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blanche

Le dépôt

Poètes de LPB

Pierre Lamarque

Traces


jcb





TRACES suivi de 

COMME UNE LETTRE D’AMOUR et de

EAU CALME NAISSANCE D’IMAGES et de 

CONFIDENCES D’UN HOMME  et de

PO                                 

Pierre Lamarque


À Constantin Pricop, Matthieu Lorin, Patrice Parthenay dit Pierre Partens, à Jean-Claude Bouchard dit jcb, Mickaël Lapouge dit Melyn Art Ford ou Untergang, etc., et à chaque rédacteur et rédactrice de la revue de poésie La Page Blanche.




TRACES




OR MIMOSA



serrés dans les bras d'aujourd'hui, jours passés, ceux qui viennent




moment propice, ce moment, il sera dans mon coeur à jamais




quasi simultanément se rallument les constellations jaunes du mimosa



18 IX 21





COMMENT EMMENER LES MOTS EN PROMENADE



Magie de la germination, de la circulation, de la formation des nervures, et des cours d’eau de mots. Combiner les mots comme des notes de musique, harmonieuses ou dissonantes, assembler les mots au fil de son inspiration. Comment deux yeux, deux oreilles, s'associent pour donner des phrases en trois dimensions. Tout mot est entouré et revêtu à sa surface d’ombre et de lumière. Je ne pose pas de la lumière blanche sur les mots, j'essaye le sfumato, je ne sépare par non plus les mots par des traits foncés. J'ajoute juste une couche très fine et transparente de points et de virgules bien moulées.


J’ai peur de la phrase obscure et menaçante, j’ai le désir de voir si elle n’enferme pas quelque merveille… Le but ultime est d’envoûter. Ainsi les mots appliqués, méthodiques, les uns à côté des autres, ne sont plus 

perceptibles mais fusionnent, se fondent.


MURMURE

À Victor Ozbolt



Le murmure de la colombe n'atteint pas le vilain ?

Pourquoi chut. Il n'est pas encore né.

 

Trois images étranges surgissent dans le rêve

cela suffit pour un poème d’une seule coulée 

candide (1), innocente (2), simple (3), ingénue (4), spontanée (5)

 

mosaïque de saphirs, paume d’azur

 

Je redeviens tortue marine, le monde s'écroule 

un mot trop lourd, tout s'écroule

 

Vers à supprimer, joli dessin à côté

qui dit bien ce qu’il veut dire, no comment

 

À lire et relier. Super ! Merci poète

pour la fraîcheur de ce poème d'amour

 

Attends, je n'ai pas fini, le poème est long

 

 

"La vieille femme tient les enfants dans ses draps"

j'aurais dit vieille créature, vieille grande et maigre

 

Ça ne vous est jamais arrivé d'être suivie par un vers ?

 

revenons à nos moutons de Panurge

cessons nos digressions incessantes

 

j'aurais dit dans l'antique trop de dorures

 

jolie vous êtes au fond de vous, chacun de vous

 

on c'est moi seul. Je me comprends

 

 

Un des meilleurs poèmes au monde, dans ce recueil, en ce moment !

 

Simples ne résume pas bien la situation, soyons complexes

 

Le rossignol est probablement décédé

je parle du quotidien animal donc humain

 

Seule je continue ma promenade

 

Tout le monde connaît les fondateurs, tous les enfants savent

tout le monde sait que les prismes sont des parts de gâteau

 

on n'insistera jamais suffisamment sur l'existence des lettres

sur l'importance de la cage qui retient les fauves 

chère au lecteur, espérons, espérons

 

espérons qu'avec des plus et des moins se crée un lien

tissé des rêves de bord à bord

  

Langage est enfant d’un gendarme et d’une grand-mère 

lui-même papa de la poésie chocolat 

maman fait de la musique en bas

 

j'aurais laissé un espace à la musaraigne

 

Et aussi, à la qualité humaine livrée au sens 

maussade des cours de récréation

 

comprenne qui sauve qui peut

 

(Il faut si peu de temps pour tourner une crêpe).

 

 

J'arrête mon poème à midi pile

le temps restant - après, comme suspendu

 

(la caresse du vent dans le labyrinthe répare la perte du sens) 

(partout la couleur homme est la même, partout)

(cependant changeante)

 

la présentation sur la page est bonne, l'histoire est incroyable 

si délicate, si chose !

 

C'est l'histoire d'un chef d'orchestre tigré qui danse

quand ? maintenant ? Si le pari est réussi ?

 

Un aperçu sur la brièveté de l'intimité

une reproduction de la courbe

un dessin qui semble faire partie du poème

un tout petit poème au cœur d'enfant

 

un murmure qui me rappelle un poème écrit dans ma jeunesse.




JOCONDE


Tu n'es que l'ombre de ces choses futiles

Je dirais, de ces choses qui n’existent pas 

Ou n’existent plus mais aident à vivre

 

Tes larmes s'allument comme des bougies

Ta fine bouche sourit et pleure gracieuse Joconde

Qui écris avec les heures trouvées dans la tombe

 

Il ne reste que toi à entrevoir sans rêve

 

Tu fus déployée soudain - en éventail

Celui couché la nuit près des amants 

Pour transmettre au monde entier les mots par des rimes

 

Le jour meurt, t'apparaît ta retraite mais

Pour l'âme un séjour avant  

Car tu es le seigneur et l'enfant qui tient le fruit

 

Tu t'es éveillée, te sais mourante

Ta vie faite à ta mesure

Poursuivant le fugitif qui a déjà disparu.



LA MACHINE À ÉCRIRE EST LANCÉE

  

Les lettres c'est rien ça marche devant, ce que font abcdefghijklmnopqrstuvwxyz.

Dans ma chambre où je pleurai pendant des heures, rien ne demeure que l'étourdissement passager. 

Oeuf crac clac clac clac omelette. 

Les lettres c'est rien, ça marche devant, ce que font abcdefghijklmnopqr stuvwxyz, dans ma chambre où je pleurai pendant des heures, et rien ne demeure que l'étourdissement passager, oeuf crac clac clac clac omelette.



LA PHRASE


Arrêtons-nous un instant sur la phrase. La phrase comme une molécule constituée elle-même de mots atomiques d’une certaine façon agencés… la phrase exténuante sur laquelle on peine, on rature. La phrase ronflante du charabia, la moindre phrase murmurée, la fameuse phrase, la phrase sifflée comme une chanson lente et monotone, la phrase toute faite, la phrase choc, la sentence anglaise, la jùzī chinoise… Toutes ces phrases qui font le langage, c’est-à-dire la matière impondérable de la parole. D’accord, mais où en venir, jusqu’où aller ? À la prose éternelle, indépassable. On est trop bien dans l’espace déshabillé et nu de la prose, on s’entend bien dans une langue qui chante d’elle-même. 



LA PENSÉE PLATE

 

Pour moi une pensée plate n’est pas une pensée fade, une pensée plate pour moi n’est pas une pensée remuante, agitée, ardente, délurée, frétillante, déchainée, excitée, intenable…tout le contraire c’est une pensée paisible, nonchalante, calme, simple, impassible, pondérée, gentille. Pensée plate c’est à dire pas abrupte, pas complexe ni épaisse, pas arrogante, pas bombée ni bossue, pas cambrée ni creuse, pas piquante ni tranchante, pas hautaine, et surtout ni onduleuse ni perverse.




POÉSIE SACCADÉE DU MOUVEMENT DU PAON AU SOL

 

Voici autant un texte incontournable pour les monstres de la poésie émergente, qu’un texte de mise en garde pour les colporteurs d'huile de serpent créative, qu’un scanner psychologique à la technologie obsolète instantanément, que les mémoires d'un vieil érudit abandonnant à contrecœur ses fantasmes sexuels, que le portrait réussi d'une jeunesse trompée sur le point de découvrir quelque chose d'horrible, qu’un traité affectueux sur la poésie comme remède à l'orgueil, et qu’un gémissement profond de chair se transformant en roue de paon.



PHOTOGRAPHIE 

 

Plaque émaillée, affichette, publicité - kiffer mater piger - baraque de bord de route, devanture de magasin, affiche, pancarte, enseigne - se barrer se casser se tirer - visages et corps de gens modestes, simples passants anonymes - des fringues un costard des emmerdes - détritus, débris, carcasses - fouetter schlinguer gerber cinglé timbré givré - sculpture, chaise en fer forgé ou simple outil de bricolage.



DEUXIÈMEMENT CECI N'EST PAS UN POÈME

 

Je regardais l’autre nuit à la télé un documentaire sur la vie et l’œuvre de Sixto Rodriguez, un chanteur guitariste américain de la génération de Bob Dylan. Ce chanteur anglophone a connu et connaît toujours la gloire en Afrique du Sud et en Australie depuis la fin des années 70, mais reste encore inconnu aux USA.

Non seulement ce chanteur auteur compositeur est très connu et aimé en Afrique du Sud mais en plus il a fallu attendre je ne sais combien d’année, presque 30 ans pour que les Africains du Sud qui le croyaient mort découvrent qu'il est toujours en vie . Cet homme, âgé maintenant de 78 ans, a travaillé toute sa vie à des métiers que les autres ne voulaient pas faire, il continue à faire quelques concerts tous les ans en Afrique du Sud et reverse ses gains à une association caritative. Il vit de très peu et ce peu lui suffit. Histoire incroyable qui en dit long sur la relativité générale et restreinte… De quoi en faire un poème, quand-même.




ESPACE NON FUMEUSE

 

On n’a rien fait tant qu’on n’a pas atteint       à    ce qui se confond 

avec                  le génie de quelqu’un

         son extrême modestie, le point où Il ou Elle est humble.

Tracer, constituer           une figure minoritaire        comme

                                                              potentialité de chacun.

Comment nommer pauvres    ,    des gens    ,   qui préfèreraient    ,    mourir de faim que travailler      ?

Devenir-minoritaire      ,      c’est un but    .     Minorité désigne ici la puissance d’un devenir.    Il s’agit bien d’une prise de conscience.           (Rien à voir avec une prise de conscience psychanalytique, 

ni non plus marxiste, ou bien brechtienne)

 

Il ne reste qu’une lumière crue. Lumière. Une masse d’atomes, une simple potentialité       amoureuse ,

un élément       pour      un    nouveau       devenir .  



HÉSITATION 


Mais alors que soudain ainsi parce que néanmoins tout de même cependant avec cela presque généralement.Pareillement ici et là devant par côté ailleurs quelques fois pas toujours quand-même tout près à force enfin presque ni plus ni moins.

Pourtant.




LABORATOIRE 

 

Laboratoire des Opérations d'Écriture Armée pour les Constructions Composites-monolithiques du Département de la Technologie des Opérations du Poème Assemblé de l'Institut de Recherche Scientifique de l'Organisation pour la Matérialisation du Poème et l'Aide Technique de l'Académie du Poème et de son Architecture.




LA COURBE DE TES YEUX

à Françoise


Courbe, tour, rond, danse, auréole, berceau, ailes, bateaux, couvée, berceau, rosée, source, éclats, couvée, aurore, feuilles, mousse, roseaux, vent, ailes, ciel, mer, paille, astres.




LES JOURS S'EN VONT COMME DES CHEVAUX SAUVAGES DANS LES COLLINES



De la glace pour les aigles p 29; Supplique à une jeune passante p 30 - « semble-t-il » - « les crânes qui nagent à nos pieds » - « ne chasse jamais tes actes d’amours à travers les allées résidentielles » - « en acceptant la télévision et un mari gnangnan » - « ne nous renvoie pas à Balzac, ou à l’introspection, ou à Paris, ou au vin » ; Corbeille à papier p 31 - « traces, anémie et diablerie et que pouvons-nous faire de ça ? » - « pourquoi tes poèmes sont-ils tous personnels ? » ; Les vieux films p 32 « Eh ! vous croyez qu’on peut la baiser avant qu’elle meure ? » ; Paix p 33-34 «et j’étais là aussi ». 




PREMIER TEXTE DU CHAPITRE DEUX



Lettres en processions, chenilles des chemins. Lettres mignonnes, oiseaux des fils. Lettres de petit calibre, assez timides. On remarque sous les lettres la présence d’une page blanche et des espaces respectables entre les lettres, célibataires, en couple, en familles nombreuses ou petites. Avec cela de légers incidents, accents, contorsions diacritiques suscrites ou souscrites, partout comme des traces anciennes de lettres, des ruines. Enfin les signaux isolés en forme de virgule, de point, deux points, trois points, trois points laissés en avant comme des cônes.




ÇA PENSE POUR MOI


Quand j’écris, déchiffreur des notes de ma partition, ne me sens pas écrivain, à la rigueur écri-veur ou seulement écri-rêveur. Aussi, quand j’écris, ne me sens pas exister. Quand j’écris, sais que n’existe pas. Car je est un pronom personnel, le pronom de personne, point barre. Est la construction grammaticale du sujet. Mon esprit existe mais je n’existe pas. Ou n’existe que comme un produit de mon esprit. Comme une image, comme une abstraction. Est un hologramme grammatical. N’existe pas en soi, mais pour soi, comme toute image. Comme tout ce qui, image, traverse le cerveau. Et le monde lui-même n’existe qu’en pointillés, qu’en signes traversant mon corps. Je y compris. Ma réalité, mon réel, existe sous forme de signes et de signaux, vecteurs de sens, transmis par des neurones faiseurs de sens. Je est tout autre : un élément de langage neuronal. Vous m’avez téléphoné hier soir et j’ai eu votre message, désolé mon téléphone ne fonctionnait pas, un problème de carte sim tout d’un coup non reconnue; C’est dommage. Donc, je pense que n’existe pas. D’ailleurs, ne pense pas, ça pense pour moi. 





ROUGE SANG 


Je rêverais que je me taille un doigt, dans mon idée jaillirait de l’entaille la couleur mêlée de terre étalée sur une fresque dans une caverne, devant l’entrée de la caverne une estrade, pour le concert on a disposé des cônes de chantier tout autour, histoire de respecter la distance communément admise.




VOS BEAUX YEUX


Vos beaux yeux madame me font mourir madame. Vos mollets me piétinent d’amour (tout a commencé avec la formule bien connue du Bourgeois                    , de Molière. Cela fait quatre             que     Jourdain, amoureux de la Marquise Dorimène, s’extasie sur la découverte de la prose.         avec laquelle j’ai joué à mon       dans le premier      de ce bref     sans titre en deux   , puis                 l’évocation d’une personne aujourd’hui disparue rencontrée à Bordeaux,                            une suggestive beauté aux yeux bleus élancés, dont les ficelles des sandales s’   roulaient autour des mollets à l’antique                                    cette belle femme était                    . Pour     uer à quel po    je suis obsédé par les mollets de cette belle              , je précise que mon patronyme                    , datant                la guillotine, le         nom, pas                   grand père maire              , Lamarque                , pas le nom de mon père Charles pas le nom de Pierre,                          je m’appelle Pierre Lamarque       mon vrai                               Lamarque, je ne suis pas un Lamarque c’est Les Marquises. Pierre                 de la noblesse libre en gilet jaune. 




COMPAS

 

Tout cercle écarte son compas. Tout compas droit et debout dans son trou fait son virage, son demi-tour, son tour. Tout compas perdu, esseulé, déboussolé, indique une direction à l’envers. Tout compas se désarticule sur toute page en général, il suffit de peu. Tout compas pointu traverse toute page. Tout compas cherche à faire son trou. Tout compas pose la question de savoir qui est en dehors et qui en est.




DIFFÉRENTES MANIÈRES D’ABORDER L’AUTRE 


Il y a celui qui durcit le ton d’emblée, celle qui se présente simplement, poliment, celle qui présente son corps tailladé, celui qui parle, de temps en temps, assez humainement, celle qui montre qu’elle sait mais n’en sait pas assez, celui qui en sait assez et pourtant prouve qu’il ne sait rien, celle qui écoute et sourit, celui dont le cœur gros éclate, celui qui n’entend que ce qu’elle voit, celui sculpteur de reflets de salle à manger, celui qui ne sait pas où elle en est, celui qui est mort, celle qui navigue en mer, celui qui aime, celle qui piaffe, celui qui semble endormi, celle qui est sa femme, ceux qui sont leurs enfants, celle qui danse, celui qui joue, celui en perpétuelle escalade avec sa chienne, celle qui suit, ceux qui sont leurs enfants, ceux que j’aime, ceux que l’on oublie, celui qui est tango tango, celui qui dit moi je, celle qui dit moi je, ceux qui disent moi je, celui et celle qui m’invitent, celle qui coud de la plasticine, celui qui lit ce qui est écrit sur un cahier brun, ou bleu, ou les deux, celle qui fume et qui boit, celui qui est hystérique, celle que j’aime qui en souffre et fait des poèmes pleins de souffrance, mais si beaux, celui qui se fout désormais de tout, qui renverse la table et fait tomber le vase plein de merde de la vie, celle qui n’en peut plus, ceux aux gilets jaunes qui n’en peuvent plus, la femme qu’il aime, la femme sarcopte, l’homme que j’oublie…




GO 


Bas la campagne à la recherche du temps passé, fais subir le supplice de la planche à un pirate, vole l’âme d’un agent de police faisant sa ronde, promène-toi dans le jardin avec lui jusqu’à ce qu’il se calme (l’infirmière le fait marcher pour qu’il exerce ses jambes, elle le promène dans Paris, elle l’a pris par le bras, elle le raccompagne jusqu’à sa voiture), pousse la commode petit à petit, va et viens, promène-toi, circule.




 

PYRAMIDES 


Songez que du haut de ces pyramides, quarante siècles d’histoire vous contemplent. Et telles sont les pyramides, une enveloppe extérieure dans laquelle repose un intérieur caché. L’intériorité comme telle en face de l’immédiate existence. L’autorité pyramidale de la mort - Manque la hauteur de laquelle on pourrait tomber.




AMOURS ET DESESPOIRS  

 

Écoutez mon découragement, mon abandon, ma divagation, écoutez mon ivresse, mon sucré, ma gaîté, écoutez mon journalier, mon renouvellement, ma recherche, ressentez mon penser, mon impression, ma métamorphose, mes trouvailles, continuez par ma détresse, ma torture, ma colère, ma fatigue, mon suicide, mon atrocité. Discourez sur mon humeur, mon futur, mon imprévu, mon absolu, mon sobre, ma grandeur, ma communication, mon mépris, mon amour, mon indifférence, mon horreur, ma mort, mon vide de la raison, ma force, ma passion, mon envie, mon utilité, mon savoir, mon amertume, ma solitude, mon incertitude, mon égarement, mon inaptitude, ma liberté, ma soumission, ma sottise, mon désespoir, mon bonheur, mon malheur, mon équilibre, ma sûreté, ma confiance, ma trahison. Rêvez de mon impossible, de ma nullité, de ma folie, de ma raison, de mon pardon, de mes habitudes, de ma quête, de mon évasion, mon intérêt, ma fuite, mon sourire, mon idéal, ma faiblesse, de ma lâcheté, de mon envie de mort, de mon espoir, de mon pouvoir, de ma haine, de ma joie, de ma fragilité, de ma peine, de ma volonté, et mon ignorance, et ma fatalité, et mon regard, et mon amitié, et mes représailles, et mon mensonge, et mon art, et ma fausseté, et ma platitude, et ma souffrance, et ma présence, et mes souvenirs, et ma distance, et ma cruauté, et mes rires, et mon sommeil, et ma boisson, et mon tabac, et mon abus, et mes regrets. Adorez mon simple instant, ma société de discorde et de réveil, de pleurs et de peurs, de concret et de sérénité, apprivoisez règles, décision, ridicule, illogique, difficulté, extrême, soupçonnez mon malhonnête martyr, mon crime, ma croyance mutique, mes soupçons d’orgueil, ma sincérité, prenez plaisir à ma frustration, à mon attente et surtout à ma connaissance et à ma générosité… Enchantez-vous de mes paroles, et surtout adorez mes comptes, mon oubli, mes ordres, ma tentation, mon impulsion, mes leurres, mon invisible, mon sordide, mon désir.




GLYPHES  

 

Simplice, ligne, empattement et mécane purement rectangulaire , emparecte à congés, deltapode, deltapode à congés, filextre au clou à congés, clavienne, humanes, garaldes et réales (tout cela n'est que claviennes (du latin clavis, « clou »), gestuelle calligraphique ou brossée, romaine onciale germane alienne machinale hybride ludique transfuge, écriture régulière, écriture des clercs classique basée sur le Kai ti, l’extrémité des traits est carrée ou bien les extrémités et les coins sont arrondis ou bien les traits courbes sont remplacés par des traits inclinés avec des angles pointus ou ronds. Serif sans serif cursive monospace fantasy, comprenez-vous ? Je propose que les poèmes en prose et beaucoup de poèmes en vers puissent s’écrire en langue stoïchédone, i.e. que les caractères soient alignés, marchent en rang, à la fois horizontalement et verticalement, à la manière de l'alignement en rang d'une armée de personnages. Les lettres occupent alors un espace identique quelle que soit leur taille (par exemple i et w prennent le même espace) et chaque ligne comprend un nombre constant de symboles, ce qui a pour conséquence qu'un mot peut se retrouver à cheval sur deux lignes. Je cherche juste à donner un guide d’affichage de la poésie contemporaine. Cette disposition connaîtra un succès extraordinaire car les polices TrueType peuvent être complétées par des instructions extrêmement puissantes. Les polices numériques ayant un design particulier deviennent souvent protégeables par copyright. Enfin certains des algorithmes de hinting  pour TrueType obligent les alternatives open-source. 






SUJET


Moins une personne qu’une singularité désirante, une greffe en expansion selon un constant effet de supplément, un certain détachement appliqué à la manie poisseuse de souffrir, un penseur inventeur de pensées, un simple écumeur de livres ; sa culture : le discours des autres, regards et paroles du dehors en soi, une poétique générale englobant philosophie, roman, poésie, critique, théâtre, musique, peinture, sculpture, installations, photographie et cinématographe, fragments de textes-limites, une écriture suffisamment ferme pour glorifier l’objet.




COMME

 

Comme un arracheur de dents sans cachet d’aspirine, comme dans du beurre avec le bonjour de la crémière, comme un cheveu sur la soupe en forme de cœur, comme un coq en pâte sans cul ni chemise, un beau diable dans un rond de flan, une fleur dans un gant avec deux gouttes d’eau, comme d’habitude, comme un seul homme courant après le loup blanc, comme une Madeleine et son mouchoir de poche, le nez au milieu de la figure, comme un oiseau sur la branche, un perroquet, la peste, un phoque, sa poche, si de rien n’était, comme un pot, comme le vent.

  




JE DIRAI QUE JE SUIS TOMBÉ 


Je dirai que je suis tombé, c’est trop d’eau, trop d’eau désormais. Quand bifurque la voie s’impose le choix, et cela commence par un picotement. Je veux regagner mon caillou, ce n’est pas votre peau.




CONSTANTIN ÉCRIT


L’allemand comme le bruit fait par des véhicules à chenilles; le russe comme une confusion continuelle mais tenue avec force ; l’italien comme une chanson sentimentale; le français comme le bruit des oiseaux; le roumain comme une longue lamentation entrecoupée par des bruits de scandale; le hongrois comme l’aboiement des petits carnivores; le polonais comme le galop d’un détachement de cavalerie... ainsi de suite, comme ça...

 




LA CONTRAINTE


La contrainte pousse hihihi à chercher des solutions ohohoh pour pouvoir s’y conformer héhéhé et face à l’impossibilité de trouver des solutions littéraires conventionnelles ahahah, on doit souvent avoir recours à d’autres qui ne le sont pas hohoho. C’est donc précisément en cela que la contrainte pousse à la créativité héhéhé, à l’innovation littéraire eheheh, à trouver des formes réellement poétiques tictictic. 



DISCIPLINA 


Lisez les œuvres de Maître François RABELAIS contenant cinq livres de la Vie, Faits et Dits héroïques de Gargantua et de son fils Pantagruel, mis en français moderne par Messire Jehan Garros et congrument illustrés de cent vingt-cinq dessins à la plume d’oye par Messire Van Rompaey. Se vend à Paris, à la librairie Gründ, 60, rue Mazarine.



 

 

SOUVENIR 


Autrefois, fin d’année scolaire, fin mai, avec mes cinq bougies, du livre d’images, de sa taille, de son épaisseur, de sa couleur, du moment de la journée, du départ en promenade, d’une première phrase.





LAMARQUISE MINIMALE

  

Trois petits sauts, un deux trois, soleil. 




BALADE À BRUXELLES 


Faire un tour en ville dans les magasins, errer, aller sans but, flâner, se promener au hasard des rues, être distrait, ne pas arriver à fixer son attention, s’écarter de la page - son regard errant dans la pièce, repenser par hasard au jour où, divaguer, dérailler, radoter, ne pas faire attention à ce qui se dit - sans se presser, d’un pas nonchalant descendre tranquillement au café.

 

 

PARCIMONIE D’ÉRIC SATIE


Quiétude réverbérée en un postillon de notes, célébration des secondes de couleur verte, épinglées aux cordes de la lyre frappée et étonnée, secondes refrain en quelque sorte, accord final plaqué avec parcimonie lenteur modération, pianissimo - une heure d'harmonie de verbe quiet et de rythme berceur.


 

VISAGE AVEC SOURIRE


Visage avec large sourire, visage avec large sourire la bouche ouverte, visage souriant avec les yeux plissés, visage avec large sourire et yeux rieurs, visage souriant avec les yeux fermés, visage avec large sourire les yeux plissés et une goutte de sueur, visage pleurant de joie, visage qui roule par terre en rigolant, visage avec un léger sourire.



POUR BÂTIR MON POÈME 


J’ai besoin du hasard pour bâtir mon poème, j’ai besoin d’un yaourt aux fruits sans sucre et de deux, l’un à la fraise l’autre au pruneau, pauvre malheureux pruneau tout flétri noir découpé en parcelles dans le bloc de lait teinté brun, j’ai besoin de ce que ne peut ramasser au fond du pot de fraise avec morceaux ma légère petite cuillère que j’aime. J’ai besoin d’un cahier niais à carreaux roses et d’un stylo bleu qui dérape hors de contrôle. J’ai besoin de ce qui manque en général aux débutants, l’inspiration, j’ai besoin d’une photographie de ton corps mais je n’ose te la demander, j’ai besoin d’un poète à côté de moi qui me guide et me rassure, j’ai besoin de mettre un point de temps en temps à la fin d’une phrase, des fois je mets une virgule sans savoir pourquoi, j’ai besoin d’espace et d’oxygène j’étouffe, je sens le briquet de l’âme qui clignote pour m’avertir d’un danger, j’ai besoin de me sentir grand comme quand j’étais petit pour pouvoir regarder debout sur des mains croisés par-dessus les lignes. Et c’est compliqué car je glisse et j’aurais besoin d’urgence d’un train et d’une gare à ma disposition et je n’ai pas ça sous la main, et je tombe, tant pis recommençons.

 

 

RADIS


De fraîche et soyeuse rosée, et de bénins rayons, la lune tisse un crêpe silencieux dans l’enclos calme où un jeune homme cueille des radis. Une vapeur lunaire étoile ses cheveux pendants, un clair de lune bécote son jeune front, et lui, tout en cueillant, fredonne un air : Tu es blonde comme la vague blonde ! Je demande qu’on me donne une oreille en cire pour me protéger de son refrain puéril, je demande un cœur blindé contre celui qui cueille ainsi des radis sous la lune.



ENFANTS 


Enfants, nous décousons nos genoux à l’aide de cailloux, nous entreprenons de grandes manœuvres pour ficeler l’air, chaque fenêtre découpe notre ciel en morceaux à colorier et nous ne connaissons ni centre ni marge dans ces puzzles, sous nos souliers véloces le vélo trébuche entraînant dans sa chute le soleil, nous échangeons des buvards de collection et chaque tâche de buvard est comptée comme une île où emporter avec soi un livre au bout de dix images. Enfants, nous allumons des bulbes de lumière en plein midi pour lâcher nos soldats de plombs contre des poupées. Nous coupons le pain avec un couteau et le couteau avec un doigt sanglant et nous remplissons à ras bord nos verres de grenadine. L’espace voit un espace plus loin devant lui et les choses ont plus souvent qu’aujourd’hui un goût de neuf, une fesse double une autre fesse dans une autre vie qui passe devant la maison, les naissances parmi nous aiguisent notre curiosité insatisfaite, nous sommes propriétaires d’un pays natal de sauterelles.

 

 

LE REGARD DU VIEIL HOMME 


Le regard du vieil homme enveloppe une dernière fois ses yeux des lunettes noires du désir, abandonnant une dernière fois Longchamp aux zinzins du dada, le regard prend un autobus qui l’emmène à Paris. Le bon vieux regard y mourra, il n’y coulera plus la majesté de son oui volontaire face à la négation d’autrui et à la violence des évènements. On ne dira plus jamais assez qu’il coule sempiternellement de la colère de ce look. Un seul instant a suffi à dépayser le regard du vieil homme et à l’expédier au-delà de toute frontière, le bon vieux regard est mort, il ne jouera plus à faire imperceptiblement glisser sur une banane à moitié pelée les mémés à terre. Le ciel contrariant tourne la page du sournois bon vieux regard méchant. On cherchera en vain les articulations entre les os de son squelette de regard disparu. On fera le tour de sa maison, on inspectera, rien, le buffet et l’intérieur des cadres, rien. On ouvrira l’horloge et le frigo par derrière, rien. Le bon vieux regard mort a disparu, il ne règnera plus en terre de Paris.  La lumière a découpé la couleur de ses yeux fanés dans une photographie qui surveille son deuil et dépose son sourire sur ses os.



POÈME SIMPLE


Quand quelqu’un est malade et que l’on ne sait pas s’il va survivre, quand des personnes se rencontrent et qu’il y a des conflits au sein d’une famille d’une cité ou d’un peuple, à ce moment-là il va être fait appel à des poèmes. Toutes les situations du quotidien sont organisées et régulées par eux. Les poèmes ont un grand intérêt pour les vivants car la vraie mort d’une vie humaine n’est pas son cœur qui ne bat plus ni ses chairs qui se décomposent, mort comme vie, oubli.



RÉSOUDRE L’ÉNIGME 


Légère peu vêtue souple désarmée je renonce à tout je ne possède rien je n’ai envie de rien je n’aime rien je n’ai rien à perdre. L’âme est une énigme tant que la langue n’est pas déliée et l’énigme ainsi résolue. 



MON POÈME


Mon acrostiche, adage, air, affaire, amativité, amalgame, antienne, ariette, arlequinade, aubade, argutie, avis mon babil, bafouille, bagatelle, balivernes, ballade, barcarolle, berceuse, beuglante, billevesée, blague, blason, boniment, bouquet, broutille bucolique mon calcul, calembredaine, cantate, cantilène, cantique, canzone, caprice, cavatine, centon, chanson, chimère, cirque, comédie, complainte, composition, comptine, communication, concept, connerie, construit, conte, coquecigrue, couplet, croyance mon délassement, ma détente, démangeaison, dépêche, désordre, déroute, dialogue, dissertation, distique, dit, dithyrambe, dizain mon ébauche échappatoire, mon églogue, élégie, mon éloge, élaboration, élucubration, mon emphase, envie, épisode, épître, épigramme, épithalame, épopée, escapade, espoir, esquisse, essai, évasion, exercice, exode, mon expression ma fable, fabliau, facétie, faim, fantasme, farce, faribole, fête, feu, foi, folie, force, forme, ma fresque, ma fugue, mon genre, mon geste, mes haïkaï, mon histoire, mon huitain, mon goût, mon hymne, mon ïambe, mon idylle, mon impromptu,  mon invention mon jeu, mon k mon lai, leitmotiv, lied, lanterne, lettre, libido, lol, macaronée,  madrigual, mélodie, mine, mirage, mot,  mystère, nature, négoce, mon nome, ma nouveauté, mon ode, œuvre, opéra, mon ouvrage, mon pantoum, ma parole, pastourelle, pâte, patte, penchant, mes pensées, mon pépiement, ma péripétie, pièce, plaisanterie, ma poésie, mon point de vue,  ma priapée, mon prodrome, mon propos, ma prophétie,  psaume, quatrain, mon raisonnement, ma réalité, ma recherche, mon récit, mon rêve, mon reportage, ma rhapsodie, ma ritournelle, ma romance, mon rondeau, mes rotrouenges satire, science, sensualité, sentence, sentiment, mon septain, ma sérénade, mon sille, mon sirvente,  mon sizain, soif, songe, sonnet, sortie, sottie, souffle, ma spéculation, ma stance, ma stichomythie, ma strophe tenson, tercet, thrène, tournure, tragédie, triolet, turlurette, turlutaine ma vanité, véridicité, mon vers, ma villanelle, ma voix, mon vœu, ma volonté, mon biquet, mon chaton, mon enrouement, mon félin, mon grappin, mon greffier, mon grippeminaud, mon haret, mon margay, mon matou, mon miaou, mon minet, mon minou, mon mistigri, ma moumoute, mon ocelot, mon once, mon patte-pelu, ma petite personne, mon raminagrobis. Mon mistigri, ma moumoute, mon ocelot, mon once, mon patte-pelu, ma petite personne, mon raminagrobis, mon chat.

 

 

ON TREMBLE 


On ouvre un livre au hasard, on s'oublie dans la lecture, on dresse un grain de poussière, on attend une goutte d'inspiration (on : corps gisant), on plafond, on monument d'oubli, on donne on prend on dit merci, d'abord on remercie la framboise sans laquelle rien n'existe, on, comme les montagnes russes d'une planète carnivore, on macédoine de légumes à la mayonnaise, on blanc, noir, brun, jaune, on cause, je ne fais rien de mal, on cause, la poésie est un on qui se déshabille, non, la poésie c'est du on et de la umière, une odeur de on accomplit le pet, trop rapide pour qu'on ait eu le temps de penser, on donne on prend on redit merci, on paresse et musardise, on n'est pas poisson volant mais on voit des poissons partout, on composé, croisé, en plis, indirect, ondulant, élastique, (on entre), une fleur dans un on avec deux gouttes d'eau, une fleur dans un pot avec trois gouttes d'on, toutes les fleurs ont jolies, tu donnes on prend merci, fil à la bouche, on fil, autour d'on des amitiés perdues, des souffles retournés au vent, on s'efface, le monde, l'instant, le vide, en premier lieu on second lieu, on essarte trop plus de futaie, on manque de merrain pour envaisseler, frais sur frais, on, doux sur doux, sans autre existence on rêve, on du silence mourant, on pas de course on trace fraîche, on poète, on étend la matière indifférenciée, on recourt au poème, méditati-on éphémère et brumeuse, on: haute pyramide d'épluchures, on: pièce architectonique, de haut en bas ma parole est celle d'on, on entendu, on vu, on touché, on goûté, on mouillées, un pas en avant, on regarde derrière, un pas en avant, ni vi ni ve ni on, à rayon doré à toile cirée à patate à on, l'oreille donne, on prend, les ténébrions se cachent dans le on pour mourir, on objet métallique on vole, sans ici sinon sans attente sinon sans on, on zappe on ghoste, en avant un deux trois demi-tour un deux trois demi-tour un deux on, tu donnes on, je prends, merci. 




THÉORIE DU RÉEL 


Que le réel est une évidence, une forme qui passe et repasse dans une autre forme. Que la réalité n'existe que si quelqu'un est là pour la rapporter, je crois en nous.




ON SE COMPREND


Je ne sais pas de quoi je parle mais je n’en dirai pas plus, je ne sais pas ce que je veux dire même si tu ne me comprends pas, c’est moi qui le dis, je ne te le fais pas dire. Que veux-tu y faire ? Tu prends quelque chose ?




COMME

 

                            Un              

                                                       duvet 

  de

 

 

                           chardon

 

               tombant

                                            dans

 

le  

 

 

                       silence. 

 




DES TÊTES RONDES SOMBRES PLANENT DANS LE CIEL


Des têtes rondes sombres planent dans le ciel, béatitude des pins aux cimes. Laideur, comme beauté se perd. L'été d'autrefois brûle dans la bouteille qui luit, on lit devant un grand feu dans la cuisine, la dernière aube touche à la vitre. Redresse l'orbite de ton grain de poussière satellite, où flambe un mot qui témoigne pour nous deux. S'arrête l'heure, tu parles, tu es debout, j'aurai été un nom suinté en bas d'un mur sur lequel une plaie. Lu - de l'autre côté, toi avec la fronde, toi avec la pierre, descends-moi ! Verset sur le mur. Reviennent les étoiles, empilées, croissance, croissance, croissance - en rien, dans l'ombre d'une trace de blessure, montant vers la terre, passent les épaves du ciel, ici il ne pleut pas vraiment, seulement des gouttes. Une membrane alaire, labiée, tu la perfores, cela à présent, le moment d'une juste naissance. Pour l'amour de cette lueur de cuivre de la sébile, le temps équilibre la brusque balance rebelle. À chacun le mot qui chanta quand la meute se jeta sur lui. Au nord de l'avenir je jette le filet que tu charges pierre à pierre. Sur la feuille une goutte, au profond de la pierre une rumeur, respectueuse envers les poètes au nom de l'or des dahlias. Le sobre narré rêve, tu le touches. L'année entamée avec un quignon de pain moisi, bois à ma bouche, notre verre s'emplit de soie - nous sommes. Nous sommes le silence rendu par derrière la foulée, le perdu trouvant frugalité, clarté, par-delà les chants à chanter, pas plus grand que le point cœur. Je vais dehors, chez moi dans la multitude, aide un flocon à sortir de soi-même. Lardée de lignes main offrant, signe rassemblé au peigne en réponse à l'art pariétal. Lorsque je parle je n'existe qu'entre guillemets, fantôme tel que je l'ai repéré dans mon éducation sentimentale, pour attaquer autre chose et oublier ce que j'écris.




QUESTIONS

 

 

À QUI ? 


Au fantôme du souvenir, au témoin de la solitude, à la statue du devoir, au messager du destin. Quand je m'éveille ma bouche est ouverte.

 

 

QUOI ?


Curiosité personnelle, collectionnisme électif, invention de la connaissance ou vocation de l'activité. N'ayez pas peur, Monsieur est si bon.


 

POURQUOI ?


Pour suspendre en un affairement jubilatoire mon attitude plus ou moins penchée et ramener pour le fixer un aspect instantané de l'image. Quelques secondes après j'étais dehors.


 

À QUOI BON ?


Tu es cela le chiffre mais à quoi bon t'emmener à ce moment où commence le véritable voyage, attends.

 

 

COMMENT ? 


Par la folie par la capture du sujet dans la situation (formule générale de la folie), celle qui gît au fond des asiles comme celle qui assourdit la terre de son bruit et de sa fureur. Sous le porche il y a un tapis humide.

 

   

OÙ ? 


Castration, éviration, mutilation, démembrement, dislocation, éventrement, dévoration, éclatement, arracher la tête, crever le ventre, démantibuler. Je sais que les consommations sont très coûteuses dans ces endroits. Néanmoins je commande une bouteille de vin.

 

QUI ?


Un tramway vide arrive, il est lavé de la nuit, les lumières qui l'éclairent ont la tristesse de celles qu'on oublie d'éteindre avant de s'endormir. Je m'assois dans un coin.

 

QUAND ?


Quand l'esclave s'identifie au despote, l'acteur au spectateur, séducteur à séduit, oui, au-revoir, à un de ces jours.


 

LOCUTEUSE ?


Nous empruntons le terme locuteuse au cher Patrice Parthenay qui tant dans les indications qu'il donne pour la venue au jour de notre poème en prose que pour celles qui le guident dans les ténèbres, montre une divination que nous ne pouvons rapporter qu'à son exercice de la sémantique.

 

 

FIN ?


La vérité conjecture, la parole pleine, le peu de liberté, le temps pour comprendre, le moment de conclure. Chair composée de soleils.





MON FRAGME


Mon po, simple remous (beau temps vendredi) qui s’arrache, se mérite. Mon po trop ou pas assez. Mon po, ma vibration qui ne dure pas suffisamment pour dire son peu. Mon po me fait toucher du doigt l’inutilité du bord. Mon po obsessionnelle question où je viens, d’où je vais, où l’on vient, d’où l’on va. Mon po pipeau. Mon po, mon inutile po, vide, sans qualité, transparent comme de l’eau piégée dans les doigts, mon fragme.




PO


Po simple vibration simple remous simple poème. Po s’arrache se mérite dur. Po vise le point de va et vient et de non-retour. Po singe faute d’inventeur. Po n’ose pas imaginer la suite. Po est un pas deux pas trois pas. Po était une fois. Un Po est un élément sonore de langage parlé considéré comme unité.




ANCHOIS

À Matthieu Lorin, Victor Ozbolt, Constantin Pricop, Mickaël Lapouge, Patrice Parthenay, Jean-Claude Bouchard, Anas Al Herk, Coralie Meïsse, Nathalie Jaulin, L. Rose, Mykola Istyn, Xe Sanchez, Françoise Morlaës, Annelaure Lamarque, Clément Nourry, Philippe et Nad Lamarque, Calique et Alain Dartiguelongue, Nathan Dartiguelongue, Alexandre Lamarque, Guillaume lamarque, Michèle Violet, Michel Valton, Johannes Finckh, Valery Laurand, Maheva Hellwig



Nous anchois de vingt ans à la figure proportionnée et au soliloque désintéressé, nous arabes et noirs 

On est pas là par hasard.

Comment aimer un pays qui refuse de respecter, on n’a plus le choix

On doit vivre et mourir ensemble. Élégance du rappeur, j’suis Noir Juif Pédé Asperger Allemand Suédois 

Je vous emmerde 

De tous les besoins de mon âme 

Humaine.


De tous les besoins de l’âme humaine il n’y en a pas de plus vital que le futur...


(C’est qu’il lui faut un crayon et un papier à portée de main pour pouvoir noter !)


Le temps ! Comptez-le ! Divisez-le ! Et marquez-le ! Pour sauver Gaïa la planète terre !


À moitié livre c’est quand-même décousu... Opacité de perle, degré de plaisir proche de la profonde nostalgie…

Car à mon âge on peut penser à n’importe qui, n’importe quoi, à une source de plaisir interloque…

… Qui illuminerait l’espace, l’angle où tu te tiens, à travers le passé et les océans.

Où passe mon fil.


Des phrases, mais pas au sens grammatical, de vraies phrases traquenards, tendues à l’esprit, là où je m’arrête. 

Là où je prends 

Facilement racine.


Comme une Alice au Pays des Merveilles….


 - Sortez-la de là Béchamel !


Molloy, l’Innommable, Murphy, Malone, je cris pour nous aussi !


Je nous offre la possibilité d’être une femme.

Une punaise avec une trace de rouge à lèvre.




BEAUTIFUL SERGE DUCHAMP


and in fog pots boil et dans des marmites de brouillard bouent

pieces of light des morceaux de lumière

 

 

et nous mangeons le fruit and we eat the fruit que nous volons dans les arbres we steal from the trees

 

et nous sculptons and we sculpt en exil tous les visages du vide

in exile all the faces of the void

 

 

et nous sommes le vide qui s’échappe du plein and we are the void that escapes from fullness en devenant visible by becoming visible

 

 

et nous nous reconnaissons and we recognize ourselves dans la foule in the crowd en nous faisant des signes by waving to us

 

et nous avons des baisers immobiles and we have still kisses 

et des paroles and lyrics qui font reculer les mots that roll back the words.




BLAST



Marcher forcer             vie en attente fébrile        Trembler debout               La vue fouille    

Mourir croît, ce qui vient crie                Profondément             nous restons 

muets.





POÈME

À Matthieu Lorin et Victor Ozbolt



Inutile de se prendre la tête 

Entre les mains et les avant-bras

Pour un texte gouttant

Comme une évidence

En silence

Telle l’aubergine fracassée d’huile.


Mais le train sifflera trois fois

Dans la pampa.





MERLE



Fortune du ciel

Gavé de semence 

Ange immuable

Unique scie 

Rire dans le combat

Caillot de nuit

Chant délicieux.





COMME UNE LETTRE D’AMOUR




 

COMME UNE LETTRE D’AMOUR *

 

 

- Le premier besoin, c’est l’ordre. Une nourriture indispensable est la liberté. L’obéissance est un besoin vital.

- Je t’ai tout donné et maintenant je ne suis rien.

- L’initiative et la responsabilité, le sentiment d’être utile et même indispensable, sont des besoins vitaux.

- Je ne peux pas supporter mon propre esprit.

- L’égalité est un besoin vital. La hiérarchie est un besoin vital. L’honneur est un besoin vital. 

- Je me sens mal, fous-moi la paix.

- Le châtiment est un besoin vital. La liberté est un besoin absolu pour l’intelligence par suite l’intelligence est un besoin vital.

- Je n’écrirai pas mon poème avant que d’avoir toute ma raison.

- La sécurité est un besoin essentiel. Le risque est un besoin essentiel. La propriété privée est un besoin vital.

- Quand te déshabilleras-tu ?

- La participation aux biens collectifs est un besoin vital. Le besoin de vérité est plus sacré qu’aucun autre. 

- Je suis malade de tes exigences insensées.

- L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu.

 

- Ceux qui manquent de bonne volonté ou restent puérils ne sont jamais libres dans aucun état de la société.

- Ta machinerie est trop pour moi.

- Chez toute personnalité un peu forte, le besoin d’initiative va jusqu’au besoin de commandement.

- Tu m’as donné envie d’être un saint.

- Le crime seul doit placer l’être qui l’a commis hors de la considération sociale, et le châtiment doit l’y réintégrer.

- Il doit exister une autre façon de régler cette querelle.

- Il faut seulement que le risque se présente dans des conditions telles qu’il ne se transforme pas en sentiment de fatalité.

- J’essaie d’en venir au fait. Je refuse d’abandonner mon obsession.

- Quelques mesures faciles de salubrité publique protègeraient la population contre les atteintes à la vérité.

- Je fume de la maijuana chaque fois que je le peux.

- Il n’y a aucune possibilité de satisfaire chez un peuple le besoin de vérité si l’on ne peut trouver à cet effet des hommes qui aiment la vérité.

 

*à Simone Weil (dans L'enracinement) et Allan Ginsberg 'Amérique' dans Howl et autres poèmes.




 CHOSES DE SEI SHŌNAGON

 

 

Particulières, désolantes, dont on néglige souvent la fin, que l’on méprise, détestables. Qui font battre le cœur, qui font naître un doux souvenir du passé, qui égayent le cœur, choses élégantes. Qui ne s’accordent pas, peu rassurantes, que l’on ne peut comparer, rares, qu’il ne valait pas la peine de faire, dont on n’a aucun regret. Qui paraissent agréables, qui semblent éveiller la mélancolie, splendides, qui ont une grâce raffinée. Contrariantes, gênantes, pénibles, qui frappent de stupeur, qui sont loin du terme, que l’on entend parfois avec plus d’émotion qu’à l’ordinaire. 

 

Qui perdent à être peintes,

qui gagnent à être peintes,

qui émeuvent profondément,

qui paraissent pitoyables.

 

Qui donnent une impression de chaleur, qui font honte, sans valeur, embarrassantes, choses qui emplissent l’âme de tristesse, qui distraient dans les moments d’ennui, qui ne sont bonnes à rien.


Qui sont les plus belles du monde.

 

Effrayantes, qui semblent pures. Qui paraissent malpropres, qui semblent vulgaires, qui remplissent d’angoisse.Ravissantes, sans retenue, dont le nom est effrayant, qui n’offrent rien, qui ont un aspect sale, qui paraissent affligeantes.

 

Enviables, que l’on a grande hâte de voir, ou d’entendre, impatientes, 

qui ne servent plus à rien mais qui rappellent le passé. Auxquelles on ne peut guère se fier, qui sont éloignées bien que proches, qui sont proches bien qu’éloignées. 

 

Charmantes, à voir, qui sont bonnes quand elles sont grandes, qui doivent être courtes, qui tombent du ciel, à propos d’une maison, tumultueuses.

  

Négligées. Que les gens ignorent le plus souvent, très malpropres, excessivement effrayantes. Qui donnent confiance, qui rendent heureux, vénérables et précieuses, magnifiques.

 

Choses de notes de chevet, choses de plume. Mauvaises, désagréables, difficiles à dire, qui ne font que passer.




L. WITTGENSTEIN 


Dans l'usage effectif de nos expressions nous faisons pour ainsi dire des détours, et nous empruntons des ruelles latérales. Nous voyons certes droit devant nous une grande avenue, mais nous ne pouvons de toute évidence pas l'emprunter, parce qu'elle est en permanence barrée. 




COMME UNE LETTRE D’AMOUR À FRANÇOIS RABELAIS

 

Ce pot plein, plein, avalez-le. À belles dents s’allonge mon parchemin - le pli des chemises existant depuis que les lingères ont rompu la pointe de leur aiguille et ont commencé à travailler du cul.  Mon verdoyant parchemin, fleurissant, fructifiant, plein de fleurs, plein de fruits. Mais, la langue me pèle, une mouche y a bu. - Une belle grande plume bleue prise à un monocrotale d’Hircanie la Sauvage plantée dans un cul de foirard où toujours abonde merde, dit-elle. Élevons nos mots, pas la voix, c’est la pluie qui fait pousser les fleurs, pas le tonnerre. C’est ainsi que la lumière est bonne. Si la lumière est bonne, j’ai terminé applaudissez. Je monte l’échelette, et je m’en vais sur le dos, sur le ventre, sur le côté, de tout le corps, des pieds seuls, une main hors de l’eau, comme un engin automate c’est à dire se mouvant sur lui-même. Si je touche la main de qui que ce soit, amende de quinze euros. J’enrage, diables, j’enrage, j’enrage, tenez-moi, diables tenez-moi ! Le vent attire les nuages, c’est bien connu. Et qui n’a conscience n’a rien. Je pense donc je rince les verres, mets la nappe, chasse ces chiens, souffle ce feu, allume cette chandelle, ferme la porte. Un pied au feu et la tête au milieu. Joie avant petite pluie abat grand vent et je suis étonné de ne pas voir pondre le monde vu qu’il fait si bon couver. Le monde quand il est mort, on n’y voit goutte. Quand le soleil est couché toutes les bêtes sont à l’ombre. La nuit est là. Il fait bon voir des vaches noires dans un bois brûlé quand on jouit de ses amours en chambre. (les vaches lui furent rendues afin qu’il puisse crier la lie dans un sabot).« Cherche la réponse dans la question ! », lavandière de buées, racleuse de vert-de-gris ! Au bout de l’aune tu manqueras de drap ! Redoute la montée de l’eau ! Toujours donnante, toujours ronflante, toujours bourdonnante, toujours pétante, on en a des frayeurs ! À force d’irriter le frelon, remuer le marais, réveiller le chat qui dort, vertudieu ! ta chambre est déjà pleine de diables ! Les paillards ne cessent de te mugueter et se moquent qui cloquent. Quand je mettrai mon nez dans ton cul n’oublie pas d’enlever mes lunettes. (Ayons de l’huile et de la cire). Quel est ton nom, lavandière , Machemerde ? Lesongeur ? « Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone. Toute suffocante et blême, quand sonne l’heure, je me souviens des jours anciens et je pleure. » Oh j’use seulement de sciomancie ! Je mets la plume au vent : Liripipion, liripipié, strapontin, transpontin. Si peu que rien : récréatif, rustique, plaisant, champêtre, ordinaire, de toutes heures et non chagrin, rébarbatif, déplaisant, mécontent, sévère, rechignant. Joyeux, serein, gracieux, ouvert, plaisant, réjoui. Je mets la plume au vent. Connais-toi toi-même, horrible sarcasme, sanglante dérision de ce toi, de cette personne qui pense « il n’est rien de réel que le rêve et l’amour dessus, dessous, devant, derrière, à droite, à gauche, dedans, dehors » . Seulement trois pierres sont nécessaires pour faire la gueule d’un four, philautie couillonniforme ! En ai-je une ? Toussez un bon coup, buvez-en trois, secouez joyeusement vos oreilles, ma verte, mon coquin, mon manche, ma cognée, ma gousse, mon pois, bou ou ou je me noie je me meurs bonnes gens je me noie ! (Le niveau de l'eau des rivières reste encore très élevé).

 

 

COMME UNE LETTRE D’AMOUR À PAUL CELAN

 

Qui était-ce, cette souche, celle lignée assassinée ?

  

 

 

COMME UNE LETTRE D’AMOUR À BLAISE PASCAL


Il a quatre laquais, il demeure au-delà de l’eau. S’il se vante je l’abaisse s’il s’abaisse je le vante et le contredis toujours jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il est un monstre incompréhensible. Quelle chimère est-ce donc que l’homme ? quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradictions, quel prodige juge de toutes choses, imbécile vers de terre, dépositaire du vrai, cloaque d’incertitudes et d’erreur, gloire et rebut de l’univers.  Qui démêlera cet embrouillement ? Infini rien. Parler contre les trop grands figuratifs. Car il faut que le peuple entende l’esprit de la lettre et que les habiles soumettent leur esprit à la lettre. Parler contre les trop grands figuratifs. La nourriture du corps est peu à peu. Plénitude de nourriture et peu de substance. Je faisons, zoa trekei. C’est par là que les sauvages n’ont que faire de la Provence.

 

 

COMME UNE LETTRE D’AMOUR À RABINDRANATH TAGORE


Ne voyez-vous pas la laideur mortelle qui éclate partout, dans nos villes, dans vos rapports, le même masque monotone qui fait que nulle place n’est laissée à l’expression vivante de l’âme ? La mort s’insinue morceau par morceau dans le corps de notre civilisation. La soif du gain ne connait pas de limite à sa rapacité. Son seul objet est de produire et de consommer. Elle n’a de respect ni pour les êtres humains ni pour la magnifique nature. Elle est impitoyablement prête, sans une minute d’hésitation, à rejeter la beauté et la vie hors d’elle-même, ou à les changer en argent. La présente civilisation commerciale de l’homme prend beaucoup de temps et d‘espace pour tuer le temps et l’espace. Ses mouvements sont violents, son bruit agressif et discordant. Elle porte sa propre condamnation, parce qu’elle foule aux pieds l’humanité sur laquelle elle tient debout. Elle transforme en monnaie le coût du bonheur. L’homme se réduit au minimum pour faire une plus grande place à l’organisation, il tourne en dérision ses sentiments humains parce qu’ils sont capables de résister à ses machines…



 

BUTÔ 

à ma fille 

 

 

SURI-HASHI


Les pas se font très lentement au début, l'utilisation des bords externes des pieds est très importante, l'attention doit être portée sur la continuité du mouvement et sur le plan arrière du corps. En avant !

 

 

 

EXERCICE POUR DONNER ACCÈS AUX STAGIAIRES


Exercice pour donner accès à ce monde de variations et d'impermanence. Mise en pratique de la fragmentation du corps et des changements qui le constituent. Incarner un bras et une jambe qui ont mille ans pendant que le reste du corps vit ses trente ans. Sentir la moitié du corps devenir bois pendant que l'autre devient vapeur. L'imaginaire peut prendre le relai et permettre d'ouvrir la perception petit à petit. 

 

 

 

LA CONCENTRATION DE KO MUROBUSHI


C'est un élément primordial de la pratique. La concentration donne accès à la perception du changement et de la multiplicité. Elle ouvre aussi à l'expérience de l'unification du corps. Par exemple l'expérience du danger et de la façon globale et immédiate dont nous réagissons par réflexe de survie. Jeter son corps sans retenue. Il accepte de vivre. Il accepte de ne pas savoir.

 

 

 

À LA MANIÈRE DE KO MUROBUSHI


Expirer, suspendre, expirer, inspirer, suspendre, inspirer. Extrême niveau de vigilance. Enroulement du corps dans la respiration. Accès au dansé.

 

 

 

GENÈSE DE LA DANSE


Relation mystérieuse animé/inanimé genèse de la danse. Le corps n'est plus. Le corps n'est plus qu'un cheminement entre vie et mort qui s'ouvre aux imprévus, aux impensés. C'est l'intégration de la mort au sein de la vie. Autour de cela un rituel. C'est juste au moment de la perte que l'insolite se produit.

 

 

 

CET IDIOT LA DANSE


Le réel ce serait les formes comme elles apparaissent côte à côte. Sans forme pas de réel. La réalité ce serait une fabrication. Je me laisse traverser par un élan. Être vu, se laisser voir, regarder. Laisser venir les micros mouvements. De l'immobilité apparente faire paraître la vie. Être vivant. Accepter de vivre avec un corps à la fois savant et absolument incertain ou mystérieux.

 

 



EAU CALME NAISSANCE D'IMAGES




Pour Mykola Istyn




Faites étinceler les murs et les cœurs se guideront tendrement, je tiens absolument à cette virgule, la valeur est une marguerite. Revenir à l'idée de donner la pensée en mouvement,

boire des gorgées de temps en sirotant, vouloir manger, avoir faim, essayer de partir, vouloir s'en aller, faire tomber, construire, tracer des lettres avec effort, pousser brusquement, bousculer, tapoter, cueillir, remplir d'écriture, frapper, donner des coups, tomber malade, se faner, avoir décédé, finir la rédaction, disparaître. Lire, lire un peu. J'arrive à mon tour, j'aborde le rivage vert vir vis vie, on dirait de l'huile - exacte description du calme plat. Fée tinter. Ceux-là qui ont vu je vois par leurs yeux, étincelle et bête. Bande Jacques dessine Derrida.


C'est un rire glacial et dément. Je ne dirai jamais assez bijouxchouxcaillouxgenouxhiboux

cuicui, surtout ne rien dire, ceci n'existe pas, ceci ne se fait plus. LPBM Libérer Prose Belle Moderne, BBAE Bouffer Beaux Arts Éditions jusqu'à crever d'indigestion, la machine à écrire est lancée, les lettres c'est rien ça marche devant, ce que fait abcdefghijklmnopqrstuvwxyz.  Dans ma chambre où je pleurai pendant des heures, et rien ne demeure que l'étourdissement passager, oeuf crac clac clac clac omelette, corps en balance pour accélérer une intensité qui l'élève. Votez Christiane Taubira, soyez généreux.



Se tailler un petit morceau de bon temps, nourriture du corps et de l'esprit ont partie liée, on mange, projet, mouton grillé, café turc, souvenir, français, françaises du monde, je suis Charlie, adieu peint en lettres d'or. Deux ou trois dans la matinée, ou plus, à cheval sur mon balai, sens, tendresse, peau, mille détails indéfinissables, délices je vais aimer, misère j'en viens. M. Une voix crie, des genoux plient, un bras frappe, encore un effort c'est fait, eux égale aime ces deux, nouvel arrivage écriture- musique- image, je parme - de quoi parmes-tu ? Lire c'est dire coucou coucou, je suis pour l'élargissement du contexte à la vérification des sornettes, contour de l'esquisse, scruter l'image de quelqu'un penché sur une image pour la scruter.


M'écouter donc me réconforter, phrase brève prononcée avec naïveté et modestie, paruperçu, le vent souffle sur tout ce qui bouge, la parole est d'argent (qui manque) le silence est d'or (qui a les moyens). Mon nain mon jardinma boulangerie mon école, mon chemin, je sème des graines d'amour jécripour, une cuillère pour grandir, la renaissance résiste, dans le clair de la Mort, chaque jour apprendre à vivre autrement, démarche concrète d'une philosophie in situ, ce qui n'est qu'un point de vue sur une page blanche. Je déclare ne pas vendre mon bateau Morin dériveur lesté à monsieur F. L. C. le 17 avril 2021 à Hourtin Piqueyrot, qu'est-ce que comment ça pourquoi si, ici l'eau calme un reflet, eau calme naissance d'images.



Tabac brûlant entre deux lèvres, un arbre une pierre un dieu, une petite poupée dans une plus grande poupée, un réduit à deux dimensions, par-dessous la soie en ce moment. Anecdote de Toulon, le docteur et Mme de laBarbinais, ça parle ... stupéfaction, extase et stupéfaction, comme un chiffon mouillé sur un carreau sale, pouleécriture lecture œuf, pourquoi se déshabiller devant un homme sain ? Autre détail de cette période funèbre : dites des choses gaies et souriez, à bien y songer c'est un malaise, ce n'est rien, va, suis ton chemin pour toi sansretour, miroir aux alouettes mais surtout pour cette alouette. À lire attentivement, tempo lent, taiseux, liberté égalité fraternité nota bene, personne n'est sourd.



Mais on reste aveugle, si tu ne me crois pas tourne les pages, immobile, piégé, capturé

pieds et poings liés bâillonné, fragment d'un monde immobile, gaffe à la corne, je suis un mauvais père qui abandonne ses enfants au bord de la route, imagisme, vorticisme, futurisme,

dynamisme, sache que si tu quelque chose de ça te retombera toujours sur la, vanité de lumière à travers la lentille semée de boulettes de pain qui sera demain semée de cailloux, si tu ne me crois pas tourne les pages (situ as le temps), immobile, piégé, capturé, pieds et poings liés, bâillonné (qu’ajouter de plus ?), fragment d'un monde immobile (ceci est un fragment qui représente un monde immobile de signes sur la page blanche), gaffe à la corne (allusion à la corne du taureau), je suis un mauvais père qui abandonne ses enfants au bord de la route(je confirme, je suis ce mauvais père), imagisme, vorticisme, futurisme, dynamisme (pour ceux qui ne connaissent pas la poésie), sache que si tu quelque chose de ça te retombera toujours sur la (les mots manquants : fais, mal, gueule). Vanité de lumière à travers la lentille (no comment),  semé de boulettes de pain qui sera demain semé de cailloux (petits cailloux), lire la terre est bleue comme une orange délire. Elle pinça ses lèvres creusa ses joues et s'avança d'un pas décidé, dis-je, dit-elle, répondis-je, ajoutai-je, demanda-telle, blues de l'aller simple, tendre la main la serrer se quitter, j'aimerais mieux pas, n'être pour naître,  liberté égalité sardane détachement sérénitéconfiance, exploitant une marge de gazon pour étouffer le bruit de mes pas.

·       





Confidences d'un homme 


La poésie ne se définit pas par sa forme, prose ou vers on s’en fout, là n’est pas la question. La poésie peut prendre toutes les formes par exemple pour moi il y a peut-être plus de poésie dans les pièces de Shakespeare que dans ses sonnets. La poésie ne se définit pas non plus par son contenu, pour moi la poésie est une façon d’être et de penser crédible et qui enchante d’une façon ou d’une autre, voilà à peu près tout ce que je sais de la poésie à l’heure qu’il est.


Émile Cioran



CHAPITRE I



Ainsi lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre : ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain.

Michel de Montaigne.


Rien ne dure, n’est fini, ni parfait. (C'est un principe au Japon).




"" Bien sûr, on peut le faire…"


Je n’ai pas eu à rester patient longtemps, l’oracle a parlé ! telle est la réponse laconique du critique littéraire à mon mail… 

C. ne s’occupe de la traduction de son roman qu’au dernier moment, je ne sais pas comment il occupe son temps, je n’ai jamais osé lui demander ça… peut-être oserai-je un jour… c’est quelqu’un qui m’impressionne beaucoup… j’ai l’idée parfois d’être l'enfant en face de son père, à hauteur de cuisse, à hauteur de mystère.


J’ai parcouru une vingtaine de textes de Sixto Rodriguez, tous n’ont pas le même intérêt selon mes critères esthétiques…

Je pense que les deux textes de Sixto Rodriguez présentés dans le Dépôt - j’espère en trouver d’autres, révèlent un bon poète… qui peut-être l’ignore lui-même… dans ce cas nous pourrions dire sans nous tromper que tout est curieux chez ce personnage… Sixto Rodriguez, un poète excellent et inconscient, car s’il avait été conscient il aurait plus souvent écrit de la bonne poésie… La plupart des poètes sont comme lui, comme Bob Dylan, ils n’ont pas conscience de la valeur de leurs textes, sauf quelques exceptionnels poètes… ils ne savent pas faire un choix dans leurs brouillons, il ne savent pas rester au niveau de l’excellence qui est la leur parce qu’ils ne situent pas bien leur propre excellence… Peut-être parce qu’ils savent que l’excellence en poésie est une question de chance, de hasard ? Cette chance, ce hasard, cette fumée dont parle Gaston Puel : Nous n’oublierons pas cette fumée si légère qui semble lointaine dès qu’elle apparaît, c’est le meilleur de notre parole, c’est ce qui veut aller plus loin que nous, vers l’insaisissable présence.


Ça aussi c’est curieux ! « Insaisissable présence » … tiens, tiens attrape ça, Princesse  Mahiva !


Bref, comme dit Aimé ; certains auteurs n'ont pas conscience de la valeur de leurs textes. Ils ne savent pas faire un choix dans leurs brouillons car il est très difficile de rester lucide. Ce n’est pas facile de corriger le texte d’autrui comme pas facile de se corriger soi-même… La correction est sans nul doute l’exercice le plus délicat de la création.

Pour d'autres, on venait fouiller dans leurs brouillons pour les publier : Bukowski... Un manuscrit de Proust est en train de ressortir, même chose pour Walser il y a quelques années qui - pour essayer de contrer cela - écrivait pourtant de façon graphiquement illisible et codée. Mais rien n'y fait.



C’est aussi le rôle difficile d’une revue de faire des choix lucides, de ne garder que le meilleur, d’indiquer où est le meilleur non seulement aux lecteurs mais aussi à l’auteur lui-même…


Je suis en train de lire un livre qui m’emballe dès les premières pages, celui de M. Kundera qui s’appelle La vie est ailleurs : c’est de la littérature romanesque à son niveau d’excellence.

C’est d'une psychologie du meilleur niveau dès les premières pages . L’histoire d’un poète que sa mère avait pensé prénommer Apollon… oui, c’est ça que j’aime chez Kundera : la valeur psychologique de ses écrits…le roman est une psychologie…le poème c’est autre chose… ça parle d’autre chose…et si ça parle de psychologie, c'est par hasard…. …. non ?


Pour écrire un bon roman il faut un bon talent doublé d’une bonne imagination, mais le bon talent ne suffit pas à écrire un bon poème, il faut aussi posséder la foudre de l’inspiration.


Enfin… bon… il est bon de pouvoir dialoguer… jadis j’aimais et j’aime toujoiurs le sens du dialogue qu’avait C., et j’avais approfondi l'idée à partir de nos conversations que le dialogue était la forme la plus intéressante qui soit pour exercer la pensée… là-dessus je suis influencé par un Socrate... écrire de la littérature pourrait être possible aujourd’hui en creusant cette question du dialogue… dans une de mes dernières tentatives poétiques j’avais expérimenté une sorte de dialogue et je recommencerai l'expérience…





(OK, JE T'APPELLE UN PEU PLUS TARD)



Il y a de bons jours et des jours médiocres.


Il était une fois nous avons besoin de l’enchantement que peut provoquer la poésie écrite.


Dans la nuit sans étoile, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grand route.


Je me pose beaucoup de questions sur le Dépôt… comment faut-il qu’il fonctionne, à quoi faut-il qu’il serve… et je crois que ces questions n’auront jamais fini de se poser… le Dépôt de LPB c’est le domaine et la Revue c’est le château de LPB… un château habité par des princes de la poésie et des princesses de la poésie successifs dans le temps… le domaine autour du château est habité par de simples paysans et artisans et troubadours, des gens aux multiples savoir-faire …LPB est une entreprise féodale, anachronique… Dans le Dépôt les boulangers que nous sommes font cuire et placent leurs pains et leurs gâteaux sur leurs étals.. L’idéal serait que tous les paysan et paysanne, artisan, troubadour, boulanger pâtissier, puissent avoir un accès direct à leurs boutiques. La gérer comme ils l’entendent. Le pain ce sont les poèmes, mais aussi les articles critiques de toute sorte, particulièrement les articles de poésie de culture ou de littérature… à priori je pense que tous les auteurs invités dans la revue LPB ont droit à leur pièce dans le dépôt, qu’ils auront à occuper eux même directement car ils auront les clefs du Dépôt. On n’en est pas là mais je crois qu’on se rapproche de cette solution avec l’aide du hasard… le choix des participants du dépôt se fait en amont du dépôt, parmi les participants de la revue LPB elle-même… qu’importe et tant mieux si dans cent années il y a des centaines de noms dans ce dépôt et cette revue…

Si pour tel ou tel poète le niveau de ce qu’ils déposent devient trop faible à notre goût, nous nous chargerons de leur dire, le secrétaire de direction de Lpb Matthieu Lorin ou moi… Voilà où j’en suis de mes réflexions.


Ma soeur, Calique Dartiguelongue, est une personne modeste, et tellement modeste que je ne l’avais pas jusqu’alors vraiment appréciée exactement dans ses capacités de poète, même si j’avais publié ses textes dans la revue LPB. Mais voilà l’erreur réparée, Calique a sa place à nouveau dans le site, Calique est reconnue, Calique est rassurée, Calique m’a décrit son état d’âme de poète, sa secousse de bonheur en lisant les mots que je lui envoyai récemment. Calique est le prénom que Catherine s’est donnée à elle-même dès qu’elle a commencé à parler.


En fait, depuis un certain déclic que je ne saurai dater exactement, il y a quelques mois, je suis en état d'écriture permanent… avec des dangers d’emballements… une suite d’instants étonnés, des fois j’en viens à m’en inquiéter mais la plupart du temps je suis simplement étonné, et cet étonnement m’est plutôt une bonne disposition mentale…être étonné du monde comme de soi-même... Tout ce passe comme si j’avais adopté un rythme souple et intellectuellement actif.


Depuis aujourd’hui j’ai décidé de pimenter mes confidences d’un homme avec des souvenirs marquants de ma vie…j’en ai installé un au début du chapitre 2 et un j’en écrirai un autre bientôt, que je placerai vers la fin du chapitre 2…L’idée m’ est venue à la lecture de nouvelles de Raymond Carver, des nouvelles qui racontent la vie ordinaire - la prochaine nouvelle à lire c’est Les vitamines du bonheur…Ce sont des textes qui me semblent plus ou moins autobiographiques et qui ont pour autre particularité de se terminer en queue de poisson, et j’essaierai de rendre cette même impression dans chaque souvenir que j’écrirai… J’ai lu des autobiographies mais ce genre littéraire ne m’intéresse pas en soi…autobiographie est synonyme pour moi d’autosuffisance… par contre, glisser des germes de souvenirs personnels dans un roman, une nouvelle, un journal me semble une bonne idée… Le genre littéraire du journal me plait bien… plus facile à écrire que le roman… le roman est un exercice d'écriture pour moi difficile sinon impossible… je ne me sens pas fait pour les récits de fiction… la seule tentative que j’ai faite s’est vite révélée une entreprise ridicule et au bout du compte j’ai juste pu écrire une nouvelle… peut-être que je pourrai la relire un jour pour voir si je peux en faire quelque chose de mieux… mais maintenant c’est certain je me sens devenir écrivain… je n’ai jamais voulu être écrivain, c’est en écrivant qu’on devient écrivain…




Le livre que je préfère de Céline (j'aime tous ses romans comme sa thèse de médecine, comme je déteste ses écrits antisémites), c’est Guignols band… Oui, un livre se souvient parfois du lieu où on l’a lu : je lisais Les vagues de V. Woolf assis dans l’eau au soleil de la Côte d’Azur et ce livre en a gardé le souvenir, les pages gondolent…

Un roman de Simenon, Le cercle des Mahé, a été imbibé de la pluie de Porquerolles où se passe l'action… Je fais souvent des cornes aux pages de mes livres, quelques fois le livre double de volume, quelques fois j’emploie mon crayon coquelicot pour souligner ou marquer des passages. L’état du livre m’importe peu et j’achète des livres d’occasion en ligne, c’est ainsi que je découvrirai bientôt Tristan Egolf.


L’étranger de Camus est de ces premiers livres de littérature qui m’ont impressionné, comme La peste, et en particulier les première pages de La peste, où l’auteur fait le récit ironique d’un écrivain qui bute sur la première phrase de son roman ; du genre ‘Par un après-midi de dimanche ensoleillé'.


Romain Gary Ajar c’est bien plus tard que je l’ai lu et j’espère découvrir encore beaucoup d’écrivains superbes d’autrefois et d’aujourd’hui. Voilà comment je fais depuis des années pour choisir des livres : je cherche à connaître le ou les écrivains que peut citer l’auteur.


Quand a commencé cette revue, je ne m’imaginais pas que j’entrerais comme Alice dans un monde merveilleux. La littérature, philosophique, poétique et romanesque étaient déjà en soi un monde au trouble émerveillant où je m’évadais de ma médecine en apprenant toutes sortes de choses utiles à l’esprit. Je savais à peine que faire une revue de poésie c’est entrer en contact avec des gens qui écrivent. De même, c’est une chance que j’ai saisie quand mon caniche Crack m’a proposé de devenir son maître… depuis le début les choses ont évolué dans le sens où aujourd’hui j’ai plutôt un sentiment de solitude, d’être seul, Crack se tient à distance, il me délaisse …


Aimé me dit " Je viens d'aller voir sur le site. Il faut aller au bout de votre démarche et seul le temps (vous) dira si ce projet épistolaire est viable, intéressant et constructif. Je pense qu'il peut l'être, qu'il peut-être quelque chose qui se rapproche des Papier-Collés de Perros, une succession d'impressions, de pensées. Le titre me rappelle le théâtre et ce sentiment d'incommunicabilité qui traverse le théâtre contemporain (Lagarce, Y. Reza...)".


Je tente d’écrire le journal d’un éditeur de poésie sur internet. J’écris en "live", devant une grande salle presque vide, cherchant refuge dans ta bonne oreille, petite cuillère.


J’avais un ami que j’ai perdu de vue et c’est pour moi maintenant impossible de le retrouver, pourtant j’ai essayé. Cet ami, Philippe Fournier, qui a pas mal écrit dans les premières années de LPB, se faisait appeler Sonneur. Il jouait de la cornemuse et je l’avais rencontré lors d’un concert de cornemuse à La Brède, tout près de chez moi. Nous avions sympathisé et Sonneur m’avait fait découvrir les livres et les peintures d'un auteur périgourdin, François Augiéras, qui mérite d’être connu. Sonneur avait aux dernières nouvelles pour ambition de lire tout Chateaubriand. Il a dû mourir d’une indigestion ou se noyer dans une cuve de menthe à l'eau. Je n’ai plus de nouvelles. Ce sont des problèmes de communication que nous rencontrons dans la vie et nous ne sommes pas capables d’expliquer ni de résoudre ces problèmes.


 Le titre Ok je t’appelle un peu plus tard dans mon essai mi roman épistolaire mi papiers collés m’a été soufflé par le texte d'un sms que j’ai reçu de Mickaël Lapouge le réalisateur du site LPB. Ma vie est une succession de problèmes de communication, mais j’ai su les surmonter. Seule la mort a pu me séparer des gens que j’ai aimés et que j’aimerai toujours aimer. 


J’ai commandé Art de Yasmina Raza que je ne connaissais pas. J’aime beaucoup Lagarce. Voilà...


Je crois que ce qui importe pour Crack c’est sa propre vie, à laquelle, je crois, il réserve son temps maintenant (il est, petite boule noire, dans les nuages blancs avec les anges) . 


J’ai lu Regain de Giono, un auteur que j’aimais beaucoup lire dans ma jeunesse. Une de mes anciennes patientes passait avec son mari, poètes tous deux, leurs vacances avec Jean Giono. J’ai lu aussi La promesse de l’aube de Romain Gary.


Un poète parmi ceux que je préfère : Thierry Metz. J’aime bien aussi Jean-René Cocteau… Rien à voir avec l'autre, que j'aime beaucoup aussi. J'ai un faible pour Richard Brautigan.


Ce matin je me suis réveillé avec l’idée en tête d’aller tout de suite retirer ce texte du Dépôt ; ça m’arrive de dépasser les limites, une nuit, dormir, suffit à retrouver la lucidité du matin; la lucidité du matin ressemble un peu au lever du jour; le matin on sort de l’obscurité, plus ou moins.


Aujourd’hui j’ai traduit deux poèmes de l’américain Allan Graubard; il m’a présenté quatre textes pour la revue; chacun de ces textes est une évocation d'amis poètes et d’un ami musicien compositeur et chef d’orchestre; ce soir je traduis les deux autres. Voilà encore un poète qui a assimilé la leçon surréaliste :


Bonjour Allan,


avant de lire un de vos cahiers de poésie il faut que je le traduise, afin de bien le savourer, alors si vous voulez, je voudrais traduire en français un cahier de vous.


Le dynamisme de vos images me rappelle la force de la poésie surréaliste et me donne le plaisir de goûter aux sources de votre imagination.


Cette séquence de quatre textes anglosaxons en l'honneur de vos amis, si elle vous convient dans ma traduction française et loyale, pourra paraître dans le n° 56 de LPB.



«  Un lent, sombre paysage d’échos et de fabrications…

Et du silence de l’autre côté… » 



«  et des ressorts délicats fleurissant sur chaque image … » 



«  cette chaleur

de laquelle

os chair habits et mots 

         sont nés

en nous

     de nouveau » 



«  .......... moi

cet amour de la vie d’amour et de vie

grillon insatiable qui racle sous la lune » 



«  quand les étoiles coulent dans la brume de fer

   qui transpire dans une rue vide » 



Quand j’ai traduit les textes des chansons de Bob Dylan - d’abord depuis un livre de Songs of Bob Dylan for ukulélé, j’ai voulu rester le plus possible près du texte original; le choix des mots doit être au maximum respecté dans la transcription. Le choix des mots et la structuration des phrases font partie de la personnalité de l’écrivain, pas seulement ce qu’il dit mais comment il le dit. Les traductions que j’ai pu lire ne m’ont pas du tout convaincu et c’est pour cela que je me suis lancé dans la traduction de 80 chansons, seule façon pour moi d’entrer dans l’univers de Bob Dylan.



Poème 4 : poème d’amour


Coucher

avec elle

est comme

coucher

avec

un balai `

de sorcière.


Ses yeux

ont

l'émotion

Du papier de verre.


Quand je l’embrasse,

c'est comme

embrasser un piège

à souris qui

vient 

de se refermer.


(Je n’arrive toujours pas

à comprendre 

pourquoi je l’aime

plus que tout.)


Richard Brautigan

Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus

Poésie Points



Vendredi 12 février 2021 - J’enlève, je nettoie, j’ai fait une nouvelle présentation du Dépôt de LPB, plus conforme à l’esprit que Constantin Pricop a insufflé à la revue LPB. Je ne veux plus promouvoir les nouveaux venus, c’était une idée d’amateur. À quoi bon m’allonger dans une médiocrité qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la médiocrité ambiante.

Il y a quelque chose de médiocre en moi que je ne comprends pas, que je ne maîtrise pas, que j'essaie de maîtriser.


Il y de bons jours et des jours médiocres.


Je ne laisserai dans mon Dépôt que les auteurs avec lesquels je sens des affinités, comme je ne laisse sur les murs de ma maison que les peintres avec lesquels je sens des affinités, dans le temps que dure la vie.


Je regrette que Constantin Pricop ne continue pas à écrire ses éditoriaux billets et points de vue, car c’est ça qui donnait à chaque numéro de la revue LPB son style, sa personnalité, exactement ça, plus les lignes en pointillés du réalisateur du site, plus les choix des textes présentés.


J’ai l’impression d’être un amateur d’écriture - cette impression m'est à la limite désagréable. Je ne m’empêche pas d’écrire pour moi, à condition de ne pas publier mes racontars. Pourtant je le fais, je me lance, j'y vais, je publie.


Il y a de bons jours et des jours médiocres.


J’entame un nouveau livre de Brautigan, La pêche à la truite en Amérique, après avoir lu coup sur coup deux livres de sa poésie, sa poésie est tout à fait unique par sa simplicité, sa légèreté, et sa fantaisie ; je me sens heureux comme un poisson dans l’eau lorsque je lis les livres de cet auteur, romans et poèmes. Mes amis d’Émmanuel Bove, Mémoires sauvées du vent de Richard Brautigan,

Des aveugles d'Hervé Guibert,, quelques romans que je conseille..


Je suis sorti tout à l’heure pour faire la vidange de ma voiture… j’ai attendu en lisant La pêche à la truite en Amérique, dehors il pleuvait, mais par chez nous c’est rare qu’il fasse froid.


Si l'aveu de la médiocrité n'empêche rien, elle est une prise de conscience de sa possibilité, ce qui est déjà un pas fait sur le côté : comme si elle ne pouvait pas tout à fait nous attaquer de face. C'est du moins ce que je me dis pour tenter de me rassurer.


Il y a de bons jours et des jours médiocres.


J’attribue la médiocrité - manque de perspective par rapport à un horizon, à l’émotivité, au manque de contrôle des émotions, manque qui est quelque chose de tout à fait normal et structurel pour moi… la reconnaître n’empêche pas l’émotivité, c’est à dire la médiocrité, la débandade, mais ça permet de faire un pas de côté comme un écarteur de vaches landaises…transformons nos médiocrités en un arc élégant face à la corne et au plus près du danger de l'arène. Il y a une grande différence entre émotivité et émotion, l’émotion est quelque chose, l’émotivité autre chose… Bon, à part l’émotivité, il y a aussi cette tendance à fondre dans la médiocrité ambiante, ne serait-ce que la médiocrité du ciel.


Il y a de bons jours et des jours médiocres.



La trame de mon journal m'importe beaucoup, elle est un dialogue, c’est la trame qui permet de constituer un tissu...



Tant pis si certains s'en offusquent mais il ne reste plus dans le Dépôt que des poètes que j’aime depuis un certain temps pour différentes raisons, à chacun la sienne.


J’ai réalisé que le labourage et pâturage du dépôt et celui de la revue c’est un même job.


Concours de poésie sur un thème oui, mais un seul thème : la poésie. Demander des contributions critiques, je le fais soit en m’adressant directement à un auteur de la revue, soit en passant un message ailleurs. Quant aux entretiens en général je n’aime pas, je ne sais pourquoi, cette formule, ce qui ne m’a pas empêché hier de parler de LPB avec Denis Heudré pour la revue Recours au poème.


Les images de couverture de LPB… Tout a commencé en 2008 quand j’ai fait la connaissance de mon ami jcb, cheminot, aussi peintre et poète, par l’intermédiaire d’un ami commun Patrice, Patrice que je fréquente depuis 1991, qui a écrit des poèmes dans sa jeunesse et qu’un jour je présenterai - au moins un de ses textes, dans la revue LPB car il a un style, comme Brautigan a le sien, et jcb aussi… (jcb : Jean-Claude Bouchard)… et Mickaël Lapouge le réalisateur aussi mériterait que je présente ses textes dans LPB. Coralie Meïsse que l'on pourra lire dans le n° 55 est une amie d’enfance de Mickaël Lapouge, et le poème que je publie d’elle dans le n° 55 de LPB est un poème qu’elle a écrit il y a des décennies, quand elle avait seize dix-sept ans. Les textes que je possède de Mickaël Lapouge datent de la même époque ; mais il ne veut pas que j’en publie ; il faudra que j’insiste ; l’âge d'un auteur a une importance relative.




Tableau


Sous les nuages blancs, la neige tombe.

On ne voit ni les nuages blancs ni la neige.

Ni la froideur et l’éclat blanc du sol.

Un homme seul, à skis, glisse.

La neige tombe.


Yasmina Reza 

Art

Ed. Magnard


J’ai trouvé ce poème à la fin du livre Art de Yasmina Reza . J’ai découpé ce passage du texte et j’ai ajouté le titre (un tableau blanc est le sujet de la pièce de théâtre intitulée Art)… je place ce texte dans la rubrique ‘poète du monde’ de LPB et dans mon journal de confidences (j’aime l’art pictural et j’aime aussi le jeu des relations, les dialogues, entre les personnages de théâtre. Le théâtre, un genre littéraire à part entière, comme la critique ).

Personnellement j’aime lire les pièces plutôt que les voir jouer par des acteurs mais avec des acteurs pareils (Vaneck, Arditi, Lucchini), j’aimerais voir la pièce…j’espère qu’elle a été filmée…


Ce qui m'intéresse le plus dans le roman, la nouvelle, le théâtre, c'est le matériau psychologique des oeuvres.


J’avais un ami d’études, Émile S., qui peignait des tableaux blancs avec des reliefs blancs, un peu comme le tableau blanc objet de la pièce de Yasmina Reza. Personnellement je trouve que le blanc n’est beau que dans la nature et dans les tissus. Entre un tableau blanc et un bidet accroché au mur, je ne vois pas de différence. Le blanc n’est-il pas plus laid que le noir, c’est une question que je pose à la page. Le blanc en poésie est possible aussi, le poète dessine des traits fins et de timides couleurs autour, presque invisibles sur la page blanche…


La formule du dialogue m'intéresse… Chaque relation, je suis sûr de ce que je dis, est un dialogue possible/impossible (il existe un mot unique en Égypte antique pour dire la réalité possible/impossible )… rien de plus intéressant et surtout rien de plus important dans notre vie que le dialogue. Je trouve qu’un bon dialogue, un bon dialogue à deux ou plusieurs, peut finir en surprise partie d’échecs, de verres cognés, de danse …


Je suis content de mon caniche Crack, hein, toujours là près de moi !



Merci; je dis merci à celui qui me parle de tel ou tel écrivain. Il ouvre des portes, ouvrir des portes c’est d’ailleurs son métier de passeur . Quel beau métier, j’aurais du y aller, plutôt que la médecine. Ou alors j’aurais du être prof de médecine et pas seulement maître de stage…Car l’enseignement c’est ce qu’il y a de plus noble parmi les métiers. J’ai eu la chance de connaître en 6ème et 5ème une professeure - à l’époque on disait professeur, on n’avait pas alors l'idée obsédante du sexe, ni le rappel à la loi des féministes, professeur de français qui a ouvert sa porte à un gamin de 9 ou dix ans. Elle m’a fait saisir les mots comme des objets vivants. Je me suis souvenu avec vénération de ses leçons, de sa personnalité, de sa qualité. Ensuite, dans mon souvenir, la littérature enseignée à l’école était souvent médiocre, très souvent médiocre. Et de même les efforts démesurés des enseignants en mathématique pour faire aimer les mathématiques, arithmétique, algèbre, géométrie, médiocres aussi. En sport, l’enseignement était quasi nul, surtout celui de la mêlée. Cela tient peut-être au fait que l’enseignement, l’éducation, est une administration sans beaucoup d’imagination… Parler avec un bon professeur pour moi est une aubaine. Un bon prof parce que bien formé, sans doute, je suppose, les programmes d’enseignement sont-ils de meilleure qualité à ici aujourd’hui qu’ailleurs autrefois, sans doute, je suppose, j’ai même quelques indices sérieux qui me le font penser quand je l'écoute.


Crack m'attend tous les soirs devant le portillon.



Toujours en cinquième, ou peut-être en quatrième, j’avais eu un prof de sciences de la nature (on disait sciences naturelles) qui était un universitaire travaillant dans la géologie. C’était passionnant, d'autant que ce savant nous donnait des cours pratiques très pratiques dans les torrents et les garrigues de l’Aude, mais presque anecdotiques par rapport aux sciences fondamentales hélas si mal enseignées à l‘école, sauf le français en 6ème 5ème. L’importance d'un professeur laisse rarement des traces indélébiles dans l’esprit d’un élève. La transmission, le fait de passer de la connaissance, du savoir, mais aussi le fait de savoir transmettre, selon la personne que l'on est, à sa façon, voilà tout l’art des humanités et des humbles poètes. Bon, finis les discours.


Je n'ai pas la passion des échecs. Je n'ai pas un goût prononcé pour la géométrie. Les échec, le jeu, pour moi c’est une suite de petits cris rauques poussés par-dessus un damier, et le fou est presque aussi extravagant que la dame quand le roi est ubuesque, les cavaliers surprenants, les fantassins des troufions, des bidasses, des pions, de la chair à canon, qui pourtant, compte quelques fois dans le gras des héros. J’ai joué aux échecs avec mon père puis quand il est mort j’ai laissé ce jeu où il faut être deux. Les échecs c’est un jeu d’aventure à deux.


La patience c’est le contraire de l’émotivité : la meilleure des tisanes c’est la tisane des impatiences. J’aime aussi la ténacité et la pugnacité, l’audace et le courage, la stratégie et la ruse, qualités qu’on retrouve avec la patience dans le jeu d’échec.


Tout le monde a fait cette expérience du dialogue de sourds où chacun interrompt l’autre pour "en placer une" en développant exclusivement sa propre idée : communication possible/impossible…je pense qu' il n’y a pas lieu de différencier dans le dialogue le sens du mot échange et celui du mot partage… l’écoute est bien la condition du dialogue…l’écoute est bien la capacité à aller vers l’autre...


Je suis en train de lire La pêche à la truite en Amérique, youpi c’est très bon ! Je trouve les comparaisons de Brautigan savoureuses et impertinentes, mais les profiteroles, j’aimais tellement ça !


Aimé, me parle de gens que je ne connais pas comme Henri Calet l'écrivain, dont le père était un vrai faux monnayeur et qui avait lui-même joué les Arsène dans sa jeunesse. J’ai commandé Rêver à la Suisse d’Henri Calet, pour faire connaissance avec l'auteur et envoyer subrepticement le livre à mon fils Guillaume qui vit en Suisse. Rayonnement politique de la culture livresque française à l'étranger (mais pas en France) en échange d' un timbre d'un euro à la poste de Beautiran…


Les mots prononcés et entendus comme des actes qui peuvent changer la vie, qui expriment des changements de paradigme - les mots comme meilleure défense face à l’attaque. En amour, les mots comme meilleure attaque face à la défiance - les mots confiants.


J’ai pris en horreur le bachotage après l’avoir beaucoup pratiqué pendant mes études de médecine. Quand j’ai commencé ces études , j’avais eu des notes brillantes au bac en Sciences Expérimentales, dans toutes les matières sauf un douze à l’oral en français, le prof m’ayant interrogé sur Zadig qui n’était pas au programme, mais que j’avais lu en vitesse par plaisir, il est vrai que je n’ai pas su dire au prof que Zadig n’était pas au programme, j’étais timide... Ça s’appelait ainsi, Sciences expérimentales, et comme j’aimais beaucoup la biologie, grâce à la prof de biologie en terminale, j’avais choisi la médecine, ne sachant pas l’énorme quantité de travail de bachotage qui serait demandée - j’ai pas mal déchanté tout au long de ces études. Pourtant j’essayais d’apprendre intelligemment, pour pouvoir retenir j’essayais de bien comprendre ce qu’il me fallait retenir.


Des nuances de lumière … Même sans lune et par un ciel couvert on n’est jamais totalement dans le noir, même en fermant les volets et les yeux…et le blanc de la neige n’est pas du tout le même en plein soleil et à l’ombre.


Dans les échecs, ce que j'aime, ce sont les préparatifs, l'envie de piéger l'autre. Il faut être patient, mais pas trop : il faut forcer l'autre à ne pas l'être ou à l'être trop. Il faut attirer son oeil vers le soleil pour le renverser ensuite. Ma pièce préférée : le cavalier, si difficile à maîtriser, si imprévisible. J'aime aussi le pion : seul il n'est rien, à deux ou trois il peut aller jusqu'à la reine grâce à un gambit hardi.


Contre moi il faut se servir des tours, il faut roquer. c'est fait.




CHAPITRE II




Nous deux, elle et moi, en voiture vers Bordeaux. Elle m’a tenu un petit discours, pas très long, bien construit, en y mettant des formes d'ultime tendresse, pour me ménager, car elle m’annonçait qu’elle ne m’aimait plus, qu’elle voulait se séparer de moi. "Au bout de sept années"... "Le divorce et ses conséquences pour notre famille"... Tout ce qu’elle disait était mûrement réfléchi. La voiture roulait lentement.



L’avenir, l'ère moderne, pour moi, comme pour Jourdin, c’est la prose ! Du moins, je pense qu’il faut faire le plus de place possible à l’écriture en prose. Pour moi l’écriture en prose est plus « sérieuse » que l’écriture en vers; mon idée, c’est qu’il y a quelque chose d’artificiel convenu compassé dans l’écriture en vers; le vers peut couper la respiration; le vers est parfois une suffocation; il y a danger avec le vers ! Je suis contre le vers, même si j’écris moi aussi des poèmes en vers, je suis pour un retour à la musicalité fluide de l'eau qui coule propre à chaque langue, propre à la phrase parlée et non chantée en vers; pour moi la poésie doit se contenter de suggérer une musique, un rythme; pour moi la poésie est la musique de la pensée; et la pensée ce n’est qu'une suite de respirations naturelles qui n’a pas besoin d’un ordonnancement particulier pour en quelque sorte prévenir le lecteur que voilà de la poésie. La chanson a toujours mis de côté la parole parlée, sauf quelques astucieuses exceptions; la poésie écrite n’est pas un chant plus ou moins lyrique mais une parole, et la parole est une expression sérieuse de la pensée - pas la seule expression de la pensée, mais la plus sérieuse, plus sérieuse et aussi plus comique que les autres expressions… artistiques, comme le chant…sérieux et comique de la vie brève... Pardon de mes emballements fantastiques contre cette chose comique qu'est le vers, mais sincères.


Aimé - Vous pourriez ajouter ce paragraphe à votre journal car il parle de vous, de la littérature, du rapport entre vous et la poésie. Il est très exact car je pense également que le lecteur n'a pas besoin qu'on lui montre visuellement qu'il s'agit de poésie pour qu'il s'en aperçoive. Un bon lecteur marque naturellement les pauses, trouve le rythme du texte et l'accorde au sien propre. 

Je pense (en tout cas, c'est mon cas) que le retour à la ligne est plus utile à l'auteur qu'au lecteur : pour moi, le retour à la ligne sert à avancer, rend la phrase plus facile à construire. C'est une facilité et, comme toute facilité, la bannir serait positif. Je n'en suis pas encore là, je me sers du retour à la ligne comme d'une béquille. Pour le lecteur, il ne sert pas à grand chose.

La poésie comme parole et expression de la pensée, c'est vrai.

De façon générale, je trouve que les rimes, la forme contrainte du sonnet... sont obsolètes, à quelques exceptions près. Peu d'auteurs arrivent maintenant par ces contraintes à faire jaillir des choses intéressantes, pas même les membres de l'Oulipo. 



J’aime les proses calmes et élégantes comme celle de Rêver à la Suisse d’Henri Calet que je viens de lire… Dans ce petit livre au léger humour Henri Calet raconte ce qu’il a vécu en Suisse pendant un mois de vacances…Ce qu’il a vu et retenu de la Suisse...

C’est un livre de voyage bien écrit, bien pensé, intéressant, c'est à dire inattendu, d’autant plus que j’avais, tout petit, vers les 7 ans d'existence, rêvé à la Suisse (en allant voir avec mon école un film sur la Suisse dans un cinéma de quartier comme on n’en fait plus) et qu’il s’agit pour moi d'un unique et même rêve de la Suisse… pourquoi rêver à ce pays spécialement, tous les pays ont quelque chose à eux...ce pays de montagnes m’attirait, m’affairait, était tout et tout nouveau pour moi… Je ne pourrais en dire autant de Beautiran, le village où j’habite, traversé par l’ancienne route nationale 113 Bordeaux Toulouse… en effet, qu’écrire sur le village de Beautiran qui n’a aucun charme particulier, excepté la Garonne, fleuve imposant, fleuve sauvage, au bord duquel il est bâti depuis mille ans ou bien plus, avec son église romane du 12ème siècle…

On se trouve pas si loin de la demeure Malagar de François Mauriac, surveillant les vignes et les landes plantées de pins de l’autre côté de la Garonne, et pas loin de La Brède où trône le château de Montesquieu au milieu d'une majestueuse flaque, nettement plus inspirant que la post-moderne mairie de Beautiran ...

Je garde le souvenir de quelques images du film sur la Suisse de mon enfance…c’était pour moi le pays du bonheur…un rêve… 



*


Bonjour ...,


(Beau prénom beau nom)

J’ai installé votre poésie dans le Dépôt de LPB… vous êtes parmi les heureux élu(e)s… vous apportez dans votre poésie, dans vos larges poèmes - c’est là que vous réussissez, un style bien à vous très plaisant, c’est ça que je recherche pour le Dépôt du site LPB… un style bien à soi très plaisant…


Bonjour ...,


je ne sais pourquoi, je vous imaginais capitaine de péniche pour touristes parisiens !  je me suis trompé...


J’espère vous lire dans un de vos poèmes un de ces jours…


Bonjour ...,


C’est très sympa de m’écrire ! Tout va bien, j'espère quelque neo-texte de vous un de ces jours…




*


La mamelle amputée - Pièce de théâtre



Aube. Forêt. Rocher. Arbres blancs. Hercule. Bertille


Hercule

_ Oui c'est vrai madame, vous êtes une Princesse ! Oui je suis votre frère.


Bertille

_ Comment ça une princesse ? Ah Hercule, passe-moi la bouteille car j'ai des vapeurs. Une princesse de gala ?


Hercule

_ Aussi vrai que je suis français, vous êtes une Princesse.


Bertille

_ Je comprends très bien qu'après avoir entendu ce qu'on vient d'entendre

on puisse se retrouver les quatre jambes en l'air en se demandant ce qui arrive, qui on est, et pourquoi pas nous ! Je comprends, je veux dire je comprends! C'est pas tous les jours qu'on apprend que votre mère qu'on croyait morte est une reine comme Elisabeth II et qu'on a un frère français qui s'appelle Hercule !


Hercule

_ Oui je suis bien votre frère. Hercule est un prénom français, de souche française. Les étrangers qui ignorent notre langue ne peuvent imaginer qu'Hercule est un prénom bien de chez nous.



*




Terminé hier le livre La femme des sables d'Abe Kobo, et c’est vrai qu’à partir de la moitié du livre, j’ai tourné plus rondement les pages, pris et marqué par le serré du texte, comme dit monsieur Sabatier. Les digressions sont un pivot dans l’architecture du roman et maintenant que je l’ai lu en entier j’aime ce roman aussi pour cela, ses précieuses digressions. Mais l’histoire est très belle…très humaniste . C’est une littérature à la psychologie humaniste. Humanisme politique, humanisme dans un sens métaphysique surtout, qu’est-ce donc être humain ?…être humain c’est devenir humain comme un personnage de fable !... C’est ce genre de roman dont on pourrait parler pendant des heures tellement ils vous marquent. Je crois que ce qui plait au lecteur c’est le talent : talent quand la lecture se fait plaisir… Dans le sable de ce roman les sources de plaisir propres à provoquer un régal, une découverte, propres à désaltérer l'esprit ne manquent pas, j’en adore la fin.


Je deviendrai un jour peut-être un meilleur lecteur, plus patient, plus confiant, surtout plus patient, et je serai récompensé de ma patience.. On se concentre en matière de critique littéraire sur les qualités de l’Écriture et on n’étudie pas assez les qualités de perception-réception de la Lecture… l’écriture est un travail mais la lecture en est un autre et il s’agit du même travail de l'esprit… du même travail… La littérature nous aide à vivre, auteurs et lecteurs. 


La modestie, une question de contact avec autrui et non une question de sentiment intérieur - où dans ce cas le mot humilité convient mieux.


Je n’ai travaillé qu’un jour, quand j’étais étudiant, comme docker, à trier des cageots…c’était « pour voir », pas pour gagner de l’argent, jeune étudiant je n’avais pas besoin d’argent, je n’en demandais pas à mes parents, je me contentais de mes tickets de resto U et de payer ma chambres d’étudiant avec le peu que je leur demandais (à l’époque ma mère était libraire et mon père imprimeur à Mont-de-Marsan ), ils avaient assez, mais je voulais me détacher d’eux, ne leur demander qu’un strict minimum). Jusqu’à mes quatorze quinze ans j’avais vécu d’abord à Alet-les bains jusqu’à 6 ans, puis à Carcassonne. Mon père avait eu un premier grave accès psychotique quand j’avais onze ans, qui l’avait empêché de continuer son travail de direction d’une société de construction, Les Castors - Les Castors, mouvement social d’après guerre où les gens travaillaient eux-mêmes à la construction de leur maison.


Mon père pensait que si j’avais eu de l’argent je l’aurais dépensé. Il pensait que ce n’était pas me rendre service que de m'en donner. C’est aussi un réflexe d’éducateurs spartiate (et radin) d ‘« apprentissage de la réalité de l'existence » .


Nous avons tous tendance à voir la face obscure de l’existence pénible, Joseph Ponthus, comme Thierry Metz, ont vu la face lumineuse de l’existence pénible.


On se sent tout petit et on est admiratif. C’est parce qu’on se sent petit par rapport à la grandeur qu’on est admiratif. Que vous vous sentirez grand par rapport à la grandeur, alors vous serez indifférent à tout.

Et passeriez à côté de la beauté sans la remarquer. Tant pis.


Le mouvement de la Pléiade fut d'une importance considérable pour l'avancée de la poésie en langue française car ils se confrontaient et voulaient dépasser le modèle des anciens grecs et latins. Ils ont permis la naissance de la langue française alors qu'elle n'était que glaise. L'ordonnance de Villers-Cotterets est de la même époque. Tout ça c'est noté sur mon carnet de bord. Merci Aimé.


Je me suis procuré La place, d'Annie Ernaux, un roman familial, une étude du familier, chez un bouquiniste en ligne grâce au service Amazon (en moyenne moins d’un euro pour le prix d'un livre en choisissant un bouquiniste comme Momox ou Recyclivre ou Le livre au trésor sur le site et 2,99 euro pour la poste… Mes amies libraires de Cognac font la grimace quand je leur parle de la maison Amazon : elles ne peuvent pas lutter à armes égales contre la vente en ligne sans frais de port; je ne vois pas pourquoi on favorise politiquement la vente en ligne des livres d'Amazon seulement mais il doit y voir des raisons de compromission politique à cela. Tout ça m’arrange, moi qui suis relativement loin de tout étant donné que je ne me déplace pas à Bordeaux, ville que par ailleurs je n’ai jamais beaucoup aimée - j’aurais dû préférer Toulouse quand j’étais étudiant, cela m'aurait rapproché de mes véritables racines… ma patrie c’est le pays du vent, Toulouse, Carcassonne, c’est un pays de vent, le vent m’a marqué dans mon enfance, j’aime la sensation physique du vent … il me semblait quand j’étais petit que le vent m’animait et que ma fusion avec la nature en était rendue d’autant plus étroite…le vent, le soleil, la vigne, les cyprès, étaient dans ce beau pays indissociables de l'accent des gens qui l'habitent.



Je m'efforce aux plus étroites lois du bien dire, attendant plus d'excuse de la bénignité des bons et sincères esprits - devant lesquels seulement je désire que mes labeurs se rencontrent.


Avance lecteur, reçois de moi les humbles révérences par lesquelles je suis coutumier de t'honorer, récompense de l' honnête accueil duquel tu te fais libre de m'honorer. Reçois aussi ma fureur.


Écrire, dis-je, écrire, je dois plutôt nommer cela fureur, qui vexe, et agite mon esprit, plutôt que maladie, qui distempère, ou débilite ma personne.

Fureur, poursuivis-je, me semble être autre chose qu'une aliénation d'entendement procédant d'un vice de cerveau, que vulgairement on appelle folie.



Je veux parler de tout ce qui ne s’oublie pas, je veux parler des événement brutaux, soudains, qui bousculent notre équilibre, je veux parler des évènement traumatiques de la vie.

Cela peut être tel ou tel évènement, par exemple le co-vide, ce vide qui s’ouvre soudain à côté de vous. À cause de ces évènements pour toujours vous serez marqué-e. Je veux parler des accidents de la vie, la maladie, le décès, la folie, tous ces événements laissent des traces indélébiles sur la (blanche) feuille (de l’oubli naturel). La folie de mon père, j’y fus confronté pour la première fois vers l’âge de onze ans. La folie de mon père débarque dans mon livre, la folie de mon père c’est quand quelque chose ne tourne pas rond dans sa tête. Il arrive de Paris dans sa nouvelle "ID 19" Citroen, il descend de la voiture, la portière avant droite s’ouvre aussi, quelqu’un l'accompagne, cette portière est de couleur noire alors que le reste de la voiture est de couleur blanche.

Mon admirable père s’est payé à Paris une voiture neuve, une confortable voiture, une bonne "ID" bien confortable aux lignes futuristes, autrement dit une "DS" - déesse moderne selon Roland Barthes. Pourquoi la portière avant-droite est-elle noire ? Parce qu’elle a été changée dans un garage à la suite d’un accident de la circulation. Pourquoi cet accident ? Parce que mon père a vu sur le bas-côté de la route sa maman vivante, pourtant morte d’un cancer quand il avait 19 ans. Mon père entre dans son bureau, il ne se maîtrise plus, il semble hors de lui, les paroles prononcées sont étranges et échevelées, il est excité. Il est dans un état de crise, un état d’excitation pathologique, un état maniaque de la maladie maniaco-dépressive, une excitation qui masque une grande détresse. Une excitation qui fait délirer, son cerveau est hors de contrôle et il en souffre. Mon père est dans un état de détresse. J’en souffre, nous en souffrons. 


Quand il est bousculé, même l'esprit le plus nonchalant se réveille, nous appelons cela conscience aiguë.


"Selon qu'il est d'un côté ou de l'autre du marché élémentaire, l'individu, l'agent, est ou n'est pas inclus dans l'échange, dans ce que j'ai appelé la vie économique pour l'opposer à la vie matérielle ; pour le distinguer aussi - mais cette discussion sera pour plus tard - du capitalisme."

Fernand Braudel in La dynamique du capitalisme.




CHAPITRE III



" L'artisan itinérant, qui va de bourg en bourg offrir ses pauvres services de rempailleur de chaises ou de ramoneur de cheminées, bien que très médiocre consommateur, appartient cependant au monde du marché ; il doit lui demander sa nourriture quotidienne." Fernand Braudel in La dynamique du capitalisme.


La cathédrale de Rouen et celle de Reims sont les premières cathédrales de ma collection virtuelle, j’aime aussi particulièrement l’albigeoise, que je n’ai pas visitée… je n’ai pas visité celle de Rouen non plus, mais j’en ai entendu parler dans un roman, et je l’ai vue en peinture. La cathédrale de Bordeaux n’est pas aussi belle que celles de Reims ou Rouen ; une cathédrale gothique se juge - selon mon critère esthétique, essentiellement à la façade. Or la Cathédrale de Bordeaux a cette particularité qu’elle n’a pas de véritable façade qui soit digne d'une cathédrale: c’est juste un mur large haut et plat avec une porte des plus ordinaires… à Bordeaux les entrées se font par les côtés et par le fond, mais le fond est sans ornement ni architecture, ni vitrail, ni rien , juste un haut mur de moellons avec une porte ordinaire en bas… pas assez d’imagination ? manque d’argent ?… c’est véritablement une cathédrale anomalique, elle par ailleurs la plus longue de France… Elle n’est belle extérieurement que de côté, sur sa longueur, de profil, comme une égyptienne.


La première année de mes études je vivais en cité universitaire à 15 km du centre de Bordeaux où se trouvait la fac de médecine, place de la Victoire - (les français sont un peuple guerrier)… Cette première année j’allais à la fac en vélo ou peut-être rêvais-je que je roulais en Vélo Solex, je ne m'en souviens plus, je crois bien que j’avais réussi en quelque sorte à extorquer un vélo-moteur à mon père, qui, quelques années plus tard va m’offrir une Citröen 2 CV en signe de récompense pour satisfactions rendues; mes frères n’ayant jamais connu ce genre de troc. Les années suivant la première je me souviens, je n'avais plus ni vélo ni Vélo Solex, j'habitais en ville, je ne prenais pas le bus, je n’avais pratiquement pas d’argent de poche, plus jeune je n‘avais jamais eu d’argent de poche, j’étais un pauvre garçon insouciant, naturellement heureux de vivre de peu et qui marchait beaucoup.



C’est de l’encre en un sens, mais ce n’en est pas en un autre sens.

Dans quelles circonstances y-a-t-il un sens ? Si cette chose a lieu cela peut assurément avoir lieu. Est-ce que cette chose a lieu ?


Je me souviens avec émotion de ma découverte bouleversante - grâce à Patrice (entre autres), de Chrétien de Troyes. J'ai commencé ma lecture du Grand Cahier d'Agota Kristof.


Je me sens en forme mais on ne sait pas à nos âges si cela durera. Ma mère a bientôt 94 ans, elle est toujours joyeuse même si elle n’a plus toute sa mémoire.



Libération du regard

  

Se doucher dans les infos n’est pas substantiel, ce n’est qu’en baignant dans le flou qu’on sait le réel. Le réel n’est pas se bouffer des mensonges médiatisés, le réel est le va et vient des faits et émotions vraies. Le noir akkadien n’est pas la vérité complète, le blanc sumérien n'est qu’une demi-historiette. Dans la langueur du temps biblique des querelles, ce n’est qu’en baignant dans le flou qu’on sait le réel. Se frotter le corps avec du savon ne lave pas l’esprit, ce n’est qu’en faisant le vide qu’on peut arriver à l’oubli. Les faux-amis et les faux-amours collent à la mémoire, leurs cœurs cassés et leur rancœur sont sortis de l’armoire. Je chauffe l’eau de nos larmes salées pour me faire belle, ce n’est qu’en baignant dans le flou qu’on sait le réel. J’ajoute l’essence de nos joies et disputes, gouttes à gouttes, je mélange les huiles essentielles de nos résistances et luttes, en versant leurs mots jolis et leurs injures, en parfumant le bain avec l’arôme de leur allure. Me submerger dans le raz-de-marée d’absence, ce n’est qu’en libérant le regard que la peau prend le relais, et tout fait sens.

 

 L. Rose



Il n’y a rien de plus ridicule aujourd’hui que la rime, sauf si elle agit comme une assonance dans un texte en prose, mais sinon le coup de téléphone que passe un vers à son bout, non merci, pas pour aujourd'hui.



Pour moi les mouvement littéraires, artistiques, sont des illusions balzaciennes, des photographies du temps qui passe. L’Oulipo selon moi c’est du passé, comme le Surréalisme est du passé, comme tous les mouvements littéraires du passé sont du passé, comme toute avant-garde littéraire fut invitée à passer. Je ne me base sur aucune ratiocination pour parler ainsi, je me base sur une intime conviction. Les écrivains ont toujours trouvé de quoi s’acoquiner avec les mots…l’Oulipo n’a rien inventé, même pas la contrainte, même pas la rime. Pour moi ce qui compte ce n’est ni le fond ni la forme, pour moi ce qui compte c’est l’usage de la parole… et l’usage de la poésie parole... dont on ne sait jamais dire ce que c’est, dont tout ce qu’on peut dire c’est qu’elle existe alors que Dieu, lui, ou elle, on n’en sait rien. D'ailleurs comment une telle chose appelée Dieu pourrait-elle exister, ce n’est tout simplement pas possible. Si Dieu existait, il ou elle se ficherait des humains.




Aimé : Les Editions de Minuit n'ont plus cette patte qui les caractérisait et chaque auteur vagabonde d'une maison à une autre. Le corporatisme n'existe plus. Il y avait aussi les écrivains issus de la bourgeoisie qui, malgré eux peut-être, formaient un ensemble cohérent. Et des satellites, comme Céline qui a fait tout valdinguer. Ceci étant dit, je ne parle ici que de littérature française.


Aujourd'hui la critique est moins importante, je pense, parce qu'il n'y a pas de véritable mouvement littéraire qui se détache, comme pouvait l'être le surréalisme ou le Nouveau Roman. Les écrivains se regroupaient par écoles; maintenant cela donne davantage l'impression que chaque auteur crée son propre sillon. 


J’apprécie, j’approuve, mais alors en-ti-ère-ment ce que dit Aimé.


Par rapport à mon travail de médecin, qui a duré 35 ans : je me suis donné du mieux que j’ai pu dans ce boulot et je ne regrette vraiment pas ma vie passée ainsi, j’ai eu de la chance de pouvoir faire ce métier à cheval sur la psychologie et la biologie… ce que je préférais à l'intérieur de cette matière intellectuelle qu’est la médecine c’était la séméiologie… la clinique… je ne pouvais pas devenir seulement psychiatre, je n’étais pas fait pour ça…j’étais vraiment fait pour la médecine générale. Pourtant j’ai étudié la psychiatrie avec un réel et grand intérêt… mais le contact humain n’est pas l’apanage du médecin et sur ce plan tous les métiers se valent. J’aurais aimé être enseignant. Mes quatre grands-parents étaient instituteurs, l’un est devenu professeur d’histoire puis député socialiste des landes, il se faisait appeler Lamarque Cando… c’est lui le personnage qui descend avec mon père de la voiture à la portière noire… c’est lui qui est en partie responsable de la maladie de mon père. Il n’aimait pas son fils et n’aimait que sa fille. Il n’aimait pas la femme de son fils. Il n’aimait pas ses petits enfants du côté de son fils… Vers la fin de sa carrière politique il se voulait socialiste humaniste. Pour un homme hémiplégique en amour, c’était un beau projet.


Ma deuxième vie de travail, l’actuelle, est celle de quelqu’un qui se délecte dans ce qu’il fait le mieux, la lecture, et dans ce qu’il a pris l’habitude de faire, l’écriture. Si je ne me délectais pas dans la lecture et l’écriture je ferais autre chose. Je ne veux plus m’obliger comme je l’ai fait avec un travail sérieux et dur depuis mes études de médecine jusqu’à la fin de ma première vie qui a duré 35 ans. Mon premier travail, véritable gagne-pain, même si le métier de médecin était de ma part une vocation et même un sacerdoce laïque.


Cette idée de faire une anthologie de la poésie américaine du XXème s

et de la traduire en français, cette idée que j’ai eue ne résiste pas à l’épreuve de la réflexion. C'est une idée aussi lourde à porter qu’un gagne-pain, sacerdotale, qui n’est pas pour moi. Il n’empêche qu’au fil du temps je ferai pour LPB des traductions de poètes américains connus ou moins connus et qui ne sont pas traduits en français, mais des traductions pour me délecter et surtout pas pour me lester d’un énorme poids, je préfère m’attacher aux surprises que réserve la vie plutôt que de me concentrer sur ce travail de cantonnier.


Bertille : D'un premier jet de réflexion, je partage beaucoup de tes idées, peut-être pas à un niveau également abouti, car ma vieillesse en puissance seulement me rend moins affirmative. Néanmoins j'approuve qu'il faille dépasser les formes et des codes, qu'une pensée me semble belle, avant tout pour l'intention qui la guide. De même, la prosodie pour le langage est essentielle et détermine mon appréhension de l'esthétique d'un poëme.



Lettre à Aimé : Bonjour Aimé, ça a mis du temps mais c’est arrivé à bon port. Avec ce petit livre sur Wittgenstein , Conférences sur l'éthique, que je trouve très bien fait j’aurai répondu à votre question de savoir qui est Wittgenstein… déjà le petit texte de lui dans ce livre vous introduira dans ses pensées. Lui et Walter Benjamin sont à découvrir, si W. Benjamin pour vous ce n’est déjà fait. Constantin m’avait passé le nom de ces auteurs… Côté passeur des simple lettrés, des artisans modestes, des humbles poètes.


J’ai installé dans le dépôt vos textes comme selon moi ils le méritent, c’est à dire dans une manière sobre à l’image du site LPB qui se veut naturellement sobre. Ils sont à leur place sur la page blanche, ils vivent leur vie sobre parce que leur prose est sobre.

Vos textes sont surprenants, ce qui est normal pour de la bonne poésie, les trois recueils de vous en ligne montrent les labyrinthes de votre personnalité : vous en avez beaucoup des méandres et du labyrinthe. Le genre de textes qu’on a envie de relire dans l’autre sens dès qu’on a fini.


Oh oui, il faut se sentir libre dans la vie, et penser à avoir toujours recours au poème pour se sentir très libre. Et ce sentiment de liberté règne dans votre poésie. Le premier texte que votre femme trouve un peu convenu, je l’ai mis en second, mais il a sa place bien entendu dans cet ensemble…et j’ai modifié le titre de votre ensemble, ah oui j’ai osé ! Mais je suis sûr que vous serez d’accord avec mon goût  sobre.


J’ai écrit pour moi seul dès l’âge de sept ans, l’âge de raison… je tapais à la machine un journal d’informations avec des jeux de mots dans les titres comme dans le journal du Canard enchaîné… (mais des jeux de mots stupides quant à moi)… Je ne montrai pas mon journal. J’écrivis pour moi, pour le plaisir d’écrire, pour jouer avec moi-même, d’ailleurs selon moi la meilleure définition de la poésie c’est que la poésie est un jouet, que la parole est un jouet (ce jeu qui est le retour du différent comme le souligne Roland Barthes). Mais mon souvenir le plus marquant c’est quelque temps auparavant quand je m'aperçus que je savais lire; j’étais précoce et le fait d’avoir un an de moins en classe a contribué à mettre des distances entre ma jeune personne et le monde environnant. De plus, je préférais jouer avec mes voisines plutôt que jouer avec mes voisins, j’avais mes frères et ça me suffisait comme compagnie masculine. Je plantai un carré de zinnias dans le jardin et je fus heureux car il en faut peu aux enfants pour être heureux. Je lisais dos à dos avec Dany près d’un cyprès dans la campagne en allant au Fresquel qui coulait plus bas où déjà je coupai une liane qui pendait aux arbres pour apprendre à fumer.


J’ai tendance à aimer ce qui est provocateur en poésie… pour moi la poésie de Bertille correspond à ce critère . C’est une amie qui doit avoir un peu plus de trente ans, que j’ai connue grâce à Mickaël qui fit sa rencontre dans un train Bordeaux-Paris. Nous l’appelons la Princesse de Madagascar. Elle est réellement princesse de Madagascar, sa mère qui est sous tutelle est la reine actuelle de Madagascar. Comme sa mère est à la fois reine actuelle et sous tutelle, ça doit poser des problèmes aux intellectuels malgaches.

Quand j’étudiais la psychiatrie j’avais entendu dire par mon maître (un homme psychanalysé par Lacan, un psychiatre bordelais réputé, au regard bienveillant et perçant en même temps), un péremptoire « il faut trois génération pour faire un psychotique » . Dans le cas de ma famille je crois que le père de mon grand-père paternel était un paysan dont la légende dit qu'il faisait plusieurs jobs à côté dont boulanger, aubergiste, forgeron, maréchal ferrant … huit bouches à nourrir… Un jour enfant j’ai même visité sa ferme à Onard et baisé la fatalité du menton poilu de sa vieille femme en noir…mais j'ignore tout du père de mon arrière-grand-père paternel… un paysan sans doute… Par contre je sais qu’un de mes ancêtres était un général, fait général par Napoléon Bonaparte à 24 ans, connu pour ses exploits guerriers et dont le nom figure dans le dictionnaire et dans le roman 93 de Victor Hugo… et pas seulement … il avait aussi traduit dans sa jeunesse les poèmes d’Ossian...


Quand j’étais jeune médecin installé alors à Trans en Provence j’avais connu un jeune patient d’une dizaine d’années qui voulait être camionneur… je souhaitais pour lui que l’école, sinon moi, lui permît de changer de vocation…Vous avez fait, Aimé, des études et un métier en ligne droite, moi en zigzag-zag. J’ai connu trois installations successives, à Saint Denis d'Oléron, Trans en Provence et Mérignac. J’avais pensé que le bon air de Provence pas loin de de Cavalaire-sur-mer serait le secret de l’avenir mais au bout de trois ans j’ai décidé de revenir à Bordeaux pour entreprendre des études de psychiatrie… j’avais tricoté une psychanalyse pendant 4 ans à la fin de mes études avant de passer ma thèse et comme j’étais jeune je m’étais installé un an à St Denis d’Oléron, où nous nous étions mariés Françoise et moi, en attendant le service militaire pour moi alors encore obligatoire, puis ce fut Trans-en- Provence. Évidemment Françoise tenait deux enfants en bas âge dans ses bras et était soudain obligée de quitter ce beau pays berceau de nos enfants , et obligée de travailler sans qu’il n' y eût de véritable débat entre nous, tellement elle sentait que j’avais besoin de faire ces études, Françoise dont la personnalité profonde avait besoin d’être rassurée, et dont la Zette sa mère de mauvais conseil était une personne trop matérialiste, bref entre Françoise et moi ce fut fini, ainsi va la vie qui nous réserve épreuves et surprises !


Oui bien sûr Aimé vous avez raison pour la question de l’angle obtus de Guillevic. À propos de trottoirs chauves (chauves = hygiéniques ?) je ne sais pas si vous connaissez un court poème d’Antonin Artaud qui commence par « la rue sexuelle s’anime » …j’adore ce court poème…


LA RUE


La rue sexuelle s’anime

le long des faces mal venues,

les cafés pépiant de crimes

déracinent les avenues.


Des mains de sexe brûlent les poches

et les ventrent bouent par dessous ;

toutes les pensées s’entrechoquent,

et les têtes moins que les trous.



Il était monté sur le toit de l’imprimerie, on pouvait l’apercevoir par la verrière, les gendarmes étaient venus le chercher pour l’emmener à l’hôpital psychiatrique Saint Anne - Il m’a donné une gifle, je lui faisais une piqûre d’halopéridol. La seule gifle que j’ai reçue de mon père.


La nuit qui a suivi le retour de mon père à la maison (avec sa belle voiture blanche à la portière avant-droite noire), (sa D.S. voiture déesse, une voiture fuselée, emblème du siècle de la Vitesse), cette nuit-là fut insoutenable à cause de l'insoutenable légèreté des accusations de mon père envers ma mère : il criait dans la chambre qu’elle le trompait avec un autre homme, elle protestait, elle gémissait, elle pleurait. Cela me parut durer ainsi toute la nuit. C’était le premier accès de folie de mon père, il y eut encore dix épisodes semblables dans sa vie. Ce père, ce héros de la Résistance admiré tant pour son verbe, que pour son dynamisme, sa créativité, son élégance. Un choc.





CHAPITRE IV




(de toutes les matières c'est la ouate qu'elle préfère).

(de toutes les matières c'est la ouate qu'elle préfère).

(de toutes les matières c'est la ouate qu'elle préfère).




Texte : machine à produire des lectures (Vincent Jouve). Machine paresseuse. Comment le texte nous rend libres, comment le texte nous contraint. La lecture fait partie du texte, elle y est inscrite. Le narrataire, à l'instar du narrateur, n'existe qu'à l'intérieur du récit : il n'est que l'addition des signes qui le construisent.

Notre lecture d'Oedipe Roi, chef d'œuvre d'ironie tragique, même si nous ne connaissons pas la pièce est désormais marquée par l'analyse de son narrataire Sigmund Freud. La Critique de la raison pure, ne serait-ce que par son vocabulaire technique et spécialisé, ne s'adresse pas au même public que Le petit chaperon rouge. Nul n'est à priori tenu de se reconnaître dans le lecteur-type des romans de la série Harlequin. Je ne parle pas des livres au vocabulaire technique, tels des livres de philosophie ou des livres d'informatique, je parle des livres de bonne littérature dans lesquels on n'arrive pas à "entrer" et je donne le conseil suivant : accrochez-vous ! À trop chercher à comprendre on ne lit plus, à vouloir lire trop vite on ne comprend plus rien. Le narrataire n'est pas forcément un être humain, il peut-être le prolongement, le produit d'un être humain, c'est à dire une machine, un robot, un traducteur automatique d'une langue à une autre (le vrai lecteur a un corps, il lit avec). Vous voyez, lecteur, que je suis en beau chemin et qu'il ne tiendrait qu'à moi de vous faire attendre un an, deux ans, trois ans, le dénouement de mon récit.


Eh, lecteur, mes confidences sont un miroir qui se balade sur la route.

Pour ma parole exaltée, tous les rois qui siègent sur des trônes à travers le monde, tous les rois à Beautiran viennent embrasser mes pieds. Puissent les dieux que j'installe en ma bibliothèque demander quotidiennement à Bel et Nabû que mes jours soient longs, et puissent-ils intercéder pour mon bien-être.


Je suis trop homme d'honneur pour n'avertir pas le lecteur bénévole que, s'il est scandalisé de toutes les badineries qu'il entend jusqu'ici dans le présent stand, il fera fort bien de n'en lire pas davantage, car en conscience il n'y verra pas d'autre camelote, quand ces confidences seraient aussi longues que le cylindre de Cyrus. Le lecteur postulé par le texte reste, quoiqu'on en dise, une conjecture.


Tenant le livre entre ses mains, le lecteur maintient le contact avec le monde extérieur. L'inconscient lecteur réagit aux structures fantasmatiques du texte (réaction à ses propres fantasmes : le monde du texte comme un monde existant). Par sa critique le lecteur s'intéresse à la complexité de l'œuvre. Au bout du compte le lecteur n'est jamais dupe. Jamais dupe des scènes de violence, des scènes de voyeurisme, des scènes de volonté de puissance, etc. (chez tout individu, au-delà des particularités personnelles on peut trouver un certain nombre d'invariants).


Au demeurant, le plus souvent, nous lecteurs, nous ne restons pas à la maison, nous allons nous promener. Au reste, nous auteurs, l'œuvre accomplie, peut-être aurons-nous versé quelques larmes intra muros et extra muros. De ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux. Monsieur Poiret, ce qu'il avait été ? mais peut-être avait-il été employé au ministère de la justice...


Mais qui n'a vu des princesses royales fort simples, telle Bertille, prendre spontanément le langage des poètes ! Telle Bertille, princesse de Madagascar, ex étudiante en philosophie. Bertille, porteuse d'une souffrance, cette souffrance qu'elle ressent ne ressemble à rien de ce qu'elle aurait cru. Non pas parce que dans ses heures de plus entière méfiance elle avait rarement imaginé si loin dans le mal, mais parce que, même quand elle imaginait cette chose, elle restait vague, incertaine... Bertille, après la fin de ses études philosophiques, s'étant particulièrement intéressée à Gottfried Wilhelm Leibniz , s'est intéressée subséquemment à l'acoustique et a fait de bonnes études d'acoustique qui l'ont menée à un métier technique et à des angoisses existentielles tellement fortes qu'on peut parler de souffrance. Aujourd'hui Bertille étudie, ausculte les bruits urbains. Dans son travail elle sera confrontée à la misère humaine, et plus elle avancera, plus ses relations s'appauvriront. Le travail la coupera de la vie : une sphère aseptisée dans laquelle on sera tous interchangeables, tous "brillants" mais tellement pauvres en dedans. Un travail d'expert, de spécialiste, indispensable à la société. Si auparavant la beauté lui paraissait comme un art universel de combat, aujourd'hui la beauté lui apparaît comme plus délicate et intime, presque personnelle. Une fois perdu l'idéal universel, elle s'est enfermée dans le particulier.


Au téléphone Bertille m'a dit "On n'a vraiment la sensation d'écrire que lors d'une χαλλιμραγιε. La plume a sa volonté propre; La contrainte de l'acier pèse et oblige à formuler nettement et sereinement chaque idée".


"χαλλιμραγιε"... la voix de Bertille s'est évanouie au téléphone, comme le grondement lointain et assourdi du tonnerre. Pardon pour ce mot grec mal orthographié parce que mal ouï, je m'excuse de devoir interrompre maintenant mon récit au sujet de Bertille, plongée dans une de ces rêveries profondes qui saisissent tout le monde, même un homme frivole au sein des fêtes les plus tumultueuses.


Mon texte, structurellement incomplet, ne peut se passer de l'apport du lecteur. (Il y eut une tentative d'échappade vers le kilomètre 3421, à la cent trente et unième heure).


Deux dimensions dans la lecture : l'une programmée par le texte, l'autre dépendante du lecteur. Devant une oeuvre obscure ou déconcertante, c'est en s'appuyant sur la caution fournie par l'institution littéraire que le lecteur fera crédit au texte et tentera de trouver une pertinence à ce qui, à priori, lui pose problème. C'est ainsi qu'on accepte comme "littéraires" les opacités de certaine page de Joyce ou de Faulkner.


La lune blanche luit sur les toits, bonne nuit ! L'art comme valeur absolue

exigeant de l'artiste un sacrifice total, bonjour ! Qui a le nom de ma belle maitresse poésie, pour qui troublé d'esprit en paix je ne repose.



La rose et le réséda


Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

L'un court et l'autre a des ailes

De Bretagne ou du Jura

Et framboise ou mirabelle

Le grillon rechantera

Dites flûte ou violoncelle

Le double amour qui brûla

L'alouette et l'hirondelle

La rose et le réséda.


Louis Aragon



Mon texte, pendant qu'il se fait sur mon ordinateur, est semblable à une tapisserie : chaque proposition, chaque séquence engagée, pend comme le fuseau provisoirement inactif qui attend pendant que son voisin travaille; puis, quand son tour vient, la main reprend le fil, le ramène sur le tambour; et au fur et à mesure que le dessin se remplit, chaque fil marque son avance par une épingle qui le retient et que je déplace peu à peu. Ramener le divers à l'un. Prendre connaissance de ma présence. Faire de l'ouvrage un tout à la main.




CHANGEMENT

Changement, lumière, chaleur, pureté, gaz, forme, mélange, liquidité, informe, lucidité, immobilité, ténèbres, froid, changement, lumière, chaleur.



Imagine un mot qui puisse avoir trois sens en anglais, que dans le poème anglais que tu traduis ce mot ait les trois sens, comment faire si tu ne trouves pas de mot équivalent en français ?


Les quatre cousins Oxford et Lamarque sont très soudés et ça c’est merveilleux ! Maintenant voilà la génération suivante, celle des petits cousins, et Aradon et sa région vont devenir un lieu de rencontre familial.


L'inconscient de l'un peut réagir à l'inconscient de l'autre en contournant la conscience, ou en détournant la conscience.


Plaisir trouble à s'enfoncer dans ce monde vierge, sans barrières, où tout parait possible. Retrouver par la lecture la jouissance de l'écriture.


Je décide - pour empêcher les forces du sens d'envahir le lecteur à l'exclusion de toutes les autres forces - de ralentir jusqu'au piétinement la vitesse de passage du sens à travers mon texte. Vous vous sentez bien ?

Cette façon d'agir s'accorde bien à mon repos immobile supportant un torrent d'activité mentale. La possibilité de la lecture n'est jamais fondamentalement acquise. Le sens, loin d'être immanent, se présente comme la possibilité d'une rencontre entre l'auteur et le lecteur. Un sens plus ou moins fondé, plus ou moins libre, dont il faut apprécier de quel pluriel il est fait. On comprend aisément qu'un sens dégagé par le lecteur puisse aller à l'encontre des intentions de l'auteur. L'analyse, s'il peut s'en dégager ce que tout le monde lit, ne saurait rendre compte de tout ce qui est lu.


Avec mes confidences, nous avons affaire à une succession de notes provisoires, dont chacune passe au rang de partie constitutive d'un plus grand ensemble: tout se développe comme s'il ne pouvait y avoir que des unités instables, aspirées par l'exigence d'un tout plus complet, qui les relativise. Cela revient à dire que pour mon texte pluriel, résumé en un mot au pluriel, Confidences d’un homme, il ne peut y avoir de structure narrative, de logique du récit. La lecture en général et en particulier dégage le lecteur des difficultés et contraintes de la vie. En l'impliquant dans l'univers du texte, elle renouvelle sa perception du monde. Par sa participation le lecteur transcende la position limitée qu'il occupe dans la vie quotidienne et parvient à un état de contemplation lorsqu'il accède à une vision du monde autre que celle de son univers culturel.


La lecture comme un jeu, un jeu d'échec et un jeu de rôle, à la fois un jeu d'échec entre auteur et lecteur, et un jeu de rôle pour le lecteur qui a tendance à s'identifier aux marionnettes que lui tend l'auteur à bout de ficelle... L'aptitude à se voir soi-même dans un processus auquel on participe comme moment central de l'expérience esthétique. C'est cette constante oscillation entre implication et observation qui fait de la lecture un moment vécu comme l'écriture.


Je réveille par des confidences une histoire de ma vie, normalement assoupie dans un demi-sommeil. Qu'est-ce qui fait que cette part de moi-même, héritée de l'âge tendre, renaît si facilement et implique la présence de mon personnage à l'intérieur du lecteur ? Le liseur de confidences ne retrouve pas toujours son histoire, car ce qu'il a devant lui représente le fantôme d'autrui, chose rarement sympathique ( au point que lorsqu'elle le devient; elle provoque l'amour). Si mes idées sont rejetées, je risque aussi de l'être; si au contraire elles sont partagées, je suis rassuré, protégé, fortifié.


L'identification - Sigmund Freud a attiré l'attention sur ce point - n'est pas un phénomène psychologique parmi d'autres : c'est un fondement de la construction imaginaire du sujet et le modèle des processus ultérieurs grâce auxquels il continue de se différencier. C'est la vérité de sa propre vie que la lectrice arlequine est en mesure d'appréhender : la lecture dans le train express régional qui la conduit à son lieu de travail la fait accéder à une perception plus claire de sa condition, lui permet de mieux se comprendre. C'est en revivant par la lecture les scènes originelles où tout s'est joué que la lectrice arlequine peut trouver un certain équilibre en modifiant son rapport au passé. Le compagnon lecteur de rail voisin de la lectrice arlequine, partagé entre le regard distancié que lui impose le narrateur aux deux bords de l'histoire et une participation compréhensive aux sentiments de Charles d'abord, à ceux d'Emma ensuite, vit cette ambiguïté pour ainsi dire de l'intérieur. L'arlequine est interrompue dans sa lecture par la sonnerie de son téléphone mobile possédant des fonctions d'assistant personnel, conçu pour avoir des utilisations variées (internet, jeux...). Dans les mains de son compagnon de rail, sans doute distrait par la sonnerie, a changé le livre qu'il lisait. Il est en train de se libérer du traumatisme oedipien en le revivant ludiquement à travers les rapports de San Antonio avec sa maman. L'innovation ne se comprend que sur un fond de tradition. C'est ainsi que le prochain livre du voisin de rail traitera de la dégradation de l'homme par le prolétariat, de la déchéance de la femme par la faim, de l'atrophie de l'enfant par la nuit. Mes confidences n'ont qu'un but : produire une illusion. Cette illusion te permettra, arlequine lectrice de rail, d'imaginer que pour un temps tu as vécu une autre vie. Que ton expérience s'est miraculeusement étendue. Tu sortiras transformée du Train Express Régional, prête à attendre le tramway en rêvant à la distance critique dans l'examen, à la constatation d'un dépaysement, à la découverte du procédé artistique, à la réponse à donner à ces incitations intellectuelles. Chemin semé de boulettes de pain, demain semé de petits cailloux. On devine sans peine que dans mes confidences il y a des blancs, des choses tues.







CHAPITRE V




Je m'étais bien aperçu que l'infirmière en fin de carrière était atteinte de troubles de la mémoire. Mais je m'en foutais. Trois jours de suite elle oublia d'injecter dans la perfusion le médicament qui me maintenait en vie.


Mickaël s’est marié en décembre dernier à Beautiran avec Anas, qu’il connait depuis deux ans. Anas est un jeune médecin syrien qui avait obtenu une bourse pour se spécialiser en santé publique dans le domaine humanitaire à l’université de Debrecen en Hongrie et Mickaël et Anas se sont rencontrés la première fois à Beyrouth. Il reviennent à Beautiran dans une dizaine de jours… Mickaël et moi nous sommes connus en 1992, il avait tout juste18 ans quand il est venu habiter avec moi à Bordeaux et depuis Mickaël n’a jamais vraiment quitté Beautiran définitivement même si nous nous sommes séparés en 2005, et qu’il a vécu plusieurs années loin de moi.



Il faut s'y mettre à plusieurs pour faire un poème.


Déjà le fait que vous lui proposiez un poème est un bon signe.... am speaking to you about fiction, you answer me for reality, unless it is the opposite.


LA COURBE DE SES YEUX

à Françoise

Courbe, tour, rond, danse, auréole, berceau, ailes, bateaux, couvée, berceau, rosée, source, éclats, couvée, aurore, feuilles, mousse, roseaux, vent, ailes, ciel, mer, paille, astres.


THE CURVE OF HER EYES

to Françoise

curve, turn, circle, dance, halo, cradle, wings, boats, brood, cradle, dew, source, shards, brood, dawn, leaves, moss, reeds, wind, wings, sky, sea, straw, stars.


YES WE CAN

exchange expensive words for free.



Les deux mèches. Les sains parlent aux sains. Une image renvoie la lumière qu'elle reçoit.




CHUNG, MON VIEUX


Chung, mon vieux, ‘tention ma ville, n’abats pas mes saules. Les arbres ce n’est rien mais que dira mon père, ma mère ! Sois gentil, Chung, c’est affreux. Chung, mon vieux, saute pas mon mur, n’effeuille pas mes branches de mûriers. Les branches ce n’est rien mais mes frères feront un foin ! Sois gentil, Chung, c’est affreux. Chung, mon vieux, c’est mon mur de jardin, descends pas l’arbre du bois pour ressemeler. L’arbre ce n’est rien, mais tout ce que j’entendrai ! Sois gentil, Chung, c’est affreux.


Ezra Pound (The Confucian Odes)

Traduction de Serge Fauchereau

Lecture de la poésie américaine

Les éditions de Minuit



Il est temps de parler aux morts .



LA MADONNE DU WAGON


Très à l'aise dans le train vers Beautiran, Bertille montre sa compassion abondamment. Au-delà de l'eau de la Garonne qui bat la boue, s'écouleront à flot les voyageurs en troupeau. Serrer la main de quelqu'un : quinze euro. Ne pas vider sa corbeille tous les soirs : quinze euro. Need extra income ?



Je me suis inventé une doublure féminine qui se nomme Joe Pessetri. Mon double au féminin… j’ai 23 ans… j’ai l’intention d’envoyer mon Deuxième Cahier sous ce nom d’emprunt aux éditions l’H. auxquelles Sandrine C., une participante du n° 54 de LPB, a elle-même envoyé ses textes qui ont été acceptés et publiés. Je suis curieuse de connaître la sanction qui m’attend de la part de ces braves commerçants…


C’est la curiosité qui pousse devant le miroir ma doublure féminine…


Mais avant, Aimé, dites-moi en tant qu’ami sûr ce que vous pensez de tout ça s’il vous plait, et retenez-moi de faire n’importe quoi...




Madame, Monsieur,


Je m’appelle Joe Pessetri, je suis étudiante en médecine et j’ai 23 ans. Je suis passée devant les Éditons L'H. et j’ai vu la lumière de la boite à lettres allumée.

Je n’ai jamais publié d'écrits, j’ai commencé à écrire pendant le confinement pour passer mon temps librement enfermée dans ma chambre d’étudiante.


Je vous présente mon premier recueil intitulé Deuxième Cahier. En deux mots, ce sont des proses ( cette prosodie a fait école depuis Gaspard de la nuit d'Aloysius Bertrand et les poèmes en prose de Charles Baudelaire) car j’estime que le vers* est devenu désuet : le vers est devenu un attrape-couillon. Pensant cela j'ai choisi fermement la prose comme écriture. Je ne suis pas lyrique, je ne chante pas je parle, je tiens à rester sobre et dans la forme et dans le propos.


Comme le confinement va bientôt se refermer je n’aurai plus le temps de me consacrer à l’écriture, sauf si vous m’y encouragez.


Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes meilleurs sentiments.


Joe Pessetri


*"Il n'existe pas de vers libres, j'insiste sur ce point " William Carlos Williams




vanité de lumière à travers la lentille




sache que si tu quelque chose de ça te retombera toujours sur la




Discorde surprise de la cuisine


Beurre rance véreux

Caviar belliqueux

Buvard Albert Hoffmann


Cruautés insatiables du jardin

Vinaigrette de reproches


Potage « nécromantique » du Chef

Velouté de confort désintégré

Huile dépressive torréfiée

Chips de vomissures bileuses


Saupoudré d’irradiations nécrophages

Ravioles de déviations automutilatrices

Crème d’injustice notoire


Cuiller de noir sombré

Spirales interminables

Espoir chétif braisé

Creux d’assiette à vider


Sommeil illusoire moléculaire

Cauchemars aux épices réalistes


Effiloché myocardique

Mousseline d’âme abandonnée

Julienne de sentiments poubellisés

Sauce aux désirs apocalyptiques


Millésime 2020 « Futur noir »


Trilogie de sorbets Amour, Mort, Rose


Pipette de larmes incontrôlables

Bouchée d’explosions émotionnelles

Agrumes caustiques amertumes


Célébration arsenicale glacée

Silencieuse errance en fumée


Bulles « Confiance cuvée prestige » en éclaté


Souvenirs envolés fouettés

Mezzés de meurtre inavoué


Digestif cyanhydrique


Cadavre à décomposer.



Damien Vallat

Semaine 373 - L'ÉPÎTRE - lepitre.ch




Inutile, Aimé, de vous embarrasser plus longtemps avec ma doublure féminine, Madame Joe Pessetri (on ne dit plus mademoiselle), car sitôt endossé le costume sitôt ôté…


Je connais pour l’avoir lu dans un de ses recueils de poésie le directeur de la publication de poésie chez L’H., Philippe T. , grâce à Sandrine C. , c’est un homme très respectable même si ce n’est pas un très bon poète à mon idée et je n’ai pas envie de mentir à cet homme de même que je n’ai pas envie non plus de proposer de publier quoique ce soit aux éditions L’H., ni à aucune autre maison en vérité.

.


Sandrine C. est une poète toulousaine très particulière qui m’avait fait connaître Serge Pey (le poète toulousain qui gueule en tapant le sol avec son grand bâton où sont écrits ses beaux vers, un peu comme les bardes de jadis écrivaient leurs vers sur des bâtons suspendus à leur ceinture), et déclaré avec ferveur son amitié parce qu’elle concevait LPB comme ‘une serre’ pour elle, car elle m’avait proposé ses premiers poèmes, et j’ai eu des échanges avec elle. Du jour au lendemain Sandrine a supprimé son adresse e-mail et quelques jours après nous avons échangé par lettre, nos lettres se sont croisées. Sandrine C. s’éloignait définitivement (?) de l’internet… j’ai cru comprendre que Sandrine s’éloignait aussi de moi… Pourquoi tout cela je ne sais pas, je ne suis pas curieux de le savoir. Quand des amis nous ont mis de côté, pas facile de les oublier, il faudrait penser autrement, et pouvoir avancer tranquillement, et ainsi continuer son chemin... ("Maintenant tu peux comprendre la quantité d'amour que je te porte et qui me réchauffe, à tel point que j'en oublie notre propre vanité et que je considère les ombres comme des choses réelles").







      



Beautiran, le 29 -III- 2021



POST SCRIPTUM


Il y a dans les Confidences d’un homme des champs, une partie de ma vie d’éditeur de poésie, une partie de ma vie personnelle aussi, de mes pensées, de mes poèmes et po. En faisant cela, j’ai la sensation de travailler pour moi, pour quand je ne serai plus dans la vie physique, pour me permettre de continuer à vivre en esprit. Je fais cela pour atténuer la brutalité des pensées de la mort, pour me réconforter à l’idée de la mort, pour que la mort soit plus douce, moins cruelle, moins bête qu’elle n’y paraît, moins définitive, moins sans appel ni recours ni consolation; quand on pense à sa propre mort on pense aux gens qu’on aime et qui nous aiment, on veut leur laisser quelque chose de soi, pour leur prouver par l'exemple que la mort peut être vaincue, au moins en partie, la partie charnue spirituelle. C’est mon âge qui veut ça, je n’avais pas ces idées étant plus jeune, jeune je considérais la mort avec dédain, je n’y pensais pas, j’étais juste au courant de l’existence de la mort. Quand j’étais jeune mes questions existentielles étaient d‘ordre intime, concernant le sens de ma vie et du vivant en général. De même la poésie que j’avais à écrire n’était qu’une impulsion momentanée et j’écrivais mais peu et ce que j’écrivais disparaissait peu à peu de my life sans que je ne m’en soucie… Aujourd’hui j’essaie de regarder les choses en face, la mort en face, et donc les mots en face. Aujourd’hui j’ai l’intention d’écrire et de garder mes écrits, d’en faire des cahiers pour mes proches, et surtout ma postérité familiale. Cette écriture m’appartient, j’en fais ce que je veux. C’est ma parole. Parce que la poésie est avant tout parole, ensuite vient la musique qui l’accompagne, mais jamais le silence, surtout jamais ! Mieux vaut le babil que la mort.





PO



ce qui reste petit, le petit

      petit mot




Comment je fabrique des po


Une fois le texte de mon po écrit j’examine trois critères pour décider si ce po est véritablement un po. Si un po n’est pas un po je l’écrase d’un coup de poing.

Ces trois critères sont : l’identité du po, le temps du po et le lieu du po. Si ces trois idées d’identité de temps et de lieu se trouvent dans mon texte, alors c’est un po.

(Ainsi je ne retiens de mes po que les po qui sont des po, les po po : cette méthode rend facile pour moi le travail de trier, d’éliminer et de ne garder que les po po.)


Quand un po se détache du lot c’est un po po po.


Parmi les derniers écrits, je ne garde que peu de po po po…cependant il faudra encore éliminer.

Car je préfère ne garder que les po po po po.

Je rêve d’un inaccessible po po po po po.





amitiés

Pierre














1 - VI - 21





4 - VI - 21


animot



12 - VI - 21


vulnérable comme une phrase inachevée



15 - VI - 21


c'est pitchoun ce n'est pas encore de l'art



24 - VI - 21


aujourd'hui la couleur bleue a envahi le tambour de la machine à laver

pour mon plus grand plaisir



1- VII- 21 


le noir se pointe



6 - VII - 21


bouche ouverte langue envolée



12 - VII - 21


petite graine gros bec



25 - VII - 21


un cheveu tombe tout chavire



1 - VIII - 21


deux trois lignes, juste tout va va bien, puis retour au bar



16-VIII- 21


on dit un.e table - que les choses soient claires entre vous et moi



30-VIII- 21


joie (les autres mots sont arrachés par la douleur)



31 - VIII - 21


le temps passe, ici la durée exacte pourrait être indiquée



1 - IX - 21


une lumière en éventail poussant l’obscurité