Poètes de service
Claire Gauzente
ces gestes tu les répètes
enlever les miettes de la table, essuyer, ranger
mettre ta cervelle dans tes mains
plier ranger
remiser dans le placard au fond
sous les torchons du bas
passer à la javel chaque cellule de ton corps
plier ranger
recommencer
Sous ma peau, il y a une autre peau. Petite.
Bien plus petite – personne ne la touche.
Personne ne la connaît.
Ma petite peau n’existe pas aux yeux
du monde.
Mon corps reste posé dedans il
n’en sort pas.
Placé en ces limites, personne ne l’atteint. Car
grande grande est la distance entre ma peau petite et celle qui surface.
Lorsque tu es de passage chez elle tu t’agites en vaisselle rangement
ménage méticuleuse abeille toute dédiée au nettoyage tu dis ta mère il
faut l’aider tu me dis c’est la seule chose que tu me dis mais ce soin
ménager, dis, apaise-t-il les infractions sans cris ?
Y a des agrafes dans ma bouche
et personne ne s’en plaint
mes dents ma langue mes lèvres
tout un monde solidaire
je tire parfois les joues
tentative de sourire
et en voyant mes yeux
nul ne sait si je joue
Ils ont dit
enlève ton tricot de peau
elle défait son tricot de peaux
ils ont dit
enlève ton tricot de peau
elle retire un autre tricot
de peaux
un autre
puis un autre
et l’autre encore
comme ils ont dit
enlève ton tricot de peau
ses gestes sont plus lents
toujours plus lents
est ce qu’il reste des tendons
non
plus aucun tricot
rien que des os