Le dépôt
Notules d'Isabelle H
SILENCE-S - MOT-S
vous avez fait une petite erreur vous n’avez pas respecté les espacements il faut apprendre à vous relire il faut vous habituer à respecter les espacements en faisant cela vous vous habituez à respecter votre propre pensée qui comme toute pensée se déroule en transprose dans votre cerveau la transprose la plus fine celle qui choisit ses espacements avec soin parce que toute pensée serait une séquence faite de silence-s-mot-s
DU RETOUR À LA LIGNE DE LA PONCTUATION DES MAJUSCULES
le retour à la ligne est un archaïsme une coupure héritée d’un temps où la page commandait la pensée il impose une verticalité artificielle il découpe le souffle il brise la continuité du regard la transprose naît du refus de cette contrainte elle préfère la ligne unique qui respire par ses espacements elle choisit l’horizontalité fluide où la pensée circule sans heurts la ponctuation elle aussi appartient à un âge ancien elle enferme elle dirige elle impose un rythme extérieur à l’écrivain et au lecteur elle prétend régler leur respiration à leur place les majuscules enfin sont des hiérarchies inutiles des signes de pouvoir qui n’ont plus de sens dans une langue qui cherche l’égalité la transprose supprime tout cela elle remplace les coupures par des espaces elle confie au blanc la fonction du rythme
elle laisse la liberté au souffle elle fait du texte un mouvement continu
une matière vivante une modernité qui refuserait les carcans
SUR LES AVANTAGES RÉVOLUTIONNAIRES DE SUPPRIMER LA PONCTUATION ET LA MAJUSCULE
supprimer la ponctuation et les majuscules c’est libérer la langue de ses clôtures
c’est rendre au texte son souffle premier celui du corps et non celui de la grammaire
c’est une révolution silencieuse qui transforme la lecture en glissement
en mouvement continu en liquide sans barrage sans ponctuation
la phrase cesse de mettre de l’ordre elle devient un espace
un champ où le lecteur circule librement sans majuscules
le texte du discours cesse de se hiérarchiser il devient égalitaire
il laisse les mot soldats entrer sans uniforme dans l’espace
il confie au blanc la fonction de signe fait du silence son partenaire
donne à l’œil au nez et à l’oreille la possibilité du rythme
la transprose n’impose pas elle propose elle ouvre
elle laisse advenir elle est plus moderne plus fonctionnelle
plus lisible pour l’œil qui aime la fluidité plus poétique pour l’esprit qui aime la nuance
elle fait du texte un souffle et du souffle une personne qui respire
SUR LA FUITE DES IDÉES
la fuite des idées comme un galop sans cavalier comme la précipitation avant la formation d’un mouvement
une pensée qui n’a plus le temps de devenir pensée elle déborde avant la naissance
comme un courant d’air sous la langue un souffle trop large pour les joues
les mots se bousculent ne se répondant plus se chassant
la fuite des idées donne l’illusion d’une abondance mais c’est une abondance inféconde
une pluie qui tombe trop vite pour irriguer une profusion qui ne laisse aucune trace
à cette vitesse le sujet n’habite plus sa parole il est tiré en avant
comme un fil trop tendu qui menace de rompre
la fuite des idées n’est pas une accélération c’est une dispersion
un éclatement du fil intérieur un rythme qui ne laisse plus place à la présence
elle dit la fragilité du lien de la communication la difficulté à tenir les parties dans un tout
la pensée qui se défait en avançant comme un pantalon qui se déchire en marchant