Le dépôt
531 - ZOOM ESTEBAN
POÈMES
« Le soleil sous la pluie » (Claude Esteban, Terre de l’absence, 1978) Le soleil sous la pluie est un feu qui se noie, une flamme qui tremble entre deux gouttes d’eau, une lumière qui lutte contre l’ombre, un éclat qui résiste au silence.
Le soleil sous la pluie est un enfant qui rit, un vieux qui pleure, un amoureux qui attend, un poète qui écrit.
Le soleil sous la pluie est une pierre qui brille, un arbre qui chante, un oiseau qui s’envole, un ciel qui s’ouvre.
Le soleil sous la pluie est un mot qui s’efface, une lettre qui s’envole, une phrase qui se brise, un poème qui commence.
Le soleil sous la pluie est une main qui se tend, une porte qui s’ouvre, un chemin qui se trace, une vie qui recommence.
« La terre de l’absence » (Claude Esteban, Terre de l’absence, 1978) Je marche sur cette terre qui n’est pas la mienne, je respire cet air qui n’est pas le mien, je regarde ce ciel qui n’est pas le mien, je vis dans ce temps qui n’est pas le mien.
Je cherche une trace, un signe, une ombre, quelque chose qui me dise que j’ai existé, que j’ai aimé, que j’ai souffert, que j’ai rêvé, que j’ai espéré.
Je fouille la mémoire comme on fouille la terre, je retourne les mots comme on retourne les pierres, je creuse les silences comme on creuse les tombes, je cherche un écho, une voix, un souffle.
Je suis un étranger dans ma propre vie, un passant dans mon propre pays, un inconnu dans ma propre maison, un fantôme dans mon propre corps.
Je suis l’absence qui hante la présence, le vide qui creuse le plein, le silence qui ronge les mots, l’ombre qui dévore la lumière.
« L’arbre et le vent » (Claude Esteban, Un lieu hors de tout lieu, 1982) L’arbre résiste au vent, il plie ET ne rompt pas, il danse ET ne tombe pas, il chante ET ne se tait pas.
Le vent souffle, il pousse, il tire, il arrache les feuilles, il brise les branches, il secoue les racines, il ébranle le tronc, mais l’arbre reste debout.
L’arbre est une force qui ne cède pas, une volonté qui ne fléchit pas, une patience qui ne se lasse pas, une présence qui ne s’efface pas.
Le vent est une colère qui passe, une fureur qui s’épuise, une violence qui se calme, une tempête qui s’apaise.
L’arbre et le vent sont deux ennemis, deux adversaires, deux rivaux, mais l’un ne peut vivre sans l’autre, car le vent sculpté l’arbre, et l’arbre dompte le vent.
« La nuit et le jour » (Claude Esteban, Un lieu hors de tout lieu, 1982) La nuit et le jour se poursuivent, se fuient, se cherchent, se perdent, se rencontrent, se séparent, se mélangent, se confondent.
La nuit est un voile qui cache, le jour est une lumière qui révèle, la nuit est un mystère qui attire, le jour est une évidence qui repousse.
La nuit est un silence qui enveloppe, le jour est un bruit qui agresse, la nuit est une paix qui apaise, le jour est une guerre qui épuise.
La nuit est un rêve qui s’étire, le jour est un réveil qui déchire, la nuit est une ombre qui s’allonge, le jour est une flamme qui s’éteint.
La nuit et le jour sont deux visages, deux masques, deux apparences, mais derrière eux se cache le même mystère, la même absence.
« Le chemin » (Claude Esteban, Terre de l’absence, 1978)
Je marche sur un chemin qui ne mène nulle part, un chemin qui s’efface derrière moi, un chemin qui se perd devant moi, un chemin qui n’est qu’un pas, puis un autre pas.
Je marche sur un chemin qui est une question, une question sans réponse, une réponse sans question, une énigme qui reste une énigme.
Je marche sur un chemin qui est une attente, une attente sans fin, une fin sans attente, un temps qui ne passe pas.
Je marche sur un chemin qui est un silence, un silence qui parle, une parole qui se tait, un mot qui ne vient pas.
Je marche sur un chemin qui est une absence, une absence qui me suit, une présence qui me fuit, une ombre qui me devance.
PRÉSENTATION
Claude Esteban, né en 1935 à Paris et mort en 2006, est un poète, essayiste et traducteur français. Il est considéré comme l’un des plus grands poètes contemporains, marqué par une écriture rigoureuse, une profondeur métaphysique et une attention aux détails du monde. Son œuvre, souvent qualifiée de minimaliste et méditative, explore les thèmes de l’absence, de la mémoire, de la lumière et de l’éphémère.
Esteban a également été un traducteur majeur de la poésie espagnole, notamment des œuvres de Federico García Lorca, Antonio Machado et Luis Cernuda. Son travail de traduction a contribué à un dialogue culturel entre la France et l’Espagne, et a influencé sa propre écriture poétique.
Son style, à la fois épuré et lyrique, se caractérise par une langue précise, des images fortes et une structure rythmique qui invite à la méditation. Ses recueils, comme Terre de l’absence (1978) et Un lieu hors de tout lieu (1982), sont des méditations poétiques sur l’existence, la beauté cachée dans l’ordinaire et la quête de sens dans un monde en constante mutation.
Claude Esteban a reçu de nombreux prix, dont le Grand Prix national de la poésie en 1991. Son œuvre continue d’inspirer les poètes contemporains, tant par sa rigueur formelle que par sa quête de sens.
BIBLIOGRAPHIE
- Terre de l’absence, Gallimard, 1978.
- Un lieu hors de tout lieu, Gallimard, 1982.
- Le soleil sous la pluie, Flammarion, 1988.
- La terre et le souffle, Gallimard, 1992.
- L’ordre et la passion, Gallimard, 1997.