Séquences
Ellis Dickson
Une odeur de charogne
Quelque part quelque chose meurt
c’est peut-être un oiseau
une grenouille
un cerf
une biche
comme la dernière fois
c’est peut-être autre chose au ruisseau
simplement les fleurs mais
de l’autre côté du courant par le vent
Le parfum de la mort qui a sonné
Persiste
c’est sûr un être a cessé
j’ai vu un lièvre s’éteindre
c’était il y a quelques jours
j’allais chez le médecin et
l’amoureux qui conduisait regardait ailleurs quand
Soudain
Une cascade de pattes
nous sommes allés voir si nous pouvions intervenir
par le fossé il bougeait et puis
d’un coup son ventre est resté plat
quand j’ai posé ma main
Tout contre le pelage doux et chaud
Les yeux ronds
que j’ai essayé de fermer
Se sont opacifiés en quelques secondes c’est fou
Comme la mort prend vite
aussi vite qu’une chanson
nous découvrirons peut-être
une charogne dans le jardin
entre les sapins
contre l’aulne celui qui est
couché
ou vers l’autre ruisseau qui sait
ça fait de la nourriture pour les renards
les rapaces
les souris
et puis
Quoi encore ?
D’une fenêtre à l’autre
Je sais pas si vous étiez des animaux
Quand vous étiez enfant
Moi j’étais toujours avec des animaux dans ma tête jamais dedans
Mais je les comprenais vraiment je sais pas
Si parfois en fonction du contexte vous vous voyez de l’extérieur
Moi je suis toujours rangée derrière mes yeux
Au cœur de la tempête
J’entends les nuages qui murmurent et tous les plis des robes des fantômes qui bruissent
Dans le vent
Je sais pas si vous volez encore en rêve
Si vous avez jamais volé en rêve il parait
Que c’est plus un truc d’enfant moi je vole toujours je vole encore
Je vous le souhaite vraiment je sais pas
Comment vous voyez les couleurs le vert que vous appelez vert moi j’ai
Des goûts sur les lettres et des couleurs quand j’y pense et
Ça me surprend toujours que ça surprenne les gens je voudrais
Pouvoir ouvrir ma fenêtre en grand
Et passer par la vôtre en suivant un fil à linge
Tendu d’un bout à l’autre et puis
Me glisser à l’intérieur de votre chambre comme ça
Et regarder ma fenêtre depuis la vôtre et puis les autres et toutes les autres et
Comprendre vos aspirations l’épaisseur de vos draps et la chaleur de vos corps dedans
Je voudrais savoir comment vous vous parlez à vous-même les mots que vous empruntez
La vitesse de votre respiration
Quand personne d’autre n’est présent votre manière de vous oublier je voudrais
Passer par vos peaux essayer vos articulations et
Y sentir le gout du temps