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AUTEUR-E-S - Index 2

50 - Jules Ladoumègue

OPINIONS DE JULES LADOUMÈGUE

OPINION DE JULES LADOUMÈGUE SUR LA TRANSPROSE

 

 

Si la page serait devenue un champ de course à l’échalote, Jules Ladoumègue aurait noté que le champ aurait enfin des haies aux limites parfaitement taillées pour les souffles du couple jockey-cheval. 

L'honnête homme contemplerait soudain la réalité imaginaire du verbe avec une délicieuse sensation de clarté. 

Ladoumègue observerait que l'usage de la transprose serait la fine onction de la traduction des poèmes de l’humanité : on ne lirait plus des poèmes du monde, on entendrait une pièce de monnaie s’élever en tintant vers le quota divin depuis l'humanité sanglante.

Mine de rien, quand il s’agirait de parlotte, le transproseur international 

substituerait les habitudes de l’air de rien à la densité de l’airain verbal. 

Ladoumègue ferait une suture parfaite entre les dalles fondues de la coutume qui s'effondre et les éclats de silence de la poésie de la vie qui dure. 

Il imaginerait que la disposition appelée prose aérée serait le plumage 

des oiseaux de la poésie qui montent tout en haut de l’air dans la poétodière internationale, au cas où leur vol exigerait des battements d'ailes démesurés. 

Pour lui, cette présentation des poèmes sur la page blanche ne ferait aucun mal aux journaux quotidiens car elle placerait chaque mot juste et fondé dans sa position exacte par rapport au terrain fixe de la marge sous-entendue mais toujours là.



OPINION DE JULES LADOUMÈGUE SUR LA RÉALITÉ DE LA TRANSPROSE

 

Si la recherche du réel serait une course sur une piste olympique, Jules Ladoumègue noterait que la piste n'aurait pas de ligne d'arrivée. Dans ses recherches des théories qui abordent question du réel, l'honnête homme retiendrait comme théorie du réel  

1) le Réalisme Ontologique. C'est la théorie la plus commune, souvent appelée « théorie du réel indépendant ». Elle postule que le monde existe l'air de rien, en dehors de toute perception humaine.

2) La Théorie du Réel selon Clément Rosset. Le philosophe français a bâti une œuvre entière sur le « Réel ». Sa théorie désigne le réel comme idiot (au sens étymologique : unique, singulier, sans double). Donner un sens au réel serait une illusion, un voile mensonger.

3) Le Réalisme Interne (Hilary Putnam). Cette théorie désigne un réel qui ne peut être décrit que de l'intérieur de nos schémas conceptuels. C'est la suture entre l'esprit et l'objet : nous ne voyons pas le monde en soi, mais à travers une machination désirante de langage et de catégories.

4) Le réel, dirait Ladoumègue, serait atteint par une ascension brutale vers la péri-vérité du monde, vers sa multiple réalité. Ladoumègue soupçonnerait que désigner le réel serait comme donner l'onction suprême à l'intelligence en essayant de nommer ce qui par définition nous échapperait, le réel n’étant que ce que l’on en dirait.

5) plus qu’un discours au pied de la lettre sur le pourquoi du comment, l'esprit freudien de la sexualité serait comme une profonde attirance extra-verbale et inconsciente pour le réel.

L'air de rien, le poète Ladoumègue substituerait aux équations mathématiques de la raison impure sa poétomania de la pure présence. Car Ladoumègue serait capable de faire une lucide suture entre le granit de la matière et la vapeur de la perception, il imaginerait que chaque théorie serait un obstacle franchi dans la connaissance de notre poétodière, au cas où un vol d'oiseau spirituel frôlerait le sol de la connaissance. Pour lui, les théories du réel ne feraient aucun mal aux journaux quotidiens, car elles tenteraient seulement de transformer la rumeur du ouï-dire en une onde sonore pertinente.

Puisque la poésie serait morte du cœur vers le milieu du siècle dernier, plus précisément après Auschwitz selon Théodor Adorno*, son cœur serait réanimé par l’association du massage cardiaque et de la défibrillation pratiqués par la transprose de l’honnête homme qui mine de rien ne s’attarderait pas à de clivantes gloses entre la chose morte et le sujet vivant. La pure transprose serait en vérité comme dirait Ladoumègue l'art de se faufiler dans le couloir étroit de la poésie au cas où l'imagination se serait épuisée à inventer des mondes irréels.

 

* « le fait que, d’après le stade des forces productives , la terre pourrait être ici et maintenant le paradis se conjugue au paroxysme de la possibilité d'une catastrophe totale et immédiate » Theodor Adorno, théorie esthétique, Kincksieck, 2001, p 57-58