Le dépôt
T S Eliot - Poésie - E. Dickinson - Poésie
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Puisque je ne pouvais m'arrêter pour la Mort —
Ce Gentleman eut la bonté de s'arrêter pour moi —
Dans la Voiture il n'y avait que Nous —
Et l'Immortalité.
Nous roulions lentement — Il n'était pas pressé
Et j'avais mis de côté
Mon labeur ainsi que mon loisir,
En réponse à Sa Civilité —
Nous passâmes l'École, où les Enfants s'efforçaient
De faire la Ronde — à la Récréation —
Nous passâmes les Champs d'Épis qui nous dévisageaient —
Nous passâmes le Soleil Couchant —
Ou plutôt — c'est Lui qui Nous dépassa —
Les Rosées tombèrent frissonnantes et Froides —
Car ma Robe n'était que de Gaze —
Mon Étole — de Tulle —
Nous fîmes halte devant une Maison qui semblait
Un Gonflement du Sol —
Le Toit était à peine visible —
La Corniche — Enterrée —
Depuis — ça fait des Siècles — et pourtant
Cela paraît plus court que le Jour
Où je me suis doutée que la Tête des Chevaux
Était tournée vers l'Éternité —
Extrait de: 2009, Emily Dickinson Poésies complètes, trad. Françoise Delphy (Flammarion)
Emily Dickinson
POÉSIE
me voici donc à mi-chemin ayant eu vingt années en gros vingt années gaspillées les années de l'entre deux guerres pour essayer d'apprendre à me servir des mots et chaque essai est un départ entièrement neuf une différentes espèce d’échecs parce que l'on apprend à maîtriser les mots que pour les choses que l'on n'a plus à dire ou la manière dont on n'a plus envie de les dire et c'est pourquoi chaque tentative est un nouveau commencement un raid dans l'inarticulé avec un équipement miteux qui sans cesse se détériore parmi le flou général de l'imprécision du sentir les escouades indisciplinés de l’émotion et ce qui reste à conquérir par la force et la soumission a déjà été découvert une ou deux fois ou davantage par des hommes qu'on a nul l'espoir d’égaler mais il ne s'agit pas de concurrence il n'y a ici que la lutte pour recouvrer ce qui fut perdu retrouvé reperdu et cela de nos jours dans des conditions qui semblent impropices mais peut-être ni gain ni perte nous devons seulement essayer le reste ce n'est pas notre affaire le chez soi est là d'où l'on part comme nous avançons en âge le monde devient plus étrange et plus compliqué le motif de morts et de vivants non le moment intense isolé dénué d'avant comme d’après mais bien toute une vie brûlant à chaque moment et non le temps de vie d'un homme seulement mais celui-là des vieilles pierres indéchiffrables il y a un temps pour la soirée à la lueur des étoiles un temps pour la soirée à la lueur de la lampe ( la soirée des photographies que l'on feuillète ) l'amour est le plus près d'être lui-même lorsqu’ici-et-maintenant cesse d’importer les vieillards doivent être des explorateurs ici-et- là n'importe pas il nous faut toujours nous mouvoir au sein d'une autre intensité pour une union plus intime une communion plus profonde à travers le froid obscur la vacante désolation le cri de la vague le cri du vent les eaux immenses du marsouin et du pétrel en ma fin mon commencement
Thomas Stearns ELIOT
Poésie
trad Pierre Leyris transprosée
Ed. Seuil