Le dépôt
DES PAVÉS Y EN A MARRE
Le pape a jeté un pavé dans la mare depuis Rome, et c’est peut-être le dernier cri lucide dans ce désert de dupes. Il demande de désarmer l’IA, de stopper cette machine infernale avant qu’elle ne nous vide définitivement la tête. Le vieux sur son balcon a vu juste, mais le problème, c'est que la foule en bas s’en fout royalement. Elle préfère sa bave numérique. On court vers l’abrutissement comme des clochards vers une bouteille de rouge gratos.
Les types de la Tech n'ont même pas eu besoin de nous forcer. Il leur a suffi de fabriquer un outil qui réfléchit à notre place pour qu'on abdique notre liberté. Ils adorent ça, la populace lobotomisée. Ils nous préparent des petits chèques de survie pour qu'on reste bien sagement couchés dans notre confort, les yeux rivés sur le rectangle lumineux, pendant qu’ils ramassent les milliards. C’est la politique du vide : on leur donne notre esprit critique, et on leur dit merci .
Regarde-les dans la rue, au bistrot, partout. Tous entrain de caresser leur écran comme si c'était le saint sacrement. L'IA te pond ton courrier, tes photos, tes idées à la chaîne. On est devenus trop feignants pour réfléchir, trop lâches pour douter. Une paresse crasseuse, absolue, qui engourdit les cerveaux. Face à cela, le souverain pontife parle de jeûner de technologie et de retrouver le silence. Il a mille fois raison. Mais coupe le Wi-Fi d’un de ces zombies et regarde-le convulser. Le silence leur fout les jetons parce que c'est là qu'on s'aperçoit qu'on ne pense plus par soi-même.
Un algorithme, ça n'a pas de tripes. Ça ne sait pas ce que c'est que d'avoir la dalle, de saigner, de rater sa vie ou d'aimer jusqu'à en crever. C’est juste de la mathématique froide pour flics et marchands. Et pourtant, l'humanité rampe devant. On a échangé notre âme contre de la commodité de caniche.
Le message du pape est un électrochoc, le dernier avertissement avant l'extinction des feux. Mais soyons lucides deux minutes. Demander à une humanité lobotomisée de désarmer l'IA, c'est comme distribuer des bibles à des vaches qui regardent passer le train.
La vérité, c'est qu'on n'a aucune envie d'être sauvés. Penser, ça fait mal à la tête. Douter, ça fatigue. On préfère mille fois crever à petit feu, l'esprit anesthésié par des algorithmes bienveillants qui choisissent nos vies à notre place. La machine n'a pas gagné par intelligence, elle a gagné parce qu'on trépignait d'impatience à l'idée d'abandonner notre liberté pour un peu plus de confort.
Alors profitez bien du spectacle. Le dernier homme libre éteindra l'écran en partant. Si tant est qu'il trouve encore le bouton.
Danaé Écarlate