Le dépôt
Vagabond provisoire (extraits)
Le trait du pinceau dans les paysages
impact du vert sur le violet
puis c’est la ronde des écailles blanches
poissons suspendus aux terrasses minérales
des musées
une armada de tours flotte à l’horizon
le cri des trains en contrebas
toujours la vie partout
phénomène de capitale
hypnose des balançoires au fil des jardins
je ne vis plus dans une capitale
mais j’écris sur un vieux banc
je n’irai pas me confronter
à de nouvelles impostures
trop loin pas le temps pas envie de
gâcher mon éclaircie
je dois bientôt rentrer
l’image d’une silhouette sur le divan
flânerie dans la salle des portraits
m’insuffle
la foulée de l’insouciance
***
Il est des avantages qui s’emparent de la crypte
il est des mirages qui salivent dès l’ouverture
que sont devenus les pêcheurs qui m’ont donné
l’illusion de leurs corps
une chambre au point du jour transformée en bouge
pique la jouissance facile elle est de retour
volage langoureuse écarlate
que le ciel au-dehors ne voudrait voir
la vertu enfin se dissipe
à l’abri de nos lendemains
elle raconte l’odyssée d’une flamme
sans barricade
l’odyssée qui s’offre une courte carrière
coloniale
***
Un passant mange des noix de cajou
en marchant
sur les gravillons de la promenade
étranglées par la stupeur
nos années de défaite
plutôt que des allers-retours
mieux vaut prendre le raccourci
les fourmis rouges sur la crête
le pouvoir des écureuils
qui émerveillent
à notre portée
les bruits familiers de la jungle
revanche de la rencontre originelle
l'éveil primitif au voyage
surgit la pierre de lune
dès la première gorgée d'un vieil arrack
d'ici ou d'ailleurs
entre les masques les effluves de bétel
les empilements multicolores
un passant mangera toujours
des noix de cajou en marchant