La
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blanche

Le dépôt

UNDERGROUND

LA PAGE BLANCHE N° 61

Franchement, la nébuleuse lpb est un cas incochable. 

Tristan Félix



La Page Blanche, revue des poèmes de la toile fondée en l’an 2000 par Constantin Pricop, Pierre Lamarque et Mickaël Lapouge.

 

SOMMAIRE

 

1ère de couverture : Jean-Claude Bouchard, Encre

4ème de couverture ! Bertrand Naivin, Di-vers

 

 

Simple poème

Andrew Nightingale

 

Poètes de service

François Desnoyers

Andrew Nightingale

Patrice Maltaverne

 

E-poésies

Air

Sacha Zamka

Nicolas Grenier

Maheva Hellwig

Marc Bedjaï

Guillaume Poutrain

Denis Heudré

 

Mission traduction

Les poèmes en ket par Air

Poème berbère par Marc Bedjaï

Viatcheslav Konoval

Jean Deter

 

Poètes du monde

Louise Labé

William Blake

Federico Garcia Lorca

Zbigniew Herbert

 

Zoom

Ossip Mandelstam

 

Notes et notules

Tom Saja

Simon Langevin

Jean-Michel Maubert

Tristan Félix

Pierre Lamarque

Jérôme Fortin

Matthieu Lorin

Denis Heudré

Andrew Nightingale

Guillaume Poutrain

Maheva Hellwig

Mykola Istyn

 

 

 

Scènes, Denis Heudré

 

 

 

 

 

 

 

SIMPLE POEME

 

 

Le Son de (Lumière)

 

Le son de la lumière s’entend. Nulle part vous ne pouvez faire de la lumière.

Bien écouter n'est pas difficile, mais en entendant le son d'une graine de fleur sauvage éclater dans le sol

L'esprit fécondé ne creuse pas, ce serait du suicide.

Quand tu questionnes quelque chose de difficile, et que tu écoutes parce que la réponse est dans la question

L'empreinte dans la mémoire d'un futur fantôme de

Enregistrements d'enregistrements de sons encore chauds se chevauchant :

les portes grincent, des bruits de pas joyeux mis en parenthèses par le son de

Un père devenu grand-père, qui s'estompe sur l'étagère.

Les couleurs se souviennent d'être vives, c'est le son de la lumière.

Une bougie allumée l'une après l'autre, je les entends se rappeler, plus loin que

Les bras des étoiles peuvent atteindre, passant leurs doigts sur des empreintes sur des empreintes.

Grand-père sourit avec bienveillance aux grand-pas-encore-mères, grand,

Plein de pas-encore-aube.

 

Andrew Nightingale

Traduction G&J

 

Texte original en anglais : https://lapageblanche.com/le-depot/auteurs/38-andrew-nightingale/poems-for-lpb-1

 

 

 

 

 

  

 

 

POETES DE SERVICE

 

Poète de service – François Desnoyers

Ma naissance me surprend encore aujourd'hui, bien que celle-ci eut lieu il y a une soixantaine d'années. Elle m'a condamnée à être moi-même, bien que cela me soit assez difficile. Mon premier amour fut, non cette fille au primaire mais la beauté que j'ai retrouvée dans toutes les manifestations de l'art qui m'a été donné de rencontrer, que ce soit par la musique, la peinture, la littérature ou le cinéma. J'ai donc participé à un premier BAC en études françaises ainsi qu'à un second en arts visuels.

Extraits de « La vie en pièces détachées »

Mon ivresse parle toute seule

Cette table n’a plus l’air d’elle-même


Les repas devant moi font naufrage

Entrailles débordantes d’ennui


 

L’huile des mots me trace un silence qui tache

Au mitan du visage

Sous la gouttière des lèvres


 


Je fais corps avec les rumeurs

*


Extrait de « Le Corps à tue-tête »


       Il eut voulu conjurer l’exactitude, ligoter les distances, mordre dans la nuit des

temps. Essorer ses doutes et ses gaspillages

       le caractère improbable de l’existence.


       Refaire chaque matin à son image


       Bien sûr, on peint ce tableau avec le gris de la solitude. Le fumier d’un


paramètre inéluctable.


       En avance sur son temps


 

*


Extraits de « Lampes de fond »


       Les jours qui suivirent furent dégagés, sans épaisseur ni durcissement. Léthargie


de la surface plane. Pâleur du palimpseste... aux quatre vents de la respiration.


       Pour que leur réclusion se déchiffre un jour, l’air s’était taillé une blessure


impossible, sans forme.


       Un visage reculé.


       Exposé à tous les regrets.


 



        Algèbre



                Un mot n’est jamais exactement, par lui-même, cette variable qui se plie


parfaitement à nos besoins particuliers, ni un opérateur essentiel à la résolution de nos


propres inéquations.


        Pour se convier, se résoudre à une plus simple expression, se rompre au doigt et à


l’œil, mise à part la pulsation du geste, il nous manque encore le définitif, temps du


 verbe auquel nous échappons tous, où chaque part de silence nous appartient.


        Pour que ces aspirations soient attentives aux déchirures, à la ténacité du


cadastre, à l’impartialité du calcul, il y aura peut-être la patience de l’eau dans les yeux.


La souplesse du sourire.


        L’intensité de la faille qui nous sollicite.


         Nous sommes le produit d’un nombre fini de facteurs indépendants, considérant l’intangible possibilité que l’un d’eux seul soit nul.


        Sans voix.


 


*


 


        Table d’hôte


 


        Chaque service doit supporter un minimum de paroles, l’armée des gestes


déplacés, les langues pêle-mêle, les angles imprévus.


         Couper les opinions en petits morceaux. Les faire revenir environ cinq minutes.


Jusqu’à ce qu’elles deviennent lucides. Brasser régulièrement, jusqu'à capitulation de la


sauce.


         Délayer les manières brusques. Faire réduire les premières impressions. Introduire


les cas douteux, les oublis. Chauffer les idées préconçues. Mélanger l'air de rien aux


promesses vides.


         Prévoir les coups. Les regards aigus, disposés en papillotes autour de la table.


         S'agiter inutilement devant la lourdeur des choses dites. Laisser mijoter les


implications. Percer la paroi des excuses.


         Voler quelques minutes au destin.


         Servir sans explication.


 


         Tous les mensonges possèdent une horlogerie.


 



 



 



 



 



Poète de service - Andrew Nightingale


 


Andrew Nightingale a toujours écrit de la poésie, mais il a commencé sa véritable éducation en travaillant sur sa maîtrise en mathématiques pures. Cela a commencé quand, en réponse au partage de certains de ses poèmes sur son campus, il a été contraint à un hôpital psychiatrique contre son gré. Après deux jours, ils lui ont demandé de s'engager en signant des papiers, et quand Andrew a refusé, ils l'ont menacé en disant "Nous allons te briser". Au bout de dix jours, ils ont été forcés par un avocat de le relâcher, et n'avaient aucun diagnostic à signaler. Ce fut l'expérience la plus éducative de sa vie et il s'est beaucoup plus intéressé à la poésie à la suite de cet événement. Il est retourné à l'école et a terminé sa maîtrise, et a poursuivi ses intérêts intellectuels, publiant un peu de sa poésie, jusqu'à ce qu'il soit accepté dans un programme de doctorat à l'Université Mahidol, en Thaïlande. Là, il a approfondi sa compréhension du lien entre poésie et mathématiques et a rassemblé ce travail dans son livre principal "Une défense de la poésie contre les mathématiciens" (2019). Il continue d'attribuer ces succès au fait d'être un peu trop fou.


 


 


Traductions de l’anglais par G&J



 


 


L'origine de la couleur




Un bizarre rouge fut une fois découvert, le vermillon ortie, sur la plume d'un chapeau de dame.


L'enquête suggère qu'elle pourrait provenir d'un paon nourri d'un régime microphosphoreux.


Pour la plupart, cependant, les photons ne sont pas assez petits pour une description totale de l'iris humain, sans parler de l'iris mythique.



La couleur n'est pas une feuille.


Je ne la mettrais pas en bocal 

sans la raffiner en poudre blanche,

mais s’il te faut vraiment savoir, de multicolores nanoplastiques furent autrefois utilisés dans une mosaïque

Aussi grande que les sept océans réunis.

(Il est évident qu'une telle synthèse dépasse l'entendement)

La dynamique fluide de l'aquarelle peut être capturée même en mouvement


C'était l'étoile fantôme rouge

Cela nous a montré que la première couleur primaire

était plus insaisissable qu'une pieuvre argentée de l’espace.

Cependant, il y a ces observateurs exaltés, observant la science avec la science, qui

se cloîtrent et méditent sur la pieuvre

Que le Vénérable Professeur Plénipotent Docteur Rodimus Vindicatus a une fois attrapée.

Il était pratiquement seul dans ses visions sur la couleur,

couleur virtuelle s’il en est, 

surpassant même l'aigle naissant.


La danse des deux couleurs élémentaires, proto-rouge et electro-bleue,

Laisse une couronne vide qu’occupe la dualité neutro-verte/neutro-jaune.

La théorie générale relative aux minipigméspigmants,

qui sont eux-même plus atomiques que les atomes,

mais pas aussi atomiques que les subminipigméspigmants,

prend autant de tomes qu’il y a de pièces à Buckingham Palace.

La fondation de base

De cette théorie est soigneusement étayée par des données fantômes,

et par les gribouillis post-mortem du Dr Vindicatus lui-même,

avec une probabilité de un sur dix-mille.

Rien n’est sous-entendu, mais avec une probabilité aussi faible soit-elle,

Nous nous devions de la mentionner.


Le super-Walmart des idées, en gros,

A vu la théorie passer le test du consommateur,

qui sait que de telles théories prennent toute une vie à ne serait-ce qu'essayer de comprendre

et plus longtemps encore à communiquer. Avec instrospection dans un espace quadricolorimensionnel,

La multitude heureusement éduquée imagine qu'elle peut presque voir le rouge

tel qu'il est vraiment.

 

 

Conque bleue


Si chaque rime était vraie

Combien le ciel serait bleu;

Combien je saurais que j’étais moi

Et pas la nef d'une foule.


« Tu as dit un nuage?"

"C'est ta cochlée brumeuse qui parle."

"Bruit blanc tu veux dire?"

"Comme le son de l'océan,

Pris dans notre grande conque bleue."



Sexe et manque

 

Quand j'étais jeune, je pouvais me tenir parmi les rochers.

Leur mystère était solide,

Formant une histoire cachée de la création.

Au début, tout était

 

Intermédiaire, indifférent,

Maintenant, elle s’est révélée,

Sa solidité, juste une autre surface.

Oh me tenir à nouveau parmi les rochers.

 

 

La Vanneuse


Vanner le sable,

Les fins naviguent en premier.

Les subtilités ne durent pas.


Un vent frais de Pâques dira les indices,

Signification insensée d'herbe et de pin.

Ignorer ces indications :

Même le loup ou l'ours ne vivent pas si brutalement.


Une conscience des choses légères

Éloigne un peu plus mon pied de la pédale d'accélérateur

Et sauve une épave de vieil homme 

De mourir aujourd'hui.


Invisible par sa ténuité,

Son esprit d'une telle force

Pour diriger un pied tremblant

Devant l'autre

Alors qu'il marche transparent devant ma voiture.


La vanneuse élimine de tels esprits de la surface de la terre

Tous les jours en masses.


Je ne connais pas cette présence dans mon esprit

Qui maintient ceux sur le point de fuir

Allumés sur cette terre,


Mais ce sont ces hommes et ces femmes

Qui gardent la vanneuse

De prendre la terre.

 

 

 Soyons des oiseaux dans des corps humains



 Son esprit a rampé à l'intérieur d'une chrysalide

Avec son verbe substantivé


« Supposons » dit Socrate à Théétète, « que l'esprit soit volière »

Et Timée propose "Sauf à l'innocent, esprit léger"

À ceux, au ciel clair pour volière,

« Transformez-vous en oiseaux, faites pousser des plumes au lieu des poils ».


Et des missiles en l'air, comme ils le sont aujourd'hui,

Font vibrer l’estomac de ma soeur

Elle dit que ce sont de vrais papillons

Et que ce bourdonnement pourrait être n'importe quoi d’électronique,

Mais pour l'instant ce sont encore des abeilles,

Elles nous demandent de supposer

Notre transmigration

En verbe.

 

 

Traductions de l’anglais par G&J


Textes originaux en anglais :

https://lapageblanche.com/le-depot/auteurs/38-andrew-nightingale/poems-for-lpb-1

 

 



 

 

 

 

 

 

Poète de service – Patrice Maltaverne

 

Né en 1971 à Nevers, Patrice Maltaverne vit à Metz.

Il a publié depuis 1990 des poèmes dans une trentaine de revues.

À l’enseigne du Citron Gare (association), il anime le poézine « Traction-brabant » depuis janvier 2004 (99 numéros parus), ainsi que le blog : http://www.traction-brabant.blogspot.fr/.

En 2012 il a créé deux blogs de chroniques poétiques : http://www.poesiechroniquetamalle.blogspot.fr http://www.cestvousparcequecestbien.blogspot.fr

Il fonde enfin les micro-éditions Le Citron Gare (19 recueils parus) : http://www.lecitrongareeditions.blogspot.fr

 

Dernières publications :

 

« Selfies du diable » (Éditions Vincent Rougier, 2019)

« Des ailes » (Z4 Editions, 2019)

« La voiture accidentée du futur » (Éditions Urtica, 2020)

« Le tête-à-queue de la jeunesse posthume » (Le Citron Gare, 2021, anthologie de poèmes précédemment parus en revues)

« Jeunes et vivants » (Editions de l’Alisier blanc, 2021)

 

 

Je rêve de découper les immeubles comme des parts de gâteaux. On verrait peut-être les petits humains en dégringoler comme des fèves. On verrait alors les escaliers faire leur boulot de monter descendre. Et la séduction les déplacerait au-delà de frontières insoupçonnables de l’extérieur.

Suite de casse-pattes à repasser à toutes les vitesses plus rapides que lentes. Presque la version sèche de nos tuyauteries. La dentelle de nos nuits insomniaques. Le froufrou des jupes chevauché avec la crinoline des marches.

Ce qui nous fait une belle jambe coupée avec difficulté.

Enfin les marches dévêtues que démontre cet emplâtre figé par une légende.

 

*

 

 

Sur le banc de pierre qui s'étire le long de la place magique la position des fesses est marquée comme autant de moutons à sauter.

Par rapport au spectacle offert des jeux d'enfants à la gomme certaines zones du banc apparaissent centrales.

La pierre blanchit davantage à ces endroits qui deviennent polis par les fesses adaptées à leurs sièges baquets. Elles y tressautent aux après-midi de chaleur jusqu'à minuit.

On dirait déjà une statue complète promise par ces empreintes.

À d'autres endroits plus reculés les feuillages des tombes semblent s'être imprimés en une multitude de points noirs. La pierre entre en correspondance avec des corps qui veulent se terrer pour se taire. Leur absence équivaut à leur saleté.

De la religion à l'apparence un brelan de fantômes dispose de l'espace.

 

*

 

Peut-être que les saules pleurent davantage depuis qu'ils sont des humains.

Celui-là s'est effondré sur la dernière bande de terre montrant des boyaux blancs par où s'échappe le cœur. Pas comme sa tête qui est toute noire. Les torsions de l'oxydation se tournent vers la boue de l'humus.

Les contractions du cœur n'ont donné naissance qu'à la mort. De l’autre côté il y a tout un plateau de branches. Fanons de piano désaccordés plus sombres alors qu'ils s'amincissent.

Savoir que cette grande personne sera réduite en petits morceaux calibrés. Ce saule trop humain qu'il faut à tout prix faire tenir dans les catégories des hommes.

 

*

 

Ça n'a pas de forme. Ça ressemble à une voiture à l'arrêt sous une cape brûlée. Mais si ses feux se rallument ils seront d'un rouge d'acier à ébullition. Cette prophétie se réalisera sous toutes les perspectives.

Seul le temps est impossible à bouger. Avant ou après. Le sentiment des feux éteints est le plus cruel. Il concerne un corps prêt à enfourner pour le linceul. La mémoire centrale ne répond plus morne monceau de pierre. Oui elle est définitivement éteinte et sous toutes les perspectives ses pieds comme sa tête sont noircis.

L'activité ne redémarrera pas. L'activité déjà est un leurre. L’homme est un gisant que ne trouble pas sa forme définitive. Et ça me fait mal de savoir qu'aucune vapeur de lumière profonde ne renaît de ce qui se révèle encore plus profond.

Un coma tout à fait silencieux monolithique.

 

*

 

Les plaques d'égout évitées par plusieurs ont la face d'une bonne bouille toute fermée. Traduction des corps. Empreintes cloutées de morts enterrés debout.

Il y a comme un vide au milieu de ce visage qui permet de le retourner comme on tire sur la peau pour la faire crier. Sauf que derrière c'est le vide. Et les fétides courants d'en bas se ramènent à la surface avec nos entrailles abandonnées quelque part.

Mais on ne sait jamais. Qu'un homme en sorte. Qu'un spéléologue défiant la loi des apparences nous sauve de celle-ci. Comme si le geste de faire entrer la lumière ôtait une dimension à nos intériorités perverses.

 

Extraits de « la chair des choses », de Patrice MALTAVERNE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

E-POESIES

 

J'étouffe


J'étouff


J'étouf


J'étou


J'éto


J'ét


J'é


J


Air

https://air2air.fr

*****

vingt-quatre

 

 

le soleil s’embrase à la cime des arbres

 

le vent se croit seul mais un dieu lui fait face

heure on s’éternise et regret on s’attarde

 

on ne compte plus au-delà de vingt-quatre

aurore effleurée aimer germe aimer fane

on lutte avec l’ange et peut-être avec l’âge

 

réduit à un nom et réduit à deux dates

heure on s’éternise et regret on s’attarde

 

 

Sacha Zamka

 

*****

 

SUPER_ORANGE



Super _orange_super _orange


Alerte_rouge


« Un homme de Dieu est venu vers moi, et il avait l’aspect d’un ange de Dieu », Ancien Testament, Les Livres historiques, Juges, chapitre 13.


Peau_eau_au_a made in Saigon


Visage_face-à-face


Diamant_aimant


Acide 2.4


Opération_Mississippi


Molécule_opercule


Télé_vision arc-en-ciel


XXe siècle_Titanic


Impression soleil, couchant-4781


Bombe_bombe_tombe_dans_le_corps_étranger


Hélicoptère_diptère


 

Nicolas Grenier

 

*****

 

 

Des rayons d'or miel filaments coulent 

Dans ma gorge hoquet ce sursaut muet 

Dévale tes yeux de travers moulent 

Les formes d'un impossible duet. 


Tes deux bras laiteux s'arquent comme Knouth 

Dessinant ainsi la ligne au lointain 

De mon horizon noyé par gouttes 

Et larmes de pluie 

 

Maheva Hellwig

 

*****

 

 

 

Volubilis- Ipomea


 

  Y a-t-il tiges plus volubiles que celles d’une Ipomea enluminée jouant à cœur avec ses feuilles acuminées pour lancer des fleurs en trompette dont le pavillon sonne la coloration bleutée de leur silencieux concert ?

  Y a-t-il plus hypnotique que cette corolle mystique sinon ses graines atypiques à l’effet extatique dont la voltige a quelque chose qui hallucine quand on s’énergise à leur ergine ?

  Y a-t-il plus empathique dans cette parole mythique d’une sybille pathétique révélant sur un ton mystériosophique que la Volupté est un Volubilis mineur, celui d’un désir qui attend son heure dans la corolle ébleuissante d’une érotique majeure ?

 

Marc Bedjaï

*****

 

                       

Le poète est comme un joueur de casino : il met des pièces dans la machine à sous

met des pièces, met des pièces, il met des pièces dans la machine à sous, met des

pièces, met des pièces, le poète met des pièces dans la machine à sous, il met des

pièces dans la machine à sous, il met des pièces, met des pièces dans la machine

Il met des pièces dans la machine à sous avec l’espoir de voir une phrase s’aligner.

 

Guillaume Poutrain

*****

 

 

j'arrive des ronces     que j'ai semées en moi pendant toutes mes années     toute eau repliée      dans le paysage de mes émotions    les larmes     balayées      le désordre dans la bouche      en cris de chiffons     j’avais trouvé dans la distance     le meilleur point de vue      sur le petit monde      que je porte     en moi      au fond de quel vide       parviendrai-je à rebondir 

 

Denis Heudré

 

 

 

 

 

 

  

 

 

MISSION TRADUCTION

 


Langue en voie de disparition : poèmes en ket


 

Le ket est un idiome présent en Sibérie, dernier survivant de la famille des langues ienisseïennes. Il ne compte plus aujourd’hui qu'environ 200 locuteurs, ce qui fait craindre pour sa transmission au-delà de la deuxième génération.


 


La sauvegarde de poème en langue ket soulève la question de la transcription et celle de la traduction. Un linguiste allemand, Heinrich Werner, spécialiste des langues ienisseïennes a créé à la fin des années 1980 un alphabet basé sur le cyrillique pour le ket. Il a également travaillé sur les méthodes d’enseignement de l’idiome dans les écoles et a composé en 1999 un ensemble de poèmes basé sur le folklore, les mythes locaux et l’histoire récente. Ce recueil a été écrit en ket et en russe, en vue d’être utilisé comme livre de lecture dans les classes.


 


La traduction en français d’un extrait de cet ensemble n’a été possible que grâce à celle écrite en russe par H. Werner lui-même; les qualités de linguiste et la sensibilité poétique de H.Werner ne sont sans doute pas étrangères à la clarté du poème après ces différents passages d’une langue à l’autre.


 


 


PRÉDICTIONS


 

En visitant la forêt    un endroit calme  bordé de mélèzes anciens    mon frère a parlé  avec l'Être invisible

 

Il connaissait la destinée    entière de son peuple  et ce fardeau secret  laissait sans repos  son âme omniprésente

 

Il lui a parlé des gens    qu'il faudrait prévenir  et pour qui viendra le tour  de baisser la tête  et verser le sang d'innocents

 

Leur chemin sera pénible    en pleine force de l'âge  quitter le monde, cette lumière  arroser le sol de sang    et oublier la maison natale

 

Il la voit, la horde   plus effrayante que l'ancien maître  défiler de nouveau    en hurlant des chants  parsemés d'étoiles rouges

 

Il la voit, cette foule  devant les portes grandes ouvertes.   puisant l'eau brûlante  sans même aller chasser:  elle a oublié ses enfants

 

Chanson sur mon frère, Heinrich Werner, 1999

Traduction du ket via le russe par Air

 

 

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KABYLE BERBÈRE 

 

Ggulleɣ seg Tizi-wuzzu

armi d Akfadu

ur ḥkimen dg’ akken llan

 

A neṛṛez wal' a neknu

axiṛ daεwessu

anda ttqewwiden ccifan

 

Lɣwerba tura deg uqerru

welleh ard a nenfu

wala leεquba ɣer yilfan

 

 

J'ai juré que de Tizi-Ouzou 

Jusqu'à Akfadou 

Nul ne me fera subir sa loi 

 

Nous nous briserons

Mais sans plier 

Plutôt être maudit

Quand les chefs sont des maquereaux 

 

L'Exil est inscrit au front 

Je préfère quitter le pays 

Que d'être humilié parmi ces pourceaux

 

Traduction : Marc Bedjaï

                        

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Viens à moi, Mon rêve !

La parole s'entend avec un zèle magique  on demande le démon au marché

pour l'accord confirmé de son puissant sceau   oh non, mon rêve ce n’est pas le repas du Mal

Je prie le Dieu ardemment      ma parole s'entend comme un pétard bruyant

dans l'espoir d'en être impressionnée

Viens à moi, Mon rêve !   Je t’ai attendu toute ma vie   à cette heure, je n’ai qu’une belle dame.


 


Viatcheslav Konoval

Traduction : G&J

 

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Nuit, aussi un manteau

 

 

 

Sac à dos sur une chaise dans le théâtre vide, tapis rouge et balcon entourant votre tête épelant ses mécanismes engagés. Dialogues de grande fourrure, affaire à manger encore dans l’air. Contorsions candides. Dehors l’hiver ajoute une autre couche aux murs. Sensation de vent dans une cage, côtes écrites par des corps célestes. Cotes, prescriptions. Sourire de la jeune fille aux dents sauvages dans la salle des machines, couverture en attente dans votre chambre, page d’invalidité. Neige évolue par musique de sablier. Les feux orange dans la rue impliquent de devoir encore déplacer la caravane fatiguée. La fumée d’une cigarette apporte son confort aux trottoirs en apesanteur. Un sans-abri dort poings nus contre la glace écroulée sur votre seuil. Chants de Fêtes, salons, entêtement des pairs, sur repeat. Une petite bourse d’heures qui s’attarde, pour se procurer de l’estime de soi. Poignets tranchés d’arbres hantant le silence des idées. Désœuvrement, fées d’emprunt. Je bois à la maintenance des verrous. Tombes dérobées, mouvements muets du marbre, timbres de folie. Pour amour le charme de cordes en bourre. Ponts de pas en paix, filets à éteindre. Sur quelle chanson arrêter, quelle lentille magique marchander. Un autre jour en tête, chiffres en plastique dans le moule à glaçons. Aspirateur. À louer. Feuilles mortes pour acheter le paradis. Jusant d’arrière-cour. Délicieuse croûte de chair, sutras de fétiches. Cheminées d’usines et cordes à fœtus. Cuire les grains du chapelet. Mal de soie.

 

Jean Deter

 

Traduction G&J

 

 

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POETES DU MONDE

 

          XVIII

 

 

Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;

Donne m’en un de tes plus savoureux,

Donne m’en un de tes plus amoureux :

Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.

 

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j’apaise,

En t’en donnant dix autres doucereux.

Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,

Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.

 

Lors double vie à chacun en suivra.

Chacun en soi et son ami vivra.

Permets m’Amour penser quelque folie :

 

Toujours suis mal, vivant discrètement,

Et ne me puis donner contentement

Si hors de moi ne fais quelque saillie.

 

 

Louise Labé – Sonnets

Poésie/Gallimard

 


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Chaque grain de Sable,

Chaque Pierre du Rivage,

Chaque roc & colline,

Chaque source & ruisseau,

Chaque herbe & chaque arbre,

Mont, colline, terre & mer,

Nuée ; Météore & Étoile,

Est un Homme vu de Loin.

 


William Blake, dans la lettre à Thomas Butts du 2 octobre 1800.

 


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La lune

on ne la voit dans les fêtes.

Il y a trop de lunes

sur la pelouse !


Tout veut jouer à être lune.

La même fête

C’est une lune blessée

qui est tombée sur la ville.


Des lunes microscopiques

dansent sur les vitres

Et certaines restent

Sur les gros nuages

De la fanfare.


La lune de l’azur

on ne la voit pas dans les fêtes

Elle se voile et soupire :

« J’ai mal aux yeux ! »


Federico Garcia Lorca, Poemas de la Feria

Traduction de Winston Perez


 

 

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ZBIGNIEW HERBERT (1924-1998), poète polonais, à l'ironie douce, un timbre de voix parfois douloureux, acéré, saisissant le plus proche, l'extérieur familier, rendu à l'étrangeté de sa présence, et l'intérieur, mémoire des lieux, des êtres, mémoire des mythes, de l'histoire.


Monsieur Cogito songe au retour dans sa ville natale

(extrait de Monsieur Cogito, œuvres poétiques complètes II)



"Si je retournais là-bas

je ne retrouverais sûrement pas

ni l'ombre de ma maison

ni les arbres de mon enfance

ni la croix avec une plaque en fer

le banc où je murmurais des incantations

les châtaignes et le sang

ni aucune autre chose qui soit nôtre


tout ce qui a subsisté

c'est une dalle de pierre

avec un cercle de craie

je suis au milieu

à cloche-pied

un instant avant de sauter


je ne peux pas grandir

bien que les années passent

et que grondent dans les hauteurs

les planètes et les guerres


je suis au milieu

figé comme une statue

à cloche-pied

avant de sauter dans l'irrémédiable


le cercle de craie rouille

comme du sang ancien

tout autour des monticules

de cendres

m'arrivent aux épaules

à la bouche

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

ZOOM : OSSIP MANDELSTAM

 

Ossip Mandelstam (1891-1938) est un poète russe, représentant de l’acméisme - poésie concrète s’opposant au symbolisme - jusqu’à la révolution russe de 1917. Pendant la période soviétique, il devient un poète contre-révolutionnaire aux yeux du parti, notamment pour son célèbre et provocant poème Épigramme contre Staline, qualifié de « poème terroriste » et qui lui vaudra d’abord relégation puis déportation. Il mourut lors de son transfert vers le camp de la Kolyma

 

  Dans ses Récits de la Kolyma, Chalamov rend hommage à Ossip Mandelstam, en prolongeant sa vie au-delà du jour de sa mort : un pas vers l’immortalité ?

 

« Il mourut vers le soir. Mais on ne le raya des listes que deux jours plus tard. Pendant deux jours, ses ingénieux voisins parvinrent à toucher la ration du mort lors de la distribution quotidienne de pain : le mort levait le bras comme une marionnette. C'est ainsi qu'il mourut avant la date de sa mort, détail de la plus haute importance pour ses futurs biographes. »


  La poésie de Mandelstam est avant tout sonore (lui-même créait ses poèmes à voix haute), et s’est transmise presque exclusivement de façon orale dans les dernières années de sa vie, échappant ainsi à la censure soviétique. Aussi c’est un poète difficile à appréhender dans une autre langue, et la traduction est primordiale pour rendre compte de la puissance poétique et esthétique de ses poèmes.           

  Voici quatre poèmes de la période d’exil, extraits des Cahiers de Voronej écrits en relégation dans cette ville située à 500 km au sud de Moscou. L’aspect politique s’estompe au fil des poèmes pour laisser place à une poésie concrète qui prépare le poète au dernier voyage qu’il pressent.

 

 

1.

 

En m’enlevant les mers, et l’envol et l’élan

Pour mettre sous mes pieds le sol et sa contrainte

Qu’avez-vous obtenu ? Un résultat brillant :

Ces lèvres qui remuent sont hors de votre atteinte

 

1935

Traduction : Henri Abril

 

Le poète est une voix, les lèvres qui remuent donnent vie au poème. A ce titre le poète selon Mandelstam est à mi-chemin entre le poète et le chanteur.

C’est un « песнотворец », véritable compositeur de musique poétique dont il est question dans le poème suivant :

 

 

 

 

2.

 

Comme brûlent les bijoux féminins argentés

Aux prises avec l’oxyde et les impuretés ;

Finissent par s’abimer d’une peine discrète

Et la charrue de fer, et la voix du poète.

 

1937

Traduction : Air

 

 

Comme le travail agricole, le travail du poète est laborieux et difficile, mais le résultat est à la hauteur des plus beaux bijoux. Hélas la charrue comme l’argent finissent par s’oxyder et Ossip Mandelstam se sent usé et fatigué par le travail dans ces conditions. Son esprit s’éloigne de la terre et de l’acméisme de ses premières années, et il entrevoit un monde plus léger :

 

 

3.

 

Ô comme j’aimerais

Invisible et captieux

Être absent du trajet

D’un rayon lumineux

 

Et quel plus grand bonheur

Qu’une voute étoilée ?

Apprends dans sa lueur

Le sens de la clarté

 

Tout juste un rai d’azur

A peine scintillant

Un tout puissant murmure

Un doux balbutiement

 

Et j’aimerais te dire

D’un souffle murmurant

Je te confie pour luire

Au rayon, mon enfant

 

1937

Traduction : Air

 

 

 

Le poète flotte, à cheval entre deux mondes qui rendent nécessaire le personnage des « passeuses », ces femmes qui dans sa vie auront transmis sa poésie d’un support à l’autre, et qui le soutiennent encore aux portes de la déportation.

 

 

4.


Il y a des femmes parentes du sol humide,

Et chacun de leur pas est comme un grand sanglot :

Escorter les défunts, et ceux qui ressuscitent,

Les accueillir les premières – tel est leur lot.

C’est un crime d’en exiger de la tendresse,

Mais à l’envie de les quitter nul ne succombe.

Ange d’aujourd’hui, demain ver de la tombe,

Et puis après-demain, simple trace qu’on laisse…

Le pas qui nous porte sera hors de portée.

Immortelles les fleurs. Le ciel demeure entier.

Et ce qui adviendra n’est rien qu’une promesse.

 

1937

Traduction : Henri Abril

 

 

Les cahiers de Voronej s’arrêtent sur cette promesse, le poète mourra l’année suivante. Nous devons à sa veuve Nadejda Mandelstam la transcription et la transmission et de ces poèmes appris par coeur et dont la structure et les sonorités ont permis de survivre au régime soviétique.

 

Immortelles les fleurs. Le ciel demeure entier.

 

 

Air

 

 

 

 

 

  

 

NOTES


C'est une petite routine.

Chaque matin, je fuse vers la boîte aux lettres, la fameuse enveloppe kraft dans le viseur, celle des revuistes, m'annonçant qu'un de mes poèmes a été retenu dans leur prochain numéro.

Quand j'enfonce la clé dans la serrure, mon cœur bat la chamade, une tension électrique trace une ligne depuis mes tempes jusqu'aux bouts de mes petits orteils, mon esprit lance une pièce imaginaire.

Pile ou face avec les miches de la destinée.

Je pense toujours au chat de Schrödinger. Mon avenir est là, reposant sur du papier à l'intérieur de cette tôle fermée. Soit ça ronronne, soit ça sent le matou crevé. J'ouvre. Il y a quelque chose. Au milieu de pubs insignifiantes, de la facture d'eau (salée) et d'une anthologie de poésie Argentine dégotée d'occase chez un boutiquaire de Bavière, repose une grosse enveloppe.

Je la retourne pour voir le tampon de l'expéditeur. 

Aujourd'hui est le jour.

Je déboule dans le salon, le sésame déplié à la main, les larmes aux yeux, et j'annonce d'une faible voix que je suis un poète publié. Mon chat est en train de se lécher le cul sur notre canapé qui nous en a couté la peau du, mon fils joue avec un lacet, et ma femme ne lève pas les yeux de son magazine. Ils m'ignorent tous.

Pire, ma moitié me demande d'aller chercher les œufs des poules.

Les boules.

Je descends dans le jardin quand je croise le voisin, lui me parle de sa vieille mère qu'ils ont emmenée cette nuit aux urgences parce qu'elle a avalé un morceau de rosbif de travers et qu'elle a failli y passer à ça ( il rapproche son index de son pouce comme s'il tenait un raisin invisible ) et il espère que ni la sirène ni le gyrophare de l'ambulance ne nous ont dérangés et je lui réponds que si, à 03 heures du mat' tu m’étonnes que si et je lui dis que je vais être un poète publié, qu'il pourra commander un exemplaire à sa vieille mais il est déjà parti.

Purée.

Je pisse sur tes framboisiers, Jean-Jacques.

Je file voir les poules, prends les œufs, elles savent que je vais bientôt publier, ça se voit, elles pondent des œufs, je ponds des poèmes c'est le même processus, ce sont des trucs qu'on chie, elles sont au courant dans leurs yeux mais ni oui ni merde elles s'en carrent.

Je rentre, je suis harassé de cette magnifique nouvelle, je vais me faire couler un bain, dedans je cogite, je pense à ma prochaine revue, à mon prochain roman, à mon futur Pulitzer et la mousse, cette sainte, qui joue avec ma verge de poète publié. Je commence à travailler mes phrases d'accroche pour mes futurs discours, c'est important, ce qui reste pour la postérité.

Je relis la lettre de la revue, en prenant bien soin de sécher mes doigts pour ne pas l'abimer, parce que c'est sûr que je vais l'encadrer. Publication dans le numéro d'hiver, c'est à dire dans douze mois minimum. La mousse se barre soudainement de mes couilles.

Ce n'est pas demain que l'inventeur de la dynamite m'invitera à Stockholm.

 

Tom Saja

 

(à noter dans l’actualité de Tom Saja la parution au mois de septembre de son recueil intitulé Cette main qui tient le feu aux éditions Exopotamie.)

 

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Je suis pour être contre


 

Beaucoup ont des opinions, parfois bien arrêtées, qu’ils acceptent de partager ou non. Plusieurs ont des idées, de toutes sortes et sur plein de sujets, des plus sérieuses aux plus farfelues. Un peu moins ont des principes, auxquels ils s’arrogent le droit d’être fidèles, y faisant parfois selon ce qui les arrangent au mieux ou les servent le plus. Plus rares encore sont ceux qui ont une morale, qu’elle soit modulable ou d’acier.


Comme tout le monde, je ne fais effectivement pas exception à la règle. Je possède sans doute une certaine morale (du moins, je ne crois pas être un sociopathe ni un psychopathe) ; je partage des idées avec un grand nombre de personnes, même à mon insu ; j’ai une panoplie de points de vue sur toutes sortes de choses, la plupart du temps, assumés.


Dans la catégorie des pour et des contre, il y a une multitude de faits pour lesquels je suis contre et m’oppose fermement sans condition. Il n’y a pas à discuter. Par exemple, je suis indubitablement contre les accidents de voiture, car ils engendrent pertes matérielles, blessures et même la mort, sans compter les embouteillages et les retards causés aux autres usagers de la route. Je me prononce également contre la couleur brune, les maladies mortelles et les incendies criminels, puisqu'ils n'ont aucune véritable utilité. Les morsures de serpents, la calvitie, les éclipses solaires et lunaires ou de tout autre acabit, l’utilisation des épingles à linges en plastique, le port des bas (surtout les blancs) avec des sandales, la lecture des circulaires, les éruptions volcaniques, l’emploi du vouvoiement envers ses parents, la pluie durant le jour et les inondations font également partie des choses auxquelles je dis non, sans concession.


Peut-être que de s’armer ainsi ne contribuera pas à changer le monde, mais au moins, les gens autour de moi sauront de quel bois je me chauffe et quel type de personne je suis face aux enjeux mondiaux. L’humanité entière ne peut pas toujours rester indifférente à tout. Tôt ou tard, vient le moment où l’on est amené à se positionner vis-à-vis les autres et ce qui nous entoure. C’est une question de choix. 


 


Simon Langevin


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Dans son livre, "Melville. Les assises du monde", le philosophe phénoménologue Marc Richir entreprend de décrypter la figure de la tyrannie et du mensonge social dans l'oeuvre d'Herman Melville, focalisant ses analyses sur trois textes : Moby Dick, Billy Budd et Pierre ou les Ambiguïtés. Il montre que dans Moby Dick, le capitaine Achab "détient (...) un secret enfoui dans les tréfonds de son affectivité, tellement épouvantable qu'il semble être le seul à même de le soutenir en sa chair." Achab est - selon un de ses seconds, Starbuck -, habité par une "peine atroce", une "haine incoercible contre la Baleine blanche". Une haine qui est aussi une étrange complicité. Richir définit Achab comme un "tyran héroïque, du type de ceux qu'on rencontre dans les récits mythico-mythologiques grecs de fondation, dans l'épopée et la mythologie." Les mythes, les récits théogoniques, mettent en scène l'origine du monde, l'engendrement des dieux, des hommes, de la nature et des vivants. Les lignées humaines sont enchaînées aux généalogies divines, ancêtres fondateurs, forces primordiales. Comme Lévi-strauss l'a montré, il n'y a pas de version première et véritable d'un mythe - c'est une constellation dans laquelle greffes et variations sont consubstantielles. La mytho-logie, elle, selon Richir, rompt avec les récits mythiques en racontant une lutte pour la domination et l'instauration d'une royauté divine (Zeus chez les grecs), constituant ainsi la figure d'un "despote originaire", "à l'origine de l'État". D'où la sacralité des rois et empereurs, fils des dieux, garant d'un ordre social et politique fondé sur un ordre cosmique hiérarchique (Richir détaille ce processus dans son livre "La naissance des dieux", livrant par ailleurs une analyse intéressante de la politique platonicienne et du travail de miroir critique, déconstructeur, opéré par le théâtre tragique). Selon Richir, l'épopée métaphysique qu'est Moby Dick cherche à mettre à jour le refoulé du texte biblique. Ismael, le narrateur et seul survivant du Pequod, est l'homonyme d'un serviteur de Job, "Achab est le nom d'un roi d'Israël (I, Rois, XVI), tyrannique et idolâtre (adepte du culte de Baal)." Son épouse magicienne est tranférée dans le personnage de Fédallah, Parsi embarqué clandestinement par Achab. Celui-ci, "adepte de Zarathoustra" incarne un monothéisme plus archaïque que le monothéisme biblique. "Il y a (...) dans le récit biblique, comme une mythologie tronquée", des traces "d'une cosmogonie


plus archaïque", issue du monde mésopotamien, dans lequel Élohim, Yahvé, est un roi des dieux, tout comme Marduk en Mésopotamie, "accompagné d'une cour de dieux que le monothéisme postérieur pensa comme des "anges"". On a affaire à un "polythéisme sous-jascent" refoulé. Dans le texte biblique, le Léviathan, les "monstres marins primordiaux (..) ont à voir avec l'abîme" (la masse des eaux), que Iavé a eu à vaincre pour instaurer sa domination. On retrouve ici la structure de la tyrannie, d'une hiérarchie sociale et politique fondée sur une matrice théologique. Richir montre de façon détaillée que c'est ce que comprend et explore avec génie Melville, dans un mélange de réflexion intense et d'intuition (comme en témoigne Hawthorne, à l'époque où ils se fréquentaient assidûment). Cette fondation symbolique a façonné l'affectivité humaine (voir dans "La naissance des dieux" l'analyse des passions dans la tragédie grecque), la soumission intime des humains au pouvoir, à la domination, aux hiérarchies. Richir convoque sur ce point La Boétie et la question de la servitude volontaire. "La tyrannie et l'institution de la royauté" crée une sorte d'hypnose (nécessitant une mise en scène, comme dans le passage où Achab, après avoir révélé le véritable but de la chasse, cloue un doublon d'or au grand mât et le promet au premier qui apercevrait Mobby Dick) en s'enracinant dans les "terreurs primordiales", la souffrance infinie, comme s'ils étaient capables d'en protéger les hommes. L'abîme insondable, infigurable, terrorisant, est condensé tout entier dans la blancheur de la Baleine, elle-même figure infigurable du sublime (au sens kantien). On ne peut ici que citer Melville : "Le blanc est moins une couleur qu'une absence de couleur", "Les autres couleurs de la terre ne sont que de subtiles illusions, aussi bien les douces teintes du couchant ou du feuillage des bois, que le velours doré des ailes de papillon et des joues des jeunes filles", "c'est un simple enduit", "dont le chatoyant plumage ne couvre que le charnier intérieur", "Si la lumière frappait directement la matière des choses, elle donnerait sa blancheur vide à tout, à la tulipe comme à la rose", et pour finir : "si, pauvres misérables que nous sommes, nous nous obstinons à regarder à l'oeil nu le gigantesque suaire blanc qui enveloppe toute choses, nous sommes irrémédiablement aveuglés. La baleine était le symbole de tout cela. Vous étonnerez-vous maintenant de la férocité de la chasse ?" (XLII). Le paradoxe invivable d'Achab est que Moby Dick est son double. "La haine du monstre est aussi haine de soi. Comme s'il fallait être au-dessus de tous les tyrans possibles pour extirper dans une infinie fuite en avant, les racines informes de la tyrannie". Richir voit dans Billy Budd, écrit quarante ans après Mobby Dick, un contre-mythe, réécrivant l'histoire d'Abel et Caïn, dénonçant "ce qui semble fonder la société humaine depuis la nuit des temps" : la Loi, complice malgré elle de la tyrannie contre l'innocence.



Jean-Michel Maubert



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Le mâle dit de fine amor



 



Nous avons eu la bonne fortune de descendre d’un toboggan en pente raide d’une mère qui nous inculqua - peu après la tétée, disons lorsque nous pûmes tenir une conversation relative aux Choco BN ou aux bastons de la cour de récré (appréciez l’ellipse temporelle) – la notion, l’idée des plus vagues à l’âme, la pensée immense, l’intuition irrévocable et infinie d’AMBIGUÏTE.



Le mot lui-même chante (et Lacan ne fut pas notre maître - les enfants des grottes jouaient très jadis – c’est avéré - sur les sons avec des bouts de squelette d’aurochs qu’entrechoquaient leurs dents et inventaient leurs premiers calligrammes en forme de circonvolutions inconscientes - car sachez bien que notre cervelle n’est autre que le calligramme de sa propre pensée en gésine, voire son monocondyle : sa signature labyrinthique), oui, ce mot d’ambiguïté, il chante son amibe sa biguine son abime sa gaité son bambin de Guinée son Bambi son anguille bougonne ses gouttes de buée sa bite en gambade (ah, nous y voilà, patience !) son agape bigote son lambi gay de Bali son big bang d’été sa bogue entée de gui sa languide beauté qui lambine – il ambigue pour tout dire, ce mot. Il bigle. Son tête à queue fait qu’il tétaque en zone terraquée, tête la première mais avec réception fessière, comme une naissance avec salto arrière.



Ainsi fûmes-nous d’emblée initiéES – oui, nous sommes un brin, voire une touffe, polyphrènes - aux arcanes du vivant sans frontières et dans le même temps méfiantes de tout embrigadement genré ou dégenré. Le genré nous dérange mais le dégenré – cet autre genre – nous dégénère nous liquéfie nous liquide nous accable avec sa cohorte de particularismes dont la tonitruance identitaire CERTES s’élève à juste titre contre la main basse faite par le masculin – y compris celui manifeste chez certaines maîtresses-femmes thatchériennes aung san suu kyiennes et tueuses – sur ses proies, les cloîtrant du même coup dans une impuissance tragique (tout en proclamant parfois leur supériorité – ah, ce trou, impossible à combler ! cette tombe vaginale - Un enfer !!!), MAIS présente le danger d’une démultiplication des identités sociales favorisant non une variété (celle du vairon, du maquereau irisé, des yeux bicolores du chien…) mais peut-être bien une désolidarisation du vivant, rompant avec son merveilleux continuum. Il semble en effet qu’il y ait confusion entre égalité et décomposition sociale en particules hétérogènes crispées, avec parfois germe de haine - sur leur nationalisme personnel. Nous débordons hélas de notre facétieux sujet, comme toujours - polyphrénie oblige ! - et tendons à tout mêler, mais ya pas que nous : relisons Virginia Woolf et son Une chambre à soi. Toute pensée qui ne recopie pas erre et se marche dessus parce qu’elle se cherche pour de vrai. C’est sa poésie plus que sa vérité. Revenons donc et néanmoins à nos vairons.



Notre mère, en cela d’une confondante rigueur, enrichissait l’idée d’ambiguïté de celle de point de vue. Ainsi telle mouche était ambiguë non tant parce qu’elle était bisexuelle ou homo ou portait un soutien-gorge et un slip kangourou mais parce que tout dépendait du point de vue que l’on portait sur elle. La lumière du matin ou celle du soir projetait sur elle un accord différent dont la subtilité troublait. Me plaignais-je d’avoir été malmenée à l’école qu’elle m’apprenait à répondre à l’agresseuse : C’est une question de point de vue, phrase à laquelle je n’ai pas souvenance d’y avoir entendu goutte mais dont je sentais fièrement autant qu’intimement qu’elle était chargée d’une force protectrice car déstabilisante, comme une armure d’Achille. De fait, l’ennemie, interloquée par la formule de sorcière, demeurait pétrifiée quelque instant puis repartait sauter à la corde avec furie ou s’emmêler les pattes marbrées dans son jeu à l’élastique. De l’autre côté du mur, les garçons nous catapultaient des balles avec des mots d’amour. (L’année suivante, tout serait mixé et ils pourraient se mêler à nos bastons.) Tel chanteur, mais pas seulement Mick Jagger, tel enfant, tel accent étaient ambigus parce qu’ils ne se réduisaient pas à leur existence ontologique, à leur en soi, mais, grillant les feux rouges de la mort, vivaient en se multipliant – merci Baudelaire, charogne, va ! – se déclinaient en autant de versions et de visions qu’il pouvait exister d’interprètes ; car le réel est une partition sans mesure, façon Eric Satie, démesurée par l’innocence, l’innocuité et la virginité de la perception. Dès lors, le monde nous apparut dans son invention infinie, sa moirure perpétuelle, sa métamorphose constitutive. Et lorsque la bouche souriante et dentue - ourlée d’une vive moustache blanche - de M. Richard, notre professeur de sciences naturelles au collège, nous apprit que si la norme humaine laissait vivre et se multiplier les « monstres », alors la normalité deviendrait monstrueuse, nous reconnûmes le Chat de Cheshire, rompîmes joyeusement avec la limite et embrassâmes l’intuition du spectre du vivant, en une suite d’accords chromatiques qui ignorait encore tout des glissendi et démultiplications de tons dans la musique orientale. Ce qui, aujourd’hui, nous permet d’opérer un tuilage, certes périlleux… avec la suite.



Voici. Toute langue porte les stigmates d’une histoire ininterrompue de soumissions, de massacres et d’ostracismes. Néanmoins, il ne nous semble guère judicieux d’introduire de force ces nouveaux accords à la mode, dits inclusifs. Tout d’abord, et c’est extraordinaire, la langue semble avoir fourché puisque l’accord inclusif met en évidence comme jamais la préséance du masculin. Voyez : les ami.e.s. Le féminin se retrouve comme par extraordinaire à la remorque du masculin, comme si la défense du féminin passait par sa défense… Par quel paradoxe suicidaire, par quelle inadvertance auto-flagellante la restauration du féminin – oui, il exista par exemple bel et bien des trobairitz, ces grandes poétesses du Moyen-Âge plongées tête la première dans l’oubli – peut-elle visuellement à ce point réclamer à son insu la préséance du masculin ? Serait-ce une soumission inconsciente pour payer d’avoir voulu exister davantage ? Comme si la masculinité revenait toujours comme un boumerang. Au risque de recevoir une avalanche de détritus, nous nous risquons à nous demander si ce n’est pas l’homme en la femme qui tend sa protubérance dans cet accord inclusif, que nous aurions tendance à qualifier d’exclusif (aï ! aïe aïe ! ne jetez plus rien !). Tant de crispation grammaticale ne paraît pas très sain, encore moins efficace.



En outre, la complication roncière sur le clavier et l’empêtrement de la lecture friseraient le ridicule s’ils n’étaient insupportables. Nous redoutons les arguments de l’Académie française massivement masculine et passéiste. En revanche, il faut absolument supprimer de la grammaire l’injonction du masculin qui l’emporte et réinvestir la notion de masculin de sa composante féminine organique. Rappeler que le garçon a des tétons et la fille un zizitoris est autrement plus langu qu’un pseudo accord inclusif autoritaire susceptible de provoquer des occlusions intestines.



 Pourquoi ne pas dire femmage au lieu d’hommage ? Pitié ! Parce qu’en hommage ne s’entend, de fait, plus le mot « homme » et qu’en femmage ne s’entend que le mot « femme » - à moins d’attendre quelques siècles. Pourquoi ne pas dire « le lune » puisque masculine en allemand ? Artémis était-elle gay ou lesbienne ? Ouh la la, je vais me faire démolir la bille par quelque association protectrice des femmes – et pourquoi pas des « femelles » ? ah, ça! Pourquoi, par ce rejet du mot « femelles », mépriser les animaux et se soumettre à la hiérarchie monothéiste des cinq règnes, hein ? Etant nous-mêmes animales puisqu’issues d’une souche humaine, nous nous ébrouons, scandalisées. En revanche, féminiser tout ce qui peut l’être sans risque de confusion régressive est salutaire : chef/chève, par exemple. Le poète Ivar Ch’Vavar propose de tout féminiser, façon insolente et facétieuse de rétablir l’équilibre. Nous proposerions, nous, de laisser faire la langue, apte aux baisers les plus inventifs.



Il faudrait, pour rendre justice aux minorités opprimées, exterminer une pelletée d’insultes ou de jurons genrées : con connard connasse bite enculé résidu de fausse couche – branleur-branleuse ? – putain fils de pute poufiasse thon… (ah, Gilles de la Tourette, quand tu nous tiens !) et autres noms d’oiselles. Le terme d’opprimés, exclut-il les femmes ? Il ne nous semble pas. Puisqu’il faudrait que l’histoire répare ou paie ses injustices, détruisons cathédrales et mosquées, temples incas et pyramides, trottoirs français, ports, routes, ponts, barrages… parce qu’ils furent édifiés par des esclaves, des bagnards ou un prolétariat exsangue et que leurs descendants ont peu de chance d’en profiter. Et puis - si si, il y a un rapport – l’on pourrait réinjecter leur étymologie dans tous les mots du lexique de façon à réparer l’oubli par dégénérescence de leur origine. Proposons de reparler une langue pure d’origine, le Babil, par exemple, débarrassé de son histoire. J’ai ouï clamer par certains indigènes de la république que le port du voile est un gage libérateur de loyauté envers les hommes. Autrement dit, je m’efface pour m’affirmer… et je pose un point à la forme masculine pour m’affirmer comme son suffixe qui suffit ou sa désinence qui lésine.



Nous qui vous écrivons, baignons tellement dans le liquide amniotique de l’ambiguïté et du point de vue fertilisant que nous ne comprenons pas bien cette pratique hoquetante et trébuchante de l’accord inclusif ponctué de désinences qui battent de l’aile. Il y a eu maladresse grammaticale, pour le moins. Nous nous réjouissons en tout cas des tâtonnements et ambiguïtés des décisions grammaticales qui nous ramènent – pour une sans doute courte récréation - à l’époque où la langue, non fixée par l’imposition du francilien et la grammaire de Port-Royal, jubilait de sa variété. Au choix, mesdames et messieurs ! : auteure, auteuse, autrice, auteuresse, écrivaine, écriveuse, écriveresse. Nous en reviendrions aux vrais synonymes avec leurs seules variantes musicales. Vivent la métamorphose, l’hybridation et le mouvement plus que la catégorisation !



13 mars 2022



Tristan Felix



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ÉDITION DE MOTS


 


Cela peut choquer certains qu'on ose toucher à la structure d'un poème... comme si un poème était quelque chose de visuel, alors que la lecture est un processus auditif : on entend, on croit voir, on ne voit rien dans l'obscurité des signes sur la page blanche, on écoute, on ne regarde pas un poème…. Par contre, quand on lit un poème il faut savoir lire de façon fluide et non pas saccadée... La forme visuelle disparaît dans la forme auditive... si on est aveugle on ne perd rien du discours, de la pensée. Même un sourd entend ce qu'il lit...


 


Beaucoup s'imaginent que la forme visuelle d'un poème sur papier compte. Il faut comprendre que la forme graphique n'est que la forme imposée à la lecture. (Je ne parle pas de cas particuliers, comme les Calligrammes). La lecture est un processus auditif, ce n'est pas un processus visuel : sur la page ne sont inscrits que des signes comme le sont des notes inscrites sur une partition. La lecture est l'écoute (par une sorte de voix intérieure) de signes transformés en sons, par la voix intérieure qui, entendue, fait sens.


 


L'Objet esthétique n'est pas, sauf dans la poésie spatiale, l'objet visuel de signes présentés sur la page dans un certain ordre. L'objet esthétique est la pensée exprimée par la parole entendue et non vue en signes sur papier, l'objet esthétique est la parole entendue dans sa nudité par l'intermédiaire de la voix.


 


L'expérience m'a appris comment les poètes construisent leurs textes… ils construisent leurs textes sur l'idée que les vers sont plus « poétiques » que la prose. D'où vient ce préjugé ? De son éducation culturelle, du poids des traditions, du besoin de faire comme les autres... en effet, historiquement, tant dans l'histoire générale de la poésie que dans l'histoire individuelle du poète, l'animal humain a appris à composer des vers, des groupes de mots, et les harmoniser dans un ensemble de vers. Simplement, ce que je veux dire, c'est que la moitié des gens qui font comme ça, suivent cette recette, pourraient, s'ils en avaient conscience, à la fin de la construction de leur poème, enlever le vers parce que la versification elle-même peut - j'en suis convaincu - disparaître dans une forme en prose qui devient immédiatement plus compréhensible car la prose est la manière naturelle de s'exprimer, la prose est la parole.


 


 


Les mots font des phrases et les mots sont faits de phrases. Je penche pour la restauration de la conscience de la phrase et donc je plaide pour la prose qui elle-même est faite de phrases. Je veux supprimer l'ornementation baroque de la versification et jeter droit - sans contorsions - le sens et les lignes de mots qui sont chargées de le porter. La beauté n'est pas dans l'agencement des mots, elle est dans les mots. Prose et poésie même combat.

 


Pierre Lamarque

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Protestation tout confort 

 

Il y a une vingtaine d'années, à une époque où la défense des droits des animaux était une activité hautement impopulaire et même risquée au Canada, nous étions peu nombreux à brandir nos pancartes colorées sous des ciels indifférents (au mieux) ou givrés d'hostilité (la plupart du temps). On soupçonnait très sérieusement, dans la presse écrite et verbalisée (même celle vaguement de gauche, dans la mesure où ça existe au Canada), les antispécistes d'être de potentiels terroristes. Les commentateurs les plus en vogue nous ridiculisaient sans vergogne sur les plateaux télé, nous taxant volontiers de crétins anthropomorphistes (au mieux) ou de fous dangereux (la plupart du temps). On sélectionnait avec soin, pour les vox pop, ceux qui, parmi les manifestants, avaient l’air le plus con. On préférait l'hurluberlu en patins à roulettes et oreilles de Mickey à l'étudiant au doctorat en science du sol (moi, en l'occurrence). On connait bien ces techniques de cherry picking. Or, si la troupe de manifestants était bigarrée au niveau des styles (bourgeois, anarchistes, punks, mamies et papis, bodybuilders, métalleux...) certains groupes d'individus étaient étrangement absents de ce temps partagé. Je dis "étrangement" en ce sens qu'on se serait attendu à les y retrouver. Tentons, avec nos talents caricaturaux bien connus, de définir cette viduité. Utilisons des points de fixation issus d'un bestiaire sociologique contemporain populiste pour nous orienter dans le dédale de nos perceptions. Commençons par le bobo : c'est à dire ce professionnel aisé des grandes villes qui aime le manger bio et la locomotion électrique. Ce stéréotype, encore relativement nouveau à l'époque, était en effet quasi absent de ces manifs. La cause était bien sûr trop risquée pour lui. Y participer aurait pu nuire à son image de citoyen exemplaire, car c'est bien ce qu'il souhaite être (s’il existe - je crois bien l'avoir déjà aperçu deux ou trois fois à La Vie Claire). Mais le concept social du bobo à lui seul est trop squelettique pour décrire ce déficit numéraire mentionné plus haut. Plus généralement, le stéréotype "écolo" ou, en poussant encore plus loin la clownerie, le "gauchiste obsédé par son gauchisme au point de ne plus être capable d'aucun concassement avec la réalité", faisait cruellement défaut durant ces manifs pour la cause animale au Québec dans les années 2000. Je ne citerai pas de source car je n'ai pas envie d'être sérieux (je n'écris pas pour Libération ou Le Monde), mais je vous affirme que la plupart de ces écolos (et même les plus végans d’entre eux) méprisaient passablement ces militants antispécistes - ou en tout cas ne souhaitaient pas les apercevoir à côté d’eux dans un miroir. Du bout des lèvres, quelques-uns admettaient peut-être que l'élevage intensif de type McDo et Burger King était éthiquement inacceptable. Mais peu auraient osé dire : "Je suis végan parce que j'aime les animaux". Non ! C'eut été bien trop irrationnel et "vieille dame" de dire ça. S'ils préféraient les protéines végétales, ces végans à la tête carrée, c'était uniquement pour des motifs très sérieux validés par la revue Science et Vie. Pas de sentimentalités anthropomorphistes ! Quant au gauchiste obsédé par son gauchisme, son hostilité venait peut-être (j'hypothétise) de cette idée que défendre les animaux non humains signifie qu'on se fout des problèmes dudit humain, à commencer par les enfants qui crèvent de faim en Afrique. Celui qui se veut "humaniste" ne pouvait donc pas être également "animaliste". Nous conviendrons que cette binarité, pour utiliser un langage à la mode, est passablement absurde. (Notons aussi, tant qu'à être dans cette fusée, cette fake-news encore largement relayée, voulant qu'Adolf Hitler ait été végétarien pour d'autres raisons que ses problèmes digestifs). Aussi les voyait-on (ces bobos, ces écolos à la tête carrée, ces humanistes...) snober ces abrutis d'antispécistes irrationnels en patins à roulettes ; j'en ai même vu se moquer d'eux avec beaucoup d'incivilité durant des cocktail parties sans gluten. Je n'ai pas à vous le démontrer ; vous n'aviez qu'à être là vous aussi. Et ces mêmes gens, vingt ans plus tard, manifestent toujours aussi volontiers pour défendre ces grandes causes tellement plébiscitées par les médias, encore une fois sans le moindre risque de représailles sociales. Je ne suppose évidemment pas que ces causes confortables, au goût du jour, ne soient pas dignes d'être défendues. Je ne fais que constater que ces grands protestataires font, la plupart du temps, cruellement défaut dans les manifs demandant un véritable courage. C'est décevant en même temps que ce n'est pas étonnant ; l'homme est souvent plus petit que nature. L'importance du snobisme dans l'horizon des causes défendues est certainement une voie de recherche que d'autres avant moi n'auront pas ignorée. J’effectuerai une recherche plus poussée un jour si j'ai le temps; pour l'instant je dois aller rejoindre Beaux Yeux au Café du Bonheur. 

 

 

Jérôme Fortin

 

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Souvenir de lecture

Jean Giono

 

 

Lorsque les souvenirs balbutient des bribes intelligibles, j’avance vers eux avec la même prudence qu’on approche un loup acculé à une falaise.

Ils se taisent à mon passage, ils n’ont que faire des hommes aux yeux clos. Le silence détruit l’espoir d’être autre chose qu’un Gédémus. Je ne voulais pourtant pas être celui qui vient demander son tribut au-delà de la mort du temps.

 

Alors, je monte - on ne fait que monter dans tes récits – et dépose à tes pieds mon ombre. Je suis coupé en deux comme on sépare équitablement un remords : une part pour toi, je garde l’autre...

Là-haut, je bricole une image de moi qui est moins reflet que rêve de méchancetés concassées. Puis, j’entre dans la fente de l’irréel pour parcourir les pages qui me séparent de toute pensée.

 

Je quitte ce monde avec la sensation d’avoir salué un vieil ami et de m’en être débarrassé.

 

C’est mon tour d’être roi.

 

 

L’extrait :

 

« - Comment ça va, Janet ?

- Mal et ça dure.

- Tu souffres ?

- De la tête.

- La tête te fait mal ?

- Non. Elle ne fait pas mal comme aux autres ; elle est pleine, voilà, et elle craque toute seule dans l'ombre, comme un vieux bassin. On me laisse seul tout le temps, je peux pas parler, ça s'accumule dans moi, ça pèse sur les os. Il en coule bien un peu par les yeux, mais les gros morceaux, ça peut pas passer, ils restent dans la tête.

- Les gros morceaux de quoi ?

- De vie, Jaume. »

 

J. Giono, Colline, Grasset, “Les cahiers rouges »

 

Matthieu Lorin

 

(à noter que ce texte fait partie du recueil Souvenirs et Grillages paru en septembre 2022 aux éditions « Sous le sceau du tabellion »)

 

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Denis Heudré

 

L’académie Baudelaire

 

Un ouvrage paru en 2021 pour le bicentenaire de Baudelaire, écrit par Jean Clément Martin Borella.

 

2021, fut l'anniversaire des deux cents ans de la naissance de Charles Baudelaire. Au moins trois livres sont venus nous rappeler cet événement : 

L'affaire Baudelaire de Remy Bijaoui, Crénom, Baudelaire ! de Jean Teulé et L'Académie Baudelaire de Jean-Clément Martin Borella. Le premier est un essai évoquant le moment de 1857, où Charles Baudelaire et ses éditeurs sont condamnés pour « outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs » par le tribunal correctionnel de la Seine. Jean Teulé, lui nous a donné à lire le portrait d'un "homme détestable, drogué jusqu'à la moelle". Jean-Clément Martin Borella, jeune journaliste spécialisé dans le domaine de la culture, nous propose lui, après une enquête approfondie dans les différentes correspondances de l'auteur, un roman avec un Baudelaire bien plus attachant dans une vision moins manichéenne et plus axé sur son apport à la poésie.

 

Le roman débute le 11 décembre 1861, Charles Baudelaire dépose sa candidature à l'Académie française. Il est fatigué des calomnies colportées dans les journaux par des critiques si fermement attachés à la tradition poétique. Bien entendu la plupart des réactions furent hostiles : " Baudelaire à l'Académie ! Pourquoi ne pas aller chercher un aliéné à la maison de Charenton ? "

 

Ces critiques sont souvent dues à la méconnaissance de l'homme véritable. Seuls ses amis, et quelques jeunes poètes comme Mallarmé, Verlaine, et quelques autres moins connus, encore en apprentissage de leur style, croient en son talent et reconnaissent en lui un guide. "Théodore de Banville et Auguste Poulet-Malassis ont raison, les favoris du succès ne trouveront, demain, plus que leurs noms gravés en lettres lapidaires sur le marbre des cimetières, alors que le vôtre ornera les pages des manuels scolaires." Villiers de l'Isle Adam voit en Baudelaire, l'homme qui marche "dans la solitude du moi". Sainte-Beuve écrit de lui "ce qui est certain, c'est que l'auteur gagne à être vu, que là où on s'attendait à voir entrer un homme étrange, excentrique, on se trouve en présence d'un candidat poli, respectueux, exemplaire, d'un gentil garçon, fin de langage et tout à fait classique dans les formes."

 

Baudelaire se bat pour une poésie moins romantique et contre un milieu littéraire encore très académique. Sa candidature à l'Académie est une provocation, un saut dans le vide pour se renouveler. " En dévoilant les réalités spirituelles écrasées sous les apparences matérielles, Baudelaire s'érige en premier poète de l'attention. Il a conscience de frapper un grand coup dans le carcan de la tradition mais n'est pas dupe, à être trop en avance, le risque est fort qu'on le croit en retard. "

 

"Il ne peut se résoudre en conscience à voir la littérature pure arpenter les trottoirs sales et se réunir dans les cafés populaires. Il ne peut accepter sans rien faire que les géniaux Théodore de Banville, Théophile Gautier et Gustave Flaubert continuent de nager au milieu d'un banc de littérateurs médiocres, quand d'autres, vraiment médiocres, se noient sous les éloges et les honneurs."

 

A part Hugo, Lamartine, Vigny, Sainte-Beuve et Mérimée aucun autre des quarante écrivains pensionnaires n'a laissé une trace dans l'immortalité... Et encore moins le dénommé Abel-François Villemain, pourtant secrétaire perpétuel de cette glorieuse institution pendant plus de trente-cinq ans. Et Charles Asselineau ne s'est pas trompé en parlant ainsi de son ami : "De toute façon, vous êtes le plus grand. Tôt ou tard, la France s'en apercevra."

 

Le style de Jean-Clément Martin Borella, la mise en scène et les dialogues de ce roman s'appuyant sur ses nombreuses lectures d'ouvrages et de correspondances, rendent justice a ce personnage de la littérature française, bien plus qu'un simple drogué, qui a fait entrer la poésie dans modernité, ouvrant la voie aux Mallarmé, Verlaine, Rimbaud et même plus tard André Breton et aux surréalistes.

 

 Ce roman mériterait largement être repris en film.

 

 

L'académie Baudelaire 

Jean-Clément Martin Borella

Editions L'Harmattan

 

En savoir plus ici

https://youtu.be/d340ZmGkN5c

 

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Identité sexuelle et Dao de jing

 

Femme/Homme est le Yin/Yang de l'Occident. Le Tao Te King comprend un système de description qui est essentiellement le système de nombres binaires doté des significations de Yin (0) Yang (1), se mélangeant, donc "100" est "Yang, Yin, Yin" et a une certaine signification intuitive.

 

Le Femelle/Male occidental montre comment réduire le monde au binaire échoue : prenons les termes Femme virile (10), Femme féminine (00), Homme viril (11), Homme féminin (01). Et puis : Femme féminine virile (010), Femme féminine efféminée, Homme viril efféminé, Homme féminin efféminé, etc.

 

Ce que je veux montrer, c'est comment de plus en plus de gens passent entre les mailles du filet à mesure que le système devient plus exhaustif. Lorsque vous obtenez une précision à trois chiffres, la plupart des gens ne s'identifieront à aucun des termes tels que "femme virile efféminée", etc.

 

Ainsi, un langage exhaustif, un langage précis, découpe de plus en plus la réalité comme "hors sujet" et les personnes trop sensibles à ce qui est ou non pertinent se sentent affaiblies lorsqu'elles essaient d'établir des liens ou de donner un sens aux sens (y compris la sensation d'idées par l'esprit).

 

L'affaiblissement de l'esprit et la façon dont le langage de précision fait passer les gens entre les mailles du filet de la terminologie technique (diagnostics, identités, etc.) sont précisément la raison pour laquelle ils sont exaltés par les puissants oligarques des États-Unis. Le langage de précision n'est en aucun cas supérieur au langage courant ou poétique, sauf que si vous vous montrez comme quelqu'un qui suit les règles des mathématiques (ce qui équivaut à « comprendre » « accepter » les règles des mathématiques), vous obtiendrez un financement, ou serez publié, ou passerez la porte que vous essayez de franchir. Peu importe ce que veut dire le terme "micronutriments", ce qui compte c'est qu'il soit très précis, et qu'en étant hypnotisé par lui, vous perdez de vue le reste du monde.

 

 

Le rêve libéral d'inclusivité ne peut être réalisé par un processus de raffinement du langage ou des symboles, bien au contraire. L'utilisation fonctionnelle des mots est de réduire le désir des gens pour les choses du monde, en transformant d'abord les choses en concepts. Bertrand Russell disait que connaître l'origine du mot pour un fruit augmente sa jouissance du fruit. Il se trompe. La jouissance qu'il ressent vient de la suppression de la jouissance du fruit et de sa substitution par une autre jouissance de la connaissance des mots, moins viscérale et plus facile à abandonner. C'est ainsi que les mots sont bénéfiques et utiles. Si vous voulez faire plaisir à une personne, vous suspendez votre jugement en termes de concepts et de pratiques. Vous suspendez le besoin de connaître des faits qui peuvent être exprimés avec des mots. Dans le même sens, comme le mentionne Feyerabend, de l'ancienne croyance selon laquelle compter les gens les met en danger.

 

Les gens trouvent souvent l'amitié de nos jours en ressentant que leur ami sait les mêmes choses que lui. Une mesure de l'intégrité et de la valeur d'une personne en tant que personne qui a fidèlement étudié la science-fiction, ou une autre partie de la culture. Malheureusement, cette forme d'amour et de compagnie est bien inférieure au plaisir que vous pouvez avoir d’une personne lorsque vous n'avez pas besoin de savoir qu'elle sait les mêmes choses. Examiner les connaissances partagées des concepts est un moyen de réduire un lien ressenti avec une personne, pas de l'augmenter. D'une certaine manière, nous allons tous mourir, donc cette approche pessimiste des relations pourrait être finalement la bonne voie à suivre. Nous sommes tous sujets à la séparation dans ce monde, mais cela ne signifie pas que nous ne devons pas lutter contre cette tendance. Le succès en tant que famille humaine ne se mesure pas à la connaissance que nous avons les uns des autres, bien au contraire.

 



La valeur des sentiments intuitifs à propos du Yin et du Yang est qu'ils sont expansifs d'une manière ineffable, de sorte qu'ils atteignent l'irrationnel en s'incluant l'un l'autre et tout le reste. Le mâle et la femelle peuvent être en mesure de se joindre au sexe. Le sexe est le genre d'union irrationnelle et mystique que nous connaissons le mieux. Savoir est au mieux sans importance, quand il s'agit de sagesse irrationnelle et d'union mystique. Plus probablement, savoir avec des concepts et des noms est destructeur pour l'union entre homme, femme, noir, blanc, gay, hétéro, etc.

 



Notre union ne se trouve pas dans les fissures entre ces concepts, elle se trouve dans l'espace qui rend possible la vision des concepts et de leurs frontières.

 



Andrew Nightingale

Traduction Gilles & John

 

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NOTULES

 

 

Dans le delta de tes fesses, la Camargue s’épanouit, un taureau rêvasse.

 

Les hommes sont des monstres craintifs.

 

Les fréquences intérieures sont brouillées par nature. A nous d’inventer la longueur d’ondes qui corresponde à la messagerie de nos instincts.

 

J’aime cette surface blanche parsemée de petites taches noires que l’on appelle un livre de poésie. C’est ma panthère des neiges.

                           

La poésie culmine à des hauteurs inacces­sibles à l’intelligence. C’est un gaz.

 

Guillaume Poutrain

(Extrait de "Des aphorismes : des femmes, de la philosophie, de la poésie »)

 

 

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"Correspondance - O »


C'est rigolo que les anglais disent typo là où nous disons "faute de frappe", se dit-elle.


Mary Coquille, typographe de son état qui râpe la retape dans des réclames pour écluses.

A ce moment, Mary était comme une feuille dans une écluse et les métaphores ondines se mêlaient bien souvent de ses rêveries.


Elle correspondait avec Marc, un pêcheur d'alors qui aimait les cours d'eau pas trop gros pour pouvoir épisodiquement mêler sa nouille aux brochets et anguilles.


Maheva Hellwig


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Je veux que l’univers prochain soit différent parce que je ne suis pas pour le dictat des lois ni pour la presse technologique. Je ne me soumettrai à aucune oppression ni coercition et ne succomberai pas au pouvoir sur l'individu à la fois physique et mental. La manipulation des économies numériques ne sera pas acceptable comme modèle. Je veux des univers avec floraisons de vérités comme idéaux d'existence, la liberté du bien, sa toute-puissance, et tout le bonheur de l'univers – formes et contenus de la matière : depuis l'humain, adorable micro-réplique planétaire terrestre , jusque dans des univers à grande échelle, car le Dieu a répandu la diversité dans l'univers y compris en nous, mais ses planètes sont faites à la va-vite, au hasard: une chance quelque part dans la temporalité, un brouillon dans lequel des notes poétiques sur l'amélioration de la liberté des idéaux de vérités, que j'écris de moi, à Lui, pour les autres...

 

Mykola Istyn

 

SANS DESSUS DESSOUS

 

NDLR : Nouvelle rubrique ou plutôt retour d’une rubrique disparue. Dans celle-ci, Patrick Modolo nous présentera des textes d’horizons différents mais toujours décalés. Une sorte de capsule humoristique avant de refermer la revue.

 

À BIEN Y RÉFLÉCHIR

 

 

- ce n’est pas parce qu’elles ont des pieds que les tables marchent

- on dit souvent que l’herbe est plus verte ailleurs. totalement faux. À Amsterdam par exemple, elle est juste meilleure.

- un bobo dans le baba c’est un peu con-con

- les nuits blanches tous les hommes sont gris

- si c’est pas demain la veille, c’est qu’aujourd’hui, c’est pas hier. Et pas la peine de chercher midi devant sa porte, car on est sûr de ne pas le trouver avant 14 heures

- Hitler, il avait une voix un peu nasillarde, quand-même

- le penseur de Rodin a l’air psychorigide

- On ne dit pas hiérarchie mais Gérard défèque

- le sens de l’humour est souvent chez le flic qui vous arrête un sens interdit

- le premier avril, moi, je me sens comme un poisson dans l’eau

- si « je est un autre », alors tuez moi

- pour tuer le temps rien ne vaut la pointe d’un stylo

- Boris, c’est un bon écrivian

- je ne sais pas trop ce que je préfère entre mourir enfermé dans une ferme et être emporté par une porte

- l’art d’aimer commence par l’art des mots

 

Patrick Modolo

(Aphorismes extraits du recueil "À bien y réfléchir »)

 

 

 

 

 

 

 



Bertrand Naivin, Di-vers

 

 

N° 61 





Directeur Matthieu Lorin

Rédacteur en chef Jean-Michel Maubert

Réalisation Mickaël Lapouge



Ont participé à ce numéro 



Jean-Claude Bouchard, Bertrand Naivin, Andrew Nightingale, François Desnoyers, Patrice Maltaverne, Air, Sacha Zamka, Nicolas Grenier, Maheva Hellwig, Marc Bedjaï, Guillaume Poutrain, Denis Heudré, Viatcheslav Konoval, Bruno Giffard, Tom Saja, Simon Langevin, Jean-Michel Maubert, Tristan Felix, Pierre Lamarque, Jérôme Fortin, 

matthieu LORIN, Mykola Istyn