Le dépôt
DÉVIVRE - PETITS RIENS
Dévivre
ici toutes les maisons
ont un nom –
tu ne lis plus les plaques
quand tu passes
par chemins et ruelles
pour te rendre à la plage
le sang bleu des méduses
échouées
salue ton arrivée
dilué
ruisselle jusqu’à la mer
tandis que tu t’avances
en aval des galets
que les eaux n’atteignirent pas
tu fouilles
tu remues
les stries de coquillages
charriés par le ressac
tu ramasses appliquée
les éclats
de verre multicolores
que les vagues
les courants ont lissés –
tout en toi s’égalise
en rentrant
les abeilles ne tardent plus
se démènent à nouveau
sous les cieux de ta langue
ton dire s’écorche se délite –
il se brusque et échoue
à rejouer dans ta bouche
cet accord pourtant si simple :
je vis
tu acquiesces
tu consens à ces vides
te forçant à renoncer – à dire
que la vie depuis ce jour t’accidente
tu renonces
à interroger les contours estompés
des lacunes
ceinturant tes souvenirs
Petits riens
le ciel
est en loques
le printemps trébuche
le blanc neige des chrysanthèmes
m’éclabousse
le visage
pour ton cœur embué
les mots sont un doigt
traçant des signes éphémères
le brouillard –
un lit cotonneux
où nos regards s’endorment