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PLACE AUX POÈMES

TRANSPROSE

Partition des mots et phénoménologie du blanc

PARTITION DES MOTS ET PHÉNOMÉNOLOGIE DU BLANC

 

 

je suis tombé dans un trou de mémoire

 

je suis tombé dans un       trou     de mémoire

 

je n’en suis plus sorti

 

je n’en suis      plus     sorti

 

 

on croit que le message est le même    alors que pas tout à fait

le sens n’est pas tout à fait le même    en effet l’accent est mis sur un mot 

 

dans un cas le message est simple

dans l’autre la disposition des lettres change laissant apparaître deux espaces de part et d’autre du mot trou et du mot plus     ce qui a pour effet de surprendre le lecteur habitué à la prose

en lecture à voix haute le mot trou et le mot plus sont précédés et suivis d’un silence

 

   je n’en suis    plus    sorti

le mot plus se trouve isolé  

 

en langage transprosaïque cet effet s’appelle l’effet d’isolement

 

L’effet d’isolement concerne des groupes de mots   ou des mots isolés

ou des lettres isolées     l’effet d’isolement produit un rythme que ne peut produire la prose ordinaire

la prose ordinaire se contente de l’effet corporel chantant de la langue    elle n’indique pas de rythme

 

or la pensée a un rythme    un rythme personnel à chacun de nous   nous ne pensons pas à la même vitesse

parfois nous pensons vite    parfois nous réfléchissons lentement    parfois par a-coups

les flots continus de pensée ont un débit plus ou moins régulier    et personnel à chacun    à chaque poète   bien sûr une phrase longue a besoin de respirations  ces respirations sont mises en évidence par les espacements   les blancs  de la transprose    ces respirations abolissent et remplacent les conventions de ponctuation de la prose classique     de même est abolie la convention des majuscules

 

nous pensons   par bonds et gambades    et le trajet de nos pensées suit un cours fantasque ressemblant au vol du papillon   de l’abeille  du moustique   du cygne  de l’archaeoptéryx

l'écriture en transprose suit la dictée de la pensée    l’écriture en transprose ne cherche pas forcément à produire un effet    l’écriture en transprose n'est pas faite pour exprimer de la pédanterie   elle est faite pour exprimer de la fantaisie    elle sait mettre un mot en avant    elle se sent à l’aise dans la ponctuation naturelle    de la pensée    l’écriture en transprose épouse la respiration naturelle de la pensée   l’écriture en transprose permet au naturel de revenir au galop et à la fantaisie de galoper sur son dos

 

le matériau architectural de la parole est en transprose et non en prose    la prose est une convention obsolète   remplaçons-la par une convention plus honnête

    

nous ne le savons pas encore mais nous le soupçonnons          la transprose serait une forme d’écriture    universelle

la transprose serait l’architecture    naturelle    des langues 

 

les poètes d’hier écrivaient en rangs serrés et marchaient au pas cadencé

aujourd’hui on écrit n’importe comment

il serait temps d’apprendre à tout le monde la bonne et libre manière     écrivons en transprose    n’hésitons pas à transcrire en transprose    la transprose n’est ni assassine ni nuisible   transprose égale partition musicale   égale hygiène d’écriture et   lecture écologique



CONFÉRENCE DE RECHERCHE COMPLÉMENTAIRE


Afin d'ancrer de manière exhaustive la bibliographie historique de cette démarche et pour donner suite aux éléments théoriques développés dans le manifeste de la partition des mots, voici une liste d'ouvrages critiques de référence portant sur l'architecture du blanc, la physiologie du rythme poétique et la déconstruction des formes prosaïques traditionnelles :


  • Meschonnic, H. (1995). Politique du rythme, politique du langage. Verdier. (Une étude fondamentale sur le rythme comme organisation du sujet dans son discours, dépassant le cadre strict de la métrique classique).


  • Goffette, G. (1998). Le Nuage en pantalon de Vladimir Maïakovski : une étude du rythme de la rue. Éditions Complexe. (Analyse de la rupture des rangs serrés de la poésie traditionnelle au profit d'un débit calqué sur la marche et la respiration).


  • Gefen, A. (2002). Inventer une frontière : la prose poétique et ses subversions. Presses Universitaires de Vincennes. (Une exploration des marges de la prose lorsqu'elle cherche une convention plus honnête et plus libre).


  • Dessons, G. (2004). L'Art et la manière : une philosophie de la manière en art et en littérature. Honoré Champion. (Sur l'abolition des conventions académiques et le retour au naturel dans le geste créateur).