Le dépôt
664 - ZOOM TRANSPROSE

Rose Ausländer
Extrait de "Rose Ausländer, une grande voix juive de la Bucovine"
de Sabine Aussenac - Éditions Le bord de l'eau

Pierre Garnier, Depuis qu’il n’y a plus de papillons, Raffia éditions.
cliquer sur le lien ci-après pour consulter le dossier complet de la transprose (25 articles dont de nombreux textes en transprose) : https://lapageblanche.com/le-depot/place-aux-poemes/transprose
ce zoom serait l’occasion de présenter un premier rapport dans la revue papier lpb sur nos travaux de recherche sur la notion de transprose
Une telle démarche théorique sur la notion de transprose mériterait d’être expliquée et mériterait d'avoir sa place dans la revue lpb /
nous croyons à la pertinence poétique de la notion de transprose
nous voudrions que ce rapport sur les travaux de lpb autour de la notion de transprose, destiné à convaincre quelque poètes hésitants, à bousculer les préjugés de quelques poètes conservateurs, intéresse
aussi tout le monde…
PL
PRÉSENTATION DE LA TRANSPROSE
par jules ladoumègue
la transprose serait une forme poétique et éditoriale née au sein du collectif la page blanche (lpb), formalisée sous le terme transprose en juin 2022 par patrick modolo / elle se définirait comme un mur de prose transpercé par des flèches d'air / une prose aéré / où les espaces blancs remplaceraient les ponctuations traditionnelles rythmant le texte et la respiration du lecteur / cette pratique s’inscrirait dans une volonté de moderniser la / dichtung / en mettant la poésie en musique / une musique écrite comme s’écrit la musique / une musique où la répartition de mots correspondrait à la présence de notes / au commencement l'idée de transprose serait une réponse à des contraintes à la fois esthétiques et pratiques de fluidité visuelle / de respiration / et économie d’espace dans les revues
origines et principes
inspirations historique / la transprose s’appuierait sur des expérimentations antérieures, comme le spatialisme de pierre garnier (années 1960), qui explorerait la disposition des mots sur la page les calligrammes d’Apollinaire / où la typographie deviendrait partie intégrante du sens / les théories de mallarmé sur le blanc comme élément actif du dire et du ne pas dire / un coup de dés jamais n’abolira le hasard
caractéristiques formelles
oubli des majuscules / refus de la / noblesse fictive / des majuscules / perçue comme un héritage hiérarchique / rococo et inutile
/ oubli des ponctuations remplacées par des espaces / les blancs deviennent des marqueurs rythmiques / guidant la lecture signifiant eux-mêmes /
disposition horizontale / les groupes de mots s’étirent sur la page comme des ombres qui sentiraient la vérité et la réalité de la liberté prisonnière du retour à la ligne qui systématiquement défigure la vision du lecteur sur la poésie de son auteur / sans que son auteur en soit conscient / pour que la poésie soit acceptée il faut qu'elle soit simple et naturelle jusqu'au coeur de la complexité
flexibilité / la transprose peut être appliquée a posteriori / à partir de poèmes existants / ou créée directement transprose directe
objectifs et valeurs
libérer le rythme naturel de la parole en retrouvant son tempo anatomique / la transprose permettant une lecture fluide et naturelle / proche du souffle et de la parole orale / éviterait les ruptures imposées par les ponctuations / les retours à la ligne / et autres artefacts traditionnels
démocratiser la page / la virgule / les point / les deux points / les trois points / les points d'interrogation et d'exclamations /
seraient considérés comme un vestige de la dictature des particules et une offense à la polysémie du silence /
en supprimant les majuscules et en aérant le texte / on égalise les mots et donne sa voix au silence /
expérimenter la polysémie / les espacements créent des ambiguïtés fertiles / invitant le lecteur à participer activement à la construction de sens
exemples et applications
transprose directe / des poèmes comme florilège de patrick modolo ou interlude de cécile coulon illustrent comment la transprose peut naître directement de l’écriture / sans passer par une forme versifiée
transprose appliquée / des textes classiques / apollinaire / la ville de mirmont / sont revisités en transprose pour en révéler de nouvelles résonances rythmiques et visuelles /
variantes et hybridations / la transprose peut être combinée avec d’autres formes / vers en cascade / prose classique / pour créer des effets de contraste / de présence et de dialogue
limites et débats
résistance de certains textes / certains poèmes / comme / il aura suffi / de pierre lamarque / résistent à la transprose car leur rythme exige une disposition verticale / poésie en marches d’escalier
évolution vers la standardisation / la transprose pourrait devenir une nouvelle norme / étant passée par la subversion pour acquérir un caractère universel /
défis techniques / la mise en page numérique ou imprimée devrait respecter les espacements / ce qui nécessiterait des solutions techniques / captures d’écran / pdf
lexique et extension du lexique
le collectif lpb développerait un vocabulaire spécifique pour décrire les variantes de la transprose
surprose / manipulation des mots et des blancs pour créer un surplus de sens
aprose / suppression de mots pour décoincer le texte de la gorge
épanorprose / rectification des séquençages pour modifier le rythme des ondulations sonores
improse / prose incertaine et illicite / jeux grotesques et pitoyables avec le langage
BIBLIOGRAPHIE
Œuvres et auteurs clés
Garnier, Pierre, Spatialisme et poésie concrète, Raffia éditions, 1963.
Mallarmé, Stéphane, Un coup de dés jamais n’abolira le hasard, Gallimard, 1897.
Apollinaire, Guillaume, Alcools, Gallimard, 1913.
Modolo, Patrick, Dents de lait, La Page Blanche, 2023.
Coulon, Cécile, Les ronces, Éditions du Chemin de fer, 2018.
Liens stables
https://lapageblanche.com/le-depot/place-aux-poemes/transprose
Gallica – Mallarmé
Wikisource – La Ville de Mirmont
Pistes pour aller plus loin
Auteurs : Henri Michaux (Émergences-Résurgences), Yves Bonnefoy (L’Arrière-pays), René Char (Fureur et Mystère).
Thèmes : Poésie spatiale, calligrammes, poésie sonore.
Courants : Surréalisme, Oulipo, poésie visuelle contemporaine.
CONCLUSION (ouverture)
la transprose ne serait pas une révolution / mais une évolution naturelle de la poésie vers une philosophie de la lecture fluide / elle s’inscrirait dans une lignée historique / mallarmé / garnier / tout en répondant aux enjeux contemporains / lecture numérique /économie d’espace / liberté créative / son avenir dépendrait de sa capacité à rester en équilibre entre une forme vivante de la poésie et un fantôme qu'aurait vu passer un petit groupe de témoins hallucinés par le spectacle vivant de la vérité / un spectacle zen que le collectif lpb semblerait déterminé à assurer
PRÉSENTATION DE LA TRANSPROSE par Sandrine Cerruti
Dans l'histoire de la forme poétique, si j'ai correctement fureté, c'est Mallarmé qui jette le premier Coup de Dès ouvrant la porte à cette innovation formelle que nous nommons, grâce à Patrick Modolo, transprose. Et pour m'y être un peu intéressée, si le poème génial de Mallarmé a été maintes fois reconnu comme un coup de génie poétique, une nouvelle voie a été ouverte avec cette roulade verbale. Un coup de pied aux étoiles scripturales sans précédent a été lancé dans l'ordre de la fourmilière de l'agencement poétique.
Au plan formel, la transprose propose un art de la composition disposant de ses propres codes sémiotiques, sémantiques... Elle est une authentique forme d'expression en expansion. Sa liberté de disposition permet de rendre exponentielle sa puissance de signification, en jouant sur la force des blancs, la disposition alvéolée du verbe qui ouvre le champ de la polysémie, l'absence de ponctuation démultiplicatrice de sens. Poète et lecteur respirent de concert, en un échange poétique qui s'affiche plus distinctement sur la page. Les yeux courent librement au fil de l'écoulement des mots en une lecture quasi liquide qui tournicote, tourbillonne, entre les galets verbaux.
Pour qualifier le Coup de Dès de Mallarmé, il est question de "poésie constellée". La référence à un poème "partition" est également établie à cause de l'usage sémantique spectaculaire des blancs. Cette oeuvre a ouvert la porte à la poésie dite graphique, dont le calligramme est l'héritage le plus spectaculaire. L'espace-temps créatif en est ressorti élargi, enrichi, densifié par le vide créateur des blancs.
Cette oeuvre n'est rien d'autre qu'une mini révolution copernicienne au sens où le poème en transprose permet d'instaurer un nouveau rapport espace-temps d'écriture-lecture. La page blanche noircie ne se limite plus à être une espèce d'écriture et de lecture en mode faux-derchement linéaire.
En effet, si du côté du poète, il n'y avait déjà pas un rapport linéaire à l'écriture poétique qui, par définition exige un constant travail de recherche scripturale se déployant sur les deux axes de significations syntagmatique et paradigmatique, (car le poète avance en faisant et défaisant pour mieux faire, en bon tricoteur-détricoteur), le lecteur, quant à lui, était naturellement invité à plusieurs lectures pour entrer dans la richesse de signification du poème. Mais toute cette aventure était secrète, tacite, confidentielle, murmurée, jalousement gardée dans son mignon petit coffret élitiste à bouche de serrure.
Attention ! Les amateurs de transprose ne croient tout de même pas qu'ils ont inventé l'eau tiède ! Ce ne sont pas non plus des réinventeurs de roue ! Ils savent quand même bien que le verbe poétique a toujours été le propre d'une lecture, par nature, non-linéaire, car complexe. En revanche, ils sont conscients qu'ils invitent à une sorte de lecture en élasticité, en plasticité plus présente, qui s'affiche en somme. Une avancée en souplesse, en mots formant pas de danse sur la page, est le jeu virevoltant, occupant explicitement toute la page, de la lecture d'une transprose. Le principe de lecture linéaire qui était déjà tacitement brisé à cause du caractère complexe de la lecture d'un texte poétique, demandant un retour régulier sur ses pas pour entrer dans la toile difficultueuse de la construction de son sens, ce principe d'aller-retour implicite, s'intensifie grâce au plaisir que procure la construction-déconstruction d'un sens visuellement plus souple, syntaxiquement plus respiré avec le faussement éparpillé-désordonné de la transprose déponctuée.
La transprose affectionnée que nous défendons, est une constellation dont les blancs sont la matière noire du poème. Comme pour toute aventure créative et pourquoi pas créatrice, le véritable objet, le visé, n'est-il pas le jet de sarbacane dans l'invisible ? L'immense plaisir ne réside-t-il pas dans la rencontre authentique scripteur-lecteur en quête du même in-dit ? N'est-il pas agréable pour les deux complices de cheminer, courir, se perdre, de tournoyer autour de l'indicible partagé ?... Bref transproser n'est-ce pas connaître les réels plaisirs d'un échange dans l'ouverture d'un espace-temps poétique qui donne à voir son invisibilité constellée ? Son informulable assumé entre caractères regroupés en union libre et lunules blanches ?
Il y a à dire-lire... À respirer... À transproser...
Sandrine Cerruti
On oublie trop le pionnier Reverdy... Sa poésie, qualifiée de cubiste en son temps, est une sorte de proto-transprose... À LPB, on aime l'usage du pied de biche à décongestionner le verbe poétique...
dix poèmes
https://www.icem-freinet.fr/archives/idem68/354_11.pdf
manuscrit d'un coup de dés
NOTA BENE SUR LA CATASTROPHE HUMAINE
Nota bene ce zoom traiterait de l'attente du phénomène mort comme d'un espace de création du phénomène vie
puisque la poésie serait morte depuis la shoah selon Theodor Adorno, Rose Ausländer, Nelly Sachs, etc. et que nous serions dans la salle d'attente du climat et de la guerre, la transprose serait la seule façon de continuer à écrire sur les murs des crématoires afin de ne pas oublier l'inacceptable crime.
La transprose serait la forme poétique soufflant dans l'air de rien, de ce qui ne peut se concevoir, l'air de notre catastrophe, l'air du temps
PL