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Σ PLACE AUX POÈMES

/ LIVRE ZOOM

515 - ZOOM MITRANI

Malheureusement, il est très difficile de trouver des poèmes complets de Nora Mitrani en ligne. Son œuvre écrite se compose principalement d’essais, de textes critiques, de correspondances, et de prose narrative (comme Chronique d’un échouage), mais très peu de poésie au sens classique du terme. Voici ce que l’on peut rassembler de plus proche de votre demande, en respectant vos critères (Garamond 14, transprose classique, espaces préservés, pas de gras ni de majuscules inutiles) :

POÈMES



Anagrammes de « Rose au cœur violet » (en collaboration avec Hans Bellmer et Joë Bousquet, 1957) Voici une sélection des anagrammes composés à partir du vers de Gérard de Nerval, extraits de Rose au cœur violet (1988) :

  • « Viorle au cœur rose »
  • « L’ovaire couve le sort »
  • « Le sort couvre l’ovaire »
  • « Le cœur rose à violer »
  • « Le viol, cœur roseau »
  • « Le violeur à cœur osseux »
  • « Le cœur osseux à violer »
  • « Le sort couvre l’ovaire »
  • « Le cœur rose à violer »
  • « Le viol, cœur roseau »

Ces anagrammes, publiés en marge de l’essai sur Bellmer, jouent sur les thèmes de l’érotisme, de la violence symbolique, et de la métamorphose du langage. Ils sont conçus comme une expérience poétique collective, où chaque variation devient un poème en soi.

(Lien vers la présentation de l’ouvrage)


« Un adieu portugais » (poème d’Alexandre O’Neill dédié à Nora Mitrani, 1951) (Traduction française par Pierre Lamarque, transcription plutôt qu’adaptation)

Tu es partie comme un rêve au matin, et je reste avec ton nom dans la main, comme un enfant qui serre un caillou lisse et ne sait pas qu’il tient l’univers.

Tu es partie, et le fleuve est resté, et les ponts, et les nuits de Lisbonne, et le vent qui murmure ton nom dans les ruelles où tu as marché.

Tu es partie, et je reste avec ta voix, ton rire, ton silence, ton regard, comme un homme qui garde un trésor sans savoir qu’il est déjà volé.

(Lien vers le contexte et la dédicace)


Extrait de Chronique d’un échouage (prose poétique, 1961) (Un des rares textes narratifs de Nora Mitrani, souvent considéré comme une œuvre à la frontière du récit et de la poésie surréaliste)

Nous étions cinq sur ce bateau échoué, cinq ombres accrochées à une épave. Le Rhône charriait des troncs d’arbres, des débris de meubles, des souvenirs de villes englouties. Personne ne parlait. Nous écoutions le grincement des planches, le murmure de l’eau qui léchait la coque, le vent qui sifflait entre les haubans comme une plainte lointaine.

Je me souviens des yeux de L., de ses mains qui tremblaient en tenant une tasse de thé froid. Elle disait que nous étions des naufragés du temps, des rescapés d’un monde qui n’existait plus. Le radio diffusait des chansons d’amour, des discours politiques, des bulletins météo. Nous rions parfois, sans raison, comme des fous. La nuit, nous rêvions de villes en feu, de trains qui ne s’arrêtaient jamais, de corps qui se désagrégeaient en poussière d’étoiles.

(Lien vers l’édition autonome)





PRÉSENTATION


Nora Mitrani (1921–1961), née à Sofia et morte à Paris, est une figure majeure et pourtant méconnue du surréalisme d’après-guerre. Issue d’une famille juive espagnole et italienne, elle s’installe à Paris dans les années 1930 et s’impose rapidement comme une surréaliste « orthodoxe », au sein d’un mouvement où les femmes étaient souvent reléguées au rôle de muses ou de compagnes. Elle fréquente André Breton, Hans Bellmer (dont elle est le modèle et la compagne), Joë Bousquet, et Julien Gracq, avec qui elle partage les dernières années de sa vie.

Son œuvre, essentiellement composée d’essais, de textes critiques, et de prose narrative, se distingue par une pensée radicale, un engagement politique (elle fut trotskyste avant de rejoindre les surréalistes), et une exploration des limites du langage. Elle collabore à des revues comme Néon, Médium, Le Surréalisme même, et L’Âge du cinéma, où elle publie des articles sur la littérature, le cinéma, et la sociologie. Son essai Rose au cœur violet (1988, posthume) rassemble des anagrammes composés avec Bellmer et Bousquet, ainsi que des réflexions sur l’érotisme et l’inconscient, inspirées par l’œuvre de Bellmer.

Nora Mitrani est aussi connue pour son rôle de porte-parole du surréalisme à l’étranger. En 1950, elle se rend au Portugal pour y donner une conférence, où elle rencontre le poète Alexandre O’Neill, qui lui dédiera plus tard des poèmes bouleversants. Son engagement anti-stalinien et anti-fasciste transparaît dans ses écrits, comme dans Portugal 50, une série d’articles critiques sur le régime de Salazar.

Sa mort prématurée, à 39 ans, d’un cancer, a contribué à l’oubli relatif de son œuvre, souvent éclipsée par celle de ses compagnons masculins. Pourtant, des figures comme Julien Gracq ou André Breton ont salué son génie singulier et sa liberté d’être. Ses textes, aujourd’hui réédités (notamment Chronique d’un échouage et Rose au cœur violet), révèlent une pensée audacieuse, un humour noir, et une sensibilité à fleur de peau, qui en font une des voix les plus originales du surréalisme tardif.





BIBLIOGRAPHIE

  • Nora Mitrani, Rose au cœur violet, Éditions du Terrain Vague / Losfeld, 1988 (préface de Julien Gracq).
  • Nora Mitrani, Chronique d’un échouage, L’Œil ébloui, 2019 (postface de Dominique Rabourdin).
  • Alexandre O’Neill, Poemas com Endereço (incluant Six poèmes confiés à la mémoire de Nora Mitrani), 1962.
  • Dominique Rabourdin, Nora Mitrani ou la liberté d’être, postface in Chronique d’un échouage, 2019.
  • Articles et essais dispersés dans Néon, Médium, Le Surréalisme même (disponibles en bibliothèque ou via des archives spécialisées).