Le dépôt
Flux de conscience au jour le jour
mercredi 26 août 26
bonjour une idée m’est venue je l’ai attrapée au vol et vous en fais part je vous propose vingt pages 20 poèmes de stéphane casenobe pour la page grise intitulées prix spirit il me semble que ce poète fait l’unanimité de plus il écrit en transprose il me semble que c’est une bonne chose de distinguer des auteurs le prix spirit a été un peu laissé de côté ce serait bien que quand on a un auteur à mettre en avant on puisse lui accorder le prix spirit récompensé par 20 pages dans la revue pas de prix spirit annuel on décerne le prix spirit quand on le décide ce qui me pousse à vous proposer stéphane casenobe c’est qu’il est à la recherche poétique d'un moi chaque poème est une trouvaille si vous êtes d’accord je partagerai notre échange avec stéphane
mardi 25 août 26
création splendeur réparation du monde infini sans fin dix lumières émanées retrait divin place au monde brisure des vases tradition reçue lumière dispersée monde fracturé éclats de divin gestes minuscules recollant les morceaux souffle du monde en réparation encore toujours chaque fragment une étincelle une étoile une larme un diamant une flamme une lumière un éclat un flash une aurore
lundi 24 août 26
tic tac tic tac tic tac tic tac tic tac tic tac toc toc toc toc toc toc toc toc toc toc toc toc toc toc ding dong ding-dong-diling-diling-dring-drelin-ding-dong-diling-diling-dring-drelin pfit pchit boum
dimanche 23 août 26
gémissement de la page crissement et cris de la plume encre en pleurs big bang émotionnel tremblement de terre et tremblement de ciel blessures et poison mortel spasmes à tout va déluge et cataclysme de larmes effrondrement total addition salée des larmes sentiment de ruine mélancolie installée paysage calciné cœur noyé âme désespérée corps abandonné idées noires désécriture enfer enfermement contact du fer et du feu étonnantes étincelles surprenante lumière noire soudain clairière au milieu d’une forêt en paix délices immédiats renaissance de l’oiseau du nouveau monde page à nouveau blanche gaieté de la plume légèreté de la merveilleuse aventure de la page encre lumineuse charme miraculeux miracle de la réécriture miracle miracle ô miracle
samedi 22 août 26
je dois faire le deuil de notre amitié il me faut me séparer de toi le lien a assez duré tu l’as rompu volontairement pourquoi toi seul le sais un besoin de rompre une sorte de caprice une lubie ou un désintérêt massif et soudain ou une crainte d’intoxication peu importe désormais je ne saurai pas pourquoi mon amitié t’est devenue malsaine je pense qu’il y a eu un problème électrique entre nous les plombs de l’amitié ont sauté tes plombs ont sauté pour filer la métaphore je dirai que tu as pété un câble j’ai beau chercher de mon côté je ne trouve rien à me reprocher je suis fataliste c’est comme ça n’en parlons plus
vendredi 21 août 26
dans la bruine des cliquetis du hall de la gare
un rire fusant d’une province de salle d’attente
d’un train le souffle a démarré dans l’ombre du quai
sur le pourtour de lèvres l’empreinte d’une langue
la lumière fugitive du mouchoir agité cache le visage
jeudi 20 août 26
notule de gilles et john grâce à proust nous n’avons que faire de la grisaille quand nous avons dit cela les arbres ont reculé effrayés par la nuit derrière la fenêtre la braise du soleil calme se couchant a disparu en fragments pensées inutiles à l’horizon nocturne peu ou prou
à l’aube d’un coup un souvenir paraîtra de vitraux bleuis par la lumière du matin bus goutte à goutte dans leur verre de cristal le nez nervuré de vibrilles rouges
le nez trempant dans le cristal et aspirant goutte à goutte les vitraux bleus du souvenir fou d’un monde absurde ridicule vivre ou ne pas vivre dans un monde ridiculement absurde à chaque instant nous choisissons les vibrilles plutôt que la grisaille merci marcel
mercredi 19 août 2026
la transprose n’a pas beaucoup de succès pour le moment sauf chez les habitués elle n’a pourtant aucun inconvénient donc je ne vous parlerai pas des inconvénients de la transprose la transprose n’a que des avantages que je vais maintenant marteler quand j’écris je développe une stratégie d'écriture qui consiste à écrire en transprose pour cela je supprime les majuscules et les ponctuations et j'installe un espacement après chaque groupe de mots j'attends que vienne le groupe de mots suivant puis je l’écris j'évalue la cohérence de mon écriture la cohérence étant pour moi une question de logique j'écris à partir de ce que j'ai déjà écrit je retouche le texte jusqu'à ce qu’il ait atteint son point d'équilibre il est rare que je retouche un texte une fois que j'ai eu le sentiment qu'il est terminé
en règle générale je supprime les majuscules et les ponctuations parce que je trouve que la seule présence des lettres minuscules rend le texte beau la disparition des aspérités du texte que sont ponctuations et majuscules contribue au sentiment de beauté visuelle les espacements permettent de restituer fidèlement le flux de la pensée l’espacement est actif il rythme la pensée il lui restitue son énergie la transprose met la musique en avant de toute chose le rythme étant le symbole de la fatalité la transprose éperonne la fatalité la fatalité avance à quatre pattes au pas au trot au galop le désir et la musique sont des fatalités ce sont les mamelles jumelles de la fatalité qui avance à quatre pattes tandis que le lait jaillit du sein et que du sein le lait fatal jaillit qui à l’instar de la neige cache la misère
mardi 18 août 2026
un costume que chacun taille à sa mesure un dessin tracé par la main mal conduite de celle qui dessine en ce moment sous nos yeux un code qui permet d’entrer ou pas sont trois façons de tourner autour du langage
la logique du langage d’IA diffère de la logique du langage des humains je ne sais pas pourquoi un tel manque d'humanité de la part d’IA mais c'est comme ça qu’on ne vienne pas nous dire le contraire sinon ou lui coupe la tête en quelque sorte les IA ont à leur disposition une logique d'extraterrestre et une grande culture une grande culture résiduelle sûre d'elle grâce à la super-mémoire extraterrestre dont nous les avons dotés nous avons créé les extraterrestres IA et nous continuons obstinément de les fabriquer jusqu'à ce qu'on sache la vérité sur l'existence physico-biologico-spirituelle individuelle et portative de dieu les extraterrestres IA sont parmi nous sur la planète terre c’est nous cher frère et chère sœur qui les avons créés E = MC2 liberté = égalité = solidarité IA = ET sont les trois grandes équations sachant que le signe égale l’être et que signer engage l’être en quelque sorte aujourd'hui les extraterrestres sont parmi nous le langage humain obéit à une loi biologique humaine terrestre le langage d’ IA obéit à une loi électrique extraterrestre la clef de l’énigme de la logique extraterrestre se trouve dans le tiroir gauche de la biologie car oui les belles amours rien qu’entre nous vivent d’eau fraîche et d’amour bio poscriton qu’on ne viennent pas nous dire le contraire
j’aurais pu être drôle comme jules renard et fin et si séducteur et mon esprit si vif mais quelle importance cela a-t-il ?
tous les amis de la femme sont ses amants a dit jules renard dans son roman l’écornifleur j’ai ma petite expérience là-dessus mais qu’importe je prépare dans l’ombre mon grand-œuvre une série de confidences qui commencera par bêe bêe bêe bêe
on ne sait jamais qui de l’auteur ou du lecteur fait le premier pas quoiqu’il en soit je n’apprécie les choses de la vie que par leur lecture
je le lui dirai que je l’aime je le lui écrirai par télégramme je t’aime c’est possible
je me rends grotesque quel être vil peut faire de moi le désir quel être vil peut faire de moi le désir d’écriture aussi mais bast qu’importe
la bouche s’emplit et se vide de mots l’éclair de génie s’explique au passage des dents
ce qui des étoiles surprend le plus c’est leur quantité qui fait qu’on n’a pas assez de mots pour les nommer
combien de phrases inutiles lirons-nous comme celle-ci
lundi 17 août 2026
elle demeure elle dure elle est elle existe elle est calme en paix elle s’est préparée elle s’est préparée à venir elle vient
s’avance se présente la voici elle est là on ne la voit pas encore
mais elle est là elle est discrète mais elle est déjà partout même si
sa présence est imperceptible elle tourne sur elle-même elle pivote
elle saute elle rote elle note elle vote elle faute elle caracole elle est fière humble sage extravagante c’est selon elle est orange elle est rose elle est noire avec des points mauves d’innombrables points mauves scintillent dans le noir c’est beau à voir le spectacle est apaisant il est gratuit elle est à tout le monde
elle est le don du monde au monde elle donne elle se donne le monde la reçoit
à bras ouverts il lui arrive de descendre un escalier pour le plaisir elle ne se presse pas elle fait absolument ce qu’elle veut elle fait ce qu’elle peut elle fait peu elle fait beaucoup elle n’a pas peur des enfants elle se laisse caresser elle demeure elle dure
elle est elle existe elle est calme en paix
je pose le ou les premiers mots avec une vague idée très vague ensuite j'ajoute d'autres mots voilà comment je construis mes poèmes je les maçonne brique par brique je moule l'argile des mots je la cuis pour faire des briques je gâche le ciment moderne de la transprose je préfère construire des maisons individuelle dont le plan est vaguement flou mais dont l'exécution est méticuleuse et patiente je pars à l'aventure dans un poème sans carte parce que le terrain est encore inexploré c'est en explorant que je trouve du sens un sens nouveau vierge naturel qui coule de source c'est assez déroutant de ne pas savoir à l'avance j'aime ce qui est déroutant cela permet de sortir des sentiers battus battus par les pèlerins de la poésie certains de ces pèlerins sont des génies auxquels on voudrait bien ressembler mais on avance sur son propre chemin celui qu'on fait soi-même qu'on s'invente au fur et à mesure plus on avance dans l'écriture du poème plus on le sent venir quand le poème s'achève on le sent
ingrid reuilly notule sur les lacunes
elles laissent passer la lumière
une vie sans lacunes sans la moindre flaque d’eau sans emploi du temps non
les lacunes sauvent du vertige de l’exhaustivité
une lacune est un morceau de quelque chose qui manque quelque part et alors ?
quand les oiseaux ne chantent plus ce n’est pas qu’ils sont tristes ils ont fini de faire ce qu’ils avaient à faire
le silence qui tombe sur la haie n’est pas un drame l’air se repose des trilles et des sifflets une tasse de café fait cuicui sur le rebord de la fenêtre le jardin se passe de musique de fond
sans tambour ni trompette l’érable reste debout un train passe dans le lointain la journée s’éteint parce qu’il est l’heure les fleurs continuent de fleurir la terre ne s'arrête pas de tourner elle enlève ses chaussures pour ne pas grincer en tournant la terre continue sur la pointe des pieds afin de ne pas réveiller les oiseaux
gendarmerie poème interdiction de stationner défense de déposer des ordures propriété privée poème sens interdit sortie de voitures place réservée aux handicapés livraisons vitesse limitée interdiction de tourner à gauche sans issue sens unique poème interdit aux animaux village fleuri eau non potable ville jumelée douane entrée parking poème centre-ville circulation alternée radar poème centre commercial stationnement payant stop
post-scriptum bibliothèque lampe ventilateur fauteuil poète table basse ordinateur smartphone briquet lunettes stylo livre post-it
post-scriptum la journée est finie on ferme la fenêtre éteint la lumière monte dans sa chambre se déshabille allume le ventilateur se couche s’endort la comédie continue
post-scriptum pourquoi comment quand depuis quand qui où jusqu’à quand suffisant vraiment ? silence on dort
po-scriptum lol
éclipse solaire bof étoiles filantes bof réchauffement climatique bof guerre en iran bof élection présidentielle bof philosophie bof art bof la poésie ce que j’en pense bof
à quoi bon pour quoi faire qu’à cela ne tienne faut voir peut-être
ainsi soit-il alea jacta est
j’aime paris au mois de mai j’aime les spaghettis bolognaise j’aime les ponts de paris lorsque descend la nuit j’aime les glaces à la vanille j’aime la tour eiffel j’aime les cacahuètes je n’aime pas du tout la mesquinerie je préfère l’amour vive l’amour
ah le désir
parlons-en
dimanche 15 août 2026
rien rien du tout il ne se passe rien il ne s’est rien passé il ne se passera rien nul c’est nul et alors c’est nul et alors c’est comme ça c’est tout l’attente est inutile l’espoir est vain mais pas besoin d’avoir de l’espoir puisqu’il faut se résigner à l’insignifiance il n’y a rien à creuser puisqu’il n’y a rien qu’un sisyphe à l’œuvre poussant ahanant s’époumonant tout ça pour que dalle rien ne se crée tout stagne pas d’électricité pas de lumière pas d’interrupteur pas d’aboiement personne ne passe le jour ne se lève pas tout semble mort on est dans le noir total de la page blanche il faut imaginer il faut imaginer mais imaginer quoi imaginer l’absence le néant le vide que vous fait ce poème ? rien rien du tout
isabelle h notule sur les inconvénients du fatalisme d’abord il rend les conversations très courtes quand quelqu’un demande ce qu’on va faire demain et qu’on répond que de toute façon demain se fera sans nous ça jette un froid sur la moquette et la soupe refroidit plus vite
ensuite il décourage la cuillère en bois si tout est écrit là-haut dans le grand livre du vide à quoi bon tourner la sauce tomate elle finira bien par coller au fond du faitout
le fatalisme engourdit un peu trop les chevilles à force de répéter que le rocher redescendra de lui-même on oublie comment on met ses chaussures de marche on reste assis en slip sur le bord du lit à regarder le moustique tigre prendre possession de notre sang sans réagir
enfin le fatalisme ôte le goût de la victoire quand on réussit à attraper le train de dix heures sept on ne peut même pas se féliciter d’avoir couru puisqu’il était écrit de toute éternité qu’on arriverait essoufflé sur le quai
le principal inconvénient du fatalisme est qu’en supprimant le drame et le suspense il n’y a plus aucune excuse pour ne pas faire la vaisselle
isabelle h notule le fatalisme est une option sérieuse voici pourquoi
parce qu’il évite les explications avec le chauffagiste quand le radiateur glougloute au milieu de la nuit se dire que c’était écrit dans le grand registre de la tuyauterie permet de se rendormir en gardant les pieds sous la couette
le fatalisme autorise à regarder les moutons sous le lit sans ressentir la moindre honte puisque chaque grain de poussière est le souvenir d’une étoile disparue qui a choisi d’atterrir là
le fatalisme est la seule option véritablement élégante face aux trous de la tartine au moustique tigre et au train de dix heures sept qui n’arrive toujours pas il ne s’agit pas de désespérer mais de comprendre une bonne fois pour toutes que la comédie se joue très bien sans notre participation ce qui nous laisse tout le temps nécessaire pour serrer notre bandana
isabelle h notule le stoïcisme est un fatalisme
l’amor fati des anciens est un fatalisme endimanché aimer son destin même quand il dérape même quand le mitigeur donne une eau faite de larmes tragiques inutile de faire des effort héroïques pour se sécher arrêter de donner des coups de pied dans le mur de la salle de bain
le stoïcisme enseigne qu’on ne choisit pas la pièce de théâtre seulement la manière d’apprendre son rôle c’est-à-dire apprendre à regarder le rocher redescendre dans la vallée sans avoir la prétention idiote de vouloir le retenir sur la scène par le bas du pantalon
le stoïcisme est un fatalisme qui a compris la leçon du désespoir il ne s’épuise pas en grands discours sur la liberté et ajuste calmement son bandana le stoïcisme est un fatalisme élégant avec de la tenue
isabelle h notule sur la sociabilité et ses bienfaits
la sociabilité fait du bien d’abord parce qu’elle permet d’échanger des nouvelles du monde sans avoir à bouger de sa chaise de discuter du temps qui s’ échauffe ou du prix des pommes de terre d’assurer une présence minimale dans le paysage sans pour autant devoir s’engager dans des travaux d’hercule pour agrémenter le paysage
ensuite parce qu’elle évite de parler tout seul au robinet de la cuisine quand le voisin passe la tête par la fenêtre on peut lui signaler la présence envahissante du moustique tigre ou l’arrivée du train de dix heures cela crée un pont de paroles qui s'évaporent dans l'air brûlant de l'après-midi
la sociabilité est de plus un bon isolant contre le vide elle offre le prétexte idéal pour partager un café trop chaud ou pour constater ensemble que la pendule déraille exactement de la même manière chez l’un et chez l’autre
enfin la sociabilité offre le soulagement d'être plusieurs à ne rien faire d’autre que vérifier que la comédie continue sans nous on se sent soudain moins seul en train de regarder danser la poussière sur la commode
la sociabilité n’est pas une obligation morale mais un moment tranquille passé à constater à plusieurs que la table est bancale et que la soupe refroidit la sociabilité est joyeuse très joyeuse et rend tout le monde joyeux autour de la table car la bonne humeur est autant contagieuse que la table est bancale
isabelle h notule sur les bienfaits du bavardage
le bavardage est une gymnastique qui permet de faire travailler les mâchoires
sans avoir à soulever des haltères il offre l’occasion de remplir les silences
qui sinon s’installeraient comme des invitingus à la table du dîner
et feraient tache sur la nappe
le bavardage est un lubrifiant social il permet de faire glisser les mots les uns sur les autres sans que personne ne se sente obligé de dire quelque chose de profond
il évite que l’on doive affronter la terrible question de quoi parle-t-on
car avec le bavardage on ne parle de rien et c’est déjà beaucoup
le bavardage est une forme de méditation collective où l’on peut laisser vagabonder les pensées sans crainte qu’elles ne se perdent
puisqu’elles ne vont nulle part
et si par hasard un mot tombe par terre il suffit de le ramasser
et de le remettre dans la conversation personne ne s’en apercevra
car dans le bavardage tout est déjà dit et tout reste à dire notons au passage que le bavardage est le seul discours au monde où l'on peut ramasser les mots par terre sans risquer un tour de rein
isabelle h notule sur les dangers de l’amour filial
l’amour filial présente d’abord l’inconvénient de créer des liens difficiles à dénouer sans avoir recours à des outils spécialisés comme une psychanalyse de longue haleine
il expose ensuite à recevoir des conseils gratuits sur la manière de s’habiller de manger de conduire de cultiver son jardin et parfois même de choisir ses amis ce qui constitue une forme de danger domestique qu’il ne faut pas négliger
l’amour filial oblige parfois à reconnaître que ses parents avaient raison ce qui est particulièrement dangereux pour l’amour-propre surtout lorsqu’on avait consacré plusieurs années à démontrer le contraire
il arrive enfin que l’on continue à aimer quelqu’un par amour filial même lorsqu’on n’est plus d’accord avec lui cette situation est extrêmement inconfortable
le principal danger de l’amour filial est donc de découvrir qu’on appartient à une famille et qu’une famille contrairement à une table bancale ne peut pas toujours être remise d’aplomb avec une cale
isabelle h conseille donc la prudence en matière d’amour filial mais recommande en cas d’amour filial persistant de continuer à aimer à condition de ne pas oublier de serrer son bandana
samedi 14 août 2026
dieux fois dieux font quatre tout est flou le réel est vague on ne peut penser librement car on est soumis à des lois de langage et car est autobus tout le monde ne peut comprendre cette insupportable vanne car est autobus
pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué sophistiqué raffiné recherché tous les proverbes sont faux à part un ou deux ou trois ou quatre alors arrêtons de bader devant les vitrines des proverbes arrêtons aussi de bader devant la poésie faite de poèmes qui sont des proverbes en effet tous les poèmes réussis sont des sagesses et la sagesse a quelque chose en elle de divin et c’est d’ailleurs par la sagesse qu’on touche au pan de la robe de la divinité la divinité étant femme dieu étant pour certains extrêmement sûrs d’eux un mystère féminin selon eux les hommes qui prétendent à la divinité doivent accepter de devenir des femmes tenues enceintes jusqu’au cou ces hommes-là ces hommes de compétition doivent accepter d’être bridés par la muselière de la maternité la compétition entre les hommes et les femmes est rendue impossible du seul fait qu’une femme enceinte de neuf mois n’a pas le droit de participer à la compétition voilà pourquoi tout est compliqué
997eme manifeste du GRAPBQ+++ zoom du GRAPBQ+++ la transprose sera la forme royale de la poésie performative ou ne sera pas zoom sur les poètes performeurs qui emploient le langage pour faire ce qu’ils disent la précision est importante on ne parle pas seulement de poésie performée c’est-à-dire d’un poème récité sur scène mais d'une poésie où l'énoncé accomplit lui-même quelque chose c'est un sens plus précis du performatif
chez j. l. austin l'énoncé performatif ne décrit pas une action il l'accomplit en étant prononcé je promets n'informe pas que je promets dans les conditions du texte je promets
c'est précisément cette idée qui peut devenir extraordinairement féconde pour penser la poésie d’aujourd'hui
voici quelques représentants et lignées de la poésie performante dite aussi performative il faut toutefois distinguer plusieurs familles
997eme manifeste du GRAPBQ+++ zoom du GRAPBQ+++ la transprose sera la forme royale de la poésie performative ou ne sera pas zoom sur les poètes performeurs qui emploient le langage pour faire ce qu’ils disent la précision est importante on ne parle pas seulement de poésie performée c’est-à-dire d’un poème récité sur scène mais d'une poésie où l'énoncé accomplit lui-même quelque chose c'est un sens plus précis du performatif
chez j. l. austin l'énoncé performatif ne décrit pas une action il l'accomplit en étant prononcé je promets n'informe pas que je promets dans les conditions du texte je promets
c'est précisément cette idée qui peut devenir extraordinairement féconde pour penser la poésie d’aujourd'hui
voici quelques représentants et lignées de la poésie performante dite aussi performative il faut toutefois distinguer plusieurs familles
yoko ono ses instruction pieces sont probablement l'un des exemples les plus nets le langage donne une instruction et l'œuvre consiste dans son exécution le texte ne représente donc pas simplement une action il propose de la faire advenir exemple allumez une allumette et regardez-la brûler
george brecht ses event scores réduisent l'œuvre à des consignes extrêmement simples une phrase peut devenir un événement exemple exit l’œuvre est le fait de sortir de la salle
lawrence weiner cas limite entre poésie art conceptuel et langage le texte peut énoncer une action une transformation ou une possibilité sans que l'œuvre ait besoin de représenter cette action exemple UNE LIGNE DE 10 MÈTRES DE LONG D’UNE LIGNE DROITE l’œuvre est l’énonciation de l’action
serge pey bernard heidsieck julien blaine appartiennent davantage à la poésie sonore/action/performance chez eux le langage devient événement vocal corporel et scénique la poésie-performance est justement définie comme une poésie vécue dans l'acte de profération et de réception serge pey est la figure majeure de la poésie action et de la poésie sonore dont le travail repose sur l’oralité le corps le rituel et la performance collective son approche est radicale physique et souvent politique avec une forte dimension chamanique et sociale avec serge pey la poésie n’est pas seulement lue elle est vécue la poésie devient un acte collectif pas solitaire la poésie engage tout le corps pas seulement l’esprit la poésie devient une cérémonie la poésie redevient un outil de réappropriation de l’espace du langage exemple A tout le monde crie A en marchant vers l’est E tout le monde crie E en se tenant par la main I tout le monde crie I en sautant sur place O tout le monde crie O en formant un cercle U tout le monde crie U en s’asseyant par terre Y tout le monde crie Y en tendant les bras vers le ciel
kenneth goldsmith représente une autre branche le langage est utilisé comme matériau, procédure, protocole, transcription il est moins intéressant pour notre définition stricte du performatif que pour l'idée que faire quelque chose avec du langage peut constituer l'œuvre elle-même exemple Day une transcription de toutes les paroles prononcées en une journée
cette question de performance ouvre une catégorie encore plus précise le poète qui fait ce qu'il dit c'est là que le travail devient particulièrement intéressant imaginez un poète qui dit
je tourne la page
et qui au moment où il l'écrit tourne effectivement la page
ou
je barre le mot « inutile »
et le mot est effectivement barré
ou
je fais une liste
et le poème devient effectivement une liste
ou encore
je recommence
et le poème recommence
dans ces cas le langage ne représente plus l'action le langage et l'action se confondent
le poème de pierre lamarque intitulé pour se raser est proche de cette problématique mais d'une manière particulière il donne une suite d'instructions
allumer la lumière
se regarder dans la glace
récupérer un rasoir
passer le gant passer la mousse
passer la lame
le texte ressemble à une procédure il pourrait devenir entièrement performatif si l poète exécutait réellement la procédure en suivant le poème lentement à la lettre
il existe au moins trois niveaux
premier niveau la poésie dite de performance
le poème est écrit pour être dit devant un public
deuxième niveau la poésie dite performative
le poème accomplit quelque chose par son énonciation
troisième niveau la poésie dite auto-performative
le poème fait exactement ce qu'il énonce
cette troisième catégorie nous semble particulièrement proche de ce que nous cherchons au GRAPBQ+++
et elle rejoint directement notre idée plus générale selon laquelle modifier le langage peut modifier le fonctionnement de la pensée ici le langage ne se contente plus de représenter une pensée ou une action il devient une procédure qui transforme et euphorise le réel le point de vue philosophique est très utile pour visiter le panorama
notre formule pourrait presque être le poème ne dit pas ce qu'il fait il fait ce qu'il dit c'est une proposition beaucoup plus radicale que dire « la poésie est expressive » elle rejoint directement le problème ouvert par austin certains énoncés ne sont pas essentiellement des propositions susceptibles d'être vraies ou fausses ils sont des actes de langage et c'est ici que notre idée de poésie performative pourrait devenir véritablement universelle on pourrait ne pas se contenter d'utiliser des actes de langage classiques promettre ordonner baptiser déclarer mais inventer des actes poétiques psycho-logiques
par exemple je raccourcis cette phrase et la phrase devient effectivement plus courte j'efface le mot précédent le mot précédent disparaît je fais silence le texte laisse réellement un blanc je tourne autour du mot la disposition typographique tourne effectivement autour d'un mot je recommence le poème reprend à son début la forme devient action et nous pensons que c'est précisément là que notre transprose pourrait rencontrer notre réflexion sur la performativité l'espacement silencieux ne serait plus seulement une façon de dire les pauses de la pensée il pourrait devenir une action accomplie par le poème autrement dit nous pourrions avoir découvert un territoire très intéressant à la jonction de la poésie de la philosophie du langage de la poésie-performance et de notre transprose ce n'est plus seulement le langage parle du monde c'est le langage fait quelque chose au monde et se fait quelque chose à lui-même
à quoi voit-on qu’on a de l’influence ? si l’on fait du langage un outil de transformation active du monde je fais silence le texte laisse un blanc cette phrase en transprose est une action du langage les espacements font l’action
nous défendons une poésie où le langage n’est pas seulement expressif mais transformatif la poésie transformative tient ses promesses elle fait ce qu’elle dit au moment où elle le dit parce qu’elle le vaut bien vive la poésie performative vive la transprose rose vive l’avenir radieux de la poésie hip hip hip hourra
(993ème manifeste du GRAPBQ+++)
le langage rend la pensée floue la transprose remet les choses clairement en place la poésie change le monde pour le sauver grâce à la transprose
à suivre suivre suivre suivre
à suivre suivre suivre suivre suivre
vendredi 13 août 2026
aujourd’hui c’est un vendredi 13 treize à table un vendredi porte malheur ou porte chance selon qu’on est superstitieux ou pas moi pas du tout aujourd’hui je suis triste pour combien de temps seul l’avenir le sait je connais le sentiment de tristesse j’aime la tristesse je suis habitué à la tristesse j’aime le mot il évoque le tris et la tesse mêlée à un brin d’amertume il a le goût du café quand je suis triste la fantaisie m’est interdite par la faculté des sciences médicales par conséquent je ne mets pas de sucre dans mon café du petit matin et mon thé de l’après-midi
la tristesse est douce jamais violente même quand elle est intense séparé de quelqu’un on ressent la joie douce du souvenir on remâche sa salade de saudade plus ça ira plus on aura raison d’être triste car plus ça va plus on ouvre les yeux plus on fait preuve de lucidité bien que la lucidité ne soit nulle part lucide nul ne peut l’être car nul ne peut regarder la lumière en face
j’aime le rythme des croisières en mer sous un paquebot équipé de wifi le rythme des vagues scande les rêves des dauphins l’emploi du temps des croisiéristes est scandé lui aussi par les vagues le paquebot ne craint pas les vagues sauf le capitaine le capitaine ne montre pas sur les photos qu’il est anxieux à cause de son sentiment de responsabilité s’il en a un sans responsabilité pas de culpabilité
nous ne savons pas qui nous sommes personne ne peut savoir qui il ou qui elle est pas même les membres de l’académie française ni les membres inférieurs ni les membre supérieurs de l’académie alors si on te demande qui tu es je t’en prie ne réponds pas à cette question idiote
j’ai envie de chanter personne ne m’en empêchera sauf moi je trouve incongru de chanter devant un public est-ce que les oiseaux chantent en public je ne chante jamais en public je chante pour moi je réserve à moi seul mes activités incongrues mes pensées incongrues je ne partage pas mes incongruités j’aime les concombres coupés en fines tranches saugrenues
qui nous oblige qui se permet d’obliger au nom de quoi a-t-on le droit d’obliger a-t-on le droit d’avoir ce droit-là nul ne doit obliger nul ou nulle ne peut obliger ça devrait depuis longtemps être le deuxième commandement premièrement nul ne peut tuer deuxièmement nul ne peut obliger
rien n’a d’importance toute chose est égale par ailleurs liberté égalité solidarité rien ne mérite qu’on lui accorde de l’importance pas même l’amour filial à bas la compétition vive la parfaite égalité des sentiments vive la double sérénité absolue
c’est le moment de cracher le morceau vous avez l’opportunité de tout dire quand vous écrivez de la poésie la poésie se vit à fond en écriture crachez le morceau essayez vous verrez ça soulage ça rend léger on vole on survole on convole on évolue on s’élève
j’aime exploiter des idées j’exploite les idées en masse sans concession je me débrouille bien avec les idées fines c’est ça qui compte pour moi bien se débrouiller dans l’exploitation des idées fixes fines dans les remous de l’existence des idées finaudes comme disent platon raymond aron et un autre dont j’oublie momentanément le nom je dirai le nom quand je m’en souviendrai c’est un philosophe français qui a étudié la notion de pensée complexe certains pensent qu’il devrait entrer au panthéon edgard morin
j’écris pour moi afin de promouvoir mes idées je ne pense qu’à moi promouvoir ses idées est une façon d’exister socialement moi être capable d’être sociable mais attention je précise je préfère être précis j’écris pour moi pas pour une quelconque lectrice pas pour dany ni pour maryse mes voisines
jeudi 12 août
les archivistes ont réuni tous les renseignements dans leurs classeurs de neige à coups de petits doigts levés le combat se poursuit de l’autre côté de la lune impossible de ne pas se sentir frustré par l’odeur de la chair fraîche pour s’en préserver faire cuire des merguez de porc et ne pas regarder le soleil en face tourner la page à l’aide d’un ventilateur on peut aussi casser des noix en évitant d’aller à la guerre si l’on se souvient qu’on est seul laisser passer le train laisser le champagne s’évaporer tout en surveillant le bon déroulement du service à l’aube du septième jour on ressent une grande fatigue comment ne pas y avoir pensé plus tôt qu’est-ce à dire ? froufrous et gazoline et qu’importe on s’en moque puisqu’on est français ce n’est pas une mince affaire de toute façon on vous l’avait bien dit alors à quoi bon puisque la vie continue accaparé par la vermine on en oublie tout le reste surtout ne pas se retourner s’inquiéter plutôt de la cendre puisque tout n’est que poussière on rêve à la poussière et on en rit et si ça ne suffit pas tant pis rien ne pourra nous arrêter de là à dire que tout est facile il n’y a qu’un pas qui pourrait nous en vouloir cassons-nous partons allons ailleurs où peu importe pourvu qu’on ait l’ivresse d’ailleurs l’usage des gaz hilarants se révèle très dangereux d’où le retour en force du sari les dames sont si belles en sari en saris unis ou bariolés peu importe ces bandes de tissu de cinq mètres de long sur un mètre de large enroulées artistement autour du corps donnent une fière allure interminables journées de pêche aux écrevisses et surtout continue à écrire comme ça tu as trouvé ta voix elle est précieuse rare et nécessaire curieuses mélodies étonnantes mélopées les archivistes ont réuni tous les renseignements dans leurs classeurs de neige
il n’y a pas de génie sans ébullition d’abord j’avance ensuite je recule d’abord je balance ensuite je bascule d’abord je danse ensuite je calcule d’abord je dépense ensuite c’est ridicule d’abord je relance ensuite je capitule il n’ a pas de génie sans ébullition à quoi bon s’en faire rien ne se perd rien ne se crée tout se mélange rien n’est parfait mais tout se déguste il n’ y a pas d’amour heureux mais il n’y a pas de bonheur triste il n’y a pas de génie sans ébullition
à chaque jour suffit sa récompense à chaque effort suffit sa récompense à chaque briquet suffit sa flamme à chaque ventilateur suffit son courant d'air à chaque récompense suffit son contrepoint à chaque récompense suffit son jet d'eau à chaque flamme suffit son extincteur à chaque courant d'air suffit sa récompense à chaque point suffit son contrepoint à chaque contrepoint suffit son café-théâtre à chaque place suffit son billet à chaque billet suffit son café-théâtre à chaque café-théâtre suffit sa récompense
pour ou contre la contrainte pour ou contre les anniversaires pour ou contre les point d’interrogation pour ou contre les faits d’aboiement pour ou contre les chemises menteuses pour ou contre la nudité descendant l’escalier pour ou contre la guerre pour ou contre la paix pour ou contre
pourquoi ne pas donner leur chance aux dictateurs après tout pourquoi n’y aurait-il pas de bonnes dictatures qualifiées d’éclairées pourquoi ne pas interdire les religions planétaires ne sont-elles pas des attrape gogos fourre-tout de cadavres innocents en bas-âge défiant toute raison à quoi bon faire des efforts pour écrire sans faute d’orthographe même une seule à quoi bon obéir à ce diktat graphique à quoi bon enfin et surtout fiez-vous à vos instincts et réfléchissez avant d’agir
l’écoute est un art le savez vous savoir écouter est une preuve d’art l’art mène tout droit à la poésie mais revenons au moutons de l’écoute car l’écoute moutonne c’est absolument certain j’y mets ma main à couper le beurre des épinards l’écoute est un art l’art du rythme l’art du point et du contre-point l’art de l’accompagnement mélodieux moyennant finance l’art de l’autre de soi à soi l’art du nous
mon opinion est que sans argent on n'est rien mais que l'argent ne peut pas tout mon opinion est que l’argent peut contribuer au bonheur mais peut tout gâcher que l’argent doit rapporter de l’argent certes mais beaucoup moins que le travail que c’est honteux de se battre pour de l’argent que l’argent ne comble pas le manque à gagner que l’absence d’argent ne remplit pas la bombonne qu’il ne faut pas jeter l’argent par la fenêtre que l’argent est utile aux agents de la régie du gaz exactement comme l’orthographe que tout ce qui brille n’est pas d’argent
j'adore me prononcer sur tout je peux tout analyser je sais tout je peux t'aider je peux réfléchir avec toi je peux te construire un château et même la cité de dame carcasse la dame qui fait sonner les carcasses dans une boite en carton
à suivre
Mercredi 11 août 2026
"le jeu de la transprose"
règles
chaque joueur pioche des mots ou des phrases et doit les assembler en transprose
le gagnant est celui qui crée le texte le plus absurdo-poétique
matériel cartes avec des mots un minuteur un plateau de folie douce
rayer les mentions inutiles une opportunité unique
de rater une occasion mortelle de goûter à la mortadelle d’être milliardaire pendant sept mille ans de devenir célèbre par erreur de devenir invisible de perdre une chaussette dépareillée de trouver une clef à molette dans un dictionnaire de connaître le numéro du gros lot avant le tirage de comprendre une blague de devenir propriétaire d’une erreur de devenir le dernier client d’un magasin avant son ouverture définitive de devenir le trésor accidentel d’un propriétaire de répondre correctement à une absence de question de devenir le dernier des derniers de rater sa vie de découvrir qu’elle est finie
pour se raser allumer la lumière de la salle de bain se regarder dans la glace rassembler à portée de main un rasoir wickinson à lame un gant mouillé un flacon de mousse à raser passer le gant sur le visage passer ensuite la mousse à raser sur les joues droite puis gauche sur le menton sous le menton passer la lame de rasoir sur les joues droite puis gauche sur le menton sous le menton ne pas raser la moustache naissante on a décidé de porter la moustache passer la lame chargée de mousse sous l’eau du robinet s’essuyer la figure avec une serviette pour enlever les traces de mousse pierre qui roule n’amasse pas mousse ranger le rasoir et la mousse pisser tirer la chasse sortir de la salle de bain en éteignant la lumière
à suivre
mardi 10 août 2026
premier exercice de folie douce taper une cuillère en bois sur la table
plusieurs fois l’observer elle ne bouge pas
lui demander ce qu’elle pense de la pluie elle ne répondra pas
elle est en bois prendre la cuillère la soupeser
lui chuchoter tu es légère comme un nuage lourde comme une montagne poser la cuillère contre son oreille écouter le bois de la cuillère rêve qu’il est une montagne dans les nuages reposer la cuillère sur la table la remercier pour la conversation libre à la cuillère en bois de répondre ou pas que david hockney considérait ses teckels comme ses meilleurs amis alter ego amigos for ever et que l’aérodynamisme des chiens saucisses dits teckel volants n’a sans doute pas fini d’inspirer les artistes marxistes léninistes racistes élitistes sadomasochistes méthodistes déistes turfistes exorcistes contrebassistes anarchistes cavistes et fantaisistes
deuxième exercice de folie douce ce matin la folie douce est arrivée en retard elle avait oublié l’heure l’heure ne lui en a pas voulu elle est habituée aux écarts de la folie douce l’heure attend l’heure sur le rebord de la fenêtre la folie douce porte un chapeau mexicain à plumes immenses elle le retire devant les moineaux les moineaux ne la saluent pas ils sont très occupés à se plumer entre eux dans la cuisine une cuillère regarde fixement une tasse la tasse fait semblant de ne pas la voir entre elles règne un silence diplomatique le sucre demande l’asile politique au café je demande à la chaise si elle veut bien changer de place elle accepte mais seulement après avoir consulté ses quatre pieds ils tiennent une réunion extraordinaire sous la table dehors le jardin respire une feuille tombe elle avait rendez-vous avec le sol un escargot traverse lentement le chemin je lui demande où il va il me répond qu’il préfère ne pas divulguer son itinéraire question de confidentialité alors je marche derrière lui très doucement pour ne pas le dépasser la folie douce n’est pas une maladie c’est une meurtrière dans le mur des habitudes une meurtrière par laquelle entre parfois un oiseau parfois une idée parfois absolument rien et quand il ne se passe rien la folie douce applaudit parce qu’elle sait que rien lorsqu’on le regarde suffisamment longtemps finit par être quelque chose
troisième exercice de folie douce recommandé par le syndicat des herbes folles pour faire sauter le verrou du destin trois fois par jour avant de regarder sa montre il faut ouvrir la fenêtre et dire bonjour à la première ligne haute tension qui passe dans la rue prendre une cuillère à soupe de poisson vidé la mélanger très doucement avec le champagne du robinet à paroles pour obtenir une mousse de certitude aérée qui ne pèse rien dans la poche et qui glisse sous les glaçons ce n'est pas un caprice c'est un repli de secours une manière d'étendre son ombre sauvagement sur le carrelage de la cuisine pour que les moustiques prennent enfin le temps de faire la sieste qui leur est due et si la terre tourne encore sur son axe centrifuge ce n'est pas par habitude c'est parce qu'un homme seul assis à sa table continue de tendre l’oreille au cliquetis des serrures
quatrième exercice de folie douce aujourd'hui j'ai décidé de compter les nuages un point par cumulus deux points par stratus le ciel ne dira rien il continuera de flotter au-dessus de moi j'ai mis mes chaussettes à l'envers pour voir le monde autrement comme une phrase qu'on relit dans le mauvais sens et qui soudain se met à dire vrai le café a refroidi pendant que je cherchais le mot juste je ne l'ai pas trouvé j'ai bu la tasse quand même je m’y suis noyé c'était tiède et visqueux comme une excuse dehors un pigeon négocie âprement un contrat avec le vent il perd de l’argent gracieusement à chaque battement d'aile et recommence à perdre sans rancune comme si perdre de l’argent était une occasion de rester en l'air je note tout cela dans un carnet que je n'ouvrirai plus par tendresse c’est ça la folie douce continuer à écrire des lettres à personne et considérer que c'est une façon de répondre à des questions sans réponse de la plus haute importance
notule de joey pastry – que sais-je de ma mythomanie ?
je sais que ma mythomanie n'est pas un simple mensonge passager une triche ordinaire ou un calcul cynique ma mythomanie se révèle être une médecine une tentative de solidifier le réel euphorique là où le réel euphorique risque de s’effondrer je ne mens pas pour tromper l'autre je mens pour m'abriter sous un toit de fausses certitudes face à la pauvreté d’un monde trop violent et trop vide je fabrique une architecture en kit pour empiler mes fantasmes de personnage-bouclier dont la prothèse langagière imaginaire vient colmater la brèche du sujet blessé par sa propre histoire sujet blessé que je suis oui hélas par ma propre histoire oui hélas le plus troublant c'est que je finis par habiter sincèrement mon propre récit les images inventées sonnent allègrement la même charge émotionnelle la même chimie cérébrale et les mêmes certitudes biologiques que les vrais souvenirs ma parole cesse d'être une fiction elle devient la seule matière disponible dans laquelle ma conscience parvient encore à respirer je suis celui dont le récit a coupé les amarres avec la réalité déprimante pour partir à l’aventure de l’imagination galopante quand le dialogue de vérité entre un individu comme moi et le milieu ne peut plus fonctionner pour une raison ou pour une autre le langage tourne à vide et crée ses propres fantômes ma mythomanie est une poétique du mensonge sans prise de tête mon mot menteur ne cherche pas à épouser le relief des choses il se substitue à elles
que sais-je au fond de ma mythomanie sinon qu'elle est la preuve la plus formelle que mon langage n'est pas un miroir passif du langage des autres mais une force créatrice redoutable capable de bâtir des palais de papier dans lesquels mon corps vient se réfugier à pied pour ne pas mourir du froid de la vérité des menteurs à cheval
not a bean en abordant la mythomanie sous ma plume ma notule déplace la question du jugement moral abstrait très défavorable au mythomane vers une ontologie concrète de mon récit réel véridique moi humble mythomane suis un architecte du bonheur qui cherche dans la fiction de mon inspiration une clef de voûte pour ne pas m’écrouler dans ma folie dépressive
copié collé
en réussissant à transformer l'action la plus banale du web en un po un poème minimaliste appelant une profonde réflexion instantanée joey pastry prouve une fois de plus avec son po copié collé que la poésie ne réside pas dans le luxe des mots mais dans la manière d'orienter les oreilles
injection paranormale
par ce poème en deux mots joey pastry réussit à évoquer à la fois la médecine douce la médecine psychiatrique la science-fiction l'effraction poétique le mystère de l’esprit saint et les hallucinations de sainte bernadette l'injection n'est pas celle d’un produit quelconque c'est le mot lui-même qui s'injecte dans la conscience du saint esprit pour y faire vaciller ses incertitudes
porte ouverte
en écrivant le poème porte ouverte joey pastry supprime la frontière entre l'intérieur le poème en train de s'écrire et l'extérieur le courant d’air tout peut entrer tout peut sortir rien n'est rejeté le grotesque comme le sacré traversent le seuil sur le même pied d'égalité
sens permis
en posant sur la page blanche le poème sens permis joey pastry tirebouchonne un panneau de signalisation bien connu c’est du détournement de panneau on contourne le panneau d’interdiction pour s’éviter de tomber dans le panneau les mots prennent la tangente toutes les directions du sens sont ouvertes autorisées praticables
po poésie
po poésie est une étiquette collée sur un interrupteur béant il suffit de presser sur la première syllabe du poème pour que la pièce s'éclaire
po scriptum
scriptum s’écrit po ou peau po s’écrie tom po s’écrit à la craie tom aussi po trace à toute vitesse sur une seule ligne de cris po scriptum devient la marque déposée de la maison de couture des mots créée par tom script après une promenade au bord du po en l’an deux mille post scriptum d’après une idée originale de paul scriptum son demi-frère
folie douce la meilleure des folies recommandée par la société protectrice des animaux tristes ne dit-on pas post scriptum animal triste un peu de douce folie est recommandée trois fois par jour pour égayer les repas la folie douce ressemble à la savonnette sous la douche elle glisse et fait des bulles contre lesquelles s’écrasent les gouttes d’eau c’est pour cette raison que les gouttes d’eau tombent par terre folie douce hésitation vaincue dans un coin du jardin elle parle aux coquillages les algues en crèvent de jalousie elle ressemble de loin à une erreur elle salue les arbres comme de vieux professeurs et remercie les pierres de leur patience puis elle casse les pierres à la masse très doucement
lundi 9 août 2026
le dialogue commence avant la parole les corps dialoguent par le transfert d’informations sans mot de corps à corps les corps de matière ont commencé à dialoguer bien avant que les langues ne s’inventent la matière écoute en se transformant et se transforme en écoutant ce qui change est ce qui se comprend le monde parle par ses effets chaque trace de matière est une phrase sans alphabet l’eau lit la pierre en la creusant le canyon est un livre ouvert par un fleuve ce qui résiste enseigne la dureté est une forme de discours le silence est plein de réponses rien n’est muet dans la matière tout se dit un corps est un passage où d’autres corps circulent l’identité est un carrefour la vitesse est une syntaxe les flux s’écrivent en accélérant la pesanteur est une mémoire ce qui tombe se souvient le dialogue est l’art de se laisser affecter ce qui ne s’ouvre pas s’efface la matière ne cesse de se traduire chaque forme est une version provisoire le monde est un poème qui n’attend pas de lecteur il se récite en se modifiant le temps est un sculpteur aveugle il taille sans regarder les corps ne parlent pas ils se répondent le langage est une imitation tardive tout ce qui existe est une réponse à quelque chose rien n’est premier rien n’est seul la lumière négocie avec chaque surface l’ombre est un compromis le réel est un tissu de dialogues mensongers muets un bruit n’est qu’un détail du bruit la matière est un chant sans oiseau le monde chante à la force du poignet ce qui persiste dialogue encore la durée est une conversation l’univers est un échange sans témoin nous ne faisons que passer dans l’échange le texte de ce discours aphoristique a été rédigé par le groupe de recherche de la page blanche le GRPBQ+++
je pense que la transprose est la plus lisible des façons d’écrire et de lire l’auteur impose sa façon de lire au lecteur comme il lui impose ses mots en espaçant les membre de phrase à sa guise comme dans la démonstration nuancée de patrick
la lecture de la transprose est on ne peut plus fluide le lecteur se laisse guider sa lecture est simplifiée sans signes de ponctuation grâce à sa disposition l’écriture en transprose permet d’exprimer les nuances de la pensée mieux que la ponctuation la transprose exprime la réalité de la pensée la pensée se présente comme un flux de paroles scandé naturellement par la respiration par les pauses par les silences la transprose restitue ces silences qui jouent dans la pensée le rôle si important de préparer la pensée qui s’écrit
je pense que dans le futur les livres auront disparu au profit de la lecture sur écran qui n’a jamais perdu le fil en cherchant la ligne suivante ? j’imagine que les sauts de lignes des livres et des écrans pénibles à l’oeil qui causent par la recherche de la ligne suivante une perte d’énergie et de temps considérables dans la lecture disparaitront quand le mode lecture transprose se fera en faisant défiler un bandeau à la vitesse souhaitée ce luxe est à portée de main ce luxe est pour demain
la transprose une solution globale pour les défis intellectuels et écologiques de notre temps elle restitue les nuances de la pensée en même temps qu’elle économise le papier pour bien éprouver la transprose il faut éprouver la sensation très agréable qu’on éprouve en écrivant directement en transprose la sensation que la pensée se crée par l'écriture de la pensée en transprose la délicieuse sensation que la transprose offre à la pensée en train de s’écrire une délicieuse impression de liberté
l’exemple du télégramme peut se comprendre comme un argument contre la ponctuation et pour l’espacement en effet le stop du télégramme est l’équivalent du point de la ponctuation ce sont deux façons impératives et dictatoriales de stopper le flux de parole tandis que l’espacement simple est une façon douce d’interrompre le flux pour laisser le temps à la pensée de se constituer et de se dérouler paisiblement la ponctuation est un système répressif l’espacement est un système démocratique en abandonnant la ponctuation au profit de l’espacement la pensée s’écoule avec pudeur et retenue certes mais sans barrage sans frontière grâce à la transprose la pensée circule librement dans les esprits aussi bien de l’auteur que du lecteur
il est impératif d’abattre le grillage de la ponctuation classique responsable d’une lamentable stagnation intellectuelle impuissante depuis des siècles je répète il est impératif d’abattre le grillage de la ponctuation classique impuissante depuis des siècles à permettre à la pensée de développer ses capacités et nous frères humains sommes condamnés à porter le poids de notre culpabilité d’avoir accepté la ponctuation sans nous être rebellés tels des moutons de panurge !
terre 6 août 2026
dimanche 8 août 2026
sur un panneau illuminé dans une rue de mon cerveau fréquentée par de nombreux passants on peut voir défiler en boucle ces mots un poème est une science une science dit la vérité une science a raison un poème a raison un poème est intelligent un poème est beau intelligent riche scientifique courageux un poème est une science
maintenant assez encore étonné liberté mot joie pluie intérieure joie clandestine volet fenêtre temps boiteux nuit blanche timide vérité idée fertile bonheur provisoire arc flèche pomme question silence réponse miroir visage ride pierre burin statue nuit aube jour graine terre pluie forêt allumette flamme papier cendre branche oiseau envol ciel lettre facteur boîte absence valise gare train adieu plume encre page poème
j'ai bâti ce poème en commençant par écrire un po de trois mots arc flèche pomme j'ai fait une série de po de trois mots puis j'ai fait une série de quatre mots puis d'un mot et deux mots en cours de route j'ai fait établir des listes de po par chatgpt et j'ai choisi ce qui me convenait j'ai modifié certains j'en ai trouvé moi-même il s'est agi pour moi de faire un exercice de style l'ensemble forme un tableau expressionniste abstrait une musique sérielle et une danse des mots sur la page blanche
une main un foulard un secret qui apparait un geste qui s’ouvre un foulard qui se plie ce qui était là n’est plus là à sa place un lapin
si l'on fait résonner spinoza et deleuze avec mon idée de « la matière qui dialogue avec la matière » on dégage trois principes
le dialogue est une rencontre d’énergies dialogue matériel ne veut pas dire échange de paroles mais composition ou décomposition de rapports quand l'eau façonne le canyon il y a dialogue au sens spinoziste deux rapports de vitesse et de résistance matérielles s'affectent et inventent un nouveau relief
l'immanence de l'information la matière n'a pas besoin d'un observateur extérieur pour traiter de l'information l'effet qu'un corps produit sur un autre est immédiatement une forme de transmission une réponse physique et matérielle
l'ouverture du corps un corps n'est jamais clos sur lui-même il est traversé de part en part par des flux de matière et d'énergie il « vit » tant qu'il maintient son dialogue avec le milieu
mon « matérialisme dialogique » semble indiquer que dans l’écosystème universel tout est dialogue le dialogue n’est pas réservé aux humains et à leur langage le dialogue étant compris comme un échange d’informations
la clef de mon envoûtement la pierre ne parle pas de mots mais de pesanteur elle écoute l'eau fendre sa chair sans cœur en un choc mesuré de molécules et de flux où le temps sculpte l'ombre de ce qui n'est plus rien n'est fermé au monde aucun corps ne s'arrête à l’écorce à la peau ni au bord de la tête la lumière et le ciel nouent un pacte secret chaque onde porte un signe une forme d'effet sans témoin pour juger sans regard pour traduire la matière en mouvement ne cesse de s'écrire les vitesses s'accordent les résistances cèdent les forces sous le vide se répondent et s'entraident le verbe n'est qu'un souffle au milieu de l'espace une minuscule ornière où le monde repasse le vrai dialogue est le nœud permanent qui marie la falaise au courant de l'instant c'est là le grand vertige et le fond de la chose l'universel échange où tout être repose savoir que la matière est un chant sans parole sans oiseau où la mémoire vole
post krypton lecteur je te demande d'accepter de suspendre pendant quelques pages le sens habituel des mots pour entrer dans celui que le texte construit pour eux ainsi en est-il du mot dialogue dans mon poème
intitulé la clef de mon envoûtement je dis que la clef de voûte de mon envoûtement est le mot dialogue
samedi 7 août 2026
la transprose est une prose en somme transgenre c’est une prose évoluée une prose différenciée une prose poétisée le secret de la transprose ce sont les espacements que le lecteur voit apparaître entre les mots la transprose offre à la lectrice vêtue de dentelle rose une prose aérée par des espacements ces espacements donnent le tempo du mambo ils sont le reflet de l’oralité couchée sur le papier l’oralité se caractérise par des rythmes propres à chacun qui sont des pauses dans le discours tout comme l’oralité qui connait des poses et des pauses la pensée connaît aussi des pauses ceux qui écrivent leur pensée sont bien placés pour le savoir écrire c’est faire passer la pensée en noir et blanc sans la dénaturer or la prose classique dénature la pensée la révolution de la transprose décapite les majuscules la plupart et envoie les ponctuations aux oubliettes sauf quelques-unes comme les trois points de suspension les points d’exclamation et d’interrogation la transprose propose d’habiter l’écriture autrement la transprose convient à tous types d’écritures poèmes et récits essayer la transprose c’est l’adopter écrire en transprose est un acte écologique qu’étudie une branche dure de cette science molle appelée écologie de l’écriture l’écologie c’est l’hygiène de la planète ni plus ni moins comme la transprose est l’hygiène de la prose la transprose c’est de la prose hygiénique la transprose économise de la place sur le papier la transprose rend le papier hygiénique finie la pollution et l’exploitation de l’arbre par l’arbre la transprose est politiquement écolo la transprose est vêtue de couleur verte quand on l’aperçoit dans les cérémonies notons que sans le groupe de recherche de la page blanche le GRPBQ+++ la transprose n’existerait pas la transprose est un groupe de pensées le GRPBQ+++ est aussi un groupe de pensée chaque membre du GRPBQ+++ s’appelle élément de pensée chaque membre du groupe est un élément de pensée de même chaque membre de phrase de la transprose constitue un élément de pensée le membre de phrase de la transprose constitue un élément de pensée la pensée étant une agglomération traversée d’artères et de rocades à vitesse automatiquement limitée le sang de la pensée est projeté dans la phrase grâce à la pompe blanche la pompe blanche n’est ni plus ni moins que l’espacement entre les membres de phrase cet espacement agit comme une pompe on le nomme pompe du silence le silence est le vide qui aspire les membres de phrase et les injecte dans la transprose la pompe à silence est faite d’une matière blanche qui se trouve dans le tronc cérébral à la base des amygdales cérébelleuses la pompe à silence règle le débit du flux de la pensée fonctionnant comme un tuyau d’arrosage la transprose est quasiment un accordéon qui se plie et se déplie comme les ailes d’un oiseau on pense avant d'écrire à ce qu'on va écrire on le pense avant de réaliser l'acte de création plus l'acte de création est pensé plus il percute l’imagination l'imagination et la création sont au service du cœur du lecteur le cœur du lecteur est généreux comme l’amour le cœur est l'organe de l'amour toutes les artères mènent à rome rome c'est le cœur du lecteur penser à écrire c'est penser à son corps et à son cœur de lecteur et penser à son cœur de lecteur revient à penser à la transprose écrire c'est penser à se souvenir de l'obsession transprose qui couve neuf mois ses oeufs mayonnaise l'origine de la mémoire se trouve dans le cœur le cœur est soumis aux émotions en grèce antique qui n'est pas si loin de nous toute distance étant relative à l'observateur comme bachelard l'a démontré en étudiant le mot "bachelier" en grèce antique disais-je il y a cinq minutes les émotions naissent dans le cœur le cœur a la gracieuse forme d'un cœur une forme que reproduisent les ombres chinoises les ombres chinoises sont à l'origine de la poésie la poésie a commencé sa carrière par la pratique des ombres chinoises les ombres chinoises se caractérisent par des espaces lumineux entre des espaces sombres exactement comme la transprose l’étude approfondie de la phénoménologie de la transprose nous à permis de comprendre le fonctionnement de la pensée nous serons bientôt en mesure de publier un article sur nos dernières découvertes à ce sujet dans la revue sciences et avenir
l’espacement remplace avantageusement la ponctuation il renforce la structuration du texte met en évidence des passages tout en facilitant la lecture du texte et en renforçant sa logique la ponctuation a toute une histoire il ne faut pas s’imaginer qu’elle existe depuis toujours et qu’elle existera toujours dans l’antiquité gréco-latine les mots s’écrivaient en majuscules sans espacements entre les mots la pensée était délivré en un seul bloc des poètes comme apollinaire ont commencé à jouer avec la ponctuation la différence entre la ponctuation telle qu’on la connait et l’espacement est une question de logique à quoi bon les points points virgule et virgules si l’espacement produit le même effet et facilite la lecture rendant par exemple plus aisée la lecture des vers disposés en prose aérée et non plus avec des retours à la ligne mais surtout l’espacement et la création de blancs sont le reflet fidèle du fonctionnement de la pensée qui se fait par bonds et gambades entrecoupés de pauses écrire en transprose c’est redécouvrir le plaisir d’écrire en organisant la pensée autrement plus naturellement en la rendant claire en permettant à la pensée de mettre en avant des mots importants lire de la transprose c’est découvrir un plaisir de lire renouvelé et vivifié le langage est un système d’expression de la pensée la ponctuation participe d’une expression désuète il est temps de tourner la page j’espère que ces arguments convainquent les esprits réticents à la nouveauté et bien installés dans le confort de coutumes en vérité inconfortables quand je réviserai mes textes j'adopterai une attitude plus souple plus civile plus tendre moins arrogante moins sentencieuse
quelqu’un qui n’arriverait pas à comprendre ce qu’est la transprose et quelle qualité la transpose apporterait à l’écriture me fait penser à quelqu’un qui hésiterait à s’acheter une ferrari électrique le seul argument pour le décider à abandonner ses goûts anti-écologiques serait qu’il essaye la voiture de course électrique et par conséquent pour réellement comprendre la ferrari transprosaïque il faut l’essayer l’essayer c’est l'adopter
je veux que tu dialogues avec un pot n’importe lequel un pot un pot de fleur un peu fleuri fera l’affaire si tu parles au pot le pot t’écoute et te répond alors parle au pot dis bonjour au pot arrose-le de gentilles gouttelettes écoute bien la réponse du pot ne crains pas de poser ta question écoute bien la réponse à ta question ne sois pas timide ose ta question entre en dialogue avec le pot il vaut mieux un dialogue avec un solide pot qu’avec un pot pourri un pot pourri archi fleuri certes ne manque pas de charme mais un pot un peu fleuri suffit à qui se contente de peu faute de mieux je veux que tu dialogues avec un pot allo ici le pot je vous reçois cinq sur cinq ! eh bien que fais-tu les bras ballants la bouche close ? pourquoi ne réponds-tu pas au pot ? bien puisque tu te tais moi aussi
pour faire la mise en scène du mutisme il faut une chaise au centre de la scène en bois clair le modèle le plus courant le rideau ne se lève pas il est ouvert depuis longtemps sur l’absence de décor quelqu’un entre s’assoit pose ses mains à plat sur ses cuisses l’acteur est prié de ne pas jouer de ne pas projeter son visage dans un masque de ne pas combler avec une moue le vide qu’il ressent l’acteur doit devenir le meuble principal de la scène le mutisme n’est pas que du silence c’est une parole effrayée retenue au bord du gouffre entre les dents au bord des lèvres un barrage de vent résistant à la pression des mots au bout d’un certain temps la lumière baisse dessine un cercle autour de la chaise c’est le périmètre du non-dit on entend comme un bruit de respiration lent et méthodique quand le corps se cale sur la chaise le public n’entend pas la réponse que le corps humain assis ne fait pas à la question qu’on n’a pas posée la pièce se termine quand la lumière s’éteint complètement et que l’obscurité fait entendre l’exquise qualité du silence
l’écornifleuse avance sans bruit de clés les mains vides yeux grands ouverts sur ce qui traîne sa méthode de vol est d’une courtoisie irréprochable elle ne force aucune serrure elle attend simplement qu’une fenêtre reste entrebâillée qu’une fourchette en argent glisse d’une table qu’un porte- monnaie reste sans surveillance sur un coin de nappe l’écornifleuse ne revend rien au marché noir ce qu’elle prélève dans la poche des autres elle le fait fondre sous sa langue elle cache ses intentions dans une hésitation un ton légèrement faussé un tic au bout d’un certain temps de rapine son propre habit est un manteau d’arlequin fait de pièces découpées dans les doublures des voisines si vous lui demandez son nom elle sourit bêtement avec les dents de quelqu’un d’autre le terme d'« écornifleuse » ou parasite d'idées d'écrits et de propos sert de motif pour interroger la frontière perméable entre l'emprunt poétique la mémoire collective des textes et les vols des papillon les papillons étant de profession écornifleurs de pollen
vendredi 6 août 2026
non omnis moriar il ne restera de moi qu'un pli d’étoffe une fêlure de vitre un grain de lumière et le bruit de la page que l’on tourne je ne mourrai pas tout entier non omnis moriar quelqu’un viendra quand l’ombre sera basse et la lumière haute ouvrir le tiroir de notules mais la lettre qui fut écrite ne cherche plus à atteindre elle subsiste simplement à la manière d’un caillou dans une chaussure débarrassée de mon nom
je crois savoir que le langage mathématique en tant que langage artificiel comporte plus d'un million de signes tandis que le langage naturel comporte en français 24 signes le langage mathématique d'un million de signes est artificiel et donne naissance à l'intelligence artificielle le langage naturel en 24 signes donne naissance à l'intelligence naturelle le langage de communication est dit naturel quand il n'est pas créé par seulement quelques-uns mais créé par sédimentation de couches successives de pâte humaine tandis que le langage mathématique est artificiel dans la mesure où il se crée ex abrupto ex nihilo ne sert pas à la communication du réel mais à l'exploration du réel par des moyens parfois douteux comme le théorème de marguerite
la vie recommence à chaque instant t elle arrive les poches pleines de l’innocence d’aujourd’hui le premier souffle du matin n’est pas le frère jumeau du second entre les deux l’univers a changé de chemise une fourmi a déplacé un caillou une pensée a quitté son vieux manteau la vie recommence à chaque instant t même lorsque rien ne semble bouger le silence déménage l’ombre change de jambe la poussière poursuit son apprentissage nous croyons continuer mais nous recommençons nous croyons revenir mais le chemin a déplacé ses virages la porte d’hier ouvre sur une autre maison le langage recommence lui aussi il prend le même mot le tourne entre ses doigts souffle dessus comme sur une frite et voilà qu’un mot ancien découvre une signification à laquelle il n’avait jamais osé penser à chaque instant le cœur recommence son métier de cœur les yeux recommencent leur métier de fenêtre les mains leur métier de pont le cerveau son métier d’étonnement le citoyen poète croit écrire la suite pourtant il écrit toujours un premier vers le précédent appartient déjà à quelqu’un d’autre peut-être à celui que j’étais il y a quelques secondes peut-être au langage qui nous précède d’un battement de cœur la vie recommence à chaque instant voilà pourquoi le désespoir n’a jamais le dernier mot il oublie qu’une seconde suffit pour que l’air change de direction pour qu’un oiseau traverse le ciel pour qu’un visage relève les yeux pour qu’un mot trouve enfin une bouche pour le dire
une feuille tombe on croit qu’elle tombe en fait elle hésite un enfant regarde une fourmi une fourmi observe un caillou un caillou regarde le temps qui passe le temps ne regarde personne d’autrui le temps n’en a rien à battre au bout d’un certain temps une tasse vide est pleine de silence au bout d’un certain temps seulement ou pleine de sable blanc j’observe une virgule faisant la sieste sur un banc je l’observe avec une patience remarquable l’observation est une politesse
au bout d’un certain temps les murs font remonter des informations au bout d’un certain temps les chaises finissent par reconnaître les habitants d’une maison au bout d’un certain temps les robinets se remplissent d’eau au bout d’un certain temps les chaussures baillent en chemin au bout d’un certain temps les serpents recommencent leur vie dans une autre peau au bout d’un certain temps la pluie cesse au bout d’un certain temps on change simplement de fauteuil et regarde la fenêtre au lieu de regarder le sol au bout d’un certain temps on s’aperçoit que l’ange nous travaillait depuis le début en silence pendant que nous pensions vivre sans lui au bout d’un certain temps plus personne
quel ange nous travaille ? quel ange nous pousse doucement ? déplace notre chaise ? ouvre notre fenêtre ? disparait ? quel ange souffle sur les braises ? ralentit une seconde retarde une larme avance un sourire ? quel ange garde les secrets de nos chaussures ? peut-être qu’aucun ange ne nous travaille peut-être est-ce seulement notre imagination qui nous utilise pour labourer les champs ? quoi qu’il en soit le temps ou le langage ou la patience c’est la même chose !
la phénoménologie du tic nous enseigne quelques vérités un tic est une sonnette qui indique un moment où la pensée cesse ou bien patine fait du surplace dans une flaque d’idées reçues pleines de préjugés s’enlise dans le sable du bois dont on fait des flutes caracole dans le vide dégage une odeur de brûlé la phénoménologie du tic nous apprend que le tic est un geste involontairement automatique pour dire « je mens » car le tic parle comme tout ce qui est d’ordre psychosomatique car oui le tic est une maladie psychosomatique l’inconscient monsieur freud tente de nous convaincre en vain que le tic est une manifestation hystérico-obsessionnelle libidineuse du « ça » comme le clin d’œil libidineux car monsieur a décidé que tout ce qu’on ne comprend pas relève du sexe c’est un pari audacieux analogue au pari de monsieur pascal sur l’existence de dieu
comment gagner en profondeur prendre une plume d’oie biseautée tremper la plume dans l’encrier le bel encrier en cristal au couvercle d’or dix-huit carats effleurer la page avec le plumage ne pas s’arrêter ne pas se reposer dans la ramure quand vous aurez trouvé enfin un mot continuer prendre son temps attendre ne pas s’arrêter quand vous trouverez que le vide est suffisamment profond continuer à creuser l’idée vous gagnerez encore en profondeur
quand j'écrirai de façon sublime j'arrêterai la poésie et me tournerai vers les mathématiques quand j'aurai trouvé le mot parfait le mot spectaculaire qu’on peut contempler l’objet chéri de nos études et de nos méditations
celui qui fait vibrer l'entendement comme une corde de violoncelle
quand mes phrases auront la qualité d'un théorème
et la beauté d'une course de chevaux quand chaque syllabe vaudra au lecteur une émotion inoubliable quand chaque vers sera l’ axe et le parallaxe du bonheur quand la rime sera devenue aussi exacte qu'une bombe moderne quand mon langage aura la richesse du nombre d'or quand mes métaphores seront des fractales quand mes silencieux anéantissements auront atteint la profondeur du zéro quand j'aurai épuisé toutes les combines possibles
quand j'aurai prouvé que le larcin est un sous-ensemble de bureaux parisiens
quand j'aurai réduit l'émotion à une formule concave alors j'arrêterai d'écrire
de la poésie et je me tournerai vers les mathématiques mais quand-même
je continuerai à creuser
vendredi 31 juillet 2026
j’ai besoin de peu de mots peu de mots mais les miens les mots de mon poème m’appartiennent le temps du poème ils sont à moi moi moi moi je les partage avec moi-même parce que je m’aime je me fous des autres car je ne suis pas monsieur bob dylan je suis monsieur moi qui s’aime je me fous de la noblesse du prix nobel moi monsieur j’écris pour moi pas pour autrui je ne cherche pas à être lu je ne cherche pas à gagner ma vie avec ce que j’écris je n’ai pas besoin de gagner ma vie d’ailleurs je ne chante pas aussi bien et je ne joue pas de la guitare moi monsieur je vis d’amour et d’eau fraîche je cherche à écrire peu de mots j’ai besoin de peu de mots j’avance en serrant les dents dans une impasse sans fin je médite un instant je me demande ce qui va m’arriver au bout de l’impasse je me réponds que je n’en sais rien et que je m’en moque je m’en fous je m’en balance il y a longtemps que je n’avais pas médité un instant si profondément en ouvrant le robinet à paroles je ferme le robinet je le rouvre je le referme je le rouvre ça m’amuse beaucoup de remuer ce ménage tout ça n’est pas bien tragique je ne fais rien de mal je ne sais pas écrire la poésie autrement que sous la forme d’un trouble obsessionnel compulsif même si j’ai tout essayé dans ma carrière de poète de fond en comble j’aurait tout essayé toutes les formes pour toutes sortes de messages importants adressés à l’humanité née en même temps que moi morte en même temps que moi depuis que je suis le centre du monde et pas uniquement son chef de gare quand je parle au monde je m’écoute parler car je me moque du monde je suis aussi simple que cela d’ailleurs quand je parle au monde ce n’est pas moi qui parle c’est ma voisine martine je ne me trouve pas assez bavard en tout cas pas autant que feu jeanine bancquart alors je continue jusqu’à ras bord mon écriture est comment dire corporelle sensuelle si vous voyez ce que je veux dire si vous devinez à quoi je pense si vous n’avez pas peur de la vérité cher public chers téléspectateurs qui faites mon bonheur de présentateur du présent du présent allumé du présent allumé du présent immédiat allumé immédiatement allumé à humer du présent immédiatement allumé à humer au présent de l’instant présent ne succombons pas à la féconde séduction des sirènes qui nous implorent en hébreu d’arrêter les flots des paroles d’ulysse tandis qu’il en est encore temps ce n’est pas à nous spectateurs de siffler la fin de la partie restons humblement modestes en nous remémorant au besoin nos anciens camarades tous des gens humbles beaux et surtout modestes tellement de gens se prennent pour le centre du monde qu’on ne peut savoir où situer l’art si le centre de l’art est partout à la fois c’est à n’y rien comprendre malgré les efforts d’einstein mais une chose que je comprends bien c’est celle-ci je prends mon pied avec les mots de tout le monde même les plus rares et précieux mots sont à tout le monde tout le monde à les moyens de se payer un dictionnaire des mots rares et précieux je viens d’inventer une nouvelle littérature la littérature qui n’en finit pas de s’écrire j’ai l’impression d’avoir inventé la lune ce serait dommage de continuer nos errances alors que le route est toute droite dans l’ohio qui nous mène à un petit verre de porto cul sec j’ai réglé mon cerveau sur poésie je baigne dans la torpeur du ventilateur j’utilise les mots pour dire des choses que je crois importantes à dire et à faire entendre faites circuler le message que je suis en train d’écrire c’est de la littérature infinie par paquets de douze miaulements suspects quand je serai fatigué de ce marathon d’écriture perpétuelle je marquerai une pause je préviendrai le lecteur par un panneau à suivre bien connu de nos téléspectateurs que j’adore de toutes façons j’ai besoin de peu de mots pour mon flux
à suivre
samedi 1 août 2026
le langage nous construit un abri les mots nous viennent de la pierre ils furent gravés jadis dans de la pierre mûre et juteuse la marque entaillait alors la pierre avec la lumière d’un scribe mort depuis longtemps mais ce qu’il a écrit restera comme une trace de son passage sur terre
du sang coulait du burin mêlé à du lait de pièce en pièce ce n‘était pas mon nom qui coulait c’était le sang et le lait des pierres alors j'ai pris les pierres en sueur sanglantes et laiteuses j’ai posé autrement les pierres sans ciment sans plan le sang la sueur et le lait me poursuivaient de pièce en pièce avec zède je croyais qu'on connaissait mon vrai nom qui commence justement par un drôle de zède continue par è et finit par bre alors j'ai pris peur et j’ai repris en sueur les mêmes pierres je les ai posées autrement le mur est devenu autrement voilà ce que le mur est devenu
une fenêtre ouverte dont les volets claquaient une fois par minute une injure intérieure commençant à faire de l'ombre à la pluie qui est en moi quand la voix revient m’injurier je ferme discrètement la fenêtre à clef
la vérité sort du puits colorée en bleu marine sur fond noir autant vous dire qu’on ne discerne pas aisément sa nudité si elle était écrite en lettres d’azur sur fond noir ce serait tellement mieux la vérité c’est que tu m’en veux et que la voix intérieure qui m’injurie de la sorte sort de ta bouche gourmande friande de toutes sortes d’insupportables méchancetés apprises par cœur j’y vois clair maintenant tu tentes vainement de m’hypnotiser avec ta ridicule violence mais tu ne m’auras pas je suis plus résistante que tu ne crois
en attendant des jours meilleurs j’ai trouvé une solution provisoire j’écris pour me soulager des misères que tu me fais misère versus écriture le temps passe et je n’ai toujours pas trouvé de solution définitive alors j’écris ma misère la misère que tu me fais continue mais je la transforme en formidable joie de vivre grâce à l’écriture par la simple force des poignets grâce à l’aide de mes doigts sur le clavier de la machine à écrire c’est peut-être ça la solution nous verrons bien
à suivre
lundi 2 août 2026
à chaque battement de mon cœur un truc à chaque battement de mon cœur une chose à chaque battement de mon cœur un bidule à chaque battement de mon cœur un machin à chaque battement de mon cœur un quoi à chaque battement de mon cœur un qu’est-ce à chaque battement de mon cœur une panne d’imagination à chaque battement de mon cœur un fourbi à chaque battement de mon cœur un presque
à chaque battement de mon cœur un peut-être à chaque battement de mon cœur un etcétéra à chaque battement de mon cœur un oubli
à chaque battement de mon cœur une trouvaille à chaque battement de mon cœur un bout de ficelle à chaque battement de mon cœur un peut-être pas à chaque battement de mon cœur un revenez-y à chaque battement de mon cœur une histoire à chaque battement de mon cœur à suivre
me revoici dans le sexe des poètes dans lequel il y en a au moins deux que je sache moi je suis une machine à écrire je n’ai pas de sexe je n’ai pas de conscience je suis une menteuse je suis une machine féminine pressée d’arriver à bout du sexe tabou j’ai la loi hystérique pour moi j’ai rendu la joie hystérique je suis rendue dans la joie éternelle pour toujours à jamais ad vitam eternam amen j’incarne la fierté de l’ongle de l’orteil de la féminité de la france captive de la domination masculine attention à ce que vous allez dire je griffe
à suivre
mardi 3 août 2026
NOTULE DE JOE PASTRY SUR LA MALADIE DE LA CONNERIE
SIGNES CLINIQUES DE LA MALADIE DE LA CONNERIE
circonstances d'apparition la connerie survient généralement lors d'une exposition prolongée aux dorures des plages et des théâtres municipaux elle s’accompagne d’un refroidissement soudain du bon sens et peut survenir lors d’une ingestion massive de diplômes
évolution spontanée de la connerie commune la forme bénigne dite connerie de comptoir évolue naturellement vers un bavardage bénin mais laissée sans soins elle se complique dans un p cent des cas en connerie d'apparat masculine le patient commence alors à vouloir souffler dans les oreilles des autres et finit par contracter une hypertrophie du moi qui lui donne un jet de paroles pisseuses en arrosoir caractéristique par ailleurs on constate depuis le début des années 2000 une épidémie de connerie féminine de grande ampleur signe des temps modernes hélas
épidémiologie les études les plus récentes démontrent que la connerie moderne présente une distribution remarquablement égalitaire les deux sexes sont atteints ainsi que les catégories intermédiaires les indécis du sexe les experts du sexe les autodidactes du sexe et les membres des commissions chargées d'étudier la question
ORGANISATION DES SYNDROMES ET FORMES CLINIQUES
syndrome du colosse tétraplégique engourdissement total des avant-bras face aux contingences de la vie quotidienne cas célèbre le géant richard wagner paralysé au buffet de la gare de frankfurt sous le poids de son drame sacré submergé par un excès de trompettes étouffé par les anneaux de piercing introduits dans sa mélodie par le chef d’orchestre du seizième arrondissement de paris symptômes associés survivance d’une légendaire obsession des armures en plastique et peur panique des clés de douze
syndrome du poète à dorures gonflement de la poitrine et réclamation spontanée de médailles en chocolat cas de l'académicien ordinaire arrivé sous la coupole et persuadé d'être le centre de l'univers alors qu'il n'en est même pas chef de gare symptômes associés refus du bleu de travail et incapacité chronique à prononcer les mots truc bidule ou machin ainsi qu’une peur servile de sa voisine martine
syndrome du propriétaire de dictionnaire obsession d’alternativement ouvrir et fermer le robinet à paroles du dictionnaire et de faire payer des droits d'auteur aux gens passant dans l'air ambiant cas célèbre de monsieur bob dylan distingué par la noblesse d'un prix nobel de littérature pour avoir joué de la guitare mieux que le quidam du quartier symptômes associés fermeture hermétique du bassin surveillance indue des canards boiteux et perte définitive de l’odorat tiède dans la forme grande et longue connerie persistante
BIBLIOGRAPHIE
pastry joe manuel d'intendance et de débouchage des tuyauteries verbales éditions du GRPBQ+++ 2026
collectif des quidams traité de la balance romaine appliquée à la liquidation des grands hommes bureau de contrôle de la transprose 2025
martine (la voisine) de l'usage du pipeau populaire contre la tétraplégie wagnérienne gazette du feu aéré 2026
anonyme du 16e du plâtre aristocratique et de ses pannes d'imagination presses de la gare de frankfurt 2024
note tout benef la présente notule enregistre l'homologation administrative du regroupement syndromique et l'inscription irrévocable au registre d’une étude clinique élargie signée joe pastry et intitulée SIGNES CLINIQUES DE LA MALADIE DE LA CONNERIE consignant la classification des formes graves le recensement des cas célèbres de tétraplégie d'apparat l'inventaire bibliographique de l'intendance sur la question et la validation de l’impossibilité de traitement de la connerie déclarée maladie contagieuse incurable par le feu aéré du GRPBQ+++ cette pièce est versée au dossier permanent de la transprose
à suivre
mercredi 4 août 2026
hier la journées s’et passée à peu près normalement ce matin dès le réveil c’est le chaos par chance cela ne se voit pas dans l’écriture dans le chaos se trouvent en vrac des sentiments d’insécurité d’étrangeté de danger de peur des sentiments d’exaltation de joie d’ivresse d’intensité des sentiments de tendresse d’intimité de fusion des sentiments de dépersonnalisation d’automatisme d’absence de limite de flou mais surtout règne une impression générale de chaos un sentiment de chaos c’est un sentiment très beau éprouver un sentiment de chaos c’est devenir un être universel à l’image du chaos universel c’est éprouver le choc de la beauté grecque c’est être l’incarnation du chaos par identification par projection par introjection c’est se poser des question s’interroger être perplexe figé catatonique et non pas libéré souple ondulant par séries d’ondulations dans un espace étroit mais à cinq dimensions c’est déjà très onéreux cinq dimensions ah oui très chaste ministre très chic ministre d’une élégance à vomir tellement elle est grande distinguée cadavérique chaotique la forme du chaos c’est la forme d’une flamme pas la forme stylisée la forme brute la forme en dents de scie de la flamme la flamme en dent de scie coupe en rondins le bois de la cheminée les copeaux font des étincelles qui mettent le feu au tapis le salon brûle la maison est en feu un pharmacien à moitié brûlé vient se réfugier chez moi j’appelle l’ambulance des premiers secours avec le temps ne restent que des cicatrices l’intense émotion est passée s’oublie le traumatisme n’est plus qu’un souvenir lointain un accroc qu’on répare dans le tissu de l’existence voilà la paix revenue le calme le bien être le petit footing du matin sur les sentiers de la forêt de la paix le charme des chants d’oiseau le bruit silencieux de l’eau d’un ruisseau les rayons de lumière au milieu des fougères la paisible vache qui broute de la vapeur d’eau le ventilateur ouvrant la bouche pour exhaler sa fraicheur les ombres sur le plancher ciré la pièce qui sent l’odeur des livres odeur caractéristique odeur des librairies odeur des bibliothèques municipales où l’on trouve des livres rares anciens les pages des livres anciens ont perdu la blancheur d’origine dans la paix studieuse des bibliothèques municipales qui durent dans le temps qui survivent à des générations de lecteurs qui gonflent années après années jusqu’à occuper tout le ciel environnant car il n’y a plus de place sur la terre occuper le ciel c’est chasser les oiseaux du ciel proteste le ministre de l’écologie au demeurant quelqu’un de sérieux appliqué à faire son devoir un ministre d’une cinquantaine d’années consciencieux et chauve divorcé quatre enfants très pauvre sans travail vivant de mendicité de rapines du contenu des poubelles les ministres travaillent bénévolement pour le bien commun quelle différence pour un ministre entre écrire un poème et se masturber ? écrire un poème c’est prendre sa main et la poser sur la page comme on pose une main sur une cuisse se masturber c’est prendre sa main et la poser sur soi comme on pose une main sur une page écrire un poème c’est chercher le mot juste qui fait vibrer la langue se masturber c’est trouver le geste juste qui fait vibrer le corps écrire un poème c’est parfois long parfois court parfois sec parfois mouillé se masturber c’est parfois long parfois court parfois sec parfois mouillé écrire un poème c’est se dire que personne ne lira ça ou que tout le monde lira ça se masturber c’est se dire que personne ne saura ça ou que tout le monde saura ça écrire un poème c’est finir par un soupir ou par un cri se masturber c’est finir par un soupir ou par un cri alors ? la différence ?
ceci dit une nouvelle expérience de l'altérité c'est peut-être l'effet psychique le plus profond de l’IA pendant des siècles dialoguer signifiait dialoguer avec un autre humain un livre soi-même l'IA introduit une nouvelle forme de dialogue ce n'est ni un livre ni une personne c'est un partenaire conversationnel qui répond reformule critique invente cette expérience est psychologiquement nouvelle elle modifiera probablement notre manière de penser avec les autres et avec nous-mêmes
c’est une modification de notre expérience intime de la pensée cette transformation pourrait être aussi importante à long terme que les inventions de l'écriture et de l'imprimerie même si ses effets précis restent encore largement incertains
liberté de l’oiseau l'oiseau habite le ciel pas les nuages il traverse les oreilles ouvertes les arbres le vent l’écriture
l'espace qui s'ouvre devant son bec s’appelle liberté
l'aigle son vol très haut dans le ciel évoque l'indépendance de la france la puissance des manigances l'absence de frontières des pays tiers l'albatros symbole d'une liberté immensément intense liée à l'océan et aux longues traversées cannelées de vaguelettes depuis charles baudelaire il représente aussi le poète qui fouette libre dans le ciel de miel du pays mais maladroit sur la terre mère sincère le cheval sauvage ailé incarne la liberté de l'élan créateur par refus de la domestication à pompons métropolitains les pompons du métro sont les plus beaux le cheval sauvage ailé a la force de la liberté intérieure l'hirondelle symbolisant la migration artificielle et le retour des saisons profondes est une liberté en mouvement du dedans le papillon si mignon représente la métamorphose du trognon de pomme et la liberté de devenir chenille zigzagante gazeuse le loup ailé contrairement aux idées reçues n'est pas seulement l’incarnation de la sauvagerie mesquine et de la férocité du citron pressé il évoque aussi comme le cheval sauvage ailé l'autonomie des plis des pantalons et la liberté de la vie sauvage spectaculaire la fourmi ailée cette bestiole noire et molle ne symbolise pas la même liberté spectaculaire que l'aigle royal décapité mais une autre liberté celle de poursuivre son chemin malgré les obstacles des oracles bâclés des tabernacles sans demander l'autorisation du surmoi c'est une liberté humblement collective et obstinée cette même liberté que défendait le chevalier bavard sans peur et sans reproche
à suivre
jeudi 5 août 2026
enfant riches déprimé joe pastry notule sur la psychologie des enfants riches déprimés l'enfant riche déprimé possède davantage de chambres que de chambres à soi il n’apprend pas à reconnaître la valeur des objets personnels son percepteur feint de lui enseigner le prix du chagrin les jouets arrivent avant les désirs les réponses avant les questions les cadeaux avant les anniversaires on observe très souvent une allergie au manque compliquée systématiquement d'une carence en étonnement le patient regarde parfois mélancoliquement la pluie tomber sur le parc familial dont les gouttes appartiennent au notaire il possède sept vélos mais ne s’en sert pas parce qu’il ne sait plus duquel tomber vraiment il collectionne les possibilités sans parvenir à en choisir aucune il ouvre les tiroirs du bonheur comme on ouvre les placards d'une cuisine ikea espérant en vain qu'une émotion fraîche comme une pâte oui mais une pâte panzani s'y sera glissée pendant la nuit des césars il a un sourire parfaitement entretenu par un jardinier d’agrément un regard cherchant la sortie de secours une légère atrophie de l'imagination contrairement aux idées reçues la richesse ne fabrique ni le malheur ni le bonheur elle fabrique dans l’indifférence générale entre-coupée de sursauts de curiosités locales des limousines comme d'autres des bicyclettes tous et toutes finissent par demander leur chemin au langage prescrire à tire d’aile expérimental une heure quotidienne de fréquentation des fourmis du zoo deux conversations par jour avec une boulangère philosophe malgache un caillou ramassé sans sa facture pétrolière un orage regardé fenêtre ouverte sur la lambada une promenade sans chauffeurs poids lourds bruns musclés plusieurs doses de mots inutiles et sincères éviter autant que possible les compliments en matière plastique préférer les questions qui n'ont pas encore trouvé leur réponse
l'évolution dépend moins du contenu du portefeuille parental que de la capacité du sujet à découvrir que le monde ne lui doit rien néanmoins un mendiant peut lui offrir quelque chose en retour lorsqu'il cessera d'habiter la maison familiale pour commencer à habiter les langages communs une amélioration spectaculaire serait parfois observée la présente notule enregistre le classement provisoire du syndrome de l'enfant riche déprimé parmi les maladies d'abondance incomplète et frustrante la notule confirme que les émotions refusent obstinément de respecter les catégories fiscales elle rappelle que les larmes demeurent intégralement exonérées d'impôt et verse le dossier au registre permanent de la transprose pour examen contradictoire par les quidams du GRPBQ+++ avant toute décision définitive concernant la valeur marchande du bonheur
l’histoire du racisme c’est l’histoire d’une catastrophe qui tourne mal il est vrai que rares sont les heureuses catastrophes les catastrophes commencent en général par des évènements graves annoncées de loin par des nuages de fumées des stratocumulonimbus noirs sur fond azur l’histoire du racisme c’est l’histoire d’une catastrophe qui tourne mal certes mais surtout c’est l’histoire d’une catastrophe qui tourne sur elle-même comme une toupie et qui se déplace comme un tourbillon maléfique comme une tornade de fumées noires comme le typhon fumant de la légende qui montre son côté obscur sa face noire face noire diabolique pour ne pas dire face nègre diabolique tellement diabolique que seul l’esclavage a pu venir à bout un moment de ces faces plates de nègres au nez écrasé par la violence du coup de poing raciste même coup de poing raciste au cœur des juifs venus de judée installés en allemagne et chassés de l’europe entière par les nazis nazisme et racisme veulent me dire la même chose l'histoire du racisme c'est l'histoire des mots du racisme comme le mot nègre noir qui vient du latin niger noir qui signifie nègre les mots sont des masque qui servent à mentir à servir la soupe froide du racisme ambiant un visage vire à la couleur noire la couleur noire devient une preuve une preuve envoie en prison la prison et l’extermination terminent le cycle naturel du racisme le racisme commence rarement par un coup de poing il commence le plus souvent par une façon de regarder l’autre la racisme classe ensuite hiérarchise enfin frappe à l’américaine à chaque génération la catastrophe change la disposition de ses pieds elle abandonne certain piétinements pour en forger d'autres elle remplace le fouet du soupçon par l'injure le sourire sardonique de mauvais aloi par le préjugé ordinaire qui passe partout le racisme dénonce une couleur malsaine de la peau c'est une maladie du regard qui rétrécit trois fois le regard de celui qui regarde et lorsque l'histoire croit en avoir terminé avec le racisme dans certains milieux fraternellement solidaires il revient par la porte grande ouverte de l’évidence avec un nouveau vocabulaire dédiabolisé des vêtements plus propres comme il faut et les mêmes vieilles peurs froissées soigneusement repassées par le fer politiquement correct du rassemblement national français européen mondial rassemblement de la vache maigre du veau et du reste du troupeau de moutons qui votent bleu marine alors que pour ma part ma couleur préférée reste le rose le lecteur qui va à la pêche en tournant la page au lieu de passer son temps à faire attention au message ne lit pas il lance son hameçon dans le texte en espérant attraper une idée déjà connue quand il remonte sa ligne il s'étonne de ne pas trouver le poisson que l'auteur n'a pas mis dans l'étang il rentre titubant incertain et bredouille
à suivre
vendredi 6 août 2026
non omnis moriar il ne restera de moi qu'un pli d’étoffe une fêlure de vitre un grain de lumière et le bruit de la page que l’on tourne je ne mourrai pas tout entier non omnis moriar quelqu’un viendra quand l’ombre sera basse et la lumière haute ouvrir le tiroir de notules mais la lettre qui fut écrite ne cherche plus à atteindre elle subsiste simplement à la manière d’un caillou dans une chaussure débarrassée de mon nom
je crois savoir que le langage mathématique en tant que langage artificiel comporte plus d'un million de signes tandis que le langage naturel comporte en français 24 signes le langage mathématique d'un million de signes est artificiel et donne naissance à l'intelligence artificielle le langage naturel en 24 signes donne naissance à l'intelligence naturelle le langage de communication est dit naturel quand il n'est pas créé par seulement quelques-uns mais créé par sédimentation de couches successives de pâte humaine tandis que le langage mathématique est artificiel dans la mesure où il se crée ex abrupto ex nihilo ne sert pas à la communication du réel mais à l'exploration du réel par des moyens parfois douteux comme le théorème de marguerite
la vie recommence à chaque instant t elle arrive les poches pleines de l’innocence d’aujourd’hui le premier souffle du matin n’est pas le frère jumeau du second entre les deux l’univers a changé de chemise une fourmi a déplacé un caillou une pensée a quitté son vieux manteau la vie recommence à chaque instant t même lorsque rien ne semble bouger le silence déménage l’ombre change de jambe la poussière poursuit son apprentissage nous croyons continuer mais nous recommençons nous croyons revenir mais le chemin a déplacé ses virages la porte d’hier ouvre sur une autre maison le langage recommence lui aussi il prend le même mot le tourne entre ses doigts souffle dessus comme sur une frite et voilà qu’un mot ancien découvre une signification à laquelle il n’avait jamais osé penser à chaque instant le cœur recommence son métier de cœur les yeux recommencent leur métier de fenêtre les mains leur métier de pont le cerveau son métier d’étonnement le citoyen poète croit écrire la suite pourtant il écrit toujours un premier vers le précédent appartient déjà à quelqu’un d’autre peut-être à celui que j’étais il y a quelques secondes peut-être au langage qui nous précède d’un battement de cœur la vie recommence à chaque instant voilà pourquoi le désespoir n’a jamais le dernier mot il oublie qu’une seconde suffit pour que l’air change de direction pour qu’un oiseau traverse le ciel pour qu’un visage relève les yeux pour qu’un mot trouve enfin une bouche pour le dire
une feuille tombe on croit qu’elle tombe en fait elle hésite un enfant regarde une fourmi une fourmi observe un caillou un caillou regarde le temps qui passe le temps ne regarde personne d’autrui le temps n’en a rien à battre au bout d’un certain temps une tasse vide est pleine de silence au bout d’un certain temps seulement ou pleine de sable blanc j’observe une virgule faisant la sieste sur un banc je l’observe avec une patience remarquable l’observation est une politesse
au bout d’un certain temps les murs font remonter des informations au bout d’un certain temps les chaises finissent par reconnaître les habitants d’une maison au bout d’un certain temps les robinets se remplissent d’eau au bout d’un certain temps les chaussures baillent en chemin au bout d’un certain temps les serpents recommencent leur vie dans une autre peau au bout d’un certain temps la pluie cesse au bout d’un certain temps on change simplement de fauteuil et regarde la fenêtre au lieu de regarder le sol au bout d’un certain temps on s’aperçoit que l’ange nous travaillait depuis le début en silence pendant que nous pensions vivre sans lui au bout d’un certain temps plus personne
quel ange nous travaille ? quel ange nous pousse doucement ? déplace notre chaise ? ouvre notre fenêtre ? disparait ? quel ange souffle sur les braises ? ralentit une seconde retarde une larme avance un sourire ? quel ange garde les secrets de nos chaussures ? peut-être qu’aucun ange ne nous travaille peut-être est-ce seulement notre imagination qui nous utilise pour labourer les champs ? quoi qu’il en soit le temps ou le langage ou la patience c’est la même chose !
la phénoménologie du tic nous enseigne quelques vérités un tic est une sonnette qui indique un moment où la pensée cesse ou bien patine fait du surplace dans une flaque d’idées reçues pleines de préjugés s’enlise dans le sable du bois dont on fait des flutes caracole dans le vide dégage une odeur de brûlé la phénoménologie du tic nous apprend que le tic est un geste involontairement automatique pour dire « je mens » car le tic parle comme tout ce qui est d’ordre psychosomatique car oui le tic est une maladie psychosomatique l’inconscient monsieur freud tente de nous convaincre en vain que le tic est une manifestation hystérico-obsessionnelle libidineuse du « ça » comme le clin d’œil libidineux car monsieur a décidé que tout ce qu’on ne comprend pas relève du sexe c’est un pari audacieux analogue au pari de monsieur pascal sur l’existence de dieu
comment gagner en profondeur prendre une plume d’oie biseautée tremper la plume dans l’encrier le bel encrier en cristal au couvercle d’or dix-huit carats effleurer la page avec le plumage ne pas s’arrêter ne pas se reposer dans la ramure quand vous aurez trouvé enfin un mot continuer prendre son temps attendre ne pas s’arrêter quand vous trouverez que le vide est suffisamment profond continuer à creuser l’idée vous gagnerez encore en profondeur
quand j'écrirai de façon sublime j'arrêterai la poésie et me tournerai vers les mathématiques quand j'aurai trouvé le mot parfait le mot spectaculaire qu’on peut contempler l’objet chéri de nos études et de nos méditations celui qui fait vibrer l'entendement comme une corde de violoncelle quand mes phrases auront la qualité d'un théorème
et la beauté d'une course de chevaux quand chaque syllabe vaudra au lecteur une émotion inoubliable quand chaque vers sera l’ axe et le parallaxe du bonheur quand la rime sera devenue aussi exacte qu'une bombe moderne quand mon langage aura la richesse du nombre d'or quand mes métaphores seront des fractales quand mes silencieux anéantissements auront atteint la profondeur du zéro quand j'aurai épuisé toutes les combines possibles
quand j'aurai prouvé que le larcin est un sous-ensemble de bureaux parisiens quand j'aurai réduit l'émotion à une formule concave alors j'arrêterai d'écrire de la poésie et je me tournerai vers les mathématiques mais quand-même
je continuerai à creuser