Le dépôt
Ma main est une phrase ( extraits)
I
Je vis en toi avec le mensonge de toutes les époques
Voix coincée dans l'ironie des saisons
Une fleur pousse dans ma main mon sang devient chanson
Dans une ville qui ment
Comment apprendre à l'enfant à dire bonjour
Dans une voix réduite en cendres
Dans un pays nos yeux chambres de cadavres
La douleur pénètre les phrases
atteint l'os des rues
Avares de sang
Terre visage efflanqué
La nuit a peur de la nuit dans un pays pourri âme d'effroi
Les trottoirs ne chantent plus le soir
Écouter la chanson des syllabes la promesse du doute
Dans l'affolement du destin
Nous vivons le temps les rêves deviennent barbares
Demain se décatira
Mille sourires éteints, déroutés, désorientés enlisent dans mon mouchoir
Me voilà te pénétrer avec des jours confinés
Je ressors avec un faux visage sang sans fenêtre
Yeux brisés langue vend aux enchères
Poème marche lent portant cicatrice des souffles sommeils éternels
Le monde est moi-même moitié nuit, moitié souffrance
Je renais dans le coudoiement du vide abreuvé d'incertitudes
Blessure écho de ma voix
confine- moi dans tes pas je t'apprendrai comment appeler les jours morts
les silences humides, les corps en limbes
tu es ici un point effacé, là-bas un cadavre tapotant temps sans abris
tu laisses dans ma main ratures des jours fous
la douleur sur mes épaules déambule avec mon ombre en aumône
monde décavé sang éploré nos souffles deviennent pleurards
nous respirons par la main
oh nature saint des saints voix accrochée dans le fourvoiement des étoiles
l'arrogance effrénée des humains devient foutaise dans un temps à refaire
nous avons les hôpitaux dans les orteils
l'amour dans la main
la douleur dans le cœur
l'urgence de devenir humain n'est pas une leçon mal apprise
le monde est une parenthèse
Époque vétuste, vile vide, fieffée, inquiet le cœur
Poème exsangue vieilli dans l'alphabet
Temps, cents ans, sans temps péri plonge dans la finitude de l'infini
Le monde accroche dans ma gorge
Je respire dans le talon du poème
Puis nommer ta douleur le huitième jour
Wuhan, phrase d'un pays lointain secret de ma main
Creuse l'ombre tisse la mort
Nous vivons le temps les rêves deviennent barbares
Habille demain en lieds, en paroles de craie ressuscitées
Le monde, mon cœur prostré, corps vérité profuse, fêlée
Ton corps allonge dans ma voix
Ta nudité vend aux enchères
Ta cuisse porte ma fragilité humaine
Je vis avec les mensonges des siècles sur ma langue
la mort dans ma poitrine
Nous nous reconnaissons dans un poème sobre, heurt
Sombre , dans un pays destin ovale, endommagé, démodé
Où je marche avec une balle dans ma main
Main poème timide vit avec le psittacisme
Du langage de mon ombre
Ta parole logomachie de toutes les époques
Anime le creux du vide
Je vis avec logorrhée des saisons d'hier
imbibe moi-même
Temps décrépi imbroglio
Dans la bêtise du ciel sexualité avortée
mon nom note de musique effacée
Des mélodies chauves
mort sur une croix à Guantánamo
Je deviens doute des matins
Je donne ma vie en échange des rues de cadavres
Mon image à la table la mort plat d'essai excès sacrifié
Pays marche lent
mes rêves tombent en décrépitudes
Raboteau voix miroir fêlé
Je ne suis pas le messager du siècle
Je suis témoin d'une ville Kalachnikov
La mort accrochée dans ma poitrine rue avare de sang
Mourir signature des matins
Mon poème est une phrase nomade
Qui arpente le cœur humain
Mon sang nuit glacée mauvais silence
Souffle limite longueur de la journée dans un pays endommagé
Âme d'effroi
Ma langue clouée sur la croix
Pour ne pas raconter la douleur de Port-au-Prince
Port-au-Prince ciel de la bêtise
Je descends dans la finitude de l'infinitude des temps fous
Cimetière moi-même
Mentir à mes rêves pour qu'ils ne me haïssent
Temps fragile rêves ivres, démodés dans un pays jambes cassées
Mon sang douleur du poème itinéraire bloqué déroute ma main
Phrase nomade arpentée la souffrance des trottoirs
Hormis des dieux, poète réinvente les destins ovales
Dessine sur l'épaule gauche des paraboles sexualité sauvage des mers
Crissement vérité brûlée
Mon ciel, mon dos, prière fêlée cœur chanson sans paroles en décrépitude
Poème cicatrisé, chuté, cimenté, crissé, ouaté, décri