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AUTEUR-E-S - Index 2

48 - FEGUERSON THERMIDOR

Le sein gauche de la ville des Gonaïves est une cigarette - extraits

Le sein gauche de la ville des Gonaïves est une cigarette de Feguerson THERMIDOR, Mars 2018, GNK Édtions en Côte d'Ivoire, prix meilleur recueil de poèmes en 2018 en Côte D'Ivoire


EXTRAITS


I

Je vis en toi avec le mensonge de toutes les époques

Voix coincée dans lironie des saisons

Une fleur pousse dans ma main mon sang devient chanson

                 Dans une ville qui ment


Comment apprendre à lenfant à dire bonjour

Dans une voix réduite en cendres

Dans un pays nos yeux chambres de cadavres


La douleur pénètre les phrases 

                 atteint los des rues

Avares de sang





Terre visage efflanqué

La nuit a peur de la nuit dans un pays pourri âme deffroi


Les trottoirs ne chantent plus le soir

Écouter la chanson des syllabes la promesse du doute

Dans laffolement du destin

Nous vivons le temps les rêves deviennent barbares



Demain se décatira

Mille sourires éteints, déroutés, désorientés enlisent dans mon mouchoir

Me voilà te pénétrer avec des jours confinés

Je ressors avec un faux visage sang sans fenêtre

Yeux brisés langue vend aux enchères

Poème marche lent portant cicatrice des souffles sommeils éternels

Le monde est moi-même moitié nuit, moitié souffrance

Je renais dans le coudoiement du vide abreuve dincertitudes

Blessure écho de ma voix

confine- moi dans tes pas je tapprendrai comment appeler les jours morts

les silences humides, les corps en limbes

tu es ici un point effacé, là-bas un cadavre tapotant temps sans abris

tu laisses dans ma main ratures des jours fous

 la douleur sur mes épaules déambule avec mon ombre en aumône



monde décavé sang éploré nos souffles deviennent pleurards

nous respirons par la main


oh nature saint des saints voix accrochée dans le fourvoiement des étoiles

larrogance effrénée des humains devient foutaise dans un temps à refaire

nous avons les hôpitaux dans les orteils

lamour dans la main

la douleur dans le cœur

lurgence de devenir humain nest pas une leçon mal apprise

le monde est une parenthèse



Époque vétuste, vile vide, fieffée, inquiet le cœur

Poème exsangue vieilli dans lalphabet

Temps, cents ans, sans temps péri plonge dans la finitude de linfini

Le monde accroche dans ma gorge

Je respire dans le talon du poème

Puis nommer ta douleur le huitième jour

Wuhan, phrase dun pays lointain secret de ma main

Creuse lombre tisse la mort


Nous vivons le temps les rêves deviennent barbares

            Habille demain en lieds, en paroles de craie ressuscitées

Le monde, mon cœur prostré, corps vérité profuse, fêlée


             


  Ton corps allonge dans ma voix

Ta nudité vend aux enchères

                  Ta cuisse porte ma fragilité humaine

Je vis avec les mensonges des siècles sur ma langue

                 la mort dans ma poitrine

Nous nous reconnaissons dans un poème sobre, heurt

Sombre , dans un pays destin ovale, endommagé, démodé

Où je marche avec une balle dans ma main

Main poème timide vit avec le psittacisme

Du langage de mon ombre

Ta parole logomachie de toutes les époques

                            Anime le creux du vide


       Je vis avec logorrhée des saisons dhier

                            imbibe moi-même

Temps décrépi imbroglio

Dans la bêtise du ciel sexualité avortée

                     mon nom note de musique effacée

Des mélodies chauves  

                      mort sur une croix à Guantánamo

Je deviens doute des matins

Je donne ma vie en échange des rues de cadavres

   Mon image à la table la mort plat dessai excès sacrifié


Pays marche lent

 mes rêves tombent en décrépitudes

                           Raboteau voix miroir fêlé


Je ne suis pas le messager du siècle

Je suis témoin dune ville Kalachnikov

La mort accrochée dans ma poitrine rue avare de sang

Mourir signature des matins


Mon poème est une phrase nomade

Qui arpente le cœur humain

Mon sang nuit glacée mauvais silence

Souffle limite longueur de la journée dans un pays endommagé

Âme deffroi

            Ma langue clouée sur la croix

Pour ne pas raconter la douleur de Port-au-Prince

Port-au-Prince ciel de la bêtise


  Je descends dans la finitude de linfinitude des temps fous

Cimetière moi-même

Mentir à mes rêves pour quils ne me haïssent




Temps fragile rêves ivres, démodés dans un pays jambes cassées

Mon sang douleur du poème itinéraire bloqué déroute ma main

Phrase nomade arpentée la souffrance des trottoirs


Hormis des dieux, poète réinvente les destins ovales

Dessine sur lépaule gauche des paraboles sexualité sauvage des mers

Crissement vérité brûlée

Mon ciel, mon dos, prière fêlée cœur chanson sans paroles en décrépitude


Poème cicatrisé, chuté, cimenté, crissé, ouaté, décri


Extrait de Ma main est une phrase Suivi de Aoplogie de Nerva de Feguerson THERMIDOR, Éditions du Pont de l'Europe, juillet 2023, Nominé en 2024 au prix poésie de l'Académie française


II



Je suis venu vers toi avec mon cœur en aumône pour laver mes péchés

Je suis venu vers toi femme débène

Je ne sais pas dans quelle langue je dois te dire que « je taime »

Yeux sources lumineuses

Comment ne pas haïr les vagues des mers en te soupirant dans mes oreilles

Je porte ton corps de femme dans mon cœur pour te dire que « je taime » plus de dix-sept fois pour effacer mes temps dégarement, perdus


Toi

Laurore enjolivée je te porte en moi comme un soleil de midi

Dis-moi comment ne pas détester la chanson des oiseaux en écoutant ta voix

Lyre de la beauté, javale ta lumière lamour toi-même



Viens, rentre, dors dans mon poème

Ton corps lumineux rend jaloux larrogance des saisons

Comme il mest interdit de taimer dans mon rêve mon amour

Mais il est dit dans ce poème que ton corps se métamorphosera en liquide, en pluie de nuits

Chaque mot prendra tes sens


Nerva

Je cite ton nom

Je deviens poète

Jécris un poème à la limite de ta bouche

Lalphabet trop timide pour décrire tes hanches

Tu portes la sensualité des nuits dans tes yeux

Ton regard subversif sétend sur ma faiblesse ivre


Que tes jambes deviennent sources, rivières pour baigner mon cœur enivré, plein damour


Puisquil mest interdit de taimer à limage du pays

Mon amour 


Si les fleurs poussent dans le sable

Le poème pousse aussi dans les yeux

Fais attention à tes yeux pour que mes poèmes ny meurent pas


Toi amour pithiviers

Je veux connaître le secret de tes sens

de tes pas,

de ta salive portant ton poids dans ma main gauche

Nerva

dommage japprends à taimer dans un pays

qui traîne derrière lui

toutes les douleurs mal emballées,

tous les cris des enfants sacrifiés


Je te vois te balader, nue dans mon rêve

Je deviens un enfant fou, vilain


Je veux jouer sur ton corps

habiter ton nombril

puis sempiternellement accrocher ta folie dans ma poitrine


Puisquil mest interdit de taimer à limage du pays

Je taime avec mes doigts sur la gâchette dune kalachnikov

pour tuer le temps ivre, la distance folle


Je taime

Sil marrive des fois daimer dautres

Cest par loubli le temps a terni en moi

Le ciel est tombé sur tes lèvres

Je membrouille dans ton regard

Dans ton sourire vois-tu

Puis jattrappe ton corps comme un morceau de nuit blessée

    Je réinvenvente moi-même décrépité


Je te vois te balader nue dans mon rêve

Tu tues mon talent de poète,tu me fais peintre

Je peins ta nudité dans ma main ta cuisse dans mes yeux

Ton corps accrochant dans ma gorge

Je touche tes seins

Tu mas appris le secret de la mer

Je te vois te balader nue dans mon rêve

Tu me fais rêveur

Je rêve tes pas déroutés accrochant en moi comme une nuit

qui refuse deffacer collant dans ma voix



Je t'aime dans ce pays

Où j'ai dans le sang tous les temps pourris

Temps en effervescence demain au visage anthropophage

Mange un amour en nourrisson


Nerva

Quand tous les alphabets sont trépassés

Dans des phrases paupérisées

Toi seule restera l'unique verbe mitigé sur mes lèvres


Oh toi sein toponymie effacée dans l'égarement de mes doigts

Déchire l'hymne d'une folie muette

je connaîtrai ton langage quand la nuit n'a plus de réserve sur le trottoir


Ce soir je ne serai plus l'étranger de ton corps


Ô moi l'amour l'âge d'horloge déprogrammée

Dans le saignement des jours mythomanes

Beauté en mille feux d'artifices

L'arc-en-ciel vient de boire de l'eau

sur ton nombril, l'étang envieux

ton corps morphologie lunaire illumine les pas du poème

Voilà la neige jalouse de tes dents

N'oublie pas, je ne suis pas migrant forcé de ton gémissement


Extrait de Ma main est une phrase Suivi de Apologie de Nerva de Feguerson THERMIDOR, Éditions du pont de l'Europe, juillet 2023, Nominé en 2024 au prix poésie de l'Académie française


III


Toi

qui n'as pas de sexe

où la misère

a déjà bu ton sang

dis-moi

pourquoi tu traces

le chemin de tes anges

dans l'ancre du désespoir

toi

qui oublies ton passé

qui avales ton histoire

et qui laisses des plaies

sur les paupières de l'humanité

laisse-moi

te dire

la religion de la nuit

quand les hommes-diables

sagenouillent devant la nudité de ton corps

pour ciseler 

et dévorer ton clitoris

Gonaïves

ville de sang

ville au visage violé

chaque maison a son cimetière

connaît le langage des morts

pourquoi

tu te laisses enlever

la dernière couche

de ta virginité ?

pourquoi

tu te fais

prendre par l'anus

comme les nuits prostituées ?

sur la route des Dattes

les étoiles prostituées

sont complices avec la nuit

de même que quotidiennement

devant la cathédrale

dans les yeux de l'humanité

la mort se crèche

sur le dos de la ville

à la Rue Lamartinière

les femmes portent le nom

de Divine Brown

violent les oreilles des dieux

avec leur gémissement

toi saison violée

quand tes enfants gribouillent

la misère sur le ventre 

du néant 

la mémoire

du soleil devient

une écume de sang

le sang

du poète métamorphose

en fragment de pierre


toi

rêve crevé

sommeil borgne

qui devient cette ville anonyme

je porte

ta douleur

sur mes paupières

avec un cœur 

qui saigne

un cœur violé

virevolté

thrène

cavalant

arqué

et truffé

de douleurs

toi

qui oublies ton passé

qui avales ton histoire

j'écris ce texte

sur le dos de l'année 1985

avec le sang

de Jean Robert Cius

Mackenson Michel

Daniel Israël

Pour rebaptiser la ville

Ville aux rêves avortés

Jour anonyme

l'aurore décharnée

Nuits carnivores

Ton espoir meurt dans la grotte du néant

Ville au cœur d'ébène

Au cœur d'ombre

Au cœur diaphane

Ton sang devient la mer morte

Tes larmes

Un torrent

Où le bonheur de tes anges

Se noie

À la vitesse des feuilles mortes de l'amandier

âme cicatrisée

mémoire effarée

je ne te connais pas la nuit

quand les oiseaux prostitués

chantent un dernier adieu

aux femmes qui exposent leur sexe

à la Rue Louverture

quand le vent

balbutie dans sa propre langue

tu as l'odeur des morts

et les Rues deviennent anonymes

Rue sans corps

aux mamelons célestes

Je trace ce vêvê

dans le silence des enfants au visage déchaussé

je récite

dix prières 

dans le livre sacré des morts

pour retracer le bonheur des anges orphelins

sur le ventre de l'humanité

ville

au silence brûlé

calciné

frappée par la sordidité des hommes-diables

cesse de danser 

la danse de la misère

ville

aux mille et un partenaires

dis-moi 

pour quel diable

es-tu enceinte ?

je te montrerai

le chemin 

de l'avortement

je suis 

au cœur de la ville

la porte est fermée

je vis en toi avec un corps de poète

et l'amour patriotique

des vieillards

au silence troué

se noie

dans une cruche d'eau bleue

tu es

le cantique

des saisons oubliées

tu écartes

tes jambes

exposant ta nudité

le soleil devient aveugle

 la nymphomanie

du crépuscule augmente

tu deviens femme

femme

qui représente

Mata Hari

dans le silence des dieux

ta douleur

a autant d'âge 

que la terre

je la porte sur mon corps

mon corps

devient

l'alphabet français

pour décrire tes maux

Rue attristée

où le rêve maladif

des enfants

au cœur cousu

traine

sur le chemin du désespoir

sur ton nombril

la misère pèse cinq tonnes

dis-moi

pourquoi tu blesses

le silence

de Madan Kolo ?

femme

qui vend

son sexe

et qui expose

son corps nu

pour guérir la blessure du temps

Blessure Aux accents graves

terre fendue en quatre

pas costaud

qui piétine

le sommeil des enfants

sans âge

je ne te connais pas

à l'aube

quand les trottoirs

continuent à avaler la poussière de mes pieds

quand dans mon cerveau

nait un jardin oublié

où le temps

sème de la pauvreté dans mon sang

Gonaïves ville de sang

dis-moi

pourquoi tu chantes

les funérailles des écoliers

sans fanfare ?

ville sans fenêtre

ville écorchée

corps cathédrale

l'année deux-mille-quatre a ôté ta virginité

ton sexe devient nomade

pourquoi taimer

toi qui laisses

les hommes-diables

t'étripent ?

toi 

qui connais

la chanson de la pauvreté

 qui blesses le silence des morts

toi qui livres

quotidiennement ta chair

comme offrande

aux hommes-diables

le crépuscule baptise les nuits vagabondes

sur ton nombril

ville d'apocalypse

où à Raboteau

le rêve des enfants reclus

devient fou

ville

où le crépitement

du destin des enfants assassinés

effare la mémoire des eaux

ville anémique où les diables-hommes tarissent ton sang

jusqu'à la pendaison de nos rêves

je porte la douleur

du 28 Novembre 1985

sur mes doigts

avec un cœur de sang

un cœur consumé

qui enveloppe

l'âge des suicidaires orphelins

avec le drap blanc du monde

terre abattue

qui férie la douleur et la misère

sache que sur ton ventre

les morts sont apatrides

leurs rêves sont affamés

leurs sangs deviennent ce continent anonyme

tu es le chant cassé du temps

voix sans voie

qui vogue

sur le nombril des mers chagrinées

nuit blessée

où les vagues haïssables

oublient de panser

les forêts mirent ton visage exilé

visage

où la nature avec des ratures

orthographie dans une langue inventée

 un poème sans métaphore

truffé de sang

qui paraphrase

la couleur de l'espoir

dans le sang

des enfants sans âge

espoir abandonné

qui férie la misère de tes yeux

laissant sur tes lèvres

le goût des années folles

des printemps maladifs

je ne te connais pas

quand le rêve

des enfants au visage déchaussé

devient manchot

quand la nuit

le tombeau

est la porte d'entrée

de nos rêves handicapés



cœur chétif

où le bruit de la mort 

crèche dans tes yeux

pourquoi tu courtises les cheveux de la misère ?

quand ton nom griffonne

sur le visage de la nuit

place d'Armes 

porte ta douleur sur ses lèvres

une douleur

qui crée 

sur le dos des enfants de Jubilé

une ville de cimetière

dans les yeux

des enfants de Raboteau

une ville de mer 

où l'espoir horizontalement se noie

femme

aux seins émaciés

 écrapoutis

ton odeur enchevêtre le silence des mers

brise

les ceintures

des eaux

 le vent devient fou

ciel troué

tu baises l'obscurité

la misère mille et une fois

te baise

 tu laisses

la misère

l'obscurité

piétinent

dansent

sur nos espoirs apocryphes 

ville cannibale 

ville affolée

qui tisse nos rêves

en bulles de sang

en îles d'ivresse

en îles brulées

où se noie l'âme des enfants

au visage déchaussé

je ne te connais pas

nuit protestante

huard borgne

noyée dans la mer de la solitude

fenêtre de la misère

daim huée

crevant le silence

des vagues

voix agonisée

enfermée dans le ventre

des anges orphelins

leur sang

meurt

d'asphyxie 

espoir blessé

écorché

sur le lit de la misère

les enfants couchent corps nus

enveloppés

par leur destin oublié

qui fendille les yeux du temps