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blanche

La revue n° 68 Séquences

Séquences

Ellis Dickson

Une odeur de charogne

 

Quelque part quelque chose meurt

c’est peut-être un oiseau

une grenouille

un cerf

une biche

comme la dernière fois

 

c’est peut-être autre chose au ruisseau

simplement les fleurs mais

de l’autre côté du courant par le vent

Le parfum de la mort qui a sonné

Persiste

c’est sûr un être a cessé

 

j’ai vu un lièvre s’éteindre

c’était il y a quelques jours

 

j’allais chez le médecin et

l’amoureux qui conduisait regardait ailleurs quand

Soudain

Une cascade de pattes

 

nous sommes allés voir si nous pouvions intervenir

par le fossé il bougeait et puis

d’un coup son ventre est resté plat

 

quand j’ai posé ma main

Tout contre le pelage doux et chaud

Les yeux ronds

que j’ai essayé de fermer

Se sont opacifiés en quelques secondes c’est fou

 

Comme la mort prend vite

aussi vite qu’une chanson

 

nous découvrirons peut-être

une charogne dans le jardin

entre les sapins

contre l’aulne celui qui est

couché

 

ou vers l’autre ruisseau qui sait

ça fait de la nourriture pour les renards

les rapaces

les souris

 

et puis

Quoi encore ?

 

 

D’une fenêtre à l’autre

 

Je sais pas si vous étiez des animaux

Quand vous étiez enfant

Moi j’étais toujours avec des animaux dans ma tête jamais dedans

Mais je les comprenais vraiment je sais pas

 

Si parfois en fonction du contexte vous vous voyez de l’extérieur

Moi je suis toujours rangée derrière mes yeux

Au cœur de la tempête

J’entends les nuages qui murmurent et tous les plis des robes des fantômes qui bruissent

Dans le vent

 

Je sais pas si vous volez encore en rêve

Si vous avez jamais volé en rêve il parait

Que c’est plus un truc d’enfant moi je vole toujours je vole encore

Je vous le souhaite vraiment je sais pas

 

Comment vous voyez les couleurs le vert que vous appelez vert moi j’ai

Des goûts sur les lettres et des couleurs quand j’y pense et

Ça me surprend toujours que ça surprenne les gens je voudrais

 

Pouvoir ouvrir ma fenêtre en grand

Et passer par la vôtre en suivant un fil à linge

Tendu d’un bout à l’autre et puis

Me glisser à l’intérieur de votre chambre comme ça

 

Et regarder ma fenêtre depuis la vôtre et puis les autres et toutes les autres et

Comprendre vos aspirations l’épaisseur de vos draps et la chaleur de vos corps dedans

 

Je voudrais savoir comment vous vous parlez à vous-même les mots que vous empruntez

La vitesse de votre respiration

Quand personne d’autre n’est présent votre manière de vous oublier je voudrais

 

Passer par vos peaux essayer vos articulations et

Y sentir le gout du temps