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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

423 - ZOOM CAMŌES

Textes




Les armes et les barons illustres qui, de l'occidentale plage lusitaine, par des mers jamais auparavant naviguées, passèrent même au-delà de la Taprobane, et dans les dangers et les guerres furent plus forts que ne le promettait la force humaine ; et parmi des gens lointains édifièrent un nouveau royaume qu'ils ont tant exalté ; et aussi les mémoires glorieuses de ces rois qui allèrent étendre la foi et l'empire, et dévaster les terres vicieuses de l'Afrique et de l'Asie. Que se taise le sage Grec et le Troyen, pour les grandes navigations qu'ils firent ; que cesse la gloire d'Alexandre et de Trajan pour les victoires qu'ils obtinrent ; car je chante la poitrine illustre lusitaine, à qui Neptune et Mars obéirent. Cesse tout ce que la muse antique chante, car une autre valeur plus haute s'élève. https://www.gutenberg.org/files/3331/3331-h/3331-h.htm





L'amour est un feu qui brûle sans se voir ; c'est une blessure qui fait mal et qu'on ne sent pas ; c'est un contentement mécontent ; c'est une douleur qui affole sans faire souffrir. C'est un ne pas vouloir que de bien vouloir ; c'est un marcher solitaire parmi les gens ; c'est un ne jamais se sentir satisfait du gain ; c'est un soin que l'on gagne en perdant. C'est vouloir être emprisonné par volonté ; c'est servir celui qui gagne, le vainqueur ; c'est avoir avec celui qui nous tue la loyauté. Mais comment peut-on avoir en sa faveur une telle amitié dans le cœur humain, si l'amour est en soi si contraire à lui-même ? Tout ce que le monde contient de beauté n'est que l'ombre de ce feu qui nous dévore et nous illumine, nous rendant esclaves de notre propre liberté. https://www.bnf.fr/fr/luis-de-camoes-le-prince-des-poetes-portugais






Sur les fleuves qui coulent à Babylone, je me suis assis et j'ai pleuré, me souvenant de toi, ô Sion, et de tout ce que j'ai perdu. Mes harpes, je les ai suspendues aux saules, car ceux qui m'ont emmené captif me demandaient des chants de joie. Comment chanterais-je le chant du Seigneur sur une terre étrangère ? Si je t'oublie, ô Jérusalem, que ma main droite s'oublie elle-même. La vie est un exil amer, une navigation sans fin parmi des récifs de douleur et des vagues de regret. J'ai vu le monde et ses vanités, j'ai connu la faveur des rois et l'amertume de la prison. Tout n'est que changement et instabilité, et seule la poésie demeure comme un ancrage dans la tempête, un souvenir de la patrie lointaine que nous cherchons tous sans jamais l'atteindre. https://www.instituto-camoes.pt/images/biblioteca_digital_camoes/poesia/sonetos_camoes.pdf





Le temps change, et les désirs changent aussi ; ce que l'on croit change, le monde entier est fait de changement, prenant sans cesse de nouvelles qualités. Continuellement nous voyons des nouveautés, différentes de ce que nous espérions ; du mal restent les souvenirs, et du bien, s'il y en eut, le regret. Le temps couvre de neige le vert manteau, il change le rire en pleurs, la fleur en fruit. Outre ce changement quotidien, un autre changement me cause plus d'effroi : c'est que le temps ne change plus comme il avait coutume de changer. Tout s'use, tout s'efface, et l'homme n'est qu'une ombre qui passe sur le cadran solaire de l'éternité. La fortune est une roue capricieuse qui nous élève pour mieux nous briser dans la poussière de l'oubli. https://www.escritas.org/pt/t/8031/mudam-se-os-tempos-mudam-se-as-vontades




Douce île des amours, où la Vénus divine a préparé pour les navigateurs fatigués un repos de délices et de gloire. J'ai chanté les tempêtes et les monstres marins, le géant Adamastor et les fureurs de Neptune, mais ici je célèbre la récompense du courage. Les nymphes attendent sur le rivage, les fruits d'or pendent des branches, et l'air est parfumé de mille essences. C'est la victoire de l'esprit sur la matière, la rencontre de l'Occident et de l'Orient dans une étreinte de lumière. Que les marins se reposent et goûtent aux plaisirs mérités, car ils ont ouvert les portes de l'univers. Ma patrie est le monde entier, et ma langue est le navire qui transporte les rêves d'un peuple fier. Le voyage s'achève dans la splendeur, mais la quête de l'homme reste éternelle, vers des horizons toujours plus lointains. https://www.culturacore.pt/os-lusiadas-canto-ix



Présentation de l'auteur


Luís Vaz de Camões, né vers 1524 et mort en 1580 à Lisbonne, est considéré comme le plus grand poète de langue portugaise. Sa vie, digne d'un roman d'aventures, fut marquée par l'exil, les combats en Afrique et en Orient, et un naufrage légendaire au large du Cambodge où il aurait sauvé le manuscrit de son œuvre en nageant d'une seule main. Son épopée, Les Lusiades, célèbre les exploits de Vasco de Gama et l'expansion maritime portugaise, mêlant mythologie classique et réalisme historique. Maître inégalé du sonnet, il a également laissé une œuvre lyrique d'une profondeur mélancolique (la saudade) qui explore les tourments de l'amour et les vicissitudes de la fortune. Il mourut dans la pauvreté, l'année même où le Portugal perdait son indépendance au profit de l'Espagne, devenant le symbole éternel de la nation portugaise.



Bibliographie


Os Lusíadas (Les Lusiades), 1572. Rimas (Recueil de poésies lyriques), publié posthume en 1595. Anfitriões (comédie), 1587. Filodemo (comédie), 1587. El-Rei Seleuco (comédie), 1645. Cartas (Correspondance), publiées tardivement.