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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

418 - ZOOM OPEN

Textes




Le monde est petit et nous y sommes seuls. Je marche dans la rue et je vois les visages des gens comme des îles séparées par des océans d'indifférence. Tout ce que nous avons, c'est cette clarté fragile des choses, la lumière sur le bois, le grain de la pierre, la texture du métal. La poésie n'est pas un ornement, c'est un acte de perception. Il s'agit de voir ce qui est là, sans rien ajouter, sans mentir. Nous habitons un univers de faits bruts et de silence. Parfois, un mot suffit à ouvrir une brèche dans la nuit, un mot qui a le poids de la vérité. Nous sommes des passants dans un paysage de béton et d'acier, cherchant une raison de rester debout parmi les décombres de nos certitudes. La beauté est dans la précision du regard, dans cette honnêteté qui nous oblige à reconnaître notre propre finitude. https://www.poetryfoundation.org/poems/46661/discrete-series-1





Une ville est un mécanisme complexe où chaque boulon a son importance. Je regarde les ouvriers sur les chantiers et je vois la noblesse du geste utile. Il y a une morale dans le travail bien fait, une éthique de la matière qui nous échappe trop souvent. Nous avons construit des cités de verre et de fer pour nous protéger du vide, mais le vide est à l'intérieur de nous. Ma poésie cherche à retrouver le lien perdu avec la terre et avec les autres. Il ne s'agit pas de chanter, mais d'énoncer. Dire la table, dire la chaise, dire le ciel. Les mots sont des outils de précision qui doivent servir à mesurer l'espace entre nos âmes. Nous sommes responsables de ce que nous voyons et de la manière dont nous le nommons. Le monde est une expérience collective que nous devons mener avec courage et lucidité. https://www.bl.uk/collection-items/discrete-series-by-george-oppen





Le silence est ma demeure véritable. J'ai passé des années sans écrire, à regarder le monde sans rien dire, parce que les mots me semblaient impuissants face à la violence de l'histoire. J'ai vu la guerre, j'ai vu la misère, et j'ai compris que la poésie devait se taire quand l'homme souffre. Mais le silence n'est pas une absence, c'est une plénitude. C'est le moment où l'on écoute enfin le battement de cœur des choses. Quand je suis revenu à l'écriture, c'était avec une économie nouvelle, une volonté de ne dire que l'essentiel. Chaque vers est une pierre jetée dans un puits sans fond, un écho de notre présence éphémère. Nous ne sommes que des reflets sur l'eau, des ombres qui passent et qui s'effacent, mais dans cet effacement même réside notre seule dignité. https://www.newyorker.com/magazine/2012/11/12/the-unborn-2





La lumière est la substance même de notre vie. Elle frappe les objets et les rend réels, elle éclaire nos doutes et nos espoirs. Je cherche cette lumière blanche qui ne pardonne rien, cette clarté qui nous oblige à être vrais. La poésie est une quête de la lumière à travers l'obscurité du langage. Il faut dépouiller les mots de leurs parures inutiles pour retrouver leur éclat originel. Nous sommes des chercheurs d'or dans la boue du quotidien, espérant trouver une pépite de sens au milieu du chaos. Tout est mystère et tout est évidence. Il suffit d'ouvrir les yeux et de laisser le monde entrer en nous avec sa force et sa cruauté. La vérité est un paysage aride où l'on marche seul, mais c'est le seul chemin qui mène à la liberté de l'esprit.

https://www.britannica.com/biography/George-Oppen





Être au monde, c'est accepter d'être une partie d'un tout immense et incompréhensible. Je regarde les étoiles et je sais que je ne suis rien, et pourtant ce rien est nécessaire à l'harmonie de l'univers. Ma poésie est un témoignage de cette appartenance. Je ne veux pas être un poète, je veux être un homme qui écrit des poèmes. Il y a une différence fondamentale entre l'art et la vie, et je choisis la vie avec toutes ses imperfections. Nous devons apprendre à habiter notre propre corps et notre propre temps avec une attention constante. Chaque instant est une éternité en miniature, une chance de percevoir la splendeur du réel. La route est longue et semée d'embûches, mais la lumière nous guide vers un horizon de paix et de clarté que nous ne finirons jamais d'explorer. https://www.theguardian.com/books/2008/jul/12/georgeoppen.poetry




Présentation de l'auteur


George Oppen, né en 1908 à New Rochelle et mort en 1984 en Californie, est une figure centrale du mouvement objectiviste américain aux côtés de Louis Zukofsky et Charles Reznikoff. Issu d'une famille aisée, il choisit une vie de travailleur manuel et de militant politique, rejoignant le Parti communiste durant la Grande Dépression. Après la publication de son premier recueil en 1934, il cesse d'écrire pendant vingt-cinq ans, se consacrant à l'engagement social et fuyant le maccarthysme au Mexique. Son retour à la poésie dans les années 1960 est marqué par une œuvre d'une densité exceptionnelle, récompensée par le prix Pulitzer en 1969 pour Of Being Numerous. Sa poésie interroge la place de l'individu dans la communauté et la capacité du langage à rendre compte de la réalité du monde matériel.




BIBLIOGRAPHIE


Discrete Series, 1934. The Materials, 1962. This in Which, 1965. Of Being Numerous, 1968. Seascape : Needle's Eye, 1972. Collected Poems, 1975. Primitive, 1978.