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AUTEUR-E-S - Index I

5 - Jérôme Fortin

NÉ NAIN ET AMPUTÉ ENSUITE

NÉ NAIN ET AMPUTÉ

ENSUITE PUIS TOUT DOUCEMENT

DEVENU AVEUGLE ET POURQUOI

PAS SOURD ET MUET LE TOUT

PAR CHOIX PERSONNEL



s'obstine s'acharne bave l'ustensile inopérant

veut insiste appuie s'épuise l'automate

incapable

curete lessive plume déterge la machine

érotique


et dansent les insofern dans les têtes

allemandes

doch doch doch


tout ce qu'il y avait à voir a été vu

et redit avec la même langue saburrale

et entendu plus souvent encore

répétons-le une nouvelle fois

encore


telle l'incise fluviale

le train traceur et

le frimas fugace impossible


à photographier il faut alors se fier

au peu de mémoire qu'il nous reste

pour qu'il ne soit pas impossible

de tout répéter encore


une fois les vols déterminés

par-dessus des océans tournants des

continents fracassés

ou des étangs séchés


il était temps

de se dire tout

sans se taire et sans

tomber en larmes et sans

faire écumer la colère cyprique

de nos vieux acides


ah oui c'est vrai j'oubliais

combien incertain


la fluidité

des mots aveugles


qu'on narre dans des écrans bleus

et qu'on trie

entre les balles


ça sonne vrai surtout


ce qu'il y a de beau surtout

lorsqu'on regarde

ailleurs que chez soi

chez la voisine

par exemple


ou bien l'Étoile Vesper s'est éteinte ou bien

un nuage s'est installé juste devant elle dans

le ciel pour de bon ou bien je suis devenu

sourd ou bien je suis devenu con


ouvre la porte ferme

la fenêtre les courants d'air

s'entrechassent dans tes cheveux verts


écoute

ce bruit de chute

ce flop

ce flap

le cri du criquet

qui pleure

la mandibule

écrasée

par terre

qui chiale

et qui gémit

dans l'indifférence

la solitude

la souffrance

l'oubli


au milieu ou dans les marges

gloméris en boule

dans la litière orange


à bout d'espérance

gloméris en boule

les pattes racrapotées


rien qu'un peu

de pluie

un verre d'eau

pour colibri


et une seule goutte

d'amour

dans un ciel

tout gris


oui rien qu'un peu

de vent

qui monte

qui descend


et encore

il faudrait surtout dévisser

ce soleil chu


ce trou noir bouché


et les rires durs

les larmes lucides

les kilos d'amertume


c'est drôle encore

tomber et se luxer

la nuque c'est drôle

encore je ris


et de ses amis

songes futiles et coloriés

ses amis qui trébuchent

dans sa tête râpée


tête de putois



extrait de Je n'y connais rien en nénuphars