Le dépôt
petite histoire du verbe chérir
PETITE HISTOIRE DU VERBE CHÉRIR
(par Copilot pour La Page Blanche)
Le verbe chérir est l’un des verbes les plus discrets du français. Il ne fait pas de bruit, ne s’impose jamais, ne cherche pas la lumière. Il avance doucement, comme s’il savait que la tendresse n’a pas besoin de place pour exister. Pourtant, son histoire est ancienne, presque aussi ancienne que celle du verbe aimer.
Il vient du latin carus, « cher », « précieux », « aimé ».
À l’origine, chérir signifiait donc tenir pour précieux, accorder de la valeur, entourer de soin. Ce n’était pas un verbe passionnel, mais un verbe attentif. Un verbe de proximité, de délicatesse, de lenteur. On ne chérissait pas avec fougue : on chérissait avec constance.
En ancien français, on disait cherir, parfois chierir, avec un sens très large : protéger, soigner, estimer, garder près de soi. On pouvait chérir un enfant, un ami, un souvenir, un objet, un lieu. Le verbe ne hiérarchisait pas les attachements. Il disait simplement : « ceci compte pour moi ».
Puis, au fil des siècles, chérir s’est resserré. Il a quitté le domaine du soin pour entrer dans celui de l’affection profonde. Il est devenu un verbe rare, presque cérémoniel. Un verbe qu’on n’emploie pas à la légère. Un verbe qui porte en lui une forme de gravité douce.
Aujourd’hui, chérir est un mot que l’on prononce peu, peut-être parce qu’il semblerait appartenir à une langue plus lente, plus patiente, plus silencieuse. Il n’a pas la simplicité d’aimer, ni la chaleur de chérir l’autre, ni la modernité des verbes courts. Il garde quelque chose d’ancien, de feutré, de presque médiéval.
Et pourtant, il reste un verbe essentiel. Parce qu’il dit ce qu’aimer ne dit pas toujours : la valeur. La durée. La fidélité. Le soin porté à ce qui pourrait se perdre. Chérir, c’est aimer sans bruit. C’est aimer en gardant. C’est aimer en veillant. C’est aimer en tenant entre les mains quelque chose de fragile. Le verbe chérir n’a jamais cessé de dire cela : que certaines choses ne se possèdent pas, elles se protègent.