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Le dépôt

AUTEUR-E-S - Index I

49 - Arnaud Rivière Kéraval

Vagabond provisoire (extraits)

Le trait du pinceau dans les paysages

impact du vert sur le violet

puis c’est la ronde des écailles blanches

poissons suspendus aux terrasses minérales

des musées

une armada de tours flotte à l’horizon

le cri des trains en contrebas

toujours la vie partout

phénomène de capitale

hypnose des balançoires au fil des jardins

     je ne vis plus dans une capitale

     mais j’écris sur un vieux banc

je n’irai pas me confronter

à de nouvelles impostures

trop loin  pas le temps  pas envie de

gâcher mon éclaircie

je dois bientôt rentrer

l’image d’une silhouette sur le divan

flânerie dans la salle des portraits

m’insuffle

la foulée de l’insouciance


***


Il est des avantages qui s’emparent de la crypte

il est des mirages qui salivent dès l’ouverture

que sont devenus les pêcheurs qui m’ont donné

l’illusion de leurs corps

une chambre au point du jour   transformée en bouge

pique la jouissance facile   elle est de retour

volage langoureuse écarlate

que le ciel au-dehors ne voudrait voir

la vertu enfin se dissipe

à l’abri de nos lendemains

elle raconte l’odyssée d’une flamme

sans barricade

l’odyssée qui s’offre une courte carrière

coloniale


***


Un passant mange des noix de cajou

en marchant

sur les gravillons de la promenade

étranglées par la stupeur

nos années de défaite

 

plutôt que des allers-retours

mieux vaut prendre le raccourci

les fourmis rouges sur la crête

le pouvoir des écureuils

qui émerveillent

à notre portée

les bruits familiers de la jungle

 

revanche de la rencontre originelle

l'éveil primitif au voyage

surgit la pierre de lune

dès la première gorgée d'un vieil arrack

 

d'ici ou d'ailleurs

entre les masques les effluves de bétel

les empilements multicolores

un passant mangera toujours

des noix de cajou en marchant