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LA CRÉATION D'ADAM
Michel Ange - La création d'Adam

Sous la voûte éternelle, l’Homme peint l’origine,
Et du néant figé fait jaillir le vivant.
La lumière s’arrache à la nuit qui s’incline,
L’ordre naît dans l’éclair d’un geste conquérant.
Dieu surgit dans l’élan d’un manteau qui se gonfle,
Porté par le mouvement d’un souffle souverain ;
Mais ce voile charnel, que la fresque enveloppe,
Dessine un cerveau clair autour du corps divin.
Alors le sens bascule et le mythe se fend :
Dieu n’est plus hors du monde, il naît de la pensée.
Ce que l’homme contemple au sommet du néant
Est l’image de l’esprit qu’il a lui-même dressée.
Le doigt presque touché suspend l’acte sacré,
Un vide où la croyance apprend à se former ;
L’homme tend vers le ciel ce qu’il vient de créer,
Et nomme « Dieu » le feu qu’il sent en lui vibrer.
Œuvre au double regard, sublime et provocante,
Elle cache une idée sous l’éclat du plafond :
Si Dieu tient dans le crâne à la forme vivante,
Alors l’homme, en silence, invente son Dieu blond
Croire l’avoir créé n’est qu’orgueil sans raison,
Dieu tient avant nos mots, plus vaste que nos noms.
Le cerveau sur le ciel n’abolit pas sa main,
Il montre notre voile, et non son vrai chemin.
Le nier, c’est grandir d’un doute trop orgueilleux,
Vouloir taire l’absolu pour se croire lumineux.
Mais l’homme est peu de chose au bord de l’infini,
Et l’orgueil se dissout à nier l’infini.
Solvène Oudot Solvène