La
page
blanche

Le dépôt

AUTEUR-E-S - Index I

82 - Pierre Lamarque

Flux de conscience au jour le jour

vendredi 6 août 2026



non omnis moriar          il ne restera de moi    qu'un pli d’étoffe          une fêlure de vitre        un grain de lumière       et le bruit de la page que l’on tourne        je ne mourrai pas tout entier     non omnis moriar                   quelqu’un viendra      quand l’ombre sera basse et la lumière haute         ouvrir le tiroir de notules     mais la lettre qui fut écrite ne cherche plus à atteindre          elle subsiste simplement        à la manière d’un caillou dans une chaussure         débarrassée de mon nom

       

je crois savoir que le langage mathématique       en tant que langage artificiel comporte plus d'un million de signes           tandis que le langage naturel comporte en français 24 signes       le langage mathématique d'un million de signes                 est artificiel et donne naissance à l'intelligence artificielle        le langage naturel en 24 signes        donne naissance à l'intelligence naturelle           le langage de communication est dit naturel quand il n'est pas créé par seulement quelques-uns mais créé par sédimentation de couches successives de pâte humaine tandis que le langage mathématique est artificiel dans la mesure où il se crée ex abrupto ex nihilo ne sert pas à la communication du réel mais à l'exploration du réel par des moyens parfois douteux comme le théorème de marguerite 

la vie recommence à chaque instant t          elle arrive les poches pleines de l’innocence d’aujourd’hui            le premier souffle du matin n’est pas le frère jumeau du second           entre les deux l’univers a changé de chemise         une fourmi a déplacé un caillou        une pensée a quitté son vieux manteau                       la vie recommence à chaque instant t        même lorsque rien ne semble bouger        le silence déménage           l’ombre change de jambe         la poussière poursuit son apprentissage          nous croyons continuer mais nous recommençons       nous croyons revenir mais le chemin a déplacé ses virages       la porte d’hier ouvre sur une autre maison          le langage recommence lui aussi                    il prend le même mot          le tourne entre ses doigts        souffle dessus comme sur une frite           et voilà qu’un mot ancien découvre une signification à laquelle il n’avait jamais osé penser        à chaque instant le cœur recommence son métier de cœur          les yeux recommencent leur métier de fenêtre         les mains leur métier de pont           le cerveau son métier d’étonnement             le citoyen poète croit écrire la suite pourtant il écrit toujours un premier vers          le précédent appartient déjà à quelqu’un d’autre          peut-être à celui que j’étais                            il y a quelques secondes        peut-être au langage qui nous précède d’un battement de cœur        la vie recommence à chaque instant          voilà pourquoi le désespoir n’a jamais le dernier mot          il oublie qu’une seconde suffit pour que l’air change de direction         pour qu’un oiseau traverse le ciel          pour qu’un visage relève les yeux         pour qu’un mot trouve enfin une bouche pour le dire              

une feuille tombe        on croit qu’elle tombe        en fait elle hésite       un enfant regarde une fourmi        une fourmi observe un caillou       un caillou regarde le temps qui passe      le temps ne regarde personne       d’autrui le temps n’en a rien à battre      au bout d’un certain temps une tasse vide est pleine de silence         au bout d’un certain temps seulement         ou pleine de sable blanc        j’observe une virgule faisant la sieste sur un banc       je l’observe avec une patience remarquable        l’observation est une politesse

au bout d’un certain temps les murs font remonter des informations       au bout d’un certain temps les chaises finissent par reconnaître les habitants d’une maison    au bout d’un certain temps les robinets se remplissent d’eau       au bout d’un certain temps les chaussures baillent en chemin      au bout d’un certain temps les serpents recommencent leur vie dans une autre peau      au bout d’un certain temps la pluie cesse        au bout d’un certain temps on change simplement de fauteuil et regarde la fenêtre au lieu de regarder le sol         au bout d’un certain temps on s’aperçoit que l’ange nous travaillait depuis le début en silence pendant que nous pensions vivre sans lui         au bout d’un certain temps plus personne 

quel ange nous travaille ?     quel ange nous pousse doucement ?  déplace notre chaise ? ouvre notre fenêtre ? disparait ?       quel ange souffle sur les braises ?  ralentit une seconde       retarde une larme        avance un sourire ?     quel ange garde les secrets de nos chaussures ?   peut-être qu’aucun ange ne nous travaille          peut-être est-ce seulement notre imagination       qui nous utilise       pour labourer les champs ?   quoi qu’il en soit      le temps      ou le langage      ou la patience     c’est la même chose !

 

la phénoménologie du tic nous enseigne quelques vérités          un tic est une sonnette qui indique un moment où la pensée cesse       ou bien     patine       fait du surplace dans une flaque d’idées reçues pleines de préjugés         s’enlise dans le sable du bois dont on fait des flutes       caracole dans le vide        dégage une odeur de brûlé       la phénoménologie du tic nous apprend que le tic est un geste       involontairement automatique       pour dire          « je mens »          car le tic parle         comme tout ce qui est d’ordre psychosomatique        car oui le tic est une maladie psychosomatique        l’inconscient monsieur freud tente de nous convaincre        en vain         que le tic est une manifestation hystérico-obsessionnelle libidineuse du « ça »           comme le clin d’œil libidineux      car monsieur a décidé  que tout ce qu’on ne comprend pas       relève du sexe     c’est un pari audacieux        analogue au pari de monsieur pascal     sur l’existence de dieu

 

comment gagner en profondeur            prendre une plume d’oie biseautée          tremper la plume dans l’encrier        le bel encrier en cristal au couvercle d’or dix-huit carats       effleurer la page avec le plumage             ne pas s’arrêter     ne pas se reposer dans la ramure           quand vous aurez trouvé enfin un mot           continuer        prendre son temps        attendre            ne pas s’arrêter         quand vous trouverez que le vide est     suffisamment profond         continuer à creuser l’idée      vous gagnerez encore en profondeur


quand j'écrirai de façon sublime j'arrêterai la poésie et me tournerai vers les mathématiques       quand j'aurai trouvé le mot parfait     le mot spectaculaire qu’on peut contempler    l’objet chéri de nos études et de nos méditations   

celui qui fait vibrer l'entendement comme une corde de violoncelle

quand mes phrases auront la qualité d'un théorème

et la beauté d'une course de chevaux         quand chaque syllabe vaudra au lecteur une émotion inoubliable       quand chaque vers sera l’ axe et le parallaxe du bonheur         quand la rime sera devenue aussi exacte qu'une bombe moderne   quand mon langage aura la richesse du nombre d'or     quand mes métaphores seront des fractales       quand mes silencieux anéantissements auront atteint la profondeur du zéro        quand j'aurai épuisé toutes les combines possibles

quand j'aurai prouvé que le larcin est un sous-ensemble de bureaux parisiens

quand j'aurai réduit l'émotion à une formule concave           alors j'arrêterai d'écrire

de la poésie       et je me tournerai vers les mathématiques        mais quand-même

je continuerai à creuser







vendredi 31 juillet 2026



j’ai besoin de peu de mots       peu de mots mais les miens      les  mots de mon poème m’appartiennent    le temps du poème       ils sont à moi moi moi moi            je les partage avec moi-même parce que je m’aime       je me fous des autres    car je ne suis pas monsieur bob dylan      je suis monsieur moi qui s’aime      je me fous de la noblesse du prix nobel moi monsieur       j’écris pour moi pas pour autrui       je ne cherche pas à être lu     je ne cherche pas à gagner ma vie avec ce que j’écris   je n’ai pas besoin de gagner ma vie     d’ailleurs je ne chante pas aussi bien  et je ne joue pas de la guitare moi monsieur    je vis d’amour et d’eau fraîche      je cherche à écrire peu de mots      j’ai besoin de peu de mots           j’avance en serrant les dents      dans une impasse sans fin       je médite un instant      je me demande ce qui va m’arriver au bout de l’impasse   je me réponds que je n’en sais rien       et que je m’en moque      je m’en fous      je m’en balance     il y a longtemps que je n’avais pas médité un instant si profondément en ouvrant le robinet à paroles     je ferme le robinet   je le rouvre    je le referme      je le rouvre      ça m’amuse beaucoup de remuer ce ménage    tout ça n’est pas bien tragique      je ne fais rien de mal       je ne sais pas écrire la poésie autrement que sous la forme d’un trouble obsessionnel compulsif     même si j’ai tout essayé dans ma carrière de poète de fond en comble      j’aurait tout essayé      toutes les formes pour toutes sortes de messages importants adressés à l’humanité née en même temps que moi     morte en même temps que moi     depuis que je suis le centre du monde    et pas uniquement son chef de gare    quand je parle au monde je m’écoute parler car je me moque du monde          je suis aussi simple que cela        d’ailleurs  quand je parle au monde  ce n’est pas moi qui parle c’est ma voisine martine       je ne me trouve pas assez bavard      en tout cas pas autant que feu jeanine bancquart  alors je continue jusqu’à ras bord     mon écriture est comment dire     corporelle      sensuelle si vous voyez ce que je veux dire       si vous devinez à quoi je pense      si vous n’avez pas peur de la vérité     cher public       chers téléspectateurs qui faites mon bonheur de présentateur du présent      du présent allumé       du présent allumé      du présent immédiat allumé       immédiatement allumé à humer     du présent immédiatement allumé à humer au présent        de l’instant présent     ne succombons pas à la féconde séduction des sirènes qui nous implorent en hébreu d’arrêter les flots des paroles d’ulysse tandis qu’il en est encore temps     ce n’est pas à nous spectateurs de siffler la fin de la partie     restons humblement modestes en nous remémorant au besoin nos anciens camarades  tous des gens humbles beaux et surtout modestes       tellement de gens se prennent pour le centre du monde qu’on ne peut savoir où situer l’art si le centre de l’art est partout à la fois  c’est à n’y rien comprendre malgré les efforts d’einstein    mais une chose que je comprends bien c’est celle-ci   je prends mon pied avec les mots de tout le monde     même les plus rares et précieux mots sont à tout le monde       tout le monde à les moyens de se payer un dictionnaire des mots rares et précieux       je viens d’inventer une nouvelle littérature     la littérature qui n’en finit pas de s’écrire       j’ai l’impression d’avoir inventé la lune        ce serait dommage de continuer nos errances    alors que le route est toute droite dans l’ohio     qui nous mène à un petit verre de porto cul sec     j’ai réglé mon cerveau sur poésie   je baigne dans la torpeur du ventilateur  j’utilise les mots pour dire des choses que je crois importantes à dire       et à faire entendre      faites circuler le message que je suis en train d’écrire        c’est de la littérature infinie      par paquets de douze miaulements suspects    quand je serai fatigué de ce marathon d’écriture perpétuelle je marquerai une pause      je préviendrai le lecteur par un panneau        à suivre       bien connu de nos téléspectateurs      que j’adore                       de toutes façons  j’ai besoin de peu de mots pour mon flux

 

à suivre



samedi 1 août 2026



le langage nous construit un abri les mots nous viennent de la pierre       ils furent gravés jadis dans de la pierre mûre et juteuse        la marque entaillait alors la pierre avec la lumière d’un scribe      mort depuis longtemps      mais ce qu’il a écrit restera      comme une trace de son passage sur terre    

du sang coulait du burin mêlé à du lait         de pièce en pièce       ce n‘était pas mon nom qui coulait     c’était le sang et le lait des pierres            alors j'ai pris     les pierres en sueur  sanglantes et laiteuses      j’ai posé autrement les pierres        sans ciment            sans plan      le sang la sueur et le lait me poursuivaient       de pièce en pièce avec zède       je croyais qu'on connaissait mon vrai nom qui commence justement par un drôle de zède  continue par è   et finit par     bre     alors j'ai pris peur    et j’ai repris en sueur les mêmes pierres         je les ai posées autrement        le mur est devenu autrement      voilà ce que le mur est devenu

une fenêtre ouverte dont les volets claquaient une fois par minute    une injure intérieure        commençant à faire de l'ombre       à la pluie qui est en moi        quand la voix      revient m’injurier     je ferme discrètement la fenêtre à clef


la vérité sort du puits colorée en bleu marine sur fond noir    autant vous dire qu’on ne  discerne pas aisément sa nudité    si elle était écrite en lettres d’azur sur fond noir ce serait tellement mieux          la vérité c’est que tu m’en veux     et que la voix intérieure qui m’injurie de la sorte       sort de ta bouche gourmande      friande de toutes sortes d’insupportables méchancetés apprises par cœur      j’y vois clair maintenant        tu tentes vainement de m’hypnotiser avec ta ridicule violence      mais tu ne m’auras pas      je suis plus résistante que tu ne crois    


en attendant des jours meilleurs      j’ai trouvé une solution provisoire      j’écris pour me soulager des misères que tu me fais     misère versus écriture    le temps passe et je n’ai toujours pas trouvé de solution définitive     alors j’écris ma misère      la misère que tu me fais continue mais je la transforme en formidable  joie de vivre       grâce à l’écriture    par la simple force des poignets    grâce à l’aide de mes doigts sur le clavier de la machine à écrire      c’est peut-être ça la solution      nous verrons bien



à suivre



 



lundi 2 août 2026


à chaque battement de mon cœur        un truc            à chaque battement de mon cœur        une chose        à chaque battement de mon cœur       un bidule         à chaque battement de mon cœur         un machin          à chaque battement de mon cœur       un quoi        à chaque battement de mon cœur         un qu’est-ce            à chaque battement de mon cœur          une panne d’imagination         à chaque battement de mon cœur         un fourbi          à chaque battement de mon cœur un presque

à chaque battement de mon cœur un peut-être        à chaque battement de mon cœur un etcétéra        à chaque battement de mon cœur un oubli

à chaque battement de mon cœur une trouvaille         à chaque battement de mon cœur un bout de ficelle        à chaque battement de mon cœur un peut-être pas      à chaque battement de mon cœur un revenez-y           à chaque battement de mon cœur          une histoire        à chaque battement de mon cœur           à suivre

me revoici dans le sexe des poètes          dans lequel           il y en a au moins deux que je sache       moi je suis une machine à écrire      je n’ai pas de sexe    je n’ai pas de conscience         je suis une menteuse       je suis une machine féminine pressée d’arriver à bout du sexe tabou          j’ai la loi hystérique pour moi       j’ai rendu la joie hystérique             je suis rendue dans la joie éternelle pour toujours à jamais ad vitam eternam amen         j’incarne la fierté de l’ongle de l’orteil de la féminité       de la france captive        de la domination masculine      attention à ce que vous allez dire je griffe



à suivre




mardi 3 août 2026


NOTULE DE JOE PASTRY SUR LA MALADIE DE LA CONNERIE

SIGNES CLINIQUES DE LA MALADIE DE LA CONNERIE


circonstances d'apparition        la connerie survient généralement lors d'une exposition prolongée aux dorures des plages et des théâtres municipaux                  elle s’accompagne d’un refroidissement soudain du bon sens et peut survenir lors d’une ingestion massive de diplômes 

évolution spontanée de la connerie commune          la forme bénigne dite connerie de comptoir évolue naturellement vers un bavardage bénin      mais laissée sans soins       elle se complique dans un p cent des cas en connerie d'apparat masculine      le patient commence alors à vouloir souffler dans les oreilles des autres et finit par contracter une hypertrophie du moi qui lui donne un jet de paroles pisseuses en arrosoir caractéristique        par ailleurs on constate depuis le début des années 2000 une épidémie de connerie féminine de grande ampleur     signe des temps modernes hélas     

épidémiologie       les études les plus récentes démontrent que la connerie moderne présente une distribution remarquablement égalitaire      les deux sexes sont atteints         ainsi que les catégories intermédiaires       les indécis du sexe       les experts du sexe    les autodidactes du sexe      et les membres des commissions chargées d'étudier la question

 

ORGANISATION DES SYNDROMES ET FORMES CLINIQUES

syndrome du colosse tétraplégique       engourdissement total des avant-bras face aux contingences de la vie quotidienne            cas célèbre      le géant richard wagner paralysé au buffet de la gare de frankfurt sous le poids de son drame sacré  submergé par un excès de trompettes       étouffé par les anneaux de piercing introduits dans sa mélodie par le chef d’orchestre du seizième arrondissement de paris       symptômes associés         survivance d’une légendaire obsession des armures en plastique        et peur panique des clés de douze

syndrome du poète à dorures         gonflement de la poitrine et réclamation spontanée de médailles en chocolat         cas de l'académicien ordinaire        arrivé sous la coupole et persuadé d'être le centre de l'univers       alors qu'il n'en est même pas chef de gare        symptômes associés      refus du bleu de travail et incapacité chronique à prononcer les mots truc bidule ou machin        ainsi qu’une peur servile de sa voisine martine

syndrome du propriétaire de dictionnaire       obsession d’alternativement   ouvrir et fermer le robinet à paroles du dictionnaire      et de faire payer des droits d'auteur aux gens passant dans l'air ambiant           cas célèbre de monsieur bob dylan       distingué par la noblesse d'un prix nobel de littérature       pour avoir joué de la guitare mieux que le quidam du quartier          symptômes associés       fermeture hermétique du bassin      surveillance indue des canards boiteux     et perte définitive de l’odorat tiède    dans la forme grande et longue connerie persistante

BIBLIOGRAPHIE

pastry joe    manuel d'intendance et de débouchage des tuyauteries verbales     éditions du GRPBQ+++    2026

collectif des quidams traité de la balance romaine appliquée à la liquidation des grands hommes      bureau de contrôle de la transprose    2025

martine (la voisine) de l'usage du pipeau populaire contre la tétraplégie wagnérienne gazette du feu aéré 2026

anonyme du 16e du plâtre aristocratique et de ses pannes d'imagination presses de la gare de frankfurt 2024

note tout benef    la présente notule enregistre l'homologation administrative     du regroupement syndromique       et l'inscription irrévocable au registre d’une étude clinique élargie signée joe pastry et intitulée SIGNES CLINIQUES DE LA MALADIE DE LA CONNERIE       consignant la classification des formes graves        le recensement des cas célèbres de tétraplégie d'apparat        l'inventaire bibliographique de l'intendance sur la question          et la validation de l’impossibilité de traitement de la connerie       déclarée maladie contagieuse incurable         par le feu aéré du GRPBQ+++       cette pièce est versée au dossier permanent de la transprose



à suivre


mercredi 4 août 2026

 

 

hier la journées s’et passée à peu près normalement      ce matin dès le réveil c’est le chaos      par chance cela ne se voit pas dans l’écriture       dans le chaos se trouvent en vrac       des sentiments d’insécurité    d’étrangeté     de danger    de peur       des sentiments d’exaltation      de joie       d’ivresse        d’intensité            des sentiments de tendresse  d’intimité      de fusion    des sentiments de dépersonnalisation     d’automatisme    d’absence de limite     de flou      mais surtout règne une impression générale de chaos    un sentiment de chaos     c’est un sentiment très beau      éprouver un sentiment de chaos       c’est devenir un être universel à l’image du chaos universel    c’est éprouver le choc de la beauté grecque   c’est être l’incarnation du chaos par identification      par projection       par introjection      c’est se poser des question      s’interroger     être perplexe       figé      catatonique       et non pas      libéré      souple     ondulant      par séries d’ondulations dans un espace étroit mais à cinq dimensions       c’est déjà très onéreux cinq dimensions     ah oui très chaste ministre    très chic ministre       d’une élégance à vomir     tellement elle est grande       distinguée      cadavérique       chaotique      la forme du chaos c’est la forme d’une flamme       pas la forme stylisée      la forme brute    la forme en dents de scie de la flamme       la flamme en dent de scie coupe en rondins le bois de la cheminée          les copeaux font des étincelles qui mettent le feu au tapis    le salon brûle      la maison est en feu           un pharmacien à moitié brûlé vient se réfugier chez moi         j’appelle l’ambulance des premiers secours            avec le temps      ne restent que des cicatrices      l’intense émotion est passée      s’oublie        le traumatisme n’est plus qu’un souvenir lointain    un accroc qu’on répare dans le tissu de l’existence     voilà la paix revenue          le calme       le bien être          le petit footing du matin       sur les sentiers de la forêt de la paix         le charme des chants d’oiseau        le bruit silencieux de l’eau d’un ruisseau     les rayons de lumière au milieu des fougères       la paisible vache qui broute de la vapeur d’eau     le ventilateur ouvrant la bouche pour exhaler sa fraicheur   les ombres sur le plancher ciré      la pièce qui sent l’odeur des livres    odeur caractéristique      odeur des librairies       odeur des bibliothèques municipales           où l’on trouve des livres rares          anciens         les pages des livres anciens ont perdu la blancheur d’origine dans la paix studieuse des bibliothèques municipales qui durent dans le temps        qui survivent à des générations de lecteurs     qui gonflent années après années jusqu’à occuper tout le ciel environnant car il n’y a plus de place sur la terre        occuper le ciel c’est chasser les oiseaux du ciel proteste le ministre de l’écologie     au demeurant quelqu’un de sérieux appliqué à faire son devoir       un ministre d’une cinquantaine d’années     consciencieux et chauve    divorcé      quatre enfants      très pauvre       sans travail        vivant de mendicité         de rapines         du contenu des poubelles      les ministres travaillent bénévolement pour le bien commun          quelle différence pour un ministre entre écrire un poème et se masturber ?         écrire un poème c’est prendre sa main et la poser sur la page comme on pose une main sur une cuisse        se masturber c’est prendre sa main et la poser sur soi comme on pose une main sur une page     écrire un poème c’est chercher le mot juste qui fait vibrer la langue                           se masturber c’est trouver le geste juste qui fait vibrer le corps         écrire un poème c’est parfois long parfois court parfois sec parfois mouillé                           se masturber c’est parfois long parfois court parfois sec parfois mouillé écrire un poème c’est se dire que personne ne lira ça ou que tout le monde lira ça          se masturber c’est se dire que personne ne saura ça ou que tout le monde saura ça     écrire un poème c’est finir par un soupir ou par un cri       se masturber c’est finir par un soupir ou par un cri        alors ? la différence ?


ceci dit       une nouvelle expérience de l'altérité        c'est peut-être l'effet psychique le plus profond de l’IA         pendant des siècles       dialoguer signifiait dialoguer avec  un autre humain        un livre       soi-même        l'IA introduit une nouvelle forme de dialogue         ce n'est ni un livre     ni une personne       c'est un partenaire conversationnel qui répond       reformule        critique      invente               cette expérience est psychologiquement nouvelle     elle modifiera probablement notre manière de penser avec les autres      et avec nous-mêmes

c’est une modification de notre expérience intime de la pensée         cette transformation pourrait être aussi importante       à long terme     que les inventions de l'écriture et de l'imprimerie         même si ses effets précis restent encore largement incertains  

         liberté de l’oiseau     l'oiseau habite le ciel  pas les nuages         il traverse les oreilles ouvertes        les arbres         le vent         l’écriture         

l'espace qui s'ouvre devant son bec       s’appelle liberté         

l'aigle      son vol très haut dans le ciel évoque l'indépendance de la france       la puissance des manigances     l'absence de frontières des pays tiers          l'albatros        symbole d'une liberté immensément     intense        liée à l'océan et aux longues traversées cannelées de vaguelettes      depuis charles baudelaire         il représente aussi le poète qui fouette     libre dans le ciel de miel du pays        mais maladroit sur la terre mère sincère        le cheval sauvage ailé incarne la liberté de l'élan créateur        par refus de la domestication à pompons métropolitains       les pompons du métro sont les plus beaux        le cheval sauvage ailé a la force de la liberté intérieure          l'hirondelle symbolisant la migration artificielle        et le retour des saisons profondes       est une liberté en mouvement du dedans      le papillon si mignon       représente la métamorphose du trognon de pomme et la liberté de devenir chenille zigzagante gazeuse      le loup ailé  contrairement aux idées reçues     n'est pas seulement l’incarnation de la sauvagerie mesquine et de la férocité du citron pressé       il évoque aussi     comme le cheval sauvage ailé    l'autonomie des plis des pantalons   et  la liberté de la vie sauvage spectaculaire       la fourmi ailée    cette bestiole noire et molle     ne symbolise pas la même liberté spectaculaire que l'aigle royal décapité      mais une autre liberté        celle de poursuivre son chemin malgré les obstacles  des oracles bâclés des tabernacles      sans demander l'autorisation du surmoi     c'est une liberté humblement collective et obstinée         cette même liberté que défendait le chevalier bavard    sans peur et sans reproche


à suivre





 

 

jeudi 5 août 2026

 

enfant riches déprimé    joe pastry     notule sur la psychologie des enfants riches déprimés       l'enfant riche déprimé possède davantage de chambres        que de chambres à soi         il n’apprend pas à reconnaître la valeur des objets personnels      son percepteur  feint de lui enseigner le prix du chagrin             les jouets arrivent avant les désirs          les réponses avant les questions                   les cadeaux avant les anniversaires        on observe très souvent une allergie au manque         compliquée systématiquement       d'une carence en étonnement          le patient regarde parfois mélancoliquement la pluie tomber sur le parc familial dont les gouttes appartiennent  au notaire          il possède sept vélos mais ne s’en sert pas parce qu’il ne sait plus duquel tomber vraiment       il collectionne les possibilités sans parvenir à en choisir aucune         il ouvre les tiroirs du bonheur comme on ouvre les placards d'une cuisine ikea       espérant en vain qu'une émotion fraîche comme une pâte      oui mais une pâte panzani      s'y sera glissée pendant la nuit des césars       il a un     sourire parfaitement entretenu par un jardinier d’agrément      un regard cherchant la sortie de secours        une légère atrophie de l'imagination       contrairement aux idées reçues         la richesse ne fabrique ni le malheur ni le bonheur          elle fabrique dans l’indifférence générale        entre-coupée de sursauts de curiosités locales    des limousines      comme d'autres des bicyclettes           tous et toutes finissent par demander leur chemin au langage      prescrire à tire d’aile expérimental       une heure quotidienne de fréquentation des fourmis du zoo         deux conversations par jour    avec une boulangère philosophe malgache        un caillou ramassé sans sa facture pétrolière      un orage regardé fenêtre ouverte sur la lambada                une promenade sans chauffeurs poids lourds bruns musclés       plusieurs doses de mots inutiles et sincères         éviter autant que possible les compliments en matière plastique             préférer les questions qui n'ont pas encore trouvé leur réponse 

l'évolution dépend moins du contenu du portefeuille parental que de la capacité du sujet à découvrir que le monde ne lui doit rien        néanmoins un mendiant peut  lui offrir quelque chose en retour        lorsqu'il cessera d'habiter la maison familiale pour commencer à habiter les langages communs          une amélioration spectaculaire serait parfois observée          la présente notule enregistre le classement provisoire du syndrome de l'enfant riche déprimé         parmi les maladies d'abondance incomplète et frustrante          la notule confirme que les émotions refusent obstinément de respecter les catégories fiscales         elle rappelle que les larmes demeurent intégralement exonérées d'impôt        et verse le dossier au registre permanent de la transprose        pour examen contradictoire par les quidams du GRPBQ+++         avant toute décision définitive      concernant la valeur marchande du bonheur

 

  

l’histoire du racisme         c’est l’histoire d’une catastrophe qui tourne mal     il est vrai que rares sont les heureuses catastrophes         les catastrophes commencent en général par des évènements graves        annoncées de loin par des nuages de fumées      des stratocumulonimbus noirs sur fond azur    l’histoire du racisme  c’est l’histoire d’une catastrophe qui tourne mal   certes    mais surtout        c’est l’histoire d’une catastrophe    qui tourne sur elle-même   comme une toupie       et qui se déplace comme un tourbillon maléfique      comme une tornade de fumées noires     comme le typhon fumant de la légende    qui montre son côté obscur       sa face noire     face noire diabolique    pour ne pas dire face nègre diabolique         tellement diabolique      que seul l’esclavage        a pu venir à bout un moment de ces faces plates de nègres       au nez écrasé par la violence du coup de poing raciste          même coup de poing raciste au cœur  des juifs venus de judée     installés en allemagne et chassés de l’europe entière  par les nazis       nazisme et racisme veulent me dire la même chose        l'histoire du racisme c'est l'histoire des mots du racisme         comme le mot     nègre     noir      qui vient du latin niger     noir    qui signifie nègre       les mots sont des masque qui servent à mentir       à servir la soupe froide du racisme ambiant      un visage vire à la couleur noire     la couleur noire devient une preuve         une preuve envoie en prison          la prison et l’extermination terminent le cycle naturel du racisme       le racisme commence rarement par un coup de poing il commence le plus souvent par une façon de regarder l’autre        la racisme classe      ensuite hiérarchise       enfin frappe à l’américaine         à chaque génération la catastrophe change la disposition de ses pieds      elle abandonne certain piétinements pour en forger d'autres         elle remplace le fouet du soupçon par l'injure      le sourire sardonique de mauvais aloi par le préjugé ordinaire qui passe partout       le racisme dénonce une couleur malsaine de la peau       c'est une maladie du regard qui rétrécit trois fois le regard de celui qui regarde          et lorsque l'histoire croit en avoir terminé avec le racisme dans certains milieux fraternellement solidaires       il revient par la porte  grande ouverte de l’évidence      avec un nouveau vocabulaire dédiabolisé       des vêtements plus propres comme il faut     et les mêmes vieilles peurs froissées soigneusement repassées par le fer politiquement correct du rassemblement national français      européen         mondial       rassemblement de la vache maigre       du veau  et du reste du troupeau de moutons qui votent bleu marine    alors que pour ma part        ma couleur préférée reste le rose         le lecteur qui va à la pêche en tournant la page au lieu de passer son temps à faire attention au message        ne lit pas                il lance son hameçon dans le texte         en espérant attraper une idée déjà connue           quand il remonte sa ligne          il s'étonne       de ne pas trouver le poisson que l'auteur n'a pas mis dans l'étang     il rentre    titubant     incertain et bredouille


à suivre



vendredi 6 août 2026


non omnis moriar          il ne restera de moi    qu'un pli d’étoffe          une fêlure de vitre        un grain de lumière       et le bruit de la page que l’on tourne        je ne mourrai pas tout entier     non omnis moriar                   quelqu’un viendra      quand l’ombre sera basse et la lumière haute         ouvrir le tiroir de notules     mais la lettre qui fut écrite ne cherche plus à atteindre           elle subsiste simplement        à la manière d’un caillou dans une chaussure         débarrassée de mon nom


je crois savoir que le langage mathématique       en tant que langage artificiel comporte plus d'un million de signes           tandis que le langage naturel comporte en français 24 signes       le langage mathématique d'un million de signes                 est artificiel et donne naissance à l'intelligence artificielle        le langage naturel en 24 signes        donne naissance à l'intelligence naturelle           le langage de communication est dit naturel quand il n'est pas créé par seulement quelques-uns mais créé par sédimentation de couches successives de pâte humaine tandis que le langage mathématique est artificiel dans la mesure où il se crée ex abrupto ex nihilo ne sert pas à la communication du réel mais à l'exploration du réel par des moyens parfois douteux comme le théorème de marguerite 


la vie recommence à chaque instant t          elle arrive les poches pleines de l’innocence d’aujourd’hui            le premier souffle du matin n’est pas le frère jumeau du second           entre les deux l’univers a changé de chemise         une fourmi a déplacé un caillou        une pensée a quitté son vieux manteau                       la vie recommence à chaque instant t        même lorsque rien ne semble bouger        le silence déménage           l’ombre change de jambe         la poussière poursuit son apprentissage          nous croyons continuer mais nous recommençons       nous croyons revenir mais le chemin a déplacé ses virages       la porte d’hier ouvre sur une autre maison          le langage recommence lui aussi                    il prend le même mot          le tourne entre ses doigts        souffle dessus comme sur une frite           et voilà qu’un mot ancien découvre une signification à laquelle il n’avait jamais osé penser        à chaque instant le cœur recommence son métier de cœur          les yeux recommencent leur métier de fenêtre         les mains leur métier de pont           le cerveau son métier d’étonnement             le citoyen poète croit écrire la suite pourtant il écrit toujours un premier vers          le précédent appartient déjà à quelqu’un d’autre          peut-être à celui que j’étais                            il y a quelques secondes        peut-être au langage qui nous précède d’un battement de cœur        la vie recommence à chaque instant          voilà pourquoi le désespoir n’a jamais le dernier mot          il oublie qu’une seconde suffit pour que l’air change de direction         pour qu’un oiseau traverse le ciel          pour qu’un visage relève les yeux         pour qu’un mot trouve enfin une bouche pour le dire    

          

une feuille tombe        on croit qu’elle tombe        en fait elle hésite       un enfant regarde une fourmi        une fourmi observe un caillou       un caillou regarde le temps qui passe      le temps ne regarde personne       d’autrui le temps n’en a rien à battre      au bout d’un certain temps une tasse vide est pleine de silence         au bout d’un certain temps seulement         ou pleine de sable blanc        j’observe une virgule faisant la sieste sur un banc       je l’observe avec une patience remarquable        l’observation est une politesse


au bout d’un certain temps les murs font remonter des informations       au bout d’un certain temps les chaises finissent par reconnaître les habitants d’une maison    au bout d’un certain temps les robinets se remplissent d’eau       au bout d’un certain temps les chaussures baillent en chemin      au bout d’un certain temps les serpents recommencent leur vie dans une autre peau      au bout d’un certain temps la pluie cesse        au bout d’un certain temps on change simplement de fauteuil et regarde la fenêtre au lieu de regarder le sol         au bout d’un certain temps on s’aperçoit que l’ange nous travaillait depuis le début en silence pendant que nous pensions vivre sans lui         au bout d’un certain temps plus personne 


quel ange nous travaille ?     quel ange nous pousse doucement ?  déplace notre chaise ? ouvre notre fenêtre ? disparait ?       quel ange souffle sur les braises ?  ralentit une seconde       retarde une larme        avance un sourire ?     quel ange garde les secrets de nos chaussures ?   peut-être qu’aucun ange ne nous travaille          peut-être est-ce seulement notre imagination       qui nous utilise       pour labourer les champs ?   quoi qu’il en soit      le temps      ou le langage      ou la patience     c’est la même chose !

 

la phénoménologie du tic nous enseigne quelques vérités          un tic est une sonnette qui indique un moment où la pensée cesse       ou bien     patine       fait du surplace dans une flaque d’idées reçues pleines de préjugés         s’enlise dans le sable du bois dont on fait des flutes       caracole dans le vide        dégage une odeur de brûlé       la phénoménologie du tic nous apprend que le tic est un geste       involontairement automatique       pour dire          « je mens »          car le tic parle         comme tout ce qui est d’ordre psychosomatique        car oui le tic est une maladie psychosomatique        l’inconscient monsieur freud tente de nous convaincre        en vain         que le tic est une manifestation hystérico-obsessionnelle libidineuse du « ça »           comme le clin d’œil libidineux      car monsieur a décidé  que tout ce qu’on ne comprend pas       relève du sexe     c’est un pari audacieux        analogue au pari de monsieur pascal     sur l’existence de dieu

 

comment gagner en profondeur            prendre une plume d’oie biseautée          tremper la plume dans l’encrier        le bel encrier en cristal au couvercle d’or dix-huit carats       effleurer la page avec le plumage             ne pas s’arrêter     ne pas se reposer dans la ramure           quand vous aurez trouvé enfin un mot           continuer        prendre son temps        attendre            ne pas s’arrêter         quand vous trouverez que le vide est     suffisamment profond         continuer à creuser l’idée      vous gagnerez encore en profondeur


quand j'écrirai de façon sublime j'arrêterai la poésie et me tournerai vers les mathématiques       quand j'aurai trouvé le mot parfait     le mot spectaculaire qu’on peut contempler    l’objet chéri de nos études et de nos méditations   celui qui fait vibrer l'entendement comme une corde de violoncelle quand mes phrases auront la qualité d'un théorème

et la beauté d'une course de chevaux         quand chaque syllabe vaudra au lecteur une émotion inoubliable       quand chaque vers sera l’ axe et le parallaxe du bonheur         quand la rime sera devenue aussi exacte qu'une bombe moderne   quand mon langage aura la richesse du nombre d'or     quand mes métaphores seront des fractales       quand mes silencieux anéantissements auront atteint la profondeur du zéro        quand j'aurai épuisé toutes les combines possibles

quand j'aurai prouvé que le larcin est un sous-ensemble de bureaux parisiens quand j'aurai réduit l'émotion à une formule concave           alors j'arrêterai d'écrire de la poésie       et je me tournerai vers les mathématiques        mais quand-même

je continuerai à creuser