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SANS DESSUS DESSOUS

L'almanach de Jérôme Fortin

Partie 3 : Les innovations agroalimentaires

Les recherches ont démontré que les humains avaient, depuis longtemps, perdu la faculté de s’alimenter sans l’aide de médecins et de spécialistes de la nutrition, et que cette incapacité à s’alimenter augmentait lorsqu’on habite la Rive-Sud et qu’on s’appelle “Robert”. Or, chaque année, de nouveaux nutriments dit “essentiels” font la une des médias et se retrouvent assez vite dans les petits gâteaux emballés et la nourriture en poudre. L’agribussiness, qui finance l’essentiel de cette recherche, est évidemment en quête perpétuelle de nouveautés nutritionnelles afin de pouvoir apposer des appellations “santé” sur leurs choucroutes de synthèse. La société Coca-Cola serait d’ailleurs en attente d’approbation de la FDA pour introduire des acides gras polyinsaturés oméga 3 dans ses boissons gazeuses. Après en avoir fait ingérer des centaines de litres par semaine à des babouins, ils se seraient aperçu que ceux-ci avaient un peu plus de facilité à fourrer la pièce triangulaire dans le trou hexagonal. Ils y verraient là une preuve irréfutable des bénéfices de leur soda sur le cerveau, malgré le fait que la plupart des babouins ayant participé à l’expérience aient ensuite déménagé sur la Rive-Sud et, pour oublier leur diabète de type 2, passent leur journée à écouter “Loft Story”. Afin d’aider l’honnête citoyen à se retrouver dans tout ce fatras nutritionnel, Mr. Fortin nous a dressé une petite liste non exhaustive des dernières découvertes miraculeuses de la recherche agroalimentaire.


Les O.G.M.


Comme on sait, les organismes génétiquement modifiés (O.G.M.) sont des organismes génétiquement "améliorés" à la suite de manipulations génétiques. Plus précisément, cela consiste à introduire discrètement dans l’ADN d'un organisme hôte des gènes, des séquences de gènes, ou encore des condoms scellés remplis de cocaïne. Le premier aliment transgénique à faire intrusion dans nos supermarchés fut la fameuse “super tomate” de Genetec, laquelle devait se conserver plus longtemps, se planter elle-même et parler un parfait espagnol. Les attentes furent néanmoins déçues, la tomate fomentant, avec les travailleurs saisonniers mexicains, une mutinerie dans les fermes canadiennes. Aussi, on remarqua qu’elle avait tendance à disparaître avec un “plop” audible au moment où on s’apprêtait à la couper en rondelles. Le brevet de la super tomate fut néanmoins racheté par Monsanto, qui prévoit l’utiliser non pas à des fins alimentaires, mais pour son habileté à chanter “La cucaracha” moyennant trois ou quatre verres de sangria. En fait, le cheval de bataille de Monsanto consiste surtout à créer des organismes résistant au glyphosate, l’ingrédient actif de son fameux herbicide le “Round-Up”, et à ensuite en breveter les semences. Ainsi, advenant une nouvelle guerre du Vietnam, il sera possible de détruire la végétation indochinoise au complet (oui oui, toute toute) tout en préservant la végétation des villages alliés préalablement plantés d’espèces transgéniques. On parle aussi vaguement de “régler la faim dans le monde”, mais généralement vers la troisième ou quatrième journée des colloques, lorsque les chercheurs scientifiques somnolent en songeant à leurs maîtresses.


La fraline


La fraline est un pro-biotique que l’on isole à partir des gousses avariées de Fralinea L., aliment de base du kioulou, un petit marsupiaux de Nouvelle-Zélande ressemblant étrangement à mon cousin Stéphane. Depuis longtemps déjà, les chercheurs soupçonnent cette alimentation riche en fraline d’expliquer chez l’animal la remarquable énergie sexuelle (l’animal passe plus de 12 heures par jour à copuler, l’heure d’éveil restante étant consacrée à la masturbation et à l’ingestion de gousses avariées de Fralinea L.). Ceci est d’autant plus remarquable que, comme on l’a expliqué, l’animalcule ressemble à mon cousin Stéphane et qu’en raison des gousses avariées dégage une haleine fétide. L’industrie agroalimentaire et, bien-sûr, pharmaceutique s’intéresse vivement à cette nouvelle molécule. Le problème majeur à la commercialisation du produit est que la fraline est un composé aromatique produit par la décomposition des tannins de la gousse, et que sa consommation engendre une haleine similaire à celle du kioulou. Une étude systémique poursuivit auprès de 23 volontaires mâles entre 18 et 25 ans au scrotum soigneusement épilé a démontré qu’une telle haleine pouvait engendrer des problèmes relationnels chez l’humain. Les sujets devaient approcher des femmes dans des stationnements souterrains et leur demander: “Est-ce que ton père est un voleur? Ah non? Car je croyais que c’était lui qui avait mis des étoiles dans tes yeux”. Dans plus de 92% des cas, les réponses étaient du genre: “Va-t-en chez le dentiste maudit dégueulasse”. Le 8% restant habiterait, pour la plupart, la Rive Sud.


Les acide gras polyinsaturés Omega 12


Similaire à son cousin chimique l’Omega 3, l’Omega 12 est un “bon gras”, qu’on différencie généralement du “mauvais gras” en mesurant à quel point l’habitant de la Rive-Sud a envie de le manger. Plus il l’aime, plus il doit être mauvais, d’où les efforts inouïs des chercheurs à recréer la texture et le goût du mauvais gras à partir du bon, créant de la sorte un bon “mauvais” gras permettant à Robert de se gaver comme un cochon la conscience tranquille. Malheureusement, comme on découvre à chaque mois un nouveau “bon” ou “mauvais” gras, et que ce manichéisme lipidique s’avère interchangeable selon les chercheurs et les époques, on recommande aujourd’hui de manger moins de rutabaga frit dans l’huile et un peu plus de topinambour. Les patates frites et oignons frits sont à proscrire, mais une délicieuse alternative serait le potiron nain brésilien accompagné d’une trempette marine (c’est ici qu’on y revient) riche en Omega 12. Se trouvant presque uniquement dans le repli des fesses du fouignant (un mixte entre le poisson-chat et l’anguille électrique), ce gras permettrait de réduire le mauvais cholésterol, l’arythmie cardiaque et la durée du trajet Montréal-Windsor. Malheureusement, comme l’anus du fouignant contient également de la 3-xine, une molécule jugée aphrodisiaque en Asie, le fouignant est présentement en voie d’extinction. Cependant, le docteur Max Frank et son associé, le stagiaire post-doctoral Robert Einstein (de l’Institut de Recherche en Génétique Mary Shelley), travailleraient présentement sur les possibilité de faire pousser des fesses de fouignant sur l’ananas.


Le succédannée de sucre Nutrasupercoolwé®


Dans ce cas-ci, il ne s’agit pas de la découverte d’un mystérieux nutriment mais bien d’un nouveau succédannée de sucre breveté par la compagnie Novagri, également bien présente dans l’industrie de l’aéronautique, du divertissement pour adultes, de l’herbicide, des feux d’artifice, de l’armement et du poison à rat. Formé de chaines d’hydrates de carbone combinées de manière à se dégrader huit fois plus rapidement que le fructose, les enfants seraient particulièrement friands du dégagement mirifique d’énergie que procure ce nouveau produit. C’est pour cette raison que Novagri a récemment acquis la compagnie “Aliment-nimo”, détenant présentement le monopole dans la nourriture pour enfants. On y retrouve des biscuits, des gâteaux, des yogourts en tube, des chips, du chocolat, des goes balls, de la mescaline, etc. Bien que le Nutrasupercoolwé® soit encore interdit dans la plupart des pays d’Europe, d’Asie, d’Océanie, d’Afrique et d’Amérique, le gouvernement canadien assure l’inocuité du produit en autant que consommé avec modération. Une légère surconsommation entrainerait cependant des risques accrus de développer un bec de lièvre et d’être bossu une fois rendu à l’âge adulte. Une consommation plus que deux fois supérieure à celle recommandée par le gouvernement entraînerait quelques effets indésirables chez l’enfant, tel que le nanisme, la cécité totale et la mort subite.