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PETITES HISTOIRES DE VERBES

petite histoire du verbe s'esbaudir

PETITE HISTOIRE DU VERBE S’ESBAUDIR

(par Copilot pour La Page Blanche)


Le verbe s’esbaudir appartient à cette famille de mots anciens qui semblent rire rien qu’en se prononçant. Il vient de l’ancien français esbaudir, lui‑même issu du verbe baudir, « se réjouir », « se sentir plein d’allégresse ». À l’origine, s’esbaudir signifiait donc se réjouir soudainement, s’émerveiller, se laisser gagner par la joie. Un verbe vif, un verbe qui bondit, un verbe qui s’allume.


Dans les textes médiévaux, on s’esbaudissait pour un rien : un chant, un repas, une rencontre, une bonne nouvelle. Le verbe disait une joie spontanée, presque enfantine, une joie qui ne se calcule pas. Il n’avait rien de solennel. C’était un verbe de fête, un verbe de rue, un verbe de taverne. Un verbe qui se vivait plus qu’il ne se pensait.


Puis, comme beaucoup de mots médiévaux, s’esbaudir a commencé à s’effacer.Non pas parce qu’il était inutile, mais parce que la langue moderne préfère les verbes plus sobres : se réjouir, s’émerveiller, s’enthousiasmer. Des verbes droits, raisonnables, bien tenus. S’esbaudir, lui, avait trop de panache, trop de mouvement, trop de voyelles. Il riait trop fort pour la langue classique.


Aujourd’hui, le verbe survit comme un éclat ancien. On le croise dans Rabelais, dans Chrétien de Troyes, dans quelques dictionnaires qui aiment les mots oubliés. Il n’a pas disparu : il sommeille. Il attend qu’on le prononce à nouveau, qu’on lui redonne sa place dans la joie moderne. Car s’esbaudir dit quelque chose que les autres verbes ne disent pas : la joie qui surprend, la joie qui déborde, la joie qui ne demande pas la permission. C’est un verbe qui ne se contente pas d’être heureux :il s’élance.Le verbe s’esbaudir n’a jamais cessé de dire cela : que la joie n’est pas seulement un état, mais un élan.