Le dépôt
femme de l'être - notule pour la page orange
Je m’entoure de livres comme on s’entoure de fenêtres. Chaque tranche est une respiration, une vie qui ne demande rien d'autre que d'être partagée. Lire un inconnu dont on ignore tout le visage, le nom des proches, les habitudes banales c’est la seule rencontre qui ne triche pas. C’est un voyage à l’aveugle où l’on ne voit que l’essentiel : l’âme.
Faut-il vraiment que la poésie se déshabille sous l'objectif ? Qu'une femme ou un homme s'expose en plongée, cherchant dans un décolleté ou un regard travaillé le clic qui simulera l'intérêt ? Ce cirque numérique n'est qu'un bal masqué de pixels. Derrière les profils lissés et les vies mises en scène, il n'y a souvent que du vide. C'est le triomphe du fake, où les visages sont des décors et les mots, des appâts.
L'Image : Un mur entre l'autre et soi.
Le Réseau : Une agitation qui nous éloigne de notre propre centre.
Le Livre : Un refuge qui ne demande pas de "like" pour exister.
Le livre, lui, ne nous juge pas. Il ne réclame pas notre attention avec des notifications bruyantes. Il attend que nous soyons prêts. Quand on ouvre un ouvrage, on quitte les incohérences du monde, les récits futiles et les visages saturés de mensonges.
On revient à ce qui est vrai : le poids du volume dans la main, le parfum de l'encre, et ce jaillissement intérieur. S’entourer de livres, c’est s’offrir le luxe de la paix retrouvée. Ce n'est pas du papier, c'est de la présence. Ce n'est pas "rien", c'est tout ce qui reste quand on éteint le bruit du monde.
On ne lit pas seulement un livre, on l'habite. Et dans ce silence partagé avec un auteur sans visage, on finit enfin par trouver le nôtre.