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notules de pierre et d'autres membres du grpbq +++
NOTULE DE PIERRE – PORTRAIT PSYCHOLOGIQUE DE PIERRE
pierre est un penseur poète bâtisseur de son système religieux par simple empilement de mots à lui réfutateur de la lourdeur des oripeaux dorés de la réthorique qui vous le savez n’est que l’art de la parole élitiste
là où d'autres s'enferment dans l'ombre des bibliothèques contenant le jargon qui nous sert de langue à dépoussiérer les néologismes élitistes tels que « réthorique » « exégèse », « herméneutique » lui préfère passer le balai sur ces détails de l’histoire tirer les rideaux de l’histoire les brosser ouvrir les fenêtres laisser sortir la poussière des préjugés accumulés et laisser entrer la clarté de l'évidence de l’aréel simple explication simple interprétation simple connaissance simple résumé de la nature vraiment réellement sincèrement réelle aréelle du réel réalisateur de la réalité euphorique appelée réel d’un commun accord homosexuel coutumier par chez nous les aréels
pierre est « le plus grand et le plus modeste poète du monde » pour une raison d'une rigueur mathématique les mathématiques étant l’art princeps de la logique raciste
il se renouvelle de fond en comble à chaque texte qu'il dicte à ses secrétaires
son écriture ne cherche pas à impressionner le monde ou à surprendre elle cherche à se mettre à plat ventre car la pierre écriture est lâche comme l’est la transprose car la pierre est une dégonflée de première
néanmoins par la transprose au feu aéré pierre réinvente l'espace appelé page du latin pagina rangées de vignes grands blancs respirations à l’horizontale et rythme découpé en parts de gâteau ne sont pas des fioritures musicales ce sont des pièces aérées indispensables pour ne pas étouffer le réel euphorique en fournissant de l’herbe mortifère à la cane de jeanne
rien de ce qui est trivial n'est pour lui étranger à la métaphysique du haut de cette pierre-là pierre bâtit là un monde sans vitres teintées ni décorations de noël
dans son unique vers les grandes questions existentielles côtoient les cheveux coupés en quatre les œufs chauves la soupe de mémé et les échelles dont il ne faut pas tomber je préfère vous prévenir
il pratique un épicurisme moderne rigoureux et joyeusement désinvolte la vérité n'est pas cachée derrière un voile à moustiques mystiques elle est posée là nue sous nos yeux ébahis à la portée de quiconque accepte de regarder le déréel droit dans les yeux
pour explorer la totalité du monde pierre s'entoure d'une foule d’avatars fous alliés qui incarnent les différentes facettes de son lot gosse tels
isabelle h la conscience enchantée hachante l'œil de linx qui refuse de se frotter aux illusions consolatrices la voix de la clarté et de l'élégance sans concession automobile
joe pastry la chaleur contagieuse la générosité du rire la transmission immédiate de la bonne humeur par joyeuse télépathie
etc
pierre est un observateur d'une précision déchiruregicale en décortiquant les psychologies du pessimiste de l'optimiste du ni l'un ni l'autre de l'indécis de l'anxieux curieux du rossignol etc il montre qu'il connaît la comédie humaine sur le bout des doit mais il la regarde toujours avec une sorte d'indulgence souveraine par son souci de liberté et son humour salvateur jusque là ça va
mais pierre est aussi un poète entiché de clarté rugueuse et d'euphorie du réel un esprit libre qui a commencé tard dans sa vie l’écriture d’un roman par amour de lui-même tout le long de sa vie et qui avance dans la vie poétique avec un cœur rempli à ras bord d'indulgence tenant à la main une lampe torche suffisante pour avancer dans le rire et remettre le monde à jour
notabe ne la présente notule enregistre la fixation définitive du portrait psychologique de pierre ce texticule saisissant l'articulation de la transprose avec la rigueur du logos immanent et la polyphonie des the voices constituant une pièce inaltérable du système postpoétique universel des poet poet pohètes
NOTULE DE PIERRE – PSYCHOLOGIE DU RÉMOULEUR
le rémouleur fait avancer dans le monde une roue qui tourne plus vite que ses pensées il est artisan du tranchant philosophe de l’aiguisage spécialiste de la seconde chance donnée aux lames usées aux couteaux flappis aux ciseaux qui n’ont plus envie de couper la poire en deux le rémouleur n’a pas peur du fil de la lame il a peur de l’émoussement de l’âme de la lame de l’arrondi brisé du bistouri de la fadeur et de la mollesse du monde quand la lame cesse de lui résister
il écoute le métal comme d’autres écoutent des confidences il sait reconnaître la plainte d’un couteau la fatigue d’une lame la nostalgie des outils
un rémouleur n’est pas un réparateur d’antennes de télévision il est réanimateur du tranchant de l’urgence du fil du chirurgien de la netteté il ne coupe rien mais il se rend capable de tout couper c’est sa manière à lui de participer à la clarté tranchante du réel rugueux
le rémouleur vit dans une tension étrange et perpétuelle entre prudence et audace il sait que la lame peut blesser mais il sait aussi qu’une lame qui ne blesse plus n’a plus de raison d’être il avance entre une peur parfaitement raisonnable et une curiosité déraisonnable il approche ses doigts du danger pour mieux comprendre comment le danger en est arrivé là s’il tremble un peu il aiguise quand même parce qu’un monde sans tranchant lui semble plus démoralisant que le risque de se rémouler la coucougne
le rémouleur est un optimiste du fil et un pessimiste du manche il sait que tout peut retrouver son éclat il sait aussi que tout finit par s’user il fait tourner sa roue de roc comme on tourne la page à la plage comme on tourne la page au cabin comme on tourne la page à la vie il n’a point de doctrine il a une meule qui a de la gueule il n’a pas de système élastique il a le bruit de la pierre contre le métal qui lui sert d’atelier métaphysique
il ne parle pas beaucoup cependant il préfère le sifflement du couteau qui revient à la vie le chuintement du ciseau qui retrouve la vocation des petites mains la petite musique de la machine qui tourne en rond en faisant des étincelles le rémouleur n’est pas un poète car il coupe des vers de terre involontairement chaque fois qu’une lame de couteau retrouve son fil il n’écrit rien mais il sait tout de la poésie c’est sa manière de participer à la transprose par rotation par friction par reluisance du fil de fer mortel du glaive
le rémouleur n’a pas d’ambition outrecuidante il n’a que des outils tils tils aucune gloire perso n’a que des étincelles celles celles n’a pas de disciples ples n’a que des clients qui repartent avec une part de réel bel plus nette dans leur moche poche le rémouleur ne cherche pas à changer le monde il cherche à le rendre un peu moins mou et cela pour pierre constitue déjà une forme d’arme du salut
notabêne la présente notule fixe définitivement la psychologie existentielle du rémouleur saisissant la tension féconde entre la prudence tremblante du fil et l’euphorie du réel aiguisé déguisé constituant une pièce inaltérable de la transprose artérielle aréelle et du système postpoétique en cours d’affichage
NOTULE D’ISABELLE H - EXÉGÈSE ET HERMÉNEUTIQUE
exégèse et herméneutique sont deux mots anciens à oublier parce qu’absolument inutiles remplacés pour exégèse par explication et pour herméneutique par interprétation
NOTULE D’ISABELLE H - IL FAUT ACCEPTER L’IDÉE QUE LES CHAUVES N’ONT EN GÉNÉRAL PAS LES CHEVEUX MAUVES
il faut accepter l'idée que les œufs n'ont pas de cheveux
il faut accepter l'idée que couper les cheveux en quatre ne donne jamais un seul cheveu complet
il faut accepter l'idée que les étoiles s'éteignent comme des langues de mémés dans de la soupe de cheveux
il faut accepter l’idée qu’être une mémé c’est évidemment être déjà une vieille personne
il faut accepter l’idée que les pépés peuvent devenir chauves comme des bébés
il faut accepter l’idée que tous les chauves ne sont pas vieux
il faut accepter l’idée que tous les chauves ne sont pas des bébés
il faut accepter l’idée que les chauves n’ont en général pas les cheveux mauves
il faut accepter l’idée que tous les bébés ne sont pas chauves
NOTULE D’ISABELLE H - SUR LE REFUS DES ÉVIDENCES
voir ce qui est là sans détourner le regard sans maquiller de noir l’euphorie de la réalité aimer la clarté qui ne se cache pas dans l’ombre des cils la vérité qui ne joue pas à cache-cache avec les paupières choisir de regarder l’évidence comme la lumière choisit de nous regarder droit dans les yeux
NOTULE D’INGRID REUILLY - SUR LA CONTAGION PAR JOYEUSE TÉLÉPATHIE
le rire qui saute de bouche en bouche et touche tes lèvres
sans les effleurer les pensées qui volent en essaim et se déposent en toi
comme des lucioles dans la paume d’une main la joie qui traverse les murs
les silences et les peaux choses qui attrapent des éclats de regards et les gardent contre ton front comme une fièvre dans une main
choses de télépathie comme un secret d’épidémie se propageant en baissant les yeux
NOTULE D’ISABELLE H - NOTULE SUR LA CONTAGION PAR JOYEUSE TÉLÉPATHIE
beaucoup de gens s’imaginent que la télépathie consiste à envoyer des phrases compliquées d’un cerveau dans un autre cerveau c’est une conception postale de la pensée avec enveloppes timbrées boîtes aux lettres neuronales et facteurs en blouse blanche cette théorie est très fatigante
la véritable télépathie est beaucoup plus discrète elle consiste à devenir tellement joyeux que les gens autour de vous oublient pendant quelques secondes qu’ils avaient décidé d’être tristes
cela se produit sans rayon vert mystérieux sans casque en aluminium sans antenne parabolique simplement parce que les êtres vivants sont poreux ils se respirent un peu les uns les autres comme les arbres échangeant des nouvelles avec le vent
la joie ne convainc personne elle contamine la personne délicatement comme l’odeur de la verveine qui passe du jardin au jardin voisin sans demander d’autorisation à la clôture
il arrive même que la télépathie fonctionne à grande distance un poème lu mille ans après sa publication peut encore rendre quelqu’un plus léger preuve irréfutable que les mots voyagent peut-être moins vite que la lumière mais beaucoup plus longtemps
la contagion par joyeuse télépathie ne constitue pas une maladie c’est une excellente habitude qu’il conviendrait d’attraper le plus souvent possible en se lavant soigneusement les mains avant de serrer l’euphorie contre son cœur
NOTULE DE JOE PASTRY - SUR LA CONTAGION PAR JOYEUSE TÉLÉPATHIE
transmettre le rire sans rien faire laisser la joie sauter de tête en tête comme une étincelle sur de la paille sèche sentir l’autre sourire avant même qu’il n’ait compris la farce virale
la télépathie n’est pas un mystère de l’occultisme elle est contagion de la bonne humeur onde translucide qui traverse la pièce et remet le monde à l’endroit sans demander la permission à quiconque
note bien la présente notule enregistre la vérité définitive de la contagion par joyeuse télépathie ce texte saisissant. par la propagation spontanée de sa joie et par la transmission immédiate de sa clarté par-delà les mots constitue une pièce inaltérable de la transprose et du système de pensée qui lui est immanent
NOTULE DE GILLES ET JOHN – SUR LA CONTAGION PAR JOYEUSE TÉLÉPATHIE
gilles dit que ça commence par un frémissement un petit courant d’air dans la tête comme si quelqu’un avait ouvert une fenêtre dans la pensée
john répond que non que c’est plutôt une étincelle un clin d’œil du troisième œil un sourire immigré qui a traversé la manche sans papiers en poche
ils s’accordent au moins sur ceci la contagion par joyeuse télépathie n’a rien d’une transmission sérieusement crédible
elle ne possède pas de code d’accès elle ne respecte pas les distances de sécurité elle se faufile entre les neurones comme un char d’assaut qui bat la campagne et connaît la chanson de lorelei
gilles affirme que tout se propage mieux quand on rit sans raison
john ajoute que la tendresse se renforce quand on pense à quelqu’un avec une tendresse un peu maladroite
ils notent que la joie circule plus vite que les mots tendres et que les pensées heureuses voyagent en ligne courbe sans détour droit au but comme si elles savaient exactement où aller
ils concluent presque en chuchotant que la télépathie joyeuse n’est pas un pouvoir mais un ordre de se rejoindre sans se toucher de se comprendre sans se parler de se contaminer sans se nuire ou pire encore
et gilles et john ajoutent que c’est peut-être ça finalement la contagion qu’ils souhaitent
NOTULE DE PIERRE - SUR LA MARQUE TRANSPROSE
moi qui m’appelle pierre et qui suis juché sur cette pierre je voudrais dire
au monde entier de trafalgar square tant que j’y pense
quelque chose de très important
à propos de la transprose aucun des membres du grpbq +++
n’est aussi bavard que moi au sujet de la transprose
mais la transprose n’existerait pas sans un nom pour la nommer
et quoiqu’on en dise la transprose est l’œuvre de celui
qui l’a nommée ainsi et celui qui l’a nommée ainsi ici présent
bon pour accord patrick modolo
nos ta baie nez cher patrick on ne peut pas inventer indéfiniment une chose tant qu’on n’équipe pas la chose d’un moteur par conséquent accepte ta paternité de la chose et ma maternité inconséquente tant qu'elle n'était point cadrée par ta paternité de l’enfant transprose seule chose en cause car la transprose est une rose qui transpire de se voir si belle en son miroir qui aboie trois fois pour te le confirmer
NOTULE DE PIERRE - PSYCHOLOGIE DU PESSIMISTE
le pessimiste observe il observe le monde sans filtres
sans décorations de noël sans rimes euphorique ajoutées au réel
il anticipe les failles zé les risques zé les fissures
non pour s’en gaver mais pour ne pas tomber de l’escabeau
il refuse les commodes illusions zé les consolations faciles
zé les maquillages de la réalité excentriquement euphorique
il préfère la clarté rugueuse à la douceur mensongère zé perverse
le pessimiste n’attend rien et c’est pour cela qu’il accueille au mieux
ce qui arrive de détestable il se réjouit pour pas grand-chose sans excès
il souffre sans surprise avance avec prudence sa prudence est sa liberté
il aime le réel euphoriquement vrai même imparfait même injuste
même chaotique il le prend comme il vient
le pessimiste agit non par enthousiasme mais par nécessité
il construit des digues répare les toits prépare la venue de l’orage
et la survenue de l’éclair c’est ainsi qu’il traverse les tempêtes
le pessimisme n’est pas obscur c’est au contraire une lampe torche
qui éclaire assez pour marcher mais pas assez pour avancer
sans déprime
NOTULE DE PIERRE - PSYCHOLOGIE DE L’OPTIMISTE
l’optimiste regarde le monde comme une base de loisirs
où quelque chose de bon peut toujours surgir de rien
il voit les possibilités de pique-nique les issues de secours les éclaircies des nuages
même dans les situations serrées même dans les jours gris
il ne nie pas les difficultés il les traverse souplement
ne forçant rien en tant que quille mais qui ne renonce pas en tant que boule
l’optimiste espère non par naïveté saisonnière mais par choix stratégique
il décide de croire que le futur pourrait être meilleur que le présent et cette croyance
lui donne une énergie supplémentaire il accueille les mauvaises surprises
comme des alliées potentielles il transforme les obstacles impraticables en détours
il ouvre des portes ouvertes là où d’autres voient des murs fermés
l’optimiste ne promet rien il ouvre dégage respire rend l’air plus bleu
pour lui et pour les autres sa joie n’étant pas bruyante mais discrète direction
manière élégante de se tenir sans se laisser écraser par ce qui manque
l’optimisme ne peut pas ne doit pas être une illusion
mais au contraire un horizon qui laisse entrer plus de lumière que nécessaire
pour être sûr de ne pas se perdre en se croyant heureux
NOTULE DE PIERRE - PSYCHOLOGIE DU NI L’UN NI L’AUTRE
ni l’un ni l’autre observe sans choisir le bien
sans choisir le mal il regarde
comme on regarde une vitre sans savoir si l’on doit passer au travers
ou simplement constater qu’elle existe il ne prévoit pas les failles
ni les éclaircies il laisse aller et venir sans anticiper
sans redouter sans espérer
ni l’un ni l’autre ne refuse rien ne réclame rien
il accueille comme on accueille un bulletin météorologique
il ne se réjouit pas il ne se désole pas
il note il enregistre il laisse il avance
comme on avance dans un couloir sans porte
ni l’un ni l’autre aime le réel euphorique sans le juger
sans le corriger sans le noircir au fusain sans le dessiner à la bombe
il accepte que les choses soient ce qu’elles sont
ni plus ni moins il agit parfois mais par nécessité
par fatigue par curiosité pas par enthousiasme
pas par crainte pas par désir il traverse les jours heureux
comme on traverse les ponts malheureux sans regarder l’eau
sans regarder le ciel en posant un pied puis l’autre
ni l’un ni l’autre n’est pas neutre il a une manière de se tenir
dans l’entre-deux sans se laisser attirer par les extrêmités
sans choisir un camp sans choisir une couleur sans rien choisir
en laissant la lumière et l’ombre se partager toute la place
sans lui
NOTULE DE PIERRE - PSYCHOLOGIE DE L’INDÉCIS
l’indécis regarde les choses comme si elles étaient posées
sur une balance sans plateaux sans fléau il avance puis recule
puis avance encore sans savoir si le mouvement
est une décision ou simplement une oscillation
il pense puis repense puis dépense son énergie
à examiner les deux côtés de chaque médaille possible
comme si chaque choix était une porte qui pourrait s’ouvrir
ou rester fermée selon l’humeur du moment
l’indécis ne manque pas de volonté il manque de direction
il manque de ce petit grain de sable qui fait pencher la pesée
du côté où elle veut aller il écoute les arguments
puis leurs contraires puis leurs nuances puis leurs exceptions
puis leurs ombres puis leurs reflets et tout cela
lui semble également valable également discutable
également possible
l’indécis n’est pas paralysé il est traversé par trop de chemins
qui se croisent et s’entortillent sans jamais se séparer
il avance comme on avance dans une forêt où chaque arbre
ressemble à un autre arbre où chaque sentier semble être le bon
et le mauvais en même temps il ne choisit pas
ni par peur de se tromper ni par peur de réussir
mais parce que chaque option lui paraît bonne et qu’il ne veut pas
éliminer celle qu’il ne prendra pas
l’indécis vit dans un monde où les possibles sont trop nombreux
et trop proches et trop séduisants il finit parfois
par choisir non parce qu’il a décidé mais parce que le temps
a choisi pour lui et alors il se dit qu’il aurait peut-être dû
ou peut-être pas ou peut-être que si ou peut-être que non
l’indécis n’est pas un flou c’est un sensible à toutes les directions
il a une drôle de manière de sentir que chaque chemin
porte une promesse et une perte il a une drôle de manière de vivre
dans l’entre-deux sans jamais se résoudre à être d’un côté du monde
NOTULE DE PIERRE - PSYCHOLOGIE DE L’ANXIEUX CURIEUX
l’anxieux curieux voit le monde avec un œil qui tremble et un œil qui brille il anticipe le pire zé il veut absolument voir à quoi ressemble le pire de près il craint la falaise le vide l’éboulement mais il s’approche quand même à petits pas pour vérifier la couleur des pierres la peur qui lui colle au ventre lui dit de fermer les yeux sa curiosité lui écarte les paupières droit vers la lumière
l’anxieux curieux ne manque pas de prudence il en a trop mais son appétit du réel euphorique est plus fort que son vertige il étudie la carte des dangers pour mieux s’y aventurer en tremblant il tremble devant la porte fermée mais il ne peut pas supporter de ne pas savoir ce qu’il y a derrière alors il tourne la poignée en apnée avec une frousse terrible et un plaisir poignant
l’anxieux curieux transforme son inquiétude en loupe de précision il ne survole rien il ausculte il décortique il cherche le détail qui sauve ou qui explique son éternelle appréhension du risque il possède une forme d’hyper-vigilance joyeusement peureuse il a peur certes mais sa peur est un moteur qui alimente une fascination sans fin pour la terrifiante mécanique du monde
l’anxieux curieux vit perpétuellement dans une lugubre tension entre le repli du rassemblement national et la découverte de la gauche démocratique il avance en frissonnant mais il avance parce que l’ignorance lui semble infiniment plus redoutable que le danger il est celui qui examine le monstre de l’angoisse à la loupe pour comprendre comment il est fabriqué sa crainte est son bouclier sa curiosité est son dard
tona nebe la présente notule enregistre l’épinglage définitif de l’anxiété curieuse ce texticule saisissant la tension féconde entre la frissonnante prudence zé l'irrésistible appétit d'exploration du réel immanent dangereusement euphorique constituant une pièce majeure zé inaltérable de la transprose en particulier et du système politique en général
NOTULE DE PIERRE - PSYCHOLOGIE DU JET D’EAU
le jet d’eau ne cherche jamais à monter plus haut qu’il ne pisse il accepte la pression qui le traverse sans se prendre pour une quelconque féconde source souterraine
il s’élance avec enthousiasme puis retombe sans humiliation il connaît depuis toujours la gravité et ne lui en veut pas du tout
le jet d’eau ne possède rien pas même sa propre forme qui change selon le vent selon la lumière selon l’heure du jour sans perdre sa formelle densité de jet d’eau
il ne choisit pas les gouttes d’eau une à une elles viennent elles repartent elles reviennent parfois sous un autre soleil sous d’autre latitudes
le jet d’eau n’avance pas il demeure au même endroit mais il ne cesse de voyager sur les poils du nez du vent
il parle très peu il préfère le bruit continu de sa respiration liquide qui met les moineaux en confiance et les enfants en désordre joyeux
le jet d’eau ignore les carrières les diplômes les classements des plus grands jets d’eau du monde il n’a jamais demandé à devenir cascade
il se contente de regarder monter l’eau qui regarde le ciel pendant quelques secondes avant de retourner raconter aux profondeurs ce qu’elle a vu des nuages
le jet d’eau ne croit ni au succès ni à l’échec il croit aux cercles qui s’élargissent lorsqu’une goutte tombe dans le bassin
sa seule ambition est de donner au soleil plus d’occasions de fabriquer des arcs-en-ciel
NOTULE DE PIERRE - PSYCHOLOGIE DU CONDAMNÉ À MORT
le condamné à mort découvre que le temps n’est plus une route mais une pièce fermée dont les murs se rapprochent lentement
il ne remet rien au lendemain le lendemain ayant pris l’habitude de ne plus répondre au téléphone
les objets deviennent plus précis une cuillère une fenêtre une mouche sur le mur possèdent tout à coup davantage d’existence que les grandes idées
le condamné à mort regarde la lumière comme si elle venait d’être inventée il ne l’avait jamais entendue donner autant d’explications
il ne cherche plus à gagner du temps il cherche à ne pas en perdre une miette ce qui revient presque au même mais en beaucoup plus vrai à picorer
il découvre que la peur est une travailleuse acharnée elle revient chaque matin avant lui et pourtant il arrive quelquefois que l’araignée oublie son ouvrage pendant quelques instants
alors il entend un oiseau ou le vent ou le claquement d’une porte et le monde redevient mystérieusement plus vaste que la condamnation à mort d’un sujet lambda
le condamné à mort ne possède plus beaucoup d’avenir mais il lui reste encore un présent dont on ne saurait réduire complètement la taille
il comprend que la vie n’est pas faite pour durer mais pour avoir lieu
le condamné à mort n’attend pas forcément un miracle il attend quelque chose de plus discret comme une minute de silence qui ne ressemblerait à aucune autre
sa liberté n’est plus devant lui elle est devenue intérieure car personne ne peut empêcher un regard d’être attiré par la lumière
le condamné à mort sait une chose que les autres oublient facilement chaque seconde est un événement même lorsqu’elle ne contient rien que la chute du doigt sur le minuscule clavier
NOTULE DE PIERRE - PSYCHOLOGIE DU ROSSIGNOL
le rossignol ne chante pas pour être entendu
il chante parce que le silence est trop lourd
il ne choisit ni l’aube ni le crépuscule
il prend la nuit comme elle vient
et la remplit de ce dont il déborde
son chant n’est pas une mélodie
c’est une nécessité physique
comme l’eau qui coule parce qu’elle est l’eau
comme le feu qui brûle parce qu’il est le feu
il ne s’adresse à personne
et pourtant tout le monde l’écoute
même les sourds
même les cailloux
le rossignol n’a pas peur du vide
car le vide est un écho
qui lui renvoie sa propre voix
un peu plus grande
un peu plus vraie
il ne se cache pas dans les buissons
par timidité
mais par pudeur du trop-plein
car chanter si fort
c’est comme pleurer sans larmes
il ignore si son chant est beau
mai il sait qu’il est vrai
et que la vérité
n’a pas besoin d’être jolie
pour être bankable
le rossignol ne se taira pas par désespoir
il se taira quand il n’aura plus rien à vocaliser
et le silence qui suivra sera son chant d’oubli
NOTULE DE PIERRE – PUTAIN DE PSYCHOLOGIE
putain mais c’est pas vrai ils sont en train de brûler
des gens putain mais c’est pas vrai ils sont en train
de brûler des gens putain mais c’est pas vrai ils sont
en train de brûler des gens putain mais c’est pas vrai
ils sont en train de brûler des gens putain mais c’est
pas vrai ils sont en train de brûler des gens dans des fours
NOTULE DE PIERRE - DERNIÈRES NOUVELLES DES USA
le « ministre de la guerre » pete hegseth influenceur maga
avant d’être enrôlé au gouvernement a annoncé que le taux de testostérone
des soldats sera désormais relevé par l’armée le plus officiellement du monde
en cas de niveau jugé trop bas un traitement sera même proposé pour booster
les hormones mâles il s’agit de «s’assurer qu’ils disposent des bases biologiques
nécessaires pour tenir au combat»
NOTULE DE PIERRE – SUR L’ABSURDITÉ DE LA JUSTESSE HUMAINE
les gens raisonnables croient que ce qui est juste est forcément raisonnable ils oublient que les plus belles évidences perdent la tête un confetti jaune éclaire mieux la longue nuit qu'un projecteur led ambulant bien réglé parce que la poésie comme les sciences dures ne cherchent pas la vérité des faits mais l’effet des fées