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Critiques

Critiques du comité de lecture

Il est juste que les artistes soient guidés par les critiques. Je n'ai jamais compris la susceptibilité des artistes devant les avertissements des critiques. Je crois qu'il y a de l'orgueil, un orgueil mal placé, qui déplaît. Les artistes gagneraient à mieux vénérer les critiques ; à les écouter respectueusement ; à les aimer, même ; à les inviter souvent à la table de famille, entre l'oncle et le grand-père. Qu’ils suivent mon exemple, mon bon exemple, je suis ébloui par la présence d'un critique, Son éclat est tel que je cligne des yeux pendant plus d'une heure ; je baise les traces de ses pantoufles ; je bois ses paroles dans un grand verre à pied, par politesse.


Erik Satie - Mémoires d’un amnésique



Dans cette rubrique de critique on trouvera un ou des textes choisis parmi les textes proposés au comité de lecture de la revue Lpb, notés et commentés par les membres du comité de lecture de la revue (les commentaires sont anonymes).


Cette page est réservée aux textes proposés à la revue lpb choisis parmi les plus récents, une autre page est réservée à l’historique des critiques..

- permettre à l' invité(e) de percevoir un retour large sur son travail

- intéresser au fonctionnement de la revue lpb

- favoriser la pratique de la critique en poésie, l'inspirer


Pierre Lamarque,.






CRITIQUE DE LA QUINZAINE



10 Février 2024


Bonjour à tous et merci pour vos retours sur ce texte écrit par Ellis Dickson. A lecture, les avis vont globalement dans la même direction. De bons poèmes, des facilités parfois. Je propose de retenir les deux poèmes du milieu, le 2 et le 3 donc, pour en faire une courte séquence.


Amitiés, et encore merci pour vos avis. Ils sont souvent complets et précis, les auteurs apprécient grandement cela ! Il faut dire que, généralement, lorsqu'on envoie une proposition de textes à une revue ou une maison d'édition, c'est une formule toute faite et lapidaire que l'on reçoit en retour.


Matthieu Lorin


quatre textes :



L’aube grosse dévore le bleu finissant quoi qu’on y fasse

 

J’ai pas bougé d’un pouce

J’ai ton odeur partout sur moi

 

Ton départ commence à se déposer sur la peau de mes chevilles

Dans ma nuque

Il est partout contre la fenêtre bien-sûr

 

Mais dans mon peignoir j’ai ramassé beaucoup de ton présent

Qui s’épuise

 

Je suis dans le déni de ce froid

La sueur plaquée au creux de mes reins

De mes seins

 

M’étire vers la douche mais j’irais sans y croire

Sans entrain

Quand je n’aurais plus d’autre choix pour me réchauffer

 

En attendant j’éclaire

Une lueur passe de l’intérieur de sous ma peau à

L’extérieur je crois

 

Que l’Aube peut-être vient de là

 

Une odeur de charogne 

 

Quelque part quelque chose meurt

c’est peut-être un oiseau

une grenouille

un cerf

une biche

comme la dernière fois

 

c’est peut-être autre chose au ruisseau

simplement les fleurs mais

de l’autre côté du courant par le vent

Le parfum de la mort qui a sonné

Persiste

c’est sûr un être a cessé

 

j’ai vu un lièvre s’éteindre

c’était il y a quelques jours

 

j’allais chez le médecin et

l’amoureux qui conduisait regardait ailleurs quand

Soudain

Une cascade de pattes

 

nous sommes allés voir si nous pouvions intervenir

par le fossé il bougeait et puis

d’un coup son ventre est resté plat

 

quand j’ai posé ma main

Tout contre le pelage doux et chaud

Les yeux ronds

que j’ai essayé de fermer

Se sont opacifiés en quelques secondes c’est fou

 

Comme la mort prend vite

aussi vite qu’une chanson

 

nous découvrirons peut-être

une charogne dans le jardin

entre les sapins

contre l’aulne celui qui est

couché

 

ou vers l’autre ruisseau qui sait

ça fait de la nourriture pour les renards

les rapaces

les souris

 

et puis

Quoi encore ?

 

D’une fenêtre à l’autre

 

Je sais pas si vous étiez des animaux

Quand vous étiez enfant

Moi j’étais toujours avec des animaux dans ma tête jamais dedans

Mais je les comprenais vraiment je sais pas

 

Si parfois en fonction du contexte vous vous voyez de l’extérieur

Moi je suis toujours rangée derrière mes yeux

Au cœur de la tempête

J’entends les nuages qui murmurent et tous les plis des robes des fantômes qui bruissent

Dans le vent

 

Je sais pas si vous volez encore en rêve

Si vous avez jamais volé en rêve il parait

Que c’est plus un truc d’enfant moi je vole toujours je vole encore

Je vous le souhaite vraiment je sais pas

 

Comment vous voyez les couleurs le vert que vous appelez vert moi j’ai

Des gouts sur les lettres et des couleurs quand j’y pense et

Ça me surprend toujours que ça surprenne les gens je voudrais

 

Pouvoir ouvrir ma fenêtre en grand

Et passer par la vôtre en suivant un fil à linge

Tendu d’un bout à l’autre et puis

Me glisser à l’intérieur de votre chambre comme ça

 

Et regarder ma fenêtre depuis la vôtre et puis les autres et toutes les autres et

Comprendre vos aspirations l’épaisseur de vos draps et la chaleur de vos corps dedans

 

Je voudrais savoir comment vous vous parlez à vous-même les mots que vous empruntez

La vitesse de votre respiration

Quand personne d’autre n’est présent votre manière de vous oublier je voudrais

 

Passer par vos peaux essayer vos articulations et

Y sentir le gout du temps

 

Amour en cage

 

Je me fais chaud contre toi

Je me love dans les creux de toi

Je fais comme un sac avec tes bras et à l’intérieur : moi

J’écoute ton cœur mais le ronron se fait bas et

Irrégulier

J’interroge le train est ce que tout va bien est ce que c’est l’aiguillage

Je me tourne vers la face allumée du soleil

Contre ton visage je viens cueillir des mots

Par tes lèvres je vais me promener par les grains de ta peau

Il y a un indice

Quelque part je ne sais pas où il loge il instaure quelque chose comme

L’inconfort

Tes paupières se lèvent et puis tu dis des mots

Tu les souris soudain

Je voudrais t’en aller

Quand tu me regardes avec ces yeux vides

Tu m’embrasse avec tes lèvres sèches

Et je retiens mes dents

De ne pas gouter ton sang

J’ai vu des hérons

Par dizaines

Voler en cercles à seulement quelques mètres

Par-dessus un marais c’était

La fin du jour et le soleil

Donnait

C’était réel et le contraste

Avec tes mots peints en chauds

Tout craquelés

Est saisissant

Ce sont les hérons qui le disent




Les commentaires: 


1/Allez 0.5 pour le 1er autocontemplatif. 

Et 4 pour les 3 autres textes sensibles et émouvants. A transproser, surtout ceux - là. Ils acquerraient la matière qui manque à la mort.


2/ L’aube grosse dévore le bleu finissant quoi qu’on y fasse;’style affirmé, façon de plonger la langue dans un moule, la langue se prête à toutes les fantaisies.

'Une odeur de charogne’ … pas emballé par ce récit soumis au vers. Mais côté expérimental qui me plait.

'D’une fenêtre à l’autre’ j’aime la sensibilité bavarde de ce texte, j’aime ce défaut …

Amour en cage. Envie de lire d’autres poèmes… pour voir… je connais déjà ce genre de troubadour ( Stéphane Méliade lpb n°12, 18, 19, 20, 21, 23, 24, 25, 26, 29, 31,  33, 34, 35, 36)… fluctue autour de trois à quatre étoiles pour moi ...


3/ Dans l'ordre de présentation:

I 3

II 3,5 - 4

III 3,5 - 4

IV 2,5 - 3

Je crois que lui / elle (plutôt… elle) a déjà... quelque chose à lui (elle)...


4/ Donner forme-poétique à la puissance de la pulsion ? Ici chaque poème trouve son souffle : vers brefs ou longs, puissance visuelle des images, grands coups de majuscules comme pour punaiser le vers, en relation avec pulsion de vie, pulsion de mort. Leurs entrelacs-secousses supersensorielles. Vision du monde en mode force de la nature? Celle qui reprend ses droits? Dire ses agissements en petits glissements-folie-prise-de-risque. Le naturel des synesthésies en zigzag serait-il le résultat des débordements-sorties-de-route-pulsionnels? Brut-motion-pulsion-brut. Donner forme poétique au par-delà vie et mort ? En débordements assumés ? Serait-ce ça le tracé de vie du scripteur, celui des embardées vigoureuses du ça n'ayant cure du surmoi ? Formulation en poèmes toniquement décoffrés ? 


5/ Le tout en l'état se découd et manque d'un fil rouge, malgré le thème animalier qui est récurrent.

 Une poésie simple, travaillée, mais qui à ma lecture manque un peu de force, car faussement simple, ou d'une simplicité forcée plutôt. 

D'habitude j'aime les poèmes narratifs, mais ici, la "charogne" ne me convient pas. Peut-être avais-je trop le texte de Baudelaire en tête, et qu'écrire sur un même texte relève d'une gageure en terme de palimpseste. C'est d'ailleurs celui que je mets de côté avec une seule étoile, malgré les petits saillies sympathiques.

- Le premier titre me rebute d'entrée, ce qui est dommage : l'aube s'alourdit de l'adjectif "grosse", et je n'ose y voir un hypallage. C'est peut-être ce texte qui me plaît le plus, avec une présence-absente, ou même une absence-présente.

3 étoiles.

- "D'une fenêtre à l'autre" me rappelle un pont entre deux rives, et j'aime bien cette image du poète funambule sur une corde à linge, mais l'idée n'est pas assez creusée. Mais je n'aime pas trop être pris à parti en tant que lecteur par cette adresse (je parle du "vous" pas de celle du funambule somnambule).

3.5 étoiles.

-"Amour en cage" rebat un thème mais aucune carte, et la gageure relève ici du défi. 

2 étoiles.

 Les différentes petites erreurs ("je sais pas", "le gout", est ce que", etc...)me font parfois sortir du texte et je conseillerais à la poétesse (j'ai vu un accord au féminin) de relire attentivement ses textes car le "est ce que" génère une confusion de sens non voulue.

En conclusion, un ensemble encore en construction, parfois bancal, mais on sent ce qu'il y a sous la pédale, et en retravaillant encore les textes, peut-être même en les écourtant, on gagnerait en impact. Car j'aime vraiment les images fortes qui se dégagent.

 

6/ Je suis pour !

Les thèmes ne sont pas très originaux mais le mot est sûr et efficace. C'est bien. J'aime particulièrement la cascade de pattes.


7/ J’aime beaucoup ces quatre propositions. D’emblée, dès le premier vers, il m’a semblé y déceler un auteur québécois, ou une autrice plutôt. 4 étoiles 


8/  Cette poésie qui me semble viscérale, si tu me permets d'énoncer une évidence... Elle se cherche et il y a des lueurs de pensée poétique dans la puanteur du sexe, de la rigueur corporelle et de la mort. Celui sur la mort exige la vie, et maintenant ? Et c’est une question à laquelle il est parfois difficile de répondre. 3 étoiles


9/ Trois étoiles de mon côté pour ces poèmes. J'aime bien ces textes qui me semblent avoir de la poésie plein les poches alors que le vocabulaire, lui, est de l'ordre du quotidien. Pas de raretés, de syntaxe baroque ou autre. 

La note de trois étoiles correspond à l'ensemble, j'ai une nette préférence pour les deux textes du milieu, moins attendu selon moi.