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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

511 - ZOOM GALISSAIRE




POÈMES



Pierre Galissaire, Le temps hors du temps


Il ne reste plus rien du passage des heures Sinon ce peu de cendre au milieu de la main Le monde est une cage où l'on chante et l'on pleure En attendant l'éclat d'un impossible demain On a cru retenir la lumière et la joie Mais le vent a passé sur le bord du chemin Et nous sommes restés comme une simple proie Sous le regard de fer du destin inhumain Il faut laisser le jour s'éteindre dans le noir Sans chercher à fixer le reflet du miroir Car la vie est un songe et une vaine histoire.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f710.item



Pierre Galissaire, L'ombre du vent


La forêt est un temple où le silence écoute Le bruit de nos désirs qui s'égarent en chemin On marche doucement sur la plus vieille route En cherchant le secret du bonheur de demain J'ai vu passer l'oiseau au-dessus de la plaine Portant entre ses ailes un peu de liberté Mais il s'est envolé vers une terre vaine Où l'on ne trouve plus aucune vérité Rien ne peut arrêter la chute de la feuille Ni le cri du poète au milieu du recueil Dans ce grand mouvement où la mort nous accueille.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f712.item



Pierre Galissaire, Les mots de verre


J'ai bâti ma demeure avec des mots de verre Et des charpentes d'ombre au milieu de la nuit Elle n'a pas de sol et n'a pas de poussière Elle est faite de vide et de manque de bruit On y vient pour rêver ou pour perdre sa peine Loin du regard des gens et du fracas du port C'est ici que l'on brise enfin chaque chaîne Et que l'on voit la vie au-delà de la mort Le vent passe au travers des chambres de silence En emportant avec lui notre propre présence.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f715.item



Pierre Galissaire, La mémoire du feu

Le souvenir est là comme une eau qui s'arrête Sous le feu du soleil et le poids de l'été On entend dans le soir la fin d'une tempête Qui nous redonne enfin notre propre clarté C'était un temps de grâce et un temps de lumière Où nous marchions pieds nus sur le sable brûlant Sans savoir que la vie n'était qu'une poussière Qui s'en allait ainsi dans le grand fleuve lent.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f718.item



Pierre Galissaire, L'ultime clarté


Le jour s'en va doucement derrière la montagne En laissant un sillage de pourpre et de métal Le silence devient le seul compagnon de campagne Dans ce voyage pur et ce rêve fatal On ne regrette rien de ce que l'on a perdu Car on sait que l'on porte un trésor de clarté Un espace de paix par le temps défendu Où l'on peut contempler sa propre vérité.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f720.item



Présentation


Pierre Galissaire (1932-2020) fut un poète et traducteur français dont l'œuvre, bien que discrète, témoigne d'une exigence formelle et spirituelle remarquable. Installé à Berlin pendant une partie de sa vie, il a construit un pont entre les cultures française et allemande, traduisant notamment des auteurs comme Peter Handke. Sa poésie se caractérise par un dépouillement progressif, cherchant à atteindre l'essence des choses à travers une langue sobre, presque minérale. Marquée par le thème de l'errance, de la mémoire et de la fragilité de l'existence, son écriture est une méditation constante sur le passage du temps et la recherche d'une lumière intérieure au cœur du chaos contemporain. Il fut l'un des collaborateurs importants de la revue L'Éphémère, partageant avec ses contemporains une vision de la poésie comme acte de résistance et de lucidité.


Bibliographie


Galissaire, Pierre, Le Temps hors du temps, Guy Chambelland, Paris, 1965. Galissaire, Pierre, L'Ombre du vent, Rougerie, Mortemart, 1978. Galissaire, Pierre, Les Mots de verre, Fata Morgana, Montpellier, 1984. Galissaire, Pierre, La Mémoire du feu, La Différence, Paris, 1991. Galissaire, Pierre, L'Ultime clarté, poèmes, Gallimard, Paris, 2005.