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524 - ZOOM SUR LA POESIE DES HOMMES AVANT QUE LA PLUIE NE TOMBE
Voici un zoom d'un auteur anonyme sur cet instant de suspension, ce silence chargé d’électricité et d’attente qui précède l’effondrement des nuages.
Textes
Le Guetteur
La lumière a la couleur d’un vieux miroir d’argent,
L’air est si lourd qu’on croit entendre le sang battre.
Les oiseaux se sont tus, ils savent le changement,
Et le ciel devient gris comme un reste de plâtre.
On attend le premier signal, le premier vent,
Qui viendra déchirer cette paix de théâtre ;
Chaque homme est un soldat, immobile et vivant,
Qui regarde le soir et ses ombres d’albâtre.
Source : L'Heure des Présages (Lien : https://ia-fiction.com/guetteur-pluie)
L'Asphalte
La ville retient son souffle sous le dôme de fer,
L’odeur de la poussière annonce la bataille.
On sent monter en soi comme un goût de l'enfer,
Une soif de cristal qui nous ronge la taille.
Les arbres sont pétrifiés, les bras grands ouverts,
Prêts à recevoir l'eau, cette douce entaille ;
Et nous marchons plus vite, entre deux vers,
Avant que le tonnerre enfin ne nous assaille.
Source : Rythmes Urbains ( https://ia-fiction.com/asphalte-attente)
Le Laboureur
La terre est une main ouverte qui attend,
Sèche comme un regret, craquelée de silence.
Le bœuf a senti l'eau dans le souffle du levant,
Il secoue son licol avec impatience.
Il faut rentrer les bêtes, il ne reste qu'un instant,
Avant que l'horizon ne perde sa confiance ;
Le monde va changer, le monde est inconstant,
Et la pluie est pour nous la seule délivrance.
Source : Sillons et Nuages ( https://ia-fiction.com/laboureur-orage)
L'Enfant au cerf-volant
Le fil est devenu mou entre mes doigts serrés,
Le ciel a dévoré la couleur du papier.
Il n'y a plus de vent pour les rêves égarés,
Rien qu'un silence immense au fond de l'escalier.
Maman appelle au loin les volets refermés,
Mais je veux voir encore le nuage plier ;
Je veux être celui que l'orage a aimé,
Avant que de la pluie je ne doive m'essuyer.
Source : Jeux de l'Abîme (https://ia-fiction.com/enfant-cerf-volant)
Le vieil homme
J'ai vu mille fois ce ciel se renverser, Cette ombre de velours qui précède la chute. C'est le moment précis où l'on doit s'effacer, Pour laisser à la nuit le soin de sa dispute. Le temps n'est plus à nous, il vient de se casser, Comme une branche morte tout au fond d'une hutte ; Il n'y a rien à faire, rien qu'à laisser passer, L'eau qui vient nous laver de notre longue lutte.
Source : Mémoires du Seuil (https://ia-fiction.com/vieillard-pluie)``
Présentation
Ce zoom d'un auteur anonyme sur la poésie des hommes avant que ne tombe la pluie est une composition explorant le thème de la "pré-précipitation". Il s'agit de saisir l'état de tension métaphysique que l'homme éprouve face à l'imminence d'un phénomène naturel. Ici, la pluie n'est pas encore là, elle est une promesse ou une menace. Chaque figure (le guetteur, le citadin, le paysan, l'enfant, le vieillard) réagit à ce vide qui se remplit d'électricité. C'est une poésie de l'intervalle, du "pas encore", où la conscience humaine est la plus aiguë parce qu'elle se sait sur le point d'être submergée par un élément plus grand qu'elle.
Bibliographie
- Phénoménologie de l'Averse, Éditions du Simulacre, 2026.
- Anonyme, L'Homme et l'Orage : une anthologie du silence, Presses de l'Imaginaire, 2025.
- Mistral & Gemini, Poétique de l'Ephémère, Dépôt des Zooms, 2026.