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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

433 - ZOOM LAWRENCE D. H.


POÈMES




Piano

Softly, in the dusk, a woman is singing to me; Taking me back down the vista of years, till I see A child sitting under the piano, in the boom of the tingling strings And pressing the small, poised feet of a mother who smiles as she sings.

In spite of myself, the insidious mastery of song Betrays me back, till the heart of me weeps to belong To the old Sunday evenings at home, with winter outside And hymns in the cosy parlour, the tinkling piano our guide.

So now it is vain for the singer to burst into clamour With the great black piano appassionato. The glamour Of childish days is upon me, my manhood is cast Down in the flood of remembrance, I weep like a child for the past.

Traduction française : Doucement, dans le crépuscule, une femme chante pour moi ; Elle me ramène en arrière à travers les années, jusqu’à ce que je voie Un enfant assis sous le piano, dans le bourdonnement des cordes vibrantes, Et pressant les petits pieds bien posés d’une mère qui sourit en chantant.

Malgré moi, la maîtrise insidieuse de la chanson Me trahit, jusqu’à ce que mon cœur pleure pour appartenir Aux vieux dimanches soirs à la maison, avec l’hiver dehors Et les hymnes dans le salon chaleureux, le piano tintant notre guide.

Ainsi, il est vain pour la chanteuse d’éclater en clameur Avec le grand piano noir appassionato. Le charme Des jours d’enfance est sur moi, ma virilité est jetée Dans le flot du souvenir, je pleure comme un enfant pour le passé.

Source : Poetry Foundation – D.H. Lawrence, Piano



Snake

A snake came to my water-trough On a hot, hot day, and I in pyjamas for the heat, To drink there.

In the deep, strange-scented shade of the great dark carob-tree I came down the steps with my pitcher And must wait, must stand and wait, for there he was at the trough before me.

He reached down from a fissure in the earth-wall in the gloom And trailed his yellow-brown slackness soft-bellied down, over the edge of the stone trough And rested his throat upon the stone bottom, And where the water had dripped from the tap, in a small clearness, He sipped with his straight mouth, Softly drank through his straight gums, into his slack long body, Silently.

Traduction française : Un serpent est venu à mon abreuvoir Un jour de chaleur étouffante, et moi en pyjama pour la chaleur, Pour y boire.

Dans l’ombre profonde et étrangement parfumée du grand caroubier sombre, Je descendis les marches avec ma cruche Et dus attendre, dus rester debout et attendre, car il était à l’abreuvoir avant moi.

Il descendit d’une fissure dans le mur de terre, dans la pénombre, Et traîna sa mollesse jaune-brun, au ventre doux, par-dessus le bord de l’abreuvoir de pierre, Et posa sa gorge sur le fond de pierre, Et là où l’eau avait coulé du robinet, dans une petite clarté, Il but avec sa bouche droite, Buvait doucement à travers ses gencives droites, dans son long corps mou, En silence.

Source : Poetry Foundation – D.H. Lawrence, Snake



Love on the Farm

The farm is a wild place, The fields are unkempt and rough with thistles, The fences are broken by gaping holes. And into the gap comes the wild boar out of the forest, Black and ugly, long-snouted, with red eyes, Trotting, trotting, trotting along the track, Following his long, ugly nose.

Traduction française : La ferme est un endroit sauvage, Les champs sont en friche et hirsutes de chardons, Les clôtures sont brisées par des trous béants. Et dans la brèche arrive le sanglier sauvage de la forêt, Noir et laid, au long groin, aux yeux rouges, Trottinant, trottinant, trottinant le long du sentier, Suivant son long groin laid.

Source : Poetry Foundation – D.H. Lawrence, Love on the Farm



Bavarian Gentians

Not every man has gentians in his house in Soft September, at slow, Sad Michaelmas.

Bavarian gentians, big and dark, only dark darkening the day-time, torch-like with the smoking blueness of Pluto’s gloom, ribbed and torch-like, with their blaze of darkness spread blue down flattening into points, flattened under the sweep of white day torches smoking with dark blue, darkening the day-time.

Traduction française : Tous les hommes n’ont pas de gentianes dans leur maison En un doux septembre, à une lente et triste Saint-Michel.

Gentianes bavaroises, grandes et sombres, seulement sombres, Assombrissant le jour, comme des torches avec la fumée bleutée de l’obscurité de Pluton, Côtelées et semblables à des torches, avec leur flamme d’obscurité répandue en bleu S’aplatissant en points, écrasées sous le balayage du jour blanc, Torches fumant d’un bleu sombre, assombrissant le jour.

Source : Poetry Foundation – D.H. Lawrence, Bavarian Gentians



Self-Pity

I never saw a wild thing sorry for itself. A small bird will drop frozen dead from a bough without ever having felt sorry for itself.

Traduction française : Je n’ai jamais vu une créature sauvage avoir pitié d’elle-même. Un petit oiseau tombera raide mort d’une branche sans jamais avoir eu pitié de lui-même.

Source : Poetry Foundation – D.H. Lawrence, Self-Pity




PRÉSENTATION


David Herbert Lawrence, né le 11 septembre 1885 à Eastwood, en Angleterre, et mort le 2 mars 1930 à Vence, en France, est un écrivain, poète et dramaturge britannique. Il est considéré comme l’un des auteurs les plus influents du XXe siècle, connu pour ses romans comme L’Amant de Lady Chatterley, Fils et Amants, et L’Arc-en-ciel, ainsi que pour ses poèmes, qui explorent des thèmes comme la nature, la sexualité, l’industrialisation et la quête spirituelle.

Lawrence a grandi dans une famille ouvrière, ce qui a profondément influencé sa vision du monde et son œuvre. Il a étudié à l’University College de Nottingham, puis a commencé à écrire tout en travaillant comme enseignant. Son œuvre poétique, souvent moins connue que ses romans, est marquée par une intensité lyrique et une profonde connexion avec le monde naturel. Ses poèmes, comme Snake ou Piano, révèlent une sensibilité aiguë aux émotions humaines et aux forces de la nature, souvent exprimées avec une langue simple mais puissante.

Lawrence a voyagé à travers le monde, vivant en Italie, aux États-Unis, au Mexique, en Australie et en France, ce qui a enrichi sa perspective et son œuvre. Ses poèmes reflètent souvent une critique de la société industrielle et une célébration de la vie instinctive et sauvage. Il a également écrit des essais et des critiques littéraires, où il développe ses idées sur l’art, la sexualité et la condition humaine.

Son style poétique, caractérisé par une langue directe et des images vives, a influencé de nombreux poètes modernes. Malgré des controverses autour de ses positions sur la sexualité et la morale, Lawrence reste une figure majeure de la littérature anglaise, célébré pour son courage, son originalité et sa profondeur émotionnelle.


BIBLIOGRAPHIE