fantôme; femme au


nombril des autres nuits –– souvenir


d'une ombelle charnue sous le feu,



d'un chant minéral cet écho obtus :


un tunnel creusé sous la montagne aux pentes livides;


ventre dur du roc –– excavateurs aveugles;


vrilles perçant le front du champ ––



d'ocre sourd le masque à gaz d'un cavalier ––


on voyait sa monture sans joie; l'œil sanglé dans les obus,


ainsi fait cheval psychopompe; l'abattoir brûlant enfin


comme en rêve,



c'était l'ami d'un jour sans éclat,


drainant la blanche poussière


d'une étoile de cendres






dans l'argile sans lumière


les funérailles froides des soldats


la montagne éteint ses feux


un troupeau s'évapore dans le lointain





ce grain cobalt du regard


l'homme se tient droit face au vent


[le cheval perpendiculaire]


il faut franchir le col le temps s'embourbe


puis un village une étable quelques chèvres


la lumière délabrée des enfants


une grappe de cendres des herbes rougies


les traces d'un renard des neiges





cette couronne de sang séché


tu la porteras jusqu'au rivage


avec ce front de bête lourde


sur la terre exténuée


l'été broie ses insectes


du linge rêve dans les cercueils


tu y dormiras avec ton cheval











GERMES





chenu pantin de terre noire étoile de pluie l'agneau blessé une bouteille de sang le frère mâchant les ronces d'anciens chemins d'hiver où tombent dures les ombres des îles épines cassées visage décomposé du hérisson tête et cils du veau doux volcan l'œil brassant le calme brut des roseaux murs à la lisière des peupliers grand vent les feux roses en vols noirs cruches tuiles cèdres apparitions des épis papillon-momie le soir brûlant les laines sombres freux dans les pins sous le roc chant des profondeurs liquides le baleineau dans sa boîte d'ombre sang de fer songe rouge sur les champs marins petits rats aux yeux de terre l'asile semé de fleurs froides cierges grillages chiens tétant les rêves la rouille enfantine des cerveaux sel noir aux lèvres






ces sardines aux écailles de cendres


une maison blanchie


bordant les lueurs bleues


désert de la forêt paume grise


sel froid du matin


l'échine sourde jardin sans mur


chevaux aux yeux arrachés


dans ce vide blanc


pylônes gris voix crayeuses


hommes de poussière


sous les eaux le front du bœuf


une statue de sainte à genoux


le bois ligneux de son cœur


ses mains cassées


le ver enfant


le chaton peureux


l'odeur sèche du chemin


les tendons de l'âne


un jeune poisson écarlate


les moutons aux yeux d'or


la paille chaleureuse


cette lame du matin saignant leur doux sommeil


le linge souillé des heures


sillons noirs des fumées


fleurs-enfants


ânes que brouille la nuit tombante


poussière d'une voix cuite


comme venue de l'âge des feux et des fenouils


truies humant le cœur vieilli des roses


jeunes carottes sous les nuages désossés


vieilles rates goûtant des endives


les têtes de pissenlit des pères






roche que fore le vent cassé


dents à ce mur mâche le cœur


en leur blanc cercueil


par le jardin retourné enfant


bouche violette :


trahir ainsi la voix du cafard


encore le père : l'étoile rongeant la plaie


truie mourante amie


nuit rauque dans l'abîme du sein sanglé


sa lumière de fer


ventre où grandit le petit être de rouille


en tournure d'os


stigmate latéral de l'œil ensanglanté


souffle cartilage chiffré de son crâne


mer à la fleur harassée


la neige parle


de ce qui ne meurt pas






au sein des lourds sillons de l'air là où les mers s'assemblent


le regard de rasoir du chat


peau d'un bœuf olive


bassine de fer quelques radis


étain cuir chanvre


parfums cuits dans la boue


sentant le tourment sourd des chairs



naître en tremblant


la lueur grise du bois l'abreuvoir


l'eau boueuse le visage floral d'un cochon


matin chargé de peur


nuages effacés par le feu


poudres de fleurs


gravées d'étoiles troubles






lumière cuite sourde hors dents l'arbre empâté sous le ciel de juin


fourmis jeunes lézards crasse du mur


la paume sous l'arrondi du champ buvant cette levée de poussière


rauque cèdre dans l'impensé des chemins plomb mûr du val chardons orties


dureté bitumeuse des voix quelques migrateurs ce silence en copeaux


tuiles et menthe l'argile du chagrin soleil caillouteux sous la langue






une fille que l'on disait idiote

visage en couteau

des yeux de mésange bleue

creusant la glaise des mots

son cœur de silex s'emballait parfois

un soubresaut de fleur

dans la lumière d’hiver

le baiser d'une tête difforme de mère

des bêtes mangeaient dans sa paume

le sang se convertissait en songe

on la retrouva un matin inerte

le visage perdu dans les herbes






étoile sale ce qui te brise encore

un parquet d'os où fane la poussière

fenêtre nue briques et fumées

filtrant la douleur brûlante des bêtes

scarabées aux lignes fauves

étreinte rapide sur ta main

baiser glabre de museaux meurtris

cendre d'une pensée






poumons fanés nage minérale

des dieux morts

la lointaine rumeur du grain concassé

l'effroi dans ce feu d'os


harnais lourdes cornes

sangles épaisses

le coin de l'œil encroûté

de glaise et de feu tendre

pain de maïs prie ami

pour ce lapin mort dans l'eau











SOLITUDE DES FEUX





écailles de l'arbre noir


leur linge d'abîme. les plaies


l'humus


supportant le dieu desséché.



cœur enfant de l'âne.



déborde vers le champ


l'orge les souris poussant le soleil.







le masque gris :


petite tête pointue.


bossu pierreux.


vers les tombes


écorchant seul


la noirceur des feux.







courbes osseuses des routes


plaie ombrée de soleil.


sa maigre peau d'insomnie.


l'amère marche des bêtes


chambre nue de l'abattoir.



de l'idiote le cri


dans la pâle lumière


venue du fond matriciel.


déborde le sang : sœur.


puits et planche du natal .







ce partage fangeux des ombres.


jeunes rats mordant la boue


traces d'ongles.



le cheval mort. dans la cour.


cadavre docile à ce teint d'ardoise


portant le poids de son cœur.



sa tête : soleil anthracite. un abîme seule


la blancheur des paupières.


une terne sueur drapant l'œil.






à tes pieds l'astre


et son poids d'industrie


brassant


la morve graisseuse du fleuve.


tête lourde.


l'ombilic du veau. la mère muette.


sa chair sans lendemain près du champ ensanglanté.


l'insecte mûrit enfin


dans les cendres du cerveau .






dans l'effondrement des lueurs : le mur blanc.


une panse d'air et de nuit. chute enfin le soleil plâtreux.


l'enfance. ardoise droite du ciel. sel et feu


drainant l'orage. débris de l'ancien silex.






la bête. dans un grand et noir gémissement. l'écurie chaude. grognements de l'homme. neige de sang. l'abreuvoir. les oies. humeur noire des jours. tête lourde bleuissante du cheval. frêle mâchoire. une compagnie de lueurs enfumées. lit de paille. cri : rêve d'écorché. feu où dégorge la pierre.






pluie sourde

du matin.

la truie grise

fouillant

dans l'herbe trop jeune.

orties à la bouche .

l'enfant avide.

sa course vers l'eau blême.

mur noir de la plaine.

l'usine à graisse

dans la lumière éventrée.






mer froide de novembre



feu lourd



ces pluies malsaines sur les champs.



lisières noires



poupées de terre.



blêmes cœurs des sœurs



où bêle et gémit



de cris brûlants



à même l'agneau



la plaie aphone.



bêtes douces. poitrails offerts aux lampes. feu tendre que brûle la poussière.


les cages à truies. l'homme trépané comptant ses pas.


une pomme pourrie. soleil pris dans les ronces. miel funèbre de l'âne



l'odeur froide des résédas. tout bas tombe le souffle. sa belle tête fanée.


emmuré dans son cercueil de neige l'âne placide et doux rumine les cendres.


on éteignit la lampe. un sein de bois fut scié. des larmes pour la nuit.



des grenouilles sautaient dans le lac d'or rouge.


la sœur dort à présent dans l'obscurité du sang. un bras sous la neige.


l'estomac anthracite d'un brave cochon avale la nuit.











OSMOSE











les tables sous la pluie d'été


une assiette de sang près de ta bouche




cheveux de la morte sur l'oreiller


la blancheur affolée des fleurs.




l'écorchement gris en toi


et cette laine meurtrie : chair nue des roses




fausses dents bronches desséchées


lune de cuir la craie noire de la lèvre



le sang durci


vieille pluie sur des champs d'os.






la mère nage dans la terre –– même une taie sur l'œil il y a la joie : la bouillie du soir –– ça rêve une truie –– elle fouille goûte lèche longuement une étoile herbue un mot crucifié. le café baigne dans une lumière jaune. des fleurs d’amertume. lueur veuve des dents. le désarroi du vieux cheval. face aux hauts murs de l'abattoir. l'ampoule grillée. cette ronce qui délire.






soeur-insecte tétant la terre

des brebis s'étreignent dans le froid


mur enfant des voix flagellées


matière rude ces sabots de l'ombre

aux rythmes noirs de la jument


tête matinale du cheval dans son tombeau de bois


voix de ferraille –– des rongeurs-enfants se baignent dans le champ

des souris pelées un bol de sang froid


traces d'ongles sur l'écorce mots cassés à la pioche


une lampe à cafards –– suture l'homme en toi

un vase de brouillard où une rose nue trempe sa tête froide


frère au bégaiement de pluie un agneau de sang


cette peau d'écorce chenue l'éléphant sénile les vers aiment son vagissement

glaise –– mur solaire des phalanges


sous la blancheur dure vibrante le père dormit dans le ventre chaud du cheval






navire-placenta

sa cargaison –– près du lac


poumons de glaise

ombre solaire : un œil de poisson


cercueil de silex du lapin

les mères, malaxant leur potée de cendre


près du feu gîtent de petits rats

rongeant un radis noir


il y a ces épines de sang dans le lit

des vaches florales dans les fosses











CE FEU D'OMBRE



pour Sophie Patry





figures dans l'écume des lumières


au bord une danse immobile la métamorphose


comme nuit entr'ouverte



l'entrelacement


de ses lignes corps


fertile mêlant murs et forêts






disparaître d'ici vers la chambre sans mots


insensible empreinte mordant le paysage



témoin nu du double


au seuil de la peau






seule –– en


compagnie des


formes ensevelies


voix d'une pâle lumière


l'informe, seule athlète


brassant son silence






porcelaine d'à peine mort


ce qui balbutie dans la lumière


éblouissant et nu le blanc modelé


d'un sein au


corps effacé la caresse morte


en sa dérive






écorce voilée


frais linceul égrenant


les fragments de l'animale au bord de l'œil,



la forêt sans voix esquissant une femme-lueur,


le difficile de la forme


taisant la douleur –– le chant à nu






transparences que trame l'animale aimée du songe


à même ses gestes et ce sommeil


disparaissant, feuilles, cils



au dehors ce qui en elle ronge


le demi jour la tête


volant vers le mur






matière d'os à nu malaxant ce paysage


voile du spasme vue hors


de la mémoire le front indocile


l'étendue incertaine du visage






comme en elle


le flou de l'envol



d'un blanc fixe,


battant l'œil perdu, son drame






ciel désert sophie


modelant ses fantômes ––


en toi germe un pied,


une racine


de lumière noire, la sœur






ronces : corps d'épines, barbelés


champ brisé où flotte l'image


sœur pétrie de pierre et de bois


la crucifiée en ses hanches


portant l'aphasie ––






la bouche : glaise fantôme, désert enfant


raturant sa présence


comme l'hydre minérale


ponçant


un jardin noir






le miroir blesse


ce feu blême à la lisière du noir



ce poids de lumière d'une vieille nuit


l'écorce mimant le souffle






comme nacre pure d'une sphynge


neige qu'égrène sa chair par ce feu


de cheveux noirs où brûle encore une


double lumière ––



sophie –– le nom secret


murissant son spectre


la fleur animale, son labyrinthe











SOLEIL DE BOUE





traverser la nuit épaisse ––






un fragment de ton visage

au hasard

d'un arbre mort ––






le désert de l'aube

l'herbe jaune les alignements de briques écarlates

la lune s'éteignant dans une lumière de glace

les fumées des usines ––

puis

le mouvement

d'un chien maussade

le grésillement d'une cigarette ––

la terre grise sous tes pas ––






pense à elle comme à une blessure ––






la boue

l'estuaire orné de vieilles épaves

l'horizon en fumée,

une ligne de silence

lente veine






au fond du sommeil

les racines d'une autre vie –– fantômes, avortons,

placenta du songe



ton cœur

devenu silencieux


l'orage étouffé






le miroir étranglé

de ta mémoire –– une

greffe de lumière noire –– la

terre boueuse où tu marchais ––






dans le matin blanc

ce chemin entre les arbres ––

la saveur sèche et poussiéreuse des feuilles,

se mêlant à l'air entrant dans ta bouche –– expire

autant que tu peux ––

sous la terre, l'échine brisée d'un chat mort ––

le ciel froid comme un cercle –– les

branches te semblaient avoir la sagesse

des vieux os –– pure illusion –– ton

souffle en miette –– ainsi que du pain rassis,


concassé ––






la boue creusée d'insectes –– un

feu éteint –– des agneaux emmurés ––

le jour a épuisé ses lumières –– tu remuais à peine

dans la lenteur grise de la plaine ––

le refuge d'une mansarde poussiéreuse –– la fenêtre coincée ––

au dehors,

les flaques sombres


longues taches sur une peau malade






en toi tournent des mondes morts –– la

lande érodée par le vent ––

un creux de temps ceux que l'on ménage dans la terre ––


tendre la main –– un peu de chaleur vierge


consumer le vide –– ce froid

que tu sens grandir sous le sternum






une araignée brisée dans la poussière –– tête fuselée : l'autre chat, celui à l'œil crevé, s'est de lui même effacé au sein d'un

recoin d'obscurité ––


une plaie sur ta main ––

l'image de ton enfance






des peupliers, des cyprès, sous le chant clair de la pluie –– vitres rendues opaques

par d'avides taies liquides






souvent : la sensation de n'être qu'un mauvais rêve –– tu ne sais pas

d'où vient ce rêve –– il ressemble à la pluie






dans la désolation des heures demeure indistinct l'horizon du sommeil ––

un verre d'eau, une fleur, une autre vitre –– miettes sur la table ––

lune rêche –– une huître un couteau –– la nuit n'apporte

aucun repos –– ton cœur s'est durci –– un soleil de boue






la douleur de nouveau mêlée au mur –– une flamme ronge tes pensées –– les voix des autres enfants –– lambeaux de mâchonnant cauchemars –– une main sur le mur –– ces yeux d’oiseaux –– l'herbe sauvage, quelques mots gravés sur une pierre






la lenteur dévorante de la brume –– arbres secs –– paumes vides ––

seule, pieds nus –– accroupie sur la terre d'encre noire –– dentelle

des étangs, les ruines, un cierge éteint dans une chambre –– quand vient la nuit s'approche un visage, façonné dans un sombre bosquet






le vent de tempête –– des journaux froissés s'envolant dans

les rues –– façons d'oiseaux absurdes –– les routes jonchées d'écorces,

feuilles, branches –– l'agonie d'un insecte au creux de ta main ––






de la porcelaine fêlée –– l'image d'un œil de baleine ––

des arbres gris de sommeil –– l'été pierreux –– un conte obscur ––

le tremblement d'une lumière –– les ronces, le sang des ânes,

l'oubli






souvenir d'un ciel clair –– d'une île –– trace d'un autre temps –– au matin pourtant, même lenteur du monde, l'horizon enlisé

jour noir-museau –– murs semblables aux fragments grisâtres d'un astre mort –– champs inondés, cri des vieux oiseaux…






ta chair creusée de silence douce, émue au milieu des arbres noirs ––

cette mort dans la forêt –– l'extinction des souffles –– plaine

vide –– bouche muette, l'idiotie –– blessure lovée dans la terre ––






le lit était froid –– tu pensais à une main de momie –– une corneille

contre la vitre –– l'odeur du pain chaud –– une âme de porcelaine vieillie –– étendue de terres salines –– le chantonnement anonyme de l'hiver






un chien mange une vieille rose –– souvent, tu scrutais ta silhouette

dans le miroir noirci des eaux –– une anguille ensanglantée dans une baignoire –– une poupée de chiffons se noyant dans une mare –– feu de bivouac –– l'odeur d'un alcool blanc






ces êtres sans langage –– l'écho de ton propre silence –– bleus

au visage –– une vache timide –– l'abreuvoir –– une fourche à

l'abandon ––






cabane de vieilles planches –– les couinements d'une portée

de souris –– l'odeur âcre de la fumée –– les ajoncs brûlés de lumière ––

la saveur froide des marais –– courir dans la brume –– l'âne attaché

à son poteau, une plaie sur le flanc droit ––





tu tenais dans tes mains un petit animal –– un feu doux ––

ses os délicats roulant sous le pelage –– le souvenir de leurs cendres –– bientôt la nuit