La
page
blanche

Le dépôt

Poètes de LPB

Tom Saja

Hara-kiri d'un coup de plume (seppuku poétique)

Hara-kiri d’un coup de plume (seppuku poétique)



quand tu te tues

tue-toi

tue toi fort.


ailes déployées.


fait beauté de ton geste

hara-kiri d’un coup de plume.



tue ton poème

efface-lui le point final 

son sanglot d'encre.


tu sais

la neige est parfaite ici 

même en été.


montagne parfaite 

tigre parfait

dents de sabre sur la gorge.



ne laisse que ton sang sur le blanc manteau

en signature

baiser du dragon.


baise(r) de la mort qui tue. Tue-toi comme il se doit

car l’on ne meurt qu’une fois.


l’on meurt plusieurs fois et dans plusieurs couleurs.


l'on fane de saison.



l'eau chaude du thé a ranimé le jour

le matin s'étire

la circulation du sang reprend.


la nuit titube sur le chemin

je la vois depuis le tatami. Une goutte

coule.


ci-gît

buée sur la vitre.



rayures d'ombres sur le volatile

c'est le soleil freiné par sa prison.


l’oiseau éteint dans sa cage

son corps muet déjà loin mélancolie

son tu s’est tué. Son 

son s'est tu. 


barreaux de bambous

graines parsemées

et le poing fermé sur l'or de l'univers.



le seppuku est d’époque

le siècle est à décapiter

le billot notre cœur.


et le bourreau aiguise sa hache. Tranchante

comme l’heure de la nuit.



tue-toi sous le ciel étoilé et tutoie les astres

la lame guérie

le katana console.


la larme à l’œil

l’arme à gauche

gratis.



le jour où ton cœur joue zombie

il est temps.


le sexe éclairé par un rayon de lune, las. L’amour

pendu au gibet des ruelles. L’amour

soupir.


palpe le palpitant là sous la chair

sous la douce brise d’avril. Déjà

on t’attend quelque part hors de ce monde.


on t'attend de la même façon qu'avant ta venue

sans t'en témoigner une once. L'engourdissement

est la marque de l'âme.



tue-toi un matin banal d’automne

pendant que le camion-poubelle passe et que

les feuilles mortes dansent dans le vent 

malgré leur fin.

cadavres rouges sur les dalles amortissent

le pas des ombres qui fuient vers leurs

déjeuners

loin de la confidence de ta sortie.



tue-toi comme on mange une pomme

comme

on coud dans son cœur  

sa propre chute.


rien ne nous attend de l'autre coté

de la plume.


rien.



mes rêves et mes boyaux

dans l’allée du jardin enneigé

telles les chaussettes sur le canapé

que tu me reprochais tant.


je

faute de gout

massacre l’harmonie des nuances.


le pinceau caresse ma carotide.



le pinceau caresse ce paysage que j'entrevois

par la fenêtre depuis plusieurs jours

prostré sur mon futon. 


je ne peux rien avaler. Je me vide

et tu n'es plus là. Je rampe

sur le sol toutes les heures.



un tas de neige tombe, un oiseau

s'apeure et s'évanouit. Rien de plus

beau aujourd'hui.


le seul silence du monde se trouve

dans la chute des flocons. Tout le 

reste n'est que bruit.


le souvenir de ta peau. Sa douceur

me meurtrit.



il y a dans le jardin un sage

cela fait quatre-vingts ans qu’il essaye

de peindre les nuages


quand je lui demande s’il sait

après toutes ces années

peindre les nuages


il me répond

j’essaye déjà de savoir peindre le ciel.



il y avait ton sein blanc sous le tissu noir

tes cheveux battant à plates coutures

la rivière.


tu as claqué la porte. J'étais dans une 

fièvre d'hiver. Violente. Je me souviens

ma tête à failli exploser

puis plus rien.


un au-revoir dans un monde sans gares.



dans le silence un fruit est tombé. Il

était rouge et percé d’un trou. Il est 

resté seul dehors dans le froid détaché

de son arbre. Crevé.


l’on ne ressent pas la santé malmenée dans

l'existence endormie. Les pas du fichu 

crépitent sous la neige. Ou est-ce la neige ?


comme le soldat tombant au combat

tenant ses entrailles entre ses mains

je commanderai en dernier repas du condamné

un câlin de ma mère.



toux de sang dans le mouchoir. Corbeau blessé 

sous la houppe des cèdres. Tout est à sa place.


vocabulaire : il y a sept types de neige au Japon.

neuf variétés. En français dans les synonymes on

tombe rapidement sur le lexique de la drogue.



ici le printemps est là

ni les neiges ne fondent ni mes oiseaux ne chantent

harakiri d’un coup de plume


oui


ici


l’eau du lac peine à refléter ton absence

mes oiseaux se sont tus


hara-kiri d’un coup de plume.