Le dépôt
"Dans sa bulle..." textes et image : collaboration avec Stéphane Favre-Bulle
Tout part d'un coin de table. A la fin d'un bon repas, au restaurant. Avec ses amis. Autour d'un bon vin italien. Des Pouilles de préférence, même si le Nero d'Avola fera l'affaire... On parle projets, B.D., dessins. A la table, Stéphane Favre-Bulle, dessinateur et scénariste dont les livres, d'abord centrés sur les mathématiques et leur enseignement, sont publiés chez Ellipses :
A la faveur de ces échanges, s'exhume ce dessin choc. Un autoportrait, où tous nous pouvons nous retrouver. En naît un texte. D'autres textes-échos s'y enchaînent, comme autant de phylactères dont ces traits nous privent.
Explorer l'insondable, voilà bien l'objectif : que se passe-t-il dans la tête du poète, de celui qui crée ? Poésie et humour noir, comme deux tentatives de réponse, deux tentatives d'apaisement de notre volcan intérieur. Et si notre Vendredi à tous était tout simplement l'Art, ce compagnon de fortune et d'infortune, cette bouée de sauvetage, cette bouffée d'oxygène pour éviter le respirateur artificiel ?
D'habitude, l'écriture se nourrit de mots. D'un mot demandé à la volée, qui fait naître un texte, à partir d'une logique lexicale qui met ce mot en perspective dans une autre configuration, celle du jeu de mots ou du trait d'esprit. Ici, c'est le dessin qui suscite le texte. Le trait "d'esprit" aura particulièrement dialogué avec les traits de Stéphane. Les mots, comme autant de digues pour éviter l'irré-vocable.
Bonne lecture, bonne semaine, et vivement vendredi !
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Cathartique
Se faire sauter la cervelle ? La pire des solutions pour éviter d'y mettre du plomb dedans. Péter un câble, péter un plomb. Rien d'irrémédiable. Rien d'irrévocable.
Se faire sauter la cervelle ? S'aérer le cerveau plutôt. Pour en chasser tous les grains de sable et nettoyer tous les rouages. Expurger sa catharsis, caviarder ses idées noires. L'art pour l'art, et pour soi-même.
Le cerveau en aquarelle, cette cervelle qui a des ailes.
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Insulaire
Un lavage de cerveau, même à l'eau de mer, n'avait pas permis de chasser les idées noires de la tête de celui qui était devenu le Robinson de sa propre vie.
Alors autant se servir du ciel comme d'une toile pour y écrire une nouvelle robinsonnade, pour y dessiner tout ce qui lui passait par la tête, pour éclabousser de son talent même les nuages.
Sa signature ? La noirceur.
Sa griffe ? La couleur.
Et maintenant, il lui fallait un Vendredi pour le sauver...
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Emotions sous verre ?
Ses aquarelles étaient de véritables bouteilles à la mer. Mais ses larmes étaient trop douces, l'eau de mer trop salée et le verre trop poli pour accepter toute cette violence intérieure.
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Kratatoa
L'effusion de sentiments ? Très peu pour notre artiste. Son krakatoa entra donc en éruption - explosive - sans crier gare. Damnant ainsi le pion à Munch et à ses couleurs trop criardes.
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Plafond de verre
Il avait voulu se faire sauter le plafond. Mais son plafond de verre à lui était en verre sécurit.
Il ne lui restait plus qu'à se blinder contre ses propres émotions.

En éclats
Sa vie vola en éclats. Et seule la patience lui permettrait de dorénavant reconstituer l'entièreté de cette existence-puzzle en mille morceaux.
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Brise-lame
Un brise-lame. C'est ce qui venait de s'échouer là, dans ce décor aux paysages soufflés, dominant l'océan. Et des éclats d'âme jonchaient sable fin et ciel.
On venait d'entrer par effraction dans la tête du poète.
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Crash aérien
À Maheva Hellwig
"D' "îl" en "ils", un peu comme dans le roman Les Voyages de Gulliver, on trouve toujours un bout d'ailes. Et la personnalité multiple de notre héros schizophrène finit, elle, après ce crash aérien, avec la cervelle en archipel.