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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

419 - ZOOM OBJECTIVISME

 l'objectivisme américain, un courant qui a redéfini la poésie par le refus du lyrisme sentimental au profit d'une clarté presque sculpturale des choses.



Textes



L'écriture est un acte de précision technique autant que de vision. Nous avons voulu que le poème soit un objet en soi, une construction qui tienne debout par sa propre structure et non par l'épanchement du moi. L'œil doit être un instrument d'optique pur, saisissant le détail de la rue, le grain du béton, l'angle de la lumière sur le métal. Nous refusons les métaphores qui masquent la réalité et les adjectifs qui la colorent artificiellement. Le monde est là, extérieur à nous, solide et indifférent ; le travail du poète est d'en rendre compte avec l'honnêteté d'un artisan. Un poème est une série discrète de perceptions, une trajectoire de l'esprit à travers les faits. Nous cherchons la clarté totale, celle qui ne pardonne rien et qui révèle la splendeur nue de ce qui existe simplement parce que c'est là. https://www.poetryfoundation.org/articles/69661/program-objectivists-1931




Je marche dans la ville et je note les témoignages des tribunaux, les bruits de la foule, les visages dans le métro. L'objectivisme, c'est cette attention portée à l'autre, à l'histoire qui s'écrit dans les gestes les plus humbles. Nous sommes les greffiers du réel. Le langage doit être dépouillé jusqu'à l'os, débarrassé de ses parures romantiques pour devenir un miroir fidèle de la condition humaine. Il n'y a pas de hiérarchie entre une boîte de conserve dans un caniveau et une étoile dans le ciel ; les deux demandent la même exactitude de nommage. Nous habitons une époque de fer et d'acier, de crises et de révolutions, et notre poésie doit avoir la dureté et la nécessité de son temps. Le poème ne doit pas être une évasion, mais une confrontation directe avec la matière du monde et le destin des hommes. https://www.bl.uk/collection-items/objectivist-poetry-anthology







Le mot est un matériau comme la pierre ou le bois. Nous le pesons, nous le taillons, nous l'ajustons pour qu'il s'insère parfaitement dans l'édifice du vers. La poésie objectiviste est une architecture du silence et de la forme. Elle exige une sincérité absolue : ne dire que ce que l'on voit, ne penser que ce que l'on peut vérifier par les sens. Nous nous sommes détournés de l'introspection pour regarder le dehors, la mécanique des cités et le mouvement des foules. C'est une ascèse du regard. Il faut savoir s'effacer derrière l'objet pour que l'objet puisse enfin parler. Le sens ne vient pas d'une explication, il vient de la justesse de la mise en relation des choses entre elles. Nous sommes les inventeurs d'une nouvelle objectivité, celle qui reconnaît la dignité de tout ce qui possède une forme et une présence dans l'espace. https://www.britannica.com/art/Objectivism-literature





Nous avons été des exilés, des fils d'immigrés, des travailleurs manuels, et notre poésie porte cette trace de lutte et de fatigue. L'objectivisme est un ancrage dans le présent, un refus des mythologies épuisées. Nous croyons à la valeur de l'expérience directe, à la force de l'instant saisi dans sa singularité. Le poème doit agir comme une lentille qui concentre la lumière sur un point précis de la réalité jusqu'à ce qu'il devienne incandescent. Il n'y a pas de place pour le flou ou le vague. Nous voulons une langue qui ait la précision d'un scalpel et la solidité d'une poutre maîtresse. Écrire est un acte de responsabilité envers la vérité. Dans le chaos du siècle, nous avons cherché à établir des îlots de clarté, des zones où le langage retrouve sa fonction première : désigner le monde pour mieux l'habiter.

L'unité de mesure du poème est le fait, non l'émotion. L'émotion doit naître de la justesse du fait énoncé, et non d'une incantation. Nous avons appris de Pound et de Williams que la poésie est une science de la condensation. Chaque mot inutile est une tache sur la vitre. Nous voulons voir à travers les mots, atteindre cette transparence où l'esprit et la matière se rejoignent dans un même éclair de conscience. L'objectivisme est une aventure de la vision. Il s'agit de redécouvrir le monde comme si nous venions d'y être jetés, sans souvenirs et sans préjugés. C'est une poésie de la présence intégrale. Nous sommes ici, au milieu de la multitude, et notre tâche est de laisser une trace de cette présence qui soit aussi durable et aussi vraie que la pierre sur laquelle nous marchons. https://www.theguardian.com/books/2008/jul/12/objectivism.poetry




Présentation

L'objectivisme n'est pas l'œuvre d'un seul homme mais un mouvement poétique américain né au début des années 1930. Ses figures de proue sont Louis Zukofsky, Charles Reznikoff et George Oppen. Ce courant s'est cristallisé autour d'un numéro spécial de la revue Poetry en 1931, dirigé par Zukofsky sous l'impulsion de William Carlos Williams et Ezra Pound. L'objectivisme prône une poésie comme objet construit, privilégiant la vision directe, l'économie de moyens et la fidélité à la réalité sensorielle et sociale. Marqué par des racines juives et un engagement souvent radical, ce mouvement a profondément influencé la poésie contemporaine en proposant une alternative au lyrisme traditionnel par une exigence de sincérité et de précision technique.



Bibliographie

Zukofsky, Louis, An "Objectivists" Anthology, 1932. Reznikoff, Charles, Testimony, 1934. Oppen, George, Discrete Series, 1934. Rakosi, Carl, Selected Poems, 1941. Niedecker, Lorine, New Goose, 1946. Williams, William Carlos, Paterson, 1946-1958.