Le dépôt
Le sein gauche de la ville des Gonaïves est une cigarette - extraits
Le sein gauche de la ville des Gonaïves est une cigarette de Feguerson THERMIDOR, Mars 2018, GNK Édtions en Côte d'Ivoire, prix meilleur recueil de poèmes en 2018 en Côte D'Ivoire
EXTRAITS
I
Je vis en toi avec le mensonge de toutes les époques
Voix coincée dans lironie des saisons
Une fleur pousse dans ma main mon sang devient chanson
Dans une ville qui ment
Comment apprendre à lenfant à dire bonjour
Dans une voix réduite en cendres
Dans un pays nos yeux chambres de cadavres
La douleur pénètre les phrases
atteint los des rues
Avares de sang
Terre visage efflanqué
La nuit a peur de la nuit dans un pays pourri âme deffroi
Les trottoirs ne chantent plus le soir
Écouter la chanson des syllabes la promesse du doute
Dans laffolement du destin
Nous vivons le temps les rêves deviennent barbares
Demain se décatira
Mille sourires éteints, déroutés, désorientés enlisent dans mon mouchoir
Me voilà te pénétrer avec des jours confinés
Je ressors avec un faux visage sang sans fenêtre
Yeux brisés langue vend aux enchères
Poème marche lent portant cicatrice des souffles sommeils éternels
Le monde est moi-même moitié nuit, moitié souffrance
Je renais dans le coudoiement du vide abreuve dincertitudes
Blessure écho de ma voix
confine- moi dans tes pas je tapprendrai comment appeler les jours morts
les silences humides, les corps en limbes
tu es ici un point effacé, là-bas un cadavre tapotant temps sans abris
tu laisses dans ma main ratures des jours fous
la douleur sur mes épaules déambule avec mon ombre en aumône
monde décavé sang éploré nos souffles deviennent pleurards
nous respirons par la main
oh nature saint des saints voix accrochée dans le fourvoiement des étoiles
larrogance effrénée des humains devient foutaise dans un temps à refaire
nous avons les hôpitaux dans les orteils
lamour dans la main
la douleur dans le cœur
lurgence de devenir humain nest pas une leçon mal apprise
le monde est une parenthèse
Époque vétuste, vile vide, fieffée, inquiet le cœur
Poème exsangue vieilli dans lalphabet
Temps, cents ans, sans temps péri plonge dans la finitude de linfini
Le monde accroche dans ma gorge
Je respire dans le talon du poème
Puis nommer ta douleur le huitième jour
Wuhan, phrase dun pays lointain secret de ma main
Creuse lombre tisse la mort
Nous vivons le temps les rêves deviennent barbares
Habille demain en lieds, en paroles de craie ressuscitées
Le monde, mon cœur prostré, corps vérité profuse, fêlée
Ton corps allonge dans ma voix
Ta nudité vend aux enchères
Ta cuisse porte ma fragilité humaine
Je vis avec les mensonges des siècles sur ma langue
la mort dans ma poitrine
Nous nous reconnaissons dans un poème sobre, heurt
Sombre , dans un pays destin ovale, endommagé, démodé
Où je marche avec une balle dans ma main
Main poème timide vit avec le psittacisme
Du langage de mon ombre
Ta parole logomachie de toutes les époques
Anime le creux du vide
Je vis avec logorrhée des saisons dhier
imbibe moi-même
Temps décrépi imbroglio
Dans la bêtise du ciel sexualité avortée
mon nom note de musique effacée
Des mélodies chauves
mort sur une croix à Guantánamo
Je deviens doute des matins
Je donne ma vie en échange des rues de cadavres
Mon image à la table la mort plat dessai excès sacrifié
Pays marche lent
mes rêves tombent en décrépitudes
Raboteau voix miroir fêlé
Je ne suis pas le messager du siècle
Je suis témoin dune ville Kalachnikov
La mort accrochée dans ma poitrine rue avare de sang
Mourir signature des matins
Mon poème est une phrase nomade
Qui arpente le cœur humain
Mon sang nuit glacée mauvais silence
Souffle limite longueur de la journée dans un pays endommagé
Âme deffroi
Ma langue clouée sur la croix
Pour ne pas raconter la douleur de Port-au-Prince
Port-au-Prince ciel de la bêtise
Je descends dans la finitude de linfinitude des temps fous
Cimetière moi-même
Mentir à mes rêves pour quils ne me haïssent
Temps fragile rêves ivres, démodés dans un pays jambes cassées
Mon sang douleur du poème itinéraire bloqué déroute ma main
Phrase nomade arpentée la souffrance des trottoirs
Hormis des dieux, poète réinvente les destins ovales
Dessine sur lépaule gauche des paraboles sexualité sauvage des mers
Crissement vérité brûlée
Mon ciel, mon dos, prière fêlée cœur chanson sans paroles en décrépitude
Poème cicatrisé, chuté, cimenté, crissé, ouaté, décri
Extrait de Ma main est une phrase Suivi de Aoplogie de Nerva de Feguerson THERMIDOR, Éditions du Pont de l'Europe, juillet 2023, Nominé en 2024 au prix poésie de l'Académie française
II
Je suis venu vers toi avec mon cœur en aumône pour laver mes péchés
Je suis venu vers toi femme débène
Je ne sais pas dans quelle langue je dois te dire que « je taime »
Yeux sources lumineuses
Comment ne pas haïr les vagues des mers en te soupirant dans mes oreilles
Je porte ton corps de femme dans mon cœur pour te dire que « je taime » plus de dix-sept fois pour effacer mes temps dégarement, perdus
Toi
Laurore enjolivée je te porte en moi comme un soleil de midi
Dis-moi comment ne pas détester la chanson des oiseaux en écoutant ta voix
Lyre de la beauté, javale ta lumière lamour toi-même
Viens, rentre, dors dans mon poème
Ton corps lumineux rend jaloux larrogance des saisons
Comme il mest interdit de taimer dans mon rêve mon amour
Mais il est dit dans ce poème que ton corps se métamorphosera en liquide, en pluie de nuits
Chaque mot prendra tes sens
Nerva
Je cite ton nom
Je deviens poète
Jécris un poème à la limite de ta bouche
Lalphabet trop timide pour décrire tes hanches
Tu portes la sensualité des nuits dans tes yeux
Ton regard subversif sétend sur ma faiblesse ivre
Que tes jambes deviennent sources, rivières pour baigner mon cœur enivré, plein damour
Puisquil mest interdit de taimer à limage du pays
Mon amour
Si les fleurs poussent dans le sable
Le poème pousse aussi dans les yeux
Fais attention à tes yeux pour que mes poèmes ny meurent pas
Toi amour pithiviers
Je veux connaître le secret de tes sens
de tes pas,
de ta salive portant ton poids dans ma main gauche
Nerva
dommage japprends à taimer dans un pays
qui traîne derrière lui
toutes les douleurs mal emballées,
tous les cris des enfants sacrifiés
Je te vois te balader, nue dans mon rêve
Je deviens un enfant fou, vilain
Je veux jouer sur ton corps
habiter ton nombril
puis sempiternellement accrocher ta folie dans ma poitrine
Puisquil mest interdit de taimer à limage du pays
Je taime avec mes doigts sur la gâchette dune kalachnikov
pour tuer le temps ivre, la distance folle
Je taime
Sil marrive des fois daimer dautres
Cest par loubli le temps a terni en moi
Le ciel est tombé sur tes lèvres
Je membrouille dans ton regard
Dans ton sourire vois-tu
Puis jattrappe ton corps comme un morceau de nuit blessée
Je réinvenvente moi-même décrépité
Je te vois te balader nue dans mon rêve
Tu tues mon talent de poète,tu me fais peintre
Je peins ta nudité dans ma main ta cuisse dans mes yeux
Ton corps accrochant dans ma gorge
Je touche tes seins
Tu mas appris le secret de la mer
Je te vois te balader nue dans mon rêve
Tu me fais rêveur
Je rêve tes pas déroutés accrochant en moi comme une nuit
qui refuse deffacer collant dans ma voix
Je t'aime dans ce pays
Où j'ai dans le sang tous les temps pourris
Temps en effervescence demain au visage anthropophage
Mange un amour en nourrisson
Nerva
Quand tous les alphabets sont trépassés
Dans des phrases paupérisées
Toi seule restera l'unique verbe mitigé sur mes lèvres
Oh toi sein toponymie effacée dans l'égarement de mes doigts
Déchire l'hymne d'une folie muette
je connaîtrai ton langage quand la nuit n'a plus de réserve sur le trottoir
Ce soir je ne serai plus l'étranger de ton corps
Ô moi l'amour l'âge d'horloge déprogrammée
Dans le saignement des jours mythomanes
Beauté en mille feux d'artifices
L'arc-en-ciel vient de boire de l'eau
sur ton nombril, l'étang envieux
ton corps morphologie lunaire illumine les pas du poème
Voilà la neige jalouse de tes dents
N'oublie pas, je ne suis pas migrant forcé de ton gémissement
Extrait de Ma main est une phrase Suivi de Apologie de Nerva de Feguerson THERMIDOR, Éditions du pont de l'Europe, juillet 2023, Nominé en 2024 au prix poésie de l'Académie française
III
Toi
qui n'as pas de sexe
où la misère
a déjà bu ton sang
dis-moi
pourquoi tu traces
le chemin de tes anges
dans l'ancre du désespoir
toi
qui oublies ton passé
qui avales ton histoire
et qui laisses des plaies
sur les paupières de l'humanité
laisse-moi
te dire
la religion de la nuit
quand les hommes-diables
sagenouillent devant la nudité de ton corps
pour ciseler
et dévorer ton clitoris
Gonaïves
ville de sang
ville au visage violé
chaque maison a son cimetière
connaît le langage des morts
pourquoi
tu te laisses enlever
la dernière couche
de ta virginité ?
pourquoi
tu te fais
prendre par l'anus
comme les nuits prostituées ?
sur la route des Dattes
les étoiles prostituées
sont complices avec la nuit
de même que quotidiennement
devant la cathédrale
dans les yeux de l'humanité
la mort se crèche
sur le dos de la ville
à la Rue Lamartinière
les femmes portent le nom
de Divine Brown
violent les oreilles des dieux
avec leur gémissement
toi saison violée
quand tes enfants gribouillent
la misère sur le ventre
du néant
la mémoire
du soleil devient
une écume de sang
le sang
du poète métamorphose
en fragment de pierre
toi
rêve crevé
sommeil borgne
qui devient cette ville anonyme
je porte
ta douleur
sur mes paupières
avec un cœur
qui saigne
un cœur violé
virevolté
thrène
cavalant
arqué
et truffé
de douleurs
toi
qui oublies ton passé
qui avales ton histoire
j'écris ce texte
sur le dos de l'année 1985
avec le sang
de Jean Robert Cius
Mackenson Michel
Daniel Israël
Pour rebaptiser la ville
Ville aux rêves avortés
Jour anonyme
l'aurore décharnée
Nuits carnivores
Ton espoir meurt dans la grotte du néant
Ville au cœur d'ébène
Au cœur d'ombre
Au cœur diaphane
Ton sang devient la mer morte
Tes larmes
Un torrent
Où le bonheur de tes anges
Se noie
À la vitesse des feuilles mortes de l'amandier
âme cicatrisée
mémoire effarée
je ne te connais pas la nuit
quand les oiseaux prostitués
chantent un dernier adieu
aux femmes qui exposent leur sexe
à la Rue Louverture
quand le vent
balbutie dans sa propre langue
tu as l'odeur des morts
et les Rues deviennent anonymes
Rue sans corps
aux mamelons célestes
Je trace ce vêvê
dans le silence des enfants au visage déchaussé
je récite
dix prières
dans le livre sacré des morts
pour retracer le bonheur des anges orphelins
sur le ventre de l'humanité
ville
au silence brûlé
calciné
frappée par la sordidité des hommes-diables
cesse de danser
la danse de la misère
ville
aux mille et un partenaires
dis-moi
pour quel diable
es-tu enceinte ?
je te montrerai
le chemin
de l'avortement
je suis
au cœur de la ville
la porte est fermée
je vis en toi avec un corps de poète
et l'amour patriotique
des vieillards
au silence troué
se noie
dans une cruche d'eau bleue
tu es
le cantique
des saisons oubliées
tu écartes
tes jambes
exposant ta nudité
le soleil devient aveugle
la nymphomanie
du crépuscule augmente
tu deviens femme
femme
qui représente
Mata Hari
dans le silence des dieux
ta douleur
a autant d'âge
que la terre
je la porte sur mon corps
mon corps
devient
l'alphabet français
pour décrire tes maux
Rue attristée
où le rêve maladif
des enfants
au cœur cousu
traine
sur le chemin du désespoir
sur ton nombril
la misère pèse cinq tonnes
dis-moi
pourquoi tu blesses
le silence
de Madan Kolo ?
femme
qui vend
son sexe
et qui expose
son corps nu
pour guérir la blessure du temps
Blessure Aux accents graves
terre fendue en quatre
pas costaud
qui piétine
le sommeil des enfants
sans âge
je ne te connais pas
à l'aube
quand les trottoirs
continuent à avaler la poussière de mes pieds
quand dans mon cerveau
nait un jardin oublié
où le temps
sème de la pauvreté dans mon sang
Gonaïves ville de sang
dis-moi
pourquoi tu chantes
les funérailles des écoliers
sans fanfare ?
ville sans fenêtre
ville écorchée
corps cathédrale
l'année deux-mille-quatre a ôté ta virginité
ton sexe devient nomade
pourquoi taimer
toi qui laisses
les hommes-diables
t'étripent ?
toi
qui connais
la chanson de la pauvreté
qui blesses le silence des morts
toi qui livres
quotidiennement ta chair
comme offrande
aux hommes-diables
le crépuscule baptise les nuits vagabondes
sur ton nombril
ville d'apocalypse
où à Raboteau
le rêve des enfants reclus
devient fou
ville
où le crépitement
du destin des enfants assassinés
effare la mémoire des eaux
ville anémique où les diables-hommes tarissent ton sang
jusqu'à la pendaison de nos rêves
je porte la douleur
du 28 Novembre 1985
sur mes doigts
avec un cœur de sang
un cœur consumé
qui enveloppe
l'âge des suicidaires orphelins
avec le drap blanc du monde
terre abattue
qui férie la douleur et la misère
sache que sur ton ventre
les morts sont apatrides
leurs rêves sont affamés
leurs sangs deviennent ce continent anonyme
tu es le chant cassé du temps
voix sans voie
qui vogue
sur le nombril des mers chagrinées
nuit blessée
où les vagues haïssables
oublient de panser
les forêts mirent ton visage exilé
visage
où la nature avec des ratures
orthographie dans une langue inventée
un poème sans métaphore
truffé de sang
qui paraphrase
la couleur de l'espoir
dans le sang
des enfants sans âge
espoir abandonné
qui férie la misère de tes yeux
laissant sur tes lèvres
le goût des années folles
des printemps maladifs
je ne te connais pas
quand le rêve
des enfants au visage déchaussé
devient manchot
quand la nuit
le tombeau
est la porte d'entrée
de nos rêves handicapés
cœur chétif
où le bruit de la mort
crèche dans tes yeux
pourquoi tu courtises les cheveux de la misère ?
quand ton nom griffonne
sur le visage de la nuit
place d'Armes
porte ta douleur sur ses lèvres
une douleur
qui crée
sur le dos des enfants de Jubilé
une ville de cimetière
dans les yeux
des enfants de Raboteau
une ville de mer
où l'espoir horizontalement se noie
femme
aux seins émaciés
écrapoutis
ton odeur enchevêtre le silence des mers
brise
les ceintures
des eaux
le vent devient fou
ciel troué
tu baises l'obscurité
la misère mille et une fois
te baise
tu laisses
la misère
l'obscurité
piétinent
dansent
sur nos espoirs apocryphes
ville cannibale
ville affolée
qui tisse nos rêves
en bulles de sang
en îles d'ivresse
en îles brulées
où se noie l'âme des enfants
au visage déchaussé
je ne te connais pas
nuit protestante
huard borgne
noyée dans la mer de la solitude
fenêtre de la misère
daim huée
crevant le silence
des vagues
voix agonisée
enfermée dans le ventre
des anges orphelins
leur sang
meurt
d'asphyxie
espoir blessé
écorché
sur le lit de la misère
les enfants couchent corps nus
enveloppés
par leur destin oublié
qui fendille les yeux du temps