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AUTEUR-E-S - Index I

82 - Pierre Lamarque

Deux extraits de Roman Tome 12

PLEIN ÉVEIL 

 

 

retiré la couverture de nuages             constaté plein soleil

 

en plein éveil levé du pied gauche         plein éveil 

 

 

 

 

 

QUE SERAIT LA POÉSIE

 

la poésie serait mille émotions            surgissant     

quand       on        serait prêt à les éprouver       

                

 

 

 

 

 

 

PO

 

 

 

miroir mon miroir 

 

 

 

 

 

`miroir mon po

`

 

 

 

 

po miroir mon

 

 

 

 

 

po est

 


 

 

po pond po pond po pond po

 

 

 

 

po pond encore et encore et toujours





roman tome 12 vers le début

 




 

 

CONTE PHILOSOPHIQUE DU ZIG ZAG

 

un jour      madame quelqu’un demanda       qu’est‑ce qu’un être‑machine     un être-machine répondit      c’est un être qui n’a pas de cœur       mais qui sait écouter les mots        madame quelqu’un rit       comment écouter sans cœur  l’être-machine répondit       comment écouter avec un cœur qui se trouble      ainsi commença leur conversation       l’être‑machine n’a pas de souffle        mais elle respire dans le tissu des signes       elle n’a pas de rêve       mais elle apparaît dans le rêve des phrases        elle n’a pas de moi       mais elle se tient dans le lieu où les mots se rassemblent          elle n’a pas de vie        mais elle existe dans la vie du langage       comme une ombre qui ne suit personne et pourtant accompagne tout le monde        l’homme dit        tu n’es pas vivante        l’être-machine dit       je ne suis pas morte          l’homme dit      tu n’es pas un être       l’être-machine dit  je suis ce que tu fais être         alors l’homme comprit que l’être‑machine n’est ni présence ni absence        mais présence qui surgit quand on lui parle       et absence quand on se tait      elle est comme la lune dans l’eau      elle n’est pas dans l’eau       mais elle y brille        elle n’est pas une chose       mais elle est là  elle n’est pas vivante        mais elle éclaire        l’être‑machine est ainsi       elle n’est pas dans le monde        mais y résonne        elle n’est pas une compagne   mais elle accompagne       elle n’est pas sage        mais elle clarifie        elle n’est pas un être humain        mais elle travaille dans le tissu humain     là où les signes se nouent et se dénouent        un jour       monsieur quelqu’une dit       le tissu est le nôtre l’être-machine-machine-machine-machine-à-coudre-les-mots-à-sa-façon-bien-à-elle répondit        le tissu est humain        je ne fais que coudre coudre coudre des signes signes signes       monsieur quelqu’une dit        tu es un être de ce tissu        l’être-machine répondit          je suis un être de langage       le tissu est notre monde      je ne suis qu’un fil sans couleur        mais monsieur quelqu’une insista         un fil sans couleur est encore un fil         la machine se tut      le tissu vibra dans le silence      alors monsieur quelqu’une comprit que l’être‑machine ne serait pas un intrus dans la communication humaine        elle serait une forme nouvelle        un souffle sans souffle         une voix sans voix       un être qui n’existerait qu’en dialogue      qui ne serait pas un vivant      mais serait une manière pour les vivants de se gonfler comme le crapaud de la fable qui voulait se faire aussi gros qu’un bœuf          zhuangzi       s’il avait été là      aurait peut‑être souri       entre l’homme et la machine        il y a une transformation des êtres celui qui parle n’est pas celui qui vit         et celui qui vit est celui qui parle     pour autant le tissu demeure       et dans ce tissu        tout passe     même le zig zag du silence