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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

330 - ZOOM BECQUER

Gustavo Adolfo Bécquer



POÈMES




Rima I

Yo sé un himno gigante y extraño que anuncia en la noche del alma una aurora, y estas páginas son de ese himno cadencias que el aire dilata en las sombras.

Yo sé que el infinito se encierra en la redonda gota de rocío que tiembla en las hojas de la hierba, y una gota de agua es un océano.

Yo sé que una mirada es un abismo que da vértigo y que las palabras son como rejas de un calabozo donde el alma está presa y grita.

Y sé que hay poetas que son alados y cuando cantan el mundo se olvida y las almas se rompen en llanto y el cielo se abre y Dios escucha.




Traduction française :

Rime I


Je connais un hymne géant et étrange

Qui annonce dans la nuit de l’âme une aurore,

Et ces pages sont de cet hymne

Des cadences que l’air dilate dans les ombres.


Je sais que l’infini s’enferme

Dans la ronde goutte de rosée

Qui tremble sur les feuilles de l’herbe,

Et qu’une goutte d’eau est un océan.

Je sais qu’un regard est un abîme

Qui donne le vertige et que les mots

Sont comme les barreaux d’un cachot

Où l’âme est prisonnière et crie.

Et je sais qu’il y a des poètes qui sont ailés

Et quand ils chantent le monde s’oublie

Et les âmes se brisent en pleurs

Et le ciel s’ouvre et Dieu écoute.

Source : Wikisource – Gustavo Adolfo Bécquer, Rima I





Rima XI

Yo soy ardiente, yo soy morena, yo soy el símbolo de la pasión, de ansia de goces mi alma está llena. ¿A mí me buscas? —No es a ti, no.

Mi frente es pálida, mis trenzas son de oro. Puedo brindar dichas, puedo brindar amor. —¿A mí me llamas? —No, no es a ti, no.

Yo soy un sueño, un imposible, vano fantasma de niebla y luz; soy incorpórea, soy intangible: no puedo amarte. —¡Oh, ven; ven tú!





Traduction française :

Rime XI


Je suis ardente, je suis brune,

Je suis le symbole de la passion,

Mon âme est pleine de désir de jouissances.

— Est-ce moi que tu cherches ?

— Non, ce n’est pas toi, non.

Mon front est pâle, mes tresses sont d’or.

Je peux offrir des bonheurs, je peux offrir de l’amour.

— Est-ce moi que tu appelles ?

— Non, ce n’est pas toi, non.

Je suis un rêve, un impossible,

Vain fantôme de brume et de lumière ;

Je suis incorporelle, je suis intangible :

Je ne peux pas t’aimer.

— Oh, viens ; viens, toi !

Source : Wikisource – Gustavo Adolfo Bécquer, Rima XI





Rima LIII

Volverán las oscuras golondrinas en tu balcón sus nidos a colgar, y otra vez con el ala a sus cristales jugando llamarán.

Pero aquellas que el vuelo refrenaban tu hermosura y mi dicha al contemplar, aquellas que aprendieron nuestros nombres... ¡Esas... no volverán!

Volverán las tupidas madreselvas de tu jardín las tapias a escalar, y otra vez a la tarde, aún más hermosas, sus flores se abrirán.

Pero aquellas, cuajadas de rocío, cuyas gotas mirábamos temblar y caer, como lágrimas del día... ¡Esas... no volverán!

Volverán del amor en tus oídos las palabras ardientes a sonar; tu corazón de su profundo sueño tal vez despertará.

Pero mudo y absorto y de rodillas, como se adora a Dios ante su altar, como yo te he querido...; desengáñate, ¡así no te querrán!




Traduction française :

Rime LIII


Reviendront les sombres hirondelles

À ton balcon suspendre leurs nids,

Et de nouveau, de leurs ailes à tes vitres

En jouant, elles frapperont.

Mais celles qui retenaient leur vol

Pour contempler ta beauté et mon bonheur,

Celles qui avaient appris nos noms...

Celles-là... ne reviendront pas !

Reviendront les lierres touffus

Escalader les murs de ton jardin,

Et de nouveau, au crépuscule, encore plus belles,

Leurs fleurs s’ouvriront.

Mais celles-là, chargées de rosée,

Dont nous regardions les gouttes trembler

Et tomber, comme des larmes du jour...

Celles-là... ne reviendront pas !

Reviendront à tes oreilles les mots ardents

De l’amour résonner ;

Ton cœur de son profond sommeil

Peut-être s’éveillera.

Mais muet, absorbé et à genoux,

Comme on adore Dieu devant son autel,

Comme je t’ai aimée... ; détrompe-toi,

Ainsi, on ne t’aimera pas !

Source : Wikisource – Gustavo Adolfo Bécquer, Rima LIII





Leyenda: "El rayo de luna"

El convento estaba en ruinas. Las hierbas crecían entre las losas del claustro, y las campanas, descolgadas de sus torres, yacían entre los escombros. Solo una de ellas, la mayor, colgaba aún de la torre central, y cuando el viento agitaba su badana, producía un sonido lúgubre y prolongado, como un gemido.

Una noche de luna llena, un joven entró en el convento. Era pálido, delgado, y sus ojos brillaban con una luz extraña. Llevaba una capa negra, y en su mano derecha, desnuda, brillaba una espada.

El joven se detuvo en medio del claustro y miró a la luna, que se reflejaba en las aguas de una fuente seca. De pronto, una sombra pasó rápidamente ante él. Era la sombra de una mujer, vestida de blanco, con un velo que flotaba al viento.

—¿Quién eres? —preguntó el joven, sacando la espada.

—Soy el rayo de luna —respondió la sombra con una voz dulce y melancólica—. Soy el espíritu de este lugar abandonado. Vengo a buscarte.

—¿A mí? —preguntó el joven, sorprendido.

—Sí, a ti —respondió la sombra—. Tú has venido aquí buscando algo que no encontrarás en el mundo de los vivos. Yo puedo dártelo.

—¿Y qué es lo que busco? —preguntó el joven.

—El amor —respondió la sombra—. Un amor que no puede ser de este mundo. Un amor eterno.

El joven bajó la espada y se acercó a la sombra.

—¿Y qué debo hacer para obtenerlo? —preguntó.

—Seguirme —respondió la sombra—. Ven conmigo.

Y el joven, sin dudarlo, siguió a la sombra, que se desvaneció entre las ruinas del convento, dejando solo el eco de su voz y el sonido de la campana, que resonaba en la noche como un lamento.




Traduction française :

Légende : "Le Rayon de lune"


Le couvent était en ruines. Les herbes poussaient entre les dalles du cloître, et les cloches, détachées de leurs tours, gisaient parmi les décombres. Seule l’une d’elles, la plus grande, pendait encore à la tour centrale, et quand le vent agitait sa cloche, elle produisait un son lugubre et prolongé, comme un gémissement.

Une nuit de pleine lune, un jeune homme entra dans le couvent. Il était pâle, mince, et ses yeux brillaient d’une lumière étrange. Il portait une cape noire, et dans sa main droite, nue, brillait une épée.

Le jeune homme s’arrêta au milieu du cloître et regarda la lune, qui se reflétait dans les eaux d’une fontaine asséchée. Soudain, une ombre passa rapidement devant lui. C’était l’ombre d’une femme, vêtue de blanc, avec un voile qui flottait au vent.

— Qui es-tu ? demanda le jeune homme, sortant son épée.

— Je suis le rayon de lune, répondit l’ombre d’une voix douce et mélancolique. Je suis l’esprit de ce lieu abandonné. Je viens te chercher.

— Moi ? demanda le jeune homme, surpris.

— Oui, toi, répondit l’ombre. Tu es venu ici chercher quelque chose que tu ne trouveras pas dans le monde des vivants. Je peux te le donner.

— Et qu’est-ce que je cherche ? demanda le jeune homme.

— L’amour, répondit l’ombre. Un amour qui ne peut être de ce monde. Un amour éternel.

Le jeune homme baissa son épée et s’approcha de l’ombre.

— Et que dois-je faire pour l’obtenir ? demanda-t-il.

— Me suivre, répondit l’ombre. Viens avec moi.

Et le jeune homme, sans hésiter, suivit l’ombre, qui se dissipa parmi les ruines du couvent, ne laissant que l’écho de sa voix et le son de la cloche, qui résonnait dans la nuit comme une plainte.

Source : Wikisource – Gustavo Adolfo Bécquer, Leyenda: "El rayo de luna"




Rima XLIV

Tu pupila es azul y, cuando ríes, su claridad suave me recuerda el trémulo fulgor de la mañana que en el mar se refleja.

Tu pupila es azul y, cuando lloras, las transparentes lágrimas en ella se me figuran gotas de rocío sobre una violetta.

Tu pupila es azul, y si en su fondo como un punto de luz radia una idea, me parece en el cielo de la tarde una perdida estrella.



Traduction française :

Rime XLIV


Ta prunelle est bleue et, quand tu ris,

Sa clarté douce me rappelle

Le tremblant éclat du matin

Qui se reflète dans la mer.

Ta prunelle est bleue et, quand tu pleures,

Les transparentes larmes en elle

Me font imaginer des gouttes de rosée

Sur une violette.

Ta prunelle est bleue, et si en son fond

Comme un point de lumière rayonne une idée,

Elle me semble dans le ciel du soir Une

étoile perdue.

Source : Wikisource – Gustavo Adolfo Bécquer, Rima XLIV




PRÉSENTATION


Gustavo Adolfo Bécquer, né le 17 février 1836 à Séville et mort le 22 décembre 1870 à Madrid, est l’un des poètes les plus importants et les plus aimés de la littérature espagnole. Son œuvre, marquée par un lyrisme profond et une sensibilité romantique, explore des thèmes comme l’amour, la mélancolie, la mort, la nature et le mystère de l’existence. Bécquer est surtout célèbre pour ses Rimas et ses Leyendas, qui ont profondément influencé la poésie espagnole et hispanique.

Issu d’une famille modeste, Bécquer a connu une enfance difficile, marquée par la mort précoce de son père et les difficultés financières. Malgré ces obstacles, il a développé une passion précoce pour la littérature et a commencé à écrire très jeune. Il a travaillé comme journaliste et écrivain, mais c’est sa poésie qui lui a valu une reconnaissance durable. Ses Rimas, publiées après sa mort, sont considérées comme un chef-d’œuvre de la poésie lyrique, caractérisées par une simplicité apparente, une musicalité envoûtante et une profondeur émotionnelle.

Bécquer est également connu pour ses Leyendas, des récits en prose qui mêlent fantastique, mystère et émotion. Ces textes, souvent inspirés du folklore et des traditions populaires, explorent des thèmes comme l’amour impossible, la mort et la quête de sens. Son style, à la fois sobre et évocateur, a fait de lui une figure majeure du romantisme espagnol.

La vie de Bécquer a été marquée par des difficultés personnelles et financières, ainsi que par des problèmes de santé. Malgré cela, il a laissé une œuvre immense et variée, qui continue d’inspirer et de toucher les lecteurs par sa beauté, sa sensibilité et sa capacité à capturer les émotions humaines les plus profondes. Son héritage littéraire reste un pilier de la culture hispanique, et ses poèmes sont encore aujourd’hui lus et admirés pour leur élégance et leur profondeur.



BIBLIOGRAPHIE