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La limite de la question
Article publié par Andrew Nightingale dans la catégorie Questions de logique (version finale 2019)
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philosophie , religion , science
La limite de la question
Un jour, je discutais avec mon beau-père de la façon dont le Bouddha avait tenté de décrire la taille d'un atome en comparant les tailles des choses perceptibles par les sens et en multipliant cette petitesse relative par de nombreuses fois. Mon beau-père était convaincu que le Bouddha était parvenu à une conclusion proche de ce que la science confirmerait plus tard. Qu'il ait vu juste ou non importe peu. Ce qui compte, c'est que le Bouddha ne soit pas allé plus loin. Il a décrit la plus petite particule et a affirmé qu'il s'agissait de la plus petite – l'atome – et s'est arrêté là.
Cela ne correspond pas à l'attitude scientifique actuelle, qui consiste à découvrir une particule plus petite et à s'empresser d'en trouver une encore plus petite. Je crois que le Bouddha s'est arrêté là pour des raisons purement éthiques. Il traçait une limite autour du domaine que son enseignement protégerait. Il ne l'a pas dit explicitement ; mais aller plus loin, ou descendre en dessous de cette plus petite particule – que ce soit par un acte du corps, de la parole ou de l'esprit – vous place hors de sa protection et de son dhamma.
Considérons maintenant ce qui s'est produit lorsque nous avons franchi cette limite : d'abord par la pensée, puis par la parole, et enfin par le corps, nous avons fissuré l'atome, mettant ainsi le monde entier en danger de s'embraser. Les scientifiques semblent croire que la poursuite de leurs recherches sur des particules toujours plus petites nous sauvera. Je ne pense pas qu'ils aient de fondement raisonnable à cette idée. Le même courant de pensée qui nous donne les ordinateurs quantiques nous donne les armes quantiques. Le même perfectionnement des connaissances qui guérit une maladie en prépare une nouvelle, préparant ainsi la guerre. Les médias célèbrent le progrès scientifique pour ses possibilités et s'interrogent rarement sur la façon dont une nouvelle idée peut être récupérée par des personnes moins attachées à la vérité que le scientifique idéal. La vigilance prescrite par le Bouddha est, dans cette situation, presque cruellement insuffisante, car la peur de l'annihilation nucléaire est paralysante, et la paralysie n'est pas synonyme de présence.
La question pertinente n'est donc pas de savoir comment dénoncer les scientifiques, ni comment critiquer la doctrine bouddhiste. Elle est plutôt : que faire maintenant, après nous être irrévocablement exposés à un danger si grand que la vigilance, la recherche et la connaissance ne sont plus considérées comme des valeurs incontestablement positives ?
Je crois qu'il nous faut nous interroger sur les limites éthiques de la connaissance, et les respecter avec la même rigueur que la connaissance elle-même. La « réalité » des particules subatomiques importe peu. Tout mensonge est suffisamment réel, ou contient une part de vérité, sinon il ne résisterait pas au contact du monde. Mais reconnaître qu'un mensonge recèle une part de vérité n'est pas utile ; c'est une reconnaissance qui peut faire plus de mal que de bien, même si elle est vraie. Une particule subatomique peut être une vérité néfaste en ce sens précis : non pas fausse, mais une vérité qui n'aurait pas dû influencer les motivations de l'action dans le monde. Utiliser un jargon technique pour décrire des phénomènes toujours plus petits restreint notre discours à une infime partie de la réalité. Il devient plus irréel que réel, moins centré sur le monde et plus centré sur autre chose.
Ce dont nous avons réellement besoin, c'est de la lucidité nécessaire pour reconnaître quand nous en avons assez : assez de technologie, assez de nourriture, assez de vérité. La sagesse du Bouddha transparaît avec force dans ses silences. Il gardait le silence sur tout, sauf sur la manière de mettre fin à la souffrance. Ce silence n'était pas de l'ignorance, mais une forme de rigueur éthique. Il est grand temps de fixer des limites réfléchies à ce que nous laissons entrer dans nos pensées, nos paroles et nos actions. Les sons que nous produisons ne devraient pas être d'interminables raffinements de langage technique sur des particules toujours plus petites, mais des sons qui apaisent le tumulte. Le son du bol chantant est l'un de ces sons.