Le dépôt
175 - ZOOM MORRISON
im Morrison (1943-1971). Bien qu'il soit entré dans la légende comme le leader charismatique de The Doors, Morrison se considérait avant tout comme un poète, s'inscrivant dans la lignée de Rimbaud, Blake et des Beatniks. Sa poésie est une exploration chamanique, sombre et viscérale, peuplée de visions désertiques, de reptiles et de réflexions sur le cinéma et la perception.
I. Célébration du Lézard (Extraits)
Je suis le Roi Lézard
Je peux tout faire.
Je peux faire pleuvoir des flèches sur le soleil
Ou faire jaillir des rivières de la pierre.
Le désert est mon royaume,
Le silence est ma loi.
Nous sommes venus de l'Est,
Traversant des plaines de poussière et d'os,
Pour trouver la ville d'or
Et les jardins de la nuit.
Mais nous n'avons trouvé que des miroirs,
Et des visages qui nous ressemblaient trop.
Réveille-toi ! Il est temps de sortir de ton sommeil de fer,
De briser les chaînes de l'habitude. La fête va commencer,
Les loups sont à la porte,
Et la lune est devenue rouge de désir.
Source : Jim Morrison, Seigneurs et Nouvelles Créatures, Éditions Christian Bourgois
II. Les Seigneurs (Extraits)
Le cinéma est le seul art qui peut capturer
Le mouvement de l'âme à travers le corps.
Nous sommes tous des voyeurs,
Observant le monde à travers une petite fenêtre,
Croyant que l'image est la réalité.
Mais qui sont les Seigneurs ? Ceux qui contrôlent l'image,
Ceux qui manipulent le faisceau de lumière
Pour nous maintenir dans l'obscurité de la salle.
Ils nous donnent des rêves en conserve
Pour que nous ne voyions pas nos propres cauchemars.
Sortez de la salle ! Déchirez l'écran ! Le monde n'est pas une projection, C'est une chair qui brûle,
Une blessure qui ne demande qu'à guérir.
Soyez vos propres Seigneurs,
Soyez les créateurs de votre propre lumière.
Source : Jim Morrison, Seigneurs et Nouvelles Créatures, Éditions Christian Bourgois
III. Une prière américaine (Extrait)
Sais-tu que nous sommes dirigés par la télévision ? Sais-tu que le monde est un théâtre de l'absurde ? Je t'apporte la nouvelle de la mort du temps, Je t'apporte le message de la liberté sauvage.
Nous avons besoin de grands rituels, De danses qui font trembler la terre, De chants qui font taire les machines. Nous avons oublié comment être des hommes, Nous sommes devenus des statistiques, Des ombres dans le couloir du pouvoir.
O grand Créateur de l'Être, Donne-nous une dernière heure de gloire, Une minute de vérité avant le grand saut. Nous sommes les passagers du vent, Les amants du néant, Et nous chantons pour ne pas avoir peur du noir.
Source : Jim Morrison, An American Prayer, Éditions 10/18
IV. Désert (Texte intégral)
Le désert est une mer de sable immobile Où le temps n'a pas de prise. Ici, les mots se transforment en poussière Et les pensées s'évaporent au soleil. C'est le lieu de la révélation, Le miroir où l'âme se voit nue.
J'ai vu des serpents d'argent Glisser sur les dunes au clair de lune. J'ai entendu les voix des anciens Murmurer des secrets dans le vent chaud. Ils disent que la vie est une illusion, Une étincelle entre deux ténèbres.
Ne craignez pas le désert, Il est votre véritable demeure. C'est là que vous trouverez la paix, Loin du bruit et de la fureur, Dans le silence infini de l'immobilité.
Source : Jim Morrison, Wilderness, Éditions Christian Bourgois
V. La Fin (Extraits)
C’est la fin, bel ami. C’est la fin, mon seul ami, la fin. De nos plans élaborés, la fin. De tout ce qui se tient debout, la fin. Plus de salut ni de surprise, la fin. Je ne regarderai plus jamais dans tes yeux... encore.
Peux-tu imaginer ce qui va arriver ? Si illimité et libre
Cherchant désespérément la main d’un étranger
Dans une terre désespérée.
Perdu dans une wilderness romaine de douleur
Et tous les enfants sont fous
Et tous les enfants sont fous
Attendant la pluie d'été, ouais.
Il y a un danger au bord de la ville
Roule sur l'autoroute du roi, bébé.
Des scènes bizarres à l'intérieur de la mine d'or
Roule sur l'autoroute, vers l'ouest, bébé.
Source : Jim Morrison, The Doors: Lyrics, Éditions du Seuil
Présentation
Jim Morrison a utilisé la scène comme un espace de rituel poétique.
L'influence chamanique : Obsédé par les cultures amérindiennes et le concept de "passage", il voyait le poète comme un intermédiaire entre le monde visible et les forces obscures de l'inconscient.
La poétique du regard : Dans ses textes sur le cinéma (The Lords), il analyse comment la vision est devenue une forme de contrôle social. Sa poésie cherche à "ouvrir les portes de la perception" (référence à William Blake).
Le style : Ses écrits sont fragmentaires, hantés par la mort, le sexe et la violence. C'est une écriture de l'urgence, influencée par la "Beat Generation" (Kerouac, Ginsberg) et le surréalisme.
Bibliographie
1. Œuvres poétiques
Seigneurs et Nouvelles Créatures (The Lords and the New Creatures), Éditions Christian Bourgois.
Wilderness (Recueil posthume), Éditions Christian Bourgois.
La Nuit américaine (The American Night), Éditions Christian Bourgois.
2. Biographies de référence
Jerry Hopkins et Danny Sugerman, Personne ne sortira d'ici vivant (No One Here Gets Out Alive), Éditions 10/18.
Stephen Davis, Jim Morrison : Vie, Mort, Légende, Éditions Flammarion.