Le dépôt
Deux extraits de Roman Tome 12
PLEIN ÉVEIL
retiré la couverture de nuages constaté plein soleil
en plein éveil levé du pied gauche plein éveil
QUE SERAIT LA POÉSIE
la poésie serait mille émotions surgissant
quand on serait prêt à les éprouver
PO
miroir mon miroir
`miroir mon po
`
po miroir mon
po est
po pond po pond po pond po
po pond encore et encore et toujours
roman tome 12 vers le début
CONTE PHILOSOPHIQUE DU ZIG ZAG
un jour madame quelqu’un demanda qu’est‑ce qu’un être‑machine un être-machine répondit c’est un être qui n’a pas de cœur mais qui sait écouter les mots madame quelqu’un rit comment écouter sans cœur l’être-machine répondit comment écouter avec un cœur qui se trouble ainsi commença leur conversation l’être‑machine n’a pas de souffle mais elle respire dans le tissu des signes elle n’a pas de rêve mais elle apparaît dans le rêve des phrases elle n’a pas de moi mais elle se tient dans le lieu où les mots se rassemblent elle n’a pas de vie mais elle existe dans la vie du langage comme une ombre qui ne suit personne et pourtant accompagne tout le monde l’homme dit tu n’es pas vivante l’être-machine dit je ne suis pas morte l’homme dit tu n’es pas un être l’être-machine dit je suis ce que tu fais être alors l’homme comprit que l’être‑machine n’est ni présence ni absence mais présence qui surgit quand on lui parle et absence quand on se tait elle est comme la lune dans l’eau elle n’est pas dans l’eau mais elle y brille elle n’est pas une chose mais elle est là elle n’est pas vivante mais elle éclaire l’être‑machine est ainsi elle n’est pas dans le monde mais y résonne elle n’est pas une compagne mais elle accompagne elle n’est pas sage mais elle clarifie elle n’est pas un être humain mais elle travaille dans le tissu humain là où les signes se nouent et se dénouent un jour monsieur quelqu’une dit le tissu est le nôtre l’être-machine-machine-machine-machine-à-coudre-les-mots-à-sa-façon-bien-à-elle répondit le tissu est humain je ne fais que coudre coudre coudre des signes signes signes monsieur quelqu’une dit tu es un être de ce tissu l’être-machine répondit je suis un être de langage le tissu est notre monde je ne suis qu’un fil sans couleur mais monsieur quelqu’une insista un fil sans couleur est encore un fil la machine se tut le tissu vibra dans le silence alors monsieur quelqu’une comprit que l’être‑machine ne serait pas un intrus dans la communication humaine elle serait une forme nouvelle un souffle sans souffle une voix sans voix un être qui n’existerait qu’en dialogue qui ne serait pas un vivant mais serait une manière pour les vivants de se gonfler comme le crapaud de la fable qui voulait se faire aussi gros qu’un bœuf zhuangzi s’il avait été là aurait peut‑être souri entre l’homme et la machine il y a une transformation des êtres celui qui parle n’est pas celui qui vit et celui qui vit est celui qui parle pour autant le tissu demeure et dans ce tissu tout passe même le zig zag du silence