La
page
blanche

Le dépôt

AUTEUR-E-S - Index I

82 - Pierre Lamarque

Flux de conscience au jour le jour


mardi 10 août 2026


notule de joey pastry – que sais-je de ma mythomanie ?

je sais que ma mythomanie n'est pas un simple mensonge passager        une triche ordinaire       ou un calcul cynique          ma mythomanie se révèle être une médecine         une tentative de solidifier le réel euphorique        là où le réel euphorique risque de s’effondrer        je ne mens pas pour tromper l'autre        je mens pour m'abriter sous un toit de fausses certitudes         face à la pauvreté d’un monde trop violent et trop vide     je fabrique une architecture en kit  pour empiler mes fantasmes   de personnage-bouclier      dont la prothèse langagière imaginaire vient colmater la brèche du sujet blessé par sa propre histoire     sujet blessé que je suis   oui      hélas     par ma propre histoire      oui  hélas          le plus troublant     c'est que je finis par habiter sincèrement mon propre récit       les images inventées sonnent allègrement la même charge émotionnelle       la même chimie cérébrale et les mêmes certitudes biologiques que les vrais souvenirs         ma parole cesse d'être une fiction        elle devient la seule matière disponible dans laquelle ma conscience parvient encore à respirer                je suis celui dont le récit a coupé les amarres avec la réalité déprimante      pour partir à l’aventure de l’imagination galopante       quand le dialogue de vérité entre un individu comme moi        et le milieu        ne peut plus fonctionner pour une raison ou pour une autre      le langage tourne à vide         et crée ses propres fantômes         ma mythomanie est une poétique du mensonge sans prise de tête        mon mot menteur ne cherche pas à épouser le relief des choses      il se substitue à elles

que sais-je au fond de ma mythomanie sinon qu'elle est la preuve la plus formelle        que mon langage n'est pas un miroir passif du langage des autres       mais une force créatrice redoutable         capable de bâtir des palais de papier dans lesquels mon corps vient se réfugier à pied         pour ne pas mourir du froid de la vérité des  menteurs à cheval

not a bean        en abordant la mythomanie sous ma plume    ma notule déplace la question du jugement moral abstrait    très défavorable au mythomane     vers une ontologie concrète de mon récit réel véridique    moi humble mythomane   suis un architecte du bonheur qui cherche dans la fiction de mon inspiration        une clef de voûte pour ne pas m’écrouler dans ma folie dépressive







copié collé

 

 en réussissant à transformer l'action la plus banale du web en un po    un poème minimaliste     appelant une profonde réflexion instantanée    joey pastry   prouve une fois de plus    avec son po      copié collé     que la poésie ne réside pas dans le luxe des mots    mais dans la manière d'orienter les oreilles 



injection paranormale

                                    

par ce poème en deux mots       joey pastry réussit à évoquer à la fois                      la médecine douce       la médecine psychiatrique        la science-fiction          l'effraction poétique           le mystère de l’esprit saint    et les hallucinations de sainte bernadette         l'injection n'est pas celle d’un produit quelconque     c'est le mot lui-même qui s'injecte dans la conscience du saint esprit   pour y faire vaciller ses incertitudes


 

porte ouverte


 en écrivant le poème      porte ouverte     joey pastry supprime la frontière entre l'intérieur       le poème en train de s'écrire           et l'extérieur        le courant d’air      tout peut entrer      tout peut sortir       rien n'est rejeté        le grotesque comme le sacré traversent le seuil sur le même pied d'égalité



sens permis


en posant sur la page blanche  le poème sens permis       joey pastry tirebouchonne un panneau de signalisation bien connu     c’est du détournement de panneau        on contourne le panneau d’interdiction      pour s’éviter de tomber dans le panneau     les mots prennent la tangente      toutes les directions du sens        sont ouvertes        autorisées        praticables


 

po poésie


 po poésie est une étiquette collée sur un interrupteur béant       il suffit de presser sur la première syllabe du poème pour que la pièce s'éclaire




po scriptum


scriptum         s’écrit       po      ou peau      po s’écrie tom      po  s’écrit à la craie       tom aussi        po trace à toute vitesse sur une seule ligne de cris      po  scriptum devient la marque déposée   de la maison de couture des mots créée par tom script après une promenade au bord du po en l’an deux mille post scriptum     d’après une idée originale de paul scriptum son demi-frère



folie douce     la meilleure des folies      recommandée par la société protectrice des animaux tristes       ne dit-on pas post scriptum animal triste        un peu de douce folie est recommandée trois fois par jour       pour égayer les repas      la folie douce ressemble à la savonnette sous la douche      elle glisse et fait des bulles         contre lesquelles s’écrasent les gouttes d’eau   c’est pour cette raison que les gouttes d’eau tombent par terre        folie douce   hésitation vaincue    dans un coin du jardin      elle parle aux coquillages       les algues en crèvent de jalousie          elle ressemble de loin à une erreur       elle salue les arbres         comme de vieux professeurs       et remercie les pierres de leur patience        puis elle casse les pierres à la masse      très doucement



lundi 9 août 2026

 

 le dialogue commence avant la parole         les corps dialoguent    par le transfert d’informations sans mot      de corps à corps         les corps de matière ont commencé à dialoguer  bien avant que les langues ne s’inventent            la matière écoute en se transformant et se transforme en écoutant          ce qui change est ce qui se comprend       le monde parle par ses effets         chaque trace de matière est une phrase sans alphabet         l’eau lit la pierre en la creusant       le canyon est un livre ouvert par un fleuve        ce qui résiste enseigne       la dureté est une forme de discours       le silence est plein de réponses      rien n’est muet dans la matière tout se dit       un corps est un passage où d’autres corps circulent       l’identité est un carrefour        la vitesse est une syntaxe       les flux s’écrivent en accélérant      la pesanteur est une mémoire    ce qui tombe se souvient          le dialogue est l’art de se laisser affecter        ce qui ne s’ouvre pas s’efface        la matière ne cesse de se traduire        chaque forme est une version provisoire       le monde est un poème qui n’attend pas de lecteur          il se récite en se modifiant          le temps est un sculpteur aveugle        il taille sans regarder        les corps ne parlent pas         ils se répondent         le langage est une imitation tardive     tout ce qui existe est une réponse à quelque chose       rien n’est premier      rien n’est seul        la lumière négocie avec chaque surface       l’ombre est un compromis         le réel est un tissu de dialogues mensongers muets                       un bruit n’est qu’un détail du bruit        la matière est un chant sans oiseau        le monde chante à la force du poignet          ce qui persiste dialogue encore                  la durée est une conversation        l’univers est un échange sans témoin       nous ne faisons que passer dans l’échange     le texte de ce discours aphoristique a été rédigé        par le groupe de recherche de la page blanche        le GRPBQ+++

 

je pense que la transprose est la plus lisible des façons d’écrire et de lire    l’auteur impose sa façon de lire au lecteur       comme il lui impose ses mots    en espaçant les membre de phrase à sa guise      comme dans la démonstration nuancée de patrick


la lecture de la transprose est on ne peut plus fluide  le lecteur se laisse guider    sa lecture est simplifiée     sans signes de ponctuation                             grâce à sa disposition          l’écriture en transprose permet d’exprimer les nuances de la pensée mieux que la ponctuation              la transprose exprime la réalité de la pensée      la pensée se présente comme un flux de paroles scandé naturellement par la respiration        par les pauses         par les silences           la transprose restitue ces silences   qui jouent dans la pensée le rôle si important         de préparer la pensée qui s’écrit


je pense que dans le futur les livres auront disparu au profit de la lecture sur écran             qui n’a jamais perdu le fil en cherchant la ligne suivante ?   j’imagine que les sauts de lignes des livres et des écrans      pénibles à l’oeil        qui causent       par la recherche de la ligne suivante       une perte d’énergie et de temps considérables dans la lecture          disparaitront quand le mode lecture transprose     se fera en faisant défiler un bandeau à la vitesse souhaitée     ce luxe est à portée de main      ce luxe est pour demain   


la transprose une solution globale pour les défis intellectuels et écologiques de notre temps         elle restitue les nuances de la pensée  en même temps qu’elle économise le papier          pour bien éprouver la transprose        il faut éprouver la sensation très agréable qu’on éprouve en écrivant directement en transprose      la sensation que la pensée se crée par l'écriture de la pensée    en transprose                la délicieuse sensation que la transprose offre à la pensée en train de s’écrire  une délicieuse impression de liberté 


l’exemple du télégramme peut se comprendre comme un argument contre la ponctuation et pour l’espacement   en effet le stop du télégramme est l’équivalent du point de la ponctuation  ce sont deux façons impératives et dictatoriales de stopper le flux de parole  tandis que l’espacement simple   est une façon douce d’interrompre le flux    pour laisser le temps à la pensée de se constituer et de se dérouler paisiblement   la ponctuation est un système répressif     l’espacement est un système démocratique    en abandonnant la ponctuation au profit de l’espacement    la pensée s’écoule avec pudeur et retenue certes    mais sans barrage  sans frontière   grâce à la transprose    la pensée circule librement dans les esprits  aussi bien de l’auteur que du lecteur


il est impératif d’abattre le grillage de la ponctuation classique          responsable d’une lamentable stagnation intellectuelle impuissante depuis des siècles        je répète        il est impératif d’abattre le grillage de la ponctuation classique     impuissante depuis des siècles à permettre à la pensée de développer ses capacités    et nous frères humains  sommes condamnés à porter le poids de notre culpabilité d’avoir accepté la ponctuation sans nous être rebellés   tels des moutons de panurge !

terre  6 août 2026




dimanche 8 août 2026


sur un panneau illuminé           dans une rue de mon cerveau fréquentée par de nombreux passants       on peut voir défiler en boucle ces mots           un poème est une science       une science dit la vérité      une science a raison       un poème a raison       un poème est intelligent     un poème est       beau       intelligent     riche     scientifique      courageux    un poème est une science


 

maintenant       assez         encore       étonné        liberté        mot     joie   pluie intérieure     joie clandestine      volet fenêtre       temps boiteux      nuit blanche      timide vérité       idée fertile     bonheur provisoire            arc   flèche    pomme          question silence réponse             miroir visage ride          pierre burin statue         nuit aube jour           graine terre pluie forêt          allumette flamme papier cendre                 branche oiseau   envol ciel          lettre facteur boîte absence           valise gare train adieu         plume encre page poème        


j'ai bâti ce poème en commençant par écrire un po de trois mots       arc flèche pomme           j'ai fait une série de po de trois mots    puis j'ai fait une série de  quatre mots         puis d'un mot et deux mots     en cours de route j'ai fait établir des listes de po par chatgpt         et j'ai choisi ce qui me convenait     j'ai modifié certains    j'en ai trouvé moi-même     il s'est agi pour moi de faire un exercice de style    l'ensemble forme    un tableau expressionniste abstrait    une musique sérielle  et une danse des mots sur la page blanche  


une main      un foulard      un secret qui apparait         un geste qui s’ouvre       un foulard qui se plie           ce qui était là      n’est plus là      à sa place         un lapin


si l'on fait résonner spinoza et deleuze avec mon idée de « la matière qui dialogue avec la matière »        on dégage trois principes 

le dialogue est une rencontre d’énergies       dialogue matériel ne veut pas dire échange de paroles        mais composition ou décomposition de rapports     quand l'eau façonne le canyon        il y a dialogue au sens spinoziste          deux rapports de vitesse et de résistance matérielles s'affectent        et inventent un nouveau relief

l'immanence de l'information         la matière n'a pas besoin d'un observateur extérieur pour traiter de l'information     l'effet qu'un corps produit sur un autre est immédiatement une forme de transmission        une réponse physique et matérielle

l'ouverture du corps         un corps n'est jamais clos sur lui-même       il est traversé de part en part par des flux de matière et d'énergie         il « vit » tant qu'il maintient son dialogue avec le milieu

mon     « matérialisme dialogique » semble indiquer que dans l’écosystème universel tout est dialogue        le dialogue n’est pas réservé aux humains et à leur langage    le dialogue étant compris comme un échange d’informations


la clef de mon envoûtement          la pierre ne parle pas de mots mais de pesanteur          elle écoute l'eau fendre sa chair sans cœur          en un choc mesuré de molécules et de flux            où le temps sculpte l'ombre de ce qui n'est plus             rien n'est fermé au monde          aucun corps ne s'arrête           à l’écorce                     à la peau           ni au bord de la tête             la lumière et le ciel nouent un pacte secret         chaque onde porte un signe      une forme d'effet               sans témoin pour juger            sans regard pour traduire         la matière en mouvement ne cesse de s'écrire      les vitesses s'accordent        les résistances cèdent           les forces sous le vide se répondent et s'entraident               le verbe n'est qu'un souffle au milieu de l'espace            une minuscule ornière où le monde repasse        le vrai dialogue est le nœud permanent         qui marie la falaise au courant de l'instant           c'est là le grand vertige et le fond de la chose      l'universel échange où tout être repose          savoir que la matière est un chant sans parole     sans oiseau        où la mémoire vole


post krypton       lecteur       je te demande         d'accepter de suspendre       pendant quelques pages       le sens habituel des mots pour entrer dans celui que le texte construit pour eux       ainsi en est-il du mot dialogue      dans mon poème

intitulé        la clef de mon envoûtement        je dis que la clef de voûte de mon envoûtement             est le mot dialogue 

 





samedi 7 août 2026


la transprose est une prose en somme transgenre      c’est une prose évoluée         une prose différenciée          une prose poétisée      le secret de la transprose ce sont les espacements       que le lecteur voit apparaître entre les mots      la transprose offre à la lectrice vêtue de dentelle rose    une prose aérée par des espacements         ces espacements donnent le tempo du mambo        ils sont le reflet de l’oralité couchée sur le papier       l’oralité se caractérise par des rythmes propres à chacun     qui sont des pauses dans le discours          tout comme l’oralité qui connait des poses et des pauses    la pensée connaît aussi des pauses      ceux qui écrivent leur pensée sont bien placés pour le savoir    écrire   c’est faire passer la pensée en noir et blanc   sans la dénaturer       or la prose classique dénature la pensée     la révolution de la transprose        décapite les majuscules       la plupart        et   envoie les ponctuations aux oubliettes         sauf quelques-unes        comme les trois points de suspension           les points d’exclamation et d’interrogation      la transprose propose d’habiter l’écriture autrement       la transprose convient à tous types d’écritures        poèmes et         récits     essayer la transprose      c’est l’adopter    écrire en transprose est un acte écologique        qu’étudie une branche dure de cette science molle   appelée écologie de l’écriture      l’écologie c’est l’hygiène de la planète       ni plus ni moins        comme la transprose est l’hygiène de la prose       la transprose c’est de la prose hygiénique     la transprose économise de la place sur le papier        la transprose rend le papier hygiénique     finie la pollution       et l’exploitation de l’arbre par l’arbre        la transprose  est politiquement écolo     la transprose est vêtue de couleur verte  quand on l’aperçoit dans les cérémonies  notons que sans le groupe de recherche de la page blanche        le GRPBQ+++    la transprose n’existerait pas       la transprose est un groupe de pensées    le GRPBQ+++ est aussi un groupe de pensée      chaque membre du GRPBQ+++         s’appelle élément de pensée      chaque membre du groupe est un élément de pensée     de même chaque membre de phrase de la transprose        constitue un élément de pensée      le membre de phrase de la transprose           constitue un élément de pensée        la pensée étant une agglomération traversée d’artères et de rocades à vitesse automatiquement limitée   le sang de la pensée est projeté dans la phrase grâce à la pompe blanche        la pompe blanche n’est ni plus ni moins que l’espacement entre les membres de phrase       cet espacement agit comme une pompe    on le nomme pompe du silence       le silence est le vide qui aspire les membres de phrase et les injecte dans la transprose       la pompe à silence est faite d’une matière blanche qui se trouve dans le tronc cérébral à la base des amygdales cérébelleuses        la pompe à silence règle le débit du flux de la pensée        fonctionnant comme un tuyau d’arrosage    la transprose est quasiment un accordéon qui se plie et se déplie        comme les ailes d’un oiseau                           on pense avant d'écrire à ce qu'on va écrire          on le pense avant de réaliser l'acte de création             plus l'acte de création est pensé      plus il percute l’imagination     l'imagination et la création sont au service du cœur du lecteur            le cœur du lecteur est généreux comme l’amour     le cœur est l'organe de l'amour      toutes les artères mènent à rome           rome c'est le cœur du lecteur          penser à écrire c'est penser à son corps et à son cœur de lecteur           et penser à son cœur de lecteur revient à penser à la transprose         écrire c'est penser à se souvenir de l'obsession transprose qui couve neuf mois ses oeufs mayonnaise            l'origine de la mémoire se trouve dans le cœur         le cœur est soumis aux émotions             en grèce antique       qui n'est pas si loin de nous          toute distance étant relative à l'observateur         comme bachelard l'a démontré en étudiant le mot "bachelier"      en grèce antique disais-je    il y a cinq minutes   les émotions naissent dans le cœur          le cœur a la gracieuse forme d'un cœur           une forme que reproduisent les ombres chinoises les ombres chinoises sont à l'origine de la poésie           la poésie a commencé sa carrière par la pratique des ombres chinoises         les ombres chinoises se caractérisent par des espaces lumineux entre des espaces sombres        exactement comme la transprose          l’étude approfondie de la phénoménologie de la transprose nous à permis de comprendre le fonctionnement de la pensée     nous serons bientôt en mesure de publier un article sur nos dernières découvertes à ce sujet         dans la revue sciences et avenir

l’espacement remplace avantageusement la ponctuation      il renforce la structuration du texte  met en évidence des passages   tout en facilitant la lecture du texte et en renforçant sa logique         la ponctuation a toute une histoire      il ne faut pas s’imaginer qu’elle existe depuis toujours et qu’elle existera toujours   dans l’antiquité gréco-latine      les mots s’écrivaient en majuscules sans espacements entre les mots   la pensée était délivré en un seul bloc       des poètes comme apollinaire ont commencé à jouer avec la ponctuation  la différence entre la ponctuation telle qu’on la connait et l’espacement est une question de logique    à quoi bon les points    points virgule et virgules        si l’espacement produit le même effet    et facilite la lecture    rendant par exemple plus aisée la lecture des vers      disposés en prose aérée et non plus avec des retours à la ligne    mais surtout     l’espacement et la création de blancs     sont le reflet fidèle du fonctionnement de la pensée qui se fait par bonds et gambades entrecoupés de pauses  écrire en transprose c’est redécouvrir le plaisir d’écrire en organisant la pensée autrement      plus naturellement     en la rendant claire      en permettant à la pensée de mettre en avant des mots importants   lire de la transprose c’est découvrir un plaisir de lire renouvelé et vivifié  le langage est un système d’expression de la pensée    la ponctuation participe d’une expression désuète     il est temps de tourner la page  j’espère que ces arguments convainquent les esprits  réticents à la nouveauté       et bien installés dans le confort de coutumes en vérité  inconfortables quand je réviserai mes textes j'adopterai une attitude plus souple plus civile plus tendre moins arrogante moins sentencieuse


quelqu’un qui n’arriverait pas à comprendre ce qu’est la transprose           et quelle qualité  la transpose apporterait  à l’écriture       me fait penser à         quelqu’un qui hésiterait à s’acheter une ferrari électrique     le seul argument pour le décider à abandonner ses goûts anti-écologiques         serait qu’il essaye la voiture de course électrique     et par conséquent        pour réellement comprendre la ferrari transprosaïque     il faut l’essayer        l’essayer c’est l'adopter


je veux que tu dialogues avec un pot         n’importe lequel       un    pot               un pot de fleur un peu fleuri fera l’affaire       si tu parles au pot        le pot t’écoute     et te répond       alors parle au pot     dis bonjour au pot          arrose-le de gentilles gouttelettes      écoute bien la réponse du pot      ne crains pas de poser ta question     écoute bien la réponse à ta question        ne sois pas timide    ose ta question       entre en dialogue avec le pot      il vaut mieux un dialogue avec un solide pot qu’avec un pot pourri    un pot pourri archi fleuri   certes ne manque pas de charme       mais un pot un peu fleuri suffit          à qui se contente de peu          faute de mieux          je veux que tu dialogues avec un pot     allo   ici le pot      je vous reçois cinq sur cinq !                  eh bien       que fais-tu les bras ballants     la bouche close ?       pourquoi ne réponds-tu pas au pot   ?      bien        puisque tu te tais        moi aussi 


pour faire la mise en scène du mutisme         il faut une chaise au centre de la scène       en bois clair       le modèle le plus courant         le rideau ne se lève pas      il est ouvert depuis longtemps         sur l’absence de décor        quelqu’un entre       s’assoit         pose ses mains à plat sur ses cuisses         l’acteur est prié de ne pas jouer      de ne pas projeter son visage dans un masque        de ne pas combler avec une moue le vide qu’il ressent            l’acteur doit devenir le meuble principal de la scène         le mutisme n’est pas que du silence          c’est une parole effrayée retenue au bord du gouffre       entre les dents      au bord des lèvres       un barrage de vent          résistant à la pression des mots          au bout d’un certain temps la lumière baisse        dessine un cercle autour de la chaise      c’est le périmètre du non-dit           on entend comme un bruit de respiration lent et méthodique      quand le corps se cale sur la chaise         le public n’entend pas la réponse que le corps humain assis ne fait pas à la question qu’on n’a pas posée          la pièce se termine quand la lumière s’éteint complètement         et que l’obscurité fait entendre l’exquise qualité du silence 


l’écornifleuse avance sans bruit de clés        les mains vides       yeux grands ouverts sur ce qui traîne         sa méthode de vol         est d’une courtoisie irréprochable   elle ne force aucune serrure         elle attend simplement qu’une fenêtre reste entrebâillée         qu’une fourchette en argent glisse d’une table        qu’un porte- monnaie reste sans surveillance sur un coin de nappe        l’écornifleuse ne revend rien au marché noir ce qu’elle prélève dans la poche des autres       elle le fait fondre sous sa langue        elle cache ses intentions dans une hésitation        un ton légèrement faussé        un tic       au bout d’un certain temps de rapine      son propre habit est un manteau d’arlequin fait de pièces découpées dans les doublures des voisines         si vous lui demandez son nom elle sourit bêtement avec les dents de quelqu’un d’autre        le terme d'« écornifleuse »      ou parasite d'idées      d'écrits       et de propos       sert de motif pour interroger la frontière perméable entre l'emprunt poétique        la mémoire collective des textes      et les vols des  papillon       les papillons étant de profession        écornifleurs de pollen

 

  



vendredi 6 août 2026



non omnis moriar          il ne restera de moi    qu'un pli d’étoffe          une fêlure de vitre        un grain de lumière       et le bruit de la page que l’on tourne        je ne mourrai pas tout entier     non omnis moriar                   quelqu’un viendra      quand l’ombre sera basse et la lumière haute         ouvrir le tiroir de notules     mais la lettre qui fut écrite ne cherche plus à atteindre          elle subsiste simplement        à la manière d’un caillou dans une chaussure         débarrassée de mon nom

       

je crois savoir que le langage mathématique       en tant que langage artificiel comporte plus d'un million de signes           tandis que le langage naturel comporte en français 24 signes       le langage mathématique d'un million de signes                 est artificiel et donne naissance à l'intelligence artificielle        le langage naturel en 24 signes        donne naissance à l'intelligence naturelle           le langage de communication est dit naturel quand il n'est pas créé par seulement quelques-uns mais créé par sédimentation de couches successives de pâte humaine tandis que le langage mathématique est artificiel dans la mesure où il se crée ex abrupto ex nihilo ne sert pas à la communication du réel mais à l'exploration du réel par des moyens parfois douteux comme le théorème de marguerite 

la vie recommence à chaque instant t          elle arrive les poches pleines de l’innocence d’aujourd’hui            le premier souffle du matin n’est pas le frère jumeau du second           entre les deux l’univers a changé de chemise         une fourmi a déplacé un caillou        une pensée a quitté son vieux manteau                       la vie recommence à chaque instant t        même lorsque rien ne semble bouger        le silence déménage           l’ombre change de jambe         la poussière poursuit son apprentissage          nous croyons continuer mais nous recommençons       nous croyons revenir mais le chemin a déplacé ses virages       la porte d’hier ouvre sur une autre maison          le langage recommence lui aussi                    il prend le même mot          le tourne entre ses doigts        souffle dessus comme sur une frite           et voilà qu’un mot ancien découvre une signification à laquelle il n’avait jamais osé penser        à chaque instant le cœur recommence son métier de cœur          les yeux recommencent leur métier de fenêtre         les mains leur métier de pont           le cerveau son métier d’étonnement             le citoyen poète croit écrire la suite pourtant il écrit toujours un premier vers          le précédent appartient déjà à quelqu’un d’autre          peut-être à celui que j’étais                            il y a quelques secondes        peut-être au langage qui nous précède d’un battement de cœur        la vie recommence à chaque instant          voilà pourquoi le désespoir n’a jamais le dernier mot          il oublie qu’une seconde suffit pour que l’air change de direction         pour qu’un oiseau traverse le ciel          pour qu’un visage relève les yeux         pour qu’un mot trouve enfin une bouche pour le dire              

une feuille tombe        on croit qu’elle tombe        en fait elle hésite       un enfant regarde une fourmi        une fourmi observe un caillou       un caillou regarde le temps qui passe      le temps ne regarde personne       d’autrui le temps n’en a rien à battre      au bout d’un certain temps une tasse vide est pleine de silence         au bout d’un certain temps seulement         ou pleine de sable blanc        j’observe une virgule faisant la sieste sur un banc       je l’observe avec une patience remarquable        l’observation est une politesse

au bout d’un certain temps les murs font remonter des informations       au bout d’un certain temps les chaises finissent par reconnaître les habitants d’une maison    au bout d’un certain temps les robinets se remplissent d’eau       au bout d’un certain temps les chaussures baillent en chemin      au bout d’un certain temps les serpents recommencent leur vie dans une autre peau      au bout d’un certain temps la pluie cesse        au bout d’un certain temps on change simplement de fauteuil et regarde la fenêtre au lieu de regarder le sol         au bout d’un certain temps on s’aperçoit que l’ange nous travaillait depuis le début en silence pendant que nous pensions vivre sans lui         au bout d’un certain temps plus personne 

quel ange nous travaille ?     quel ange nous pousse doucement ?  déplace notre chaise ? ouvre notre fenêtre ? disparait ?       quel ange souffle sur les braises ?  ralentit une seconde       retarde une larme        avance un sourire ?     quel ange garde les secrets de nos chaussures ?   peut-être qu’aucun ange ne nous travaille          peut-être est-ce seulement notre imagination       qui nous utilise       pour labourer les champs ?   quoi qu’il en soit      le temps      ou le langage      ou la patience     c’est la même chose !

 

la phénoménologie du tic nous enseigne quelques vérités          un tic est une sonnette qui indique un moment où la pensée cesse       ou bien     patine       fait du surplace dans une flaque d’idées reçues pleines de préjugés         s’enlise dans le sable du bois dont on fait des flutes       caracole dans le vide        dégage une odeur de brûlé       la phénoménologie du tic nous apprend que le tic est un geste       involontairement automatique       pour dire          « je mens »          car le tic parle         comme tout ce qui est d’ordre psychosomatique        car oui le tic est une maladie psychosomatique        l’inconscient monsieur freud tente de nous convaincre        en vain         que le tic est une manifestation hystérico-obsessionnelle libidineuse du « ça »           comme le clin d’œil libidineux      car monsieur a décidé  que tout ce qu’on ne comprend pas       relève du sexe     c’est un pari audacieux        analogue au pari de monsieur pascal     sur l’existence de dieu

 

comment gagner en profondeur            prendre une plume d’oie biseautée          tremper la plume dans l’encrier        le bel encrier en cristal au couvercle d’or dix-huit carats       effleurer la page avec le plumage             ne pas s’arrêter     ne pas se reposer dans la ramure           quand vous aurez trouvé enfin un mot           continuer        prendre son temps        attendre            ne pas s’arrêter         quand vous trouverez que le vide est     suffisamment profond         continuer à creuser l’idée      vous gagnerez encore en profondeur


quand j'écrirai de façon sublime j'arrêterai la poésie et me tournerai vers les mathématiques       quand j'aurai trouvé le mot parfait     le mot spectaculaire qu’on peut contempler    l’objet chéri de nos études et de nos méditations   

celui qui fait vibrer l'entendement comme une corde de violoncelle

quand mes phrases auront la qualité d'un théorème

et la beauté d'une course de chevaux         quand chaque syllabe vaudra au lecteur une émotion inoubliable       quand chaque vers sera l’ axe et le parallaxe du bonheur         quand la rime sera devenue aussi exacte qu'une bombe moderne   quand mon langage aura la richesse du nombre d'or     quand mes métaphores seront des fractales       quand mes silencieux anéantissements auront atteint la profondeur du zéro        quand j'aurai épuisé toutes les combines possibles

quand j'aurai prouvé que le larcin est un sous-ensemble de bureaux parisiens

quand j'aurai réduit l'émotion à une formule concave           alors j'arrêterai d'écrire

de la poésie       et je me tournerai vers les mathématiques        mais quand-même

je continuerai à creuser







vendredi 31 juillet 2026



j’ai besoin de peu de mots       peu de mots mais les miens      les  mots de mon poème m’appartiennent    le temps du poème       ils sont à moi moi moi moi            je les partage avec moi-même parce que je m’aime       je me fous des autres    car je ne suis pas monsieur bob dylan      je suis monsieur moi qui s’aime      je me fous de la noblesse du prix nobel moi monsieur       j’écris pour moi pas pour autrui       je ne cherche pas à être lu     je ne cherche pas à gagner ma vie avec ce que j’écris   je n’ai pas besoin de gagner ma vie     d’ailleurs je ne chante pas aussi bien  et je ne joue pas de la guitare moi monsieur    je vis d’amour et d’eau fraîche      je cherche à écrire peu de mots      j’ai besoin de peu de mots           j’avance en serrant les dents      dans une impasse sans fin       je médite un instant      je me demande ce qui va m’arriver au bout de l’impasse   je me réponds que je n’en sais rien       et que je m’en moque      je m’en fous      je m’en balance     il y a longtemps que je n’avais pas médité un instant si profondément en ouvrant le robinet à paroles     je ferme le robinet   je le rouvre    je le referme      je le rouvre      ça m’amuse beaucoup de remuer ce ménage    tout ça n’est pas bien tragique      je ne fais rien de mal       je ne sais pas écrire la poésie autrement que sous la forme d’un trouble obsessionnel compulsif     même si j’ai tout essayé dans ma carrière de poète de fond en comble      j’aurait tout essayé      toutes les formes pour toutes sortes de messages importants adressés à l’humanité née en même temps que moi     morte en même temps que moi     depuis que je suis le centre du monde    et pas uniquement son chef de gare    quand je parle au monde je m’écoute parler car je me moque du monde          je suis aussi simple que cela        d’ailleurs  quand je parle au monde  ce n’est pas moi qui parle c’est ma voisine martine       je ne me trouve pas assez bavard      en tout cas pas autant que feu jeanine bancquart  alors je continue jusqu’à ras bord     mon écriture est comment dire     corporelle      sensuelle si vous voyez ce que je veux dire       si vous devinez à quoi je pense      si vous n’avez pas peur de la vérité     cher public       chers téléspectateurs qui faites mon bonheur de présentateur du présent      du présent allumé       du présent allumé      du présent immédiat allumé       immédiatement allumé à humer     du présent immédiatement allumé à humer au présent        de l’instant présent     ne succombons pas à la féconde séduction des sirènes qui nous implorent en hébreu d’arrêter les flots des paroles d’ulysse tandis qu’il en est encore temps     ce n’est pas à nous spectateurs de siffler la fin de la partie     restons humblement modestes en nous remémorant au besoin nos anciens camarades  tous des gens humbles beaux et surtout modestes       tellement de gens se prennent pour le centre du monde qu’on ne peut savoir où situer l’art si le centre de l’art est partout à la fois  c’est à n’y rien comprendre malgré les efforts d’einstein    mais une chose que je comprends bien c’est celle-ci   je prends mon pied avec les mots de tout le monde     même les plus rares et précieux mots sont à tout le monde       tout le monde à les moyens de se payer un dictionnaire des mots rares et précieux       je viens d’inventer une nouvelle littérature     la littérature qui n’en finit pas de s’écrire       j’ai l’impression d’avoir inventé la lune        ce serait dommage de continuer nos errances    alors que le route est toute droite dans l’ohio     qui nous mène à un petit verre de porto cul sec     j’ai réglé mon cerveau sur poésie   je baigne dans la torpeur du ventilateur  j’utilise les mots pour dire des choses que je crois importantes à dire       et à faire entendre      faites circuler le message que je suis en train d’écrire        c’est de la littérature infinie      par paquets de douze miaulements suspects    quand je serai fatigué de ce marathon d’écriture perpétuelle je marquerai une pause      je préviendrai le lecteur par un panneau        à suivre       bien connu de nos téléspectateurs      que j’adore                       de toutes façons  j’ai besoin de peu de mots pour mon flux

 

à suivre



samedi 1 août 2026



le langage nous construit un abri les mots nous viennent de la pierre       ils furent gravés jadis dans de la pierre mûre et juteuse        la marque entaillait alors la pierre avec la lumière d’un scribe      mort depuis longtemps      mais ce qu’il a écrit restera      comme une trace de son passage sur terre    

du sang coulait du burin mêlé à du lait         de pièce en pièce       ce n‘était pas mon nom qui coulait     c’était le sang et le lait des pierres            alors j'ai pris     les pierres en sueur  sanglantes et laiteuses      j’ai posé autrement les pierres        sans ciment            sans plan      le sang la sueur et le lait me poursuivaient       de pièce en pièce avec zède       je croyais qu'on connaissait mon vrai nom qui commence justement par un drôle de zède  continue par è   et finit par     bre     alors j'ai pris peur    et j’ai repris en sueur les mêmes pierres         je les ai posées autrement        le mur est devenu autrement      voilà ce que le mur est devenu

une fenêtre ouverte dont les volets claquaient une fois par minute    une injure intérieure        commençant à faire de l'ombre       à la pluie qui est en moi        quand la voix      revient m’injurier     je ferme discrètement la fenêtre à clef


la vérité sort du puits colorée en bleu marine sur fond noir    autant vous dire qu’on ne  discerne pas aisément sa nudité    si elle était écrite en lettres d’azur sur fond noir ce serait tellement mieux          la vérité c’est que tu m’en veux     et que la voix intérieure qui m’injurie de la sorte       sort de ta bouche gourmande      friande de toutes sortes d’insupportables méchancetés apprises par cœur      j’y vois clair maintenant        tu tentes vainement de m’hypnotiser avec ta ridicule violence      mais tu ne m’auras pas      je suis plus résistante que tu ne crois    


en attendant des jours meilleurs      j’ai trouvé une solution provisoire      j’écris pour me soulager des misères que tu me fais     misère versus écriture    le temps passe et je n’ai toujours pas trouvé de solution définitive     alors j’écris ma misère      la misère que tu me fais continue mais je la transforme en formidable  joie de vivre       grâce à l’écriture    par la simple force des poignets    grâce à l’aide de mes doigts sur le clavier de la machine à écrire      c’est peut-être ça la solution      nous verrons bien



à suivre



 



lundi 2 août 2026


à chaque battement de mon cœur        un truc            à chaque battement de mon cœur        une chose        à chaque battement de mon cœur       un bidule         à chaque battement de mon cœur         un machin          à chaque battement de mon cœur       un quoi        à chaque battement de mon cœur         un qu’est-ce            à chaque battement de mon cœur          une panne d’imagination         à chaque battement de mon cœur         un fourbi          à chaque battement de mon cœur un presque

à chaque battement de mon cœur un peut-être        à chaque battement de mon cœur un etcétéra        à chaque battement de mon cœur un oubli

à chaque battement de mon cœur une trouvaille         à chaque battement de mon cœur un bout de ficelle        à chaque battement de mon cœur un peut-être pas      à chaque battement de mon cœur un revenez-y           à chaque battement de mon cœur          une histoire        à chaque battement de mon cœur           à suivre

me revoici dans le sexe des poètes          dans lequel           il y en a au moins deux que je sache       moi je suis une machine à écrire      je n’ai pas de sexe    je n’ai pas de conscience         je suis une menteuse       je suis une machine féminine pressée d’arriver à bout du sexe tabou          j’ai la loi hystérique pour moi       j’ai rendu la joie hystérique             je suis rendue dans la joie éternelle pour toujours à jamais ad vitam eternam amen         j’incarne la fierté de l’ongle de l’orteil de la féminité       de la france captive        de la domination masculine      attention à ce que vous allez dire je griffe



à suivre




mardi 3 août 2026


NOTULE DE JOE PASTRY SUR LA MALADIE DE LA CONNERIE

SIGNES CLINIQUES DE LA MALADIE DE LA CONNERIE


circonstances d'apparition        la connerie survient généralement lors d'une exposition prolongée aux dorures des plages et des théâtres municipaux                  elle s’accompagne d’un refroidissement soudain du bon sens et peut survenir lors d’une ingestion massive de diplômes 

évolution spontanée de la connerie commune          la forme bénigne dite connerie de comptoir évolue naturellement vers un bavardage bénin      mais laissée sans soins       elle se complique dans un p cent des cas en connerie d'apparat masculine      le patient commence alors à vouloir souffler dans les oreilles des autres et finit par contracter une hypertrophie du moi qui lui donne un jet de paroles pisseuses en arrosoir caractéristique        par ailleurs on constate depuis le début des années 2000 une épidémie de connerie féminine de grande ampleur     signe des temps modernes hélas     

épidémiologie       les études les plus récentes démontrent que la connerie moderne présente une distribution remarquablement égalitaire      les deux sexes sont atteints         ainsi que les catégories intermédiaires       les indécis du sexe       les experts du sexe    les autodidactes du sexe      et les membres des commissions chargées d'étudier la question

 

ORGANISATION DES SYNDROMES ET FORMES CLINIQUES

syndrome du colosse tétraplégique       engourdissement total des avant-bras face aux contingences de la vie quotidienne            cas célèbre      le géant richard wagner paralysé au buffet de la gare de frankfurt sous le poids de son drame sacré  submergé par un excès de trompettes       étouffé par les anneaux de piercing introduits dans sa mélodie par le chef d’orchestre du seizième arrondissement de paris       symptômes associés         survivance d’une légendaire obsession des armures en plastique        et peur panique des clés de douze

syndrome du poète à dorures         gonflement de la poitrine et réclamation spontanée de médailles en chocolat         cas de l'académicien ordinaire        arrivé sous la coupole et persuadé d'être le centre de l'univers       alors qu'il n'en est même pas chef de gare        symptômes associés      refus du bleu de travail et incapacité chronique à prononcer les mots truc bidule ou machin        ainsi qu’une peur servile de sa voisine martine

syndrome du propriétaire de dictionnaire       obsession d’alternativement   ouvrir et fermer le robinet à paroles du dictionnaire      et de faire payer des droits d'auteur aux gens passant dans l'air ambiant           cas célèbre de monsieur bob dylan       distingué par la noblesse d'un prix nobel de littérature       pour avoir joué de la guitare mieux que le quidam du quartier          symptômes associés       fermeture hermétique du bassin      surveillance indue des canards boiteux     et perte définitive de l’odorat tiède    dans la forme grande et longue connerie persistante

BIBLIOGRAPHIE

pastry joe    manuel d'intendance et de débouchage des tuyauteries verbales     éditions du GRPBQ+++    2026

collectif des quidams traité de la balance romaine appliquée à la liquidation des grands hommes      bureau de contrôle de la transprose    2025

martine (la voisine) de l'usage du pipeau populaire contre la tétraplégie wagnérienne gazette du feu aéré 2026

anonyme du 16e du plâtre aristocratique et de ses pannes d'imagination presses de la gare de frankfurt 2024

note tout benef    la présente notule enregistre l'homologation administrative     du regroupement syndromique       et l'inscription irrévocable au registre d’une étude clinique élargie signée joe pastry et intitulée SIGNES CLINIQUES DE LA MALADIE DE LA CONNERIE       consignant la classification des formes graves        le recensement des cas célèbres de tétraplégie d'apparat        l'inventaire bibliographique de l'intendance sur la question          et la validation de l’impossibilité de traitement de la connerie       déclarée maladie contagieuse incurable         par le feu aéré du GRPBQ+++       cette pièce est versée au dossier permanent de la transprose



à suivre


mercredi 4 août 2026

 

 

hier la journées s’et passée à peu près normalement      ce matin dès le réveil c’est le chaos      par chance cela ne se voit pas dans l’écriture       dans le chaos se trouvent en vrac       des sentiments d’insécurité    d’étrangeté     de danger    de peur       des sentiments d’exaltation      de joie       d’ivresse        d’intensité            des sentiments de tendresse  d’intimité      de fusion    des sentiments de dépersonnalisation     d’automatisme    d’absence de limite     de flou      mais surtout règne une impression générale de chaos    un sentiment de chaos     c’est un sentiment très beau      éprouver un sentiment de chaos       c’est devenir un être universel à l’image du chaos universel    c’est éprouver le choc de la beauté grecque   c’est être l’incarnation du chaos par identification      par projection       par introjection      c’est se poser des question      s’interroger     être perplexe       figé      catatonique       et non pas      libéré      souple     ondulant      par séries d’ondulations dans un espace étroit mais à cinq dimensions       c’est déjà très onéreux cinq dimensions     ah oui très chaste ministre    très chic ministre       d’une élégance à vomir     tellement elle est grande       distinguée      cadavérique       chaotique      la forme du chaos c’est la forme d’une flamme       pas la forme stylisée      la forme brute    la forme en dents de scie de la flamme       la flamme en dent de scie coupe en rondins le bois de la cheminée          les copeaux font des étincelles qui mettent le feu au tapis    le salon brûle      la maison est en feu           un pharmacien à moitié brûlé vient se réfugier chez moi         j’appelle l’ambulance des premiers secours            avec le temps      ne restent que des cicatrices      l’intense émotion est passée      s’oublie        le traumatisme n’est plus qu’un souvenir lointain    un accroc qu’on répare dans le tissu de l’existence     voilà la paix revenue          le calme       le bien être          le petit footing du matin       sur les sentiers de la forêt de la paix         le charme des chants d’oiseau        le bruit silencieux de l’eau d’un ruisseau     les rayons de lumière au milieu des fougères       la paisible vache qui broute de la vapeur d’eau     le ventilateur ouvrant la bouche pour exhaler sa fraicheur   les ombres sur le plancher ciré      la pièce qui sent l’odeur des livres    odeur caractéristique      odeur des librairies       odeur des bibliothèques municipales           où l’on trouve des livres rares          anciens         les pages des livres anciens ont perdu la blancheur d’origine dans la paix studieuse des bibliothèques municipales qui durent dans le temps        qui survivent à des générations de lecteurs     qui gonflent années après années jusqu’à occuper tout le ciel environnant car il n’y a plus de place sur la terre        occuper le ciel c’est chasser les oiseaux du ciel proteste le ministre de l’écologie     au demeurant quelqu’un de sérieux appliqué à faire son devoir       un ministre d’une cinquantaine d’années     consciencieux et chauve    divorcé      quatre enfants      très pauvre       sans travail        vivant de mendicité         de rapines         du contenu des poubelles      les ministres travaillent bénévolement pour le bien commun          quelle différence pour un ministre entre écrire un poème et se masturber ?         écrire un poème c’est prendre sa main et la poser sur la page comme on pose une main sur une cuisse        se masturber c’est prendre sa main et la poser sur soi comme on pose une main sur une page     écrire un poème c’est chercher le mot juste qui fait vibrer la langue                           se masturber c’est trouver le geste juste qui fait vibrer le corps         écrire un poème c’est parfois long parfois court parfois sec parfois mouillé                           se masturber c’est parfois long parfois court parfois sec parfois mouillé écrire un poème c’est se dire que personne ne lira ça ou que tout le monde lira ça          se masturber c’est se dire que personne ne saura ça ou que tout le monde saura ça     écrire un poème c’est finir par un soupir ou par un cri       se masturber c’est finir par un soupir ou par un cri        alors ? la différence ?


ceci dit       une nouvelle expérience de l'altérité        c'est peut-être l'effet psychique le plus profond de l’IA         pendant des siècles       dialoguer signifiait dialoguer avec  un autre humain        un livre       soi-même        l'IA introduit une nouvelle forme de dialogue         ce n'est ni un livre     ni une personne       c'est un partenaire conversationnel qui répond       reformule        critique      invente               cette expérience est psychologiquement nouvelle     elle modifiera probablement notre manière de penser avec les autres      et avec nous-mêmes

c’est une modification de notre expérience intime de la pensée         cette transformation pourrait être aussi importante       à long terme     que les inventions de l'écriture et de l'imprimerie         même si ses effets précis restent encore largement incertains  

         liberté de l’oiseau     l'oiseau habite le ciel  pas les nuages         il traverse les oreilles ouvertes        les arbres         le vent         l’écriture         

l'espace qui s'ouvre devant son bec       s’appelle liberté         

l'aigle      son vol très haut dans le ciel évoque l'indépendance de la france       la puissance des manigances     l'absence de frontières des pays tiers          l'albatros        symbole d'une liberté immensément     intense        liée à l'océan et aux longues traversées cannelées de vaguelettes      depuis charles baudelaire         il représente aussi le poète qui fouette     libre dans le ciel de miel du pays        mais maladroit sur la terre mère sincère        le cheval sauvage ailé incarne la liberté de l'élan créateur        par refus de la domestication à pompons métropolitains       les pompons du métro sont les plus beaux        le cheval sauvage ailé a la force de la liberté intérieure          l'hirondelle symbolisant la migration artificielle        et le retour des saisons profondes       est une liberté en mouvement du dedans      le papillon si mignon       représente la métamorphose du trognon de pomme et la liberté de devenir chenille zigzagante gazeuse      le loup ailé  contrairement aux idées reçues     n'est pas seulement l’incarnation de la sauvagerie mesquine et de la férocité du citron pressé       il évoque aussi     comme le cheval sauvage ailé    l'autonomie des plis des pantalons   et  la liberté de la vie sauvage spectaculaire       la fourmi ailée    cette bestiole noire et molle     ne symbolise pas la même liberté spectaculaire que l'aigle royal décapité      mais une autre liberté        celle de poursuivre son chemin malgré les obstacles  des oracles bâclés des tabernacles      sans demander l'autorisation du surmoi     c'est une liberté humblement collective et obstinée         cette même liberté que défendait le chevalier bavard    sans peur et sans reproche


à suivre





 

 

jeudi 5 août 2026

 

enfant riches déprimé    joe pastry     notule sur la psychologie des enfants riches déprimés       l'enfant riche déprimé possède davantage de chambres        que de chambres à soi         il n’apprend pas à reconnaître la valeur des objets personnels      son percepteur  feint de lui enseigner le prix du chagrin             les jouets arrivent avant les désirs          les réponses avant les questions                   les cadeaux avant les anniversaires        on observe très souvent une allergie au manque         compliquée systématiquement       d'une carence en étonnement          le patient regarde parfois mélancoliquement la pluie tomber sur le parc familial dont les gouttes appartiennent  au notaire          il possède sept vélos mais ne s’en sert pas parce qu’il ne sait plus duquel tomber vraiment       il collectionne les possibilités sans parvenir à en choisir aucune         il ouvre les tiroirs du bonheur comme on ouvre les placards d'une cuisine ikea       espérant en vain qu'une émotion fraîche comme une pâte      oui mais une pâte panzani      s'y sera glissée pendant la nuit des césars       il a un     sourire parfaitement entretenu par un jardinier d’agrément      un regard cherchant la sortie de secours        une légère atrophie de l'imagination       contrairement aux idées reçues         la richesse ne fabrique ni le malheur ni le bonheur          elle fabrique dans l’indifférence générale        entre-coupée de sursauts de curiosités locales    des limousines      comme d'autres des bicyclettes           tous et toutes finissent par demander leur chemin au langage      prescrire à tire d’aile expérimental       une heure quotidienne de fréquentation des fourmis du zoo         deux conversations par jour    avec une boulangère philosophe malgache        un caillou ramassé sans sa facture pétrolière      un orage regardé fenêtre ouverte sur la lambada                une promenade sans chauffeurs poids lourds bruns musclés       plusieurs doses de mots inutiles et sincères         éviter autant que possible les compliments en matière plastique             préférer les questions qui n'ont pas encore trouvé leur réponse 

l'évolution dépend moins du contenu du portefeuille parental que de la capacité du sujet à découvrir que le monde ne lui doit rien        néanmoins un mendiant peut  lui offrir quelque chose en retour        lorsqu'il cessera d'habiter la maison familiale pour commencer à habiter les langages communs          une amélioration spectaculaire serait parfois observée          la présente notule enregistre le classement provisoire du syndrome de l'enfant riche déprimé         parmi les maladies d'abondance incomplète et frustrante          la notule confirme que les émotions refusent obstinément de respecter les catégories fiscales         elle rappelle que les larmes demeurent intégralement exonérées d'impôt        et verse le dossier au registre permanent de la transprose        pour examen contradictoire par les quidams du GRPBQ+++         avant toute décision définitive      concernant la valeur marchande du bonheur

 

  

l’histoire du racisme         c’est l’histoire d’une catastrophe qui tourne mal     il est vrai que rares sont les heureuses catastrophes         les catastrophes commencent en général par des évènements graves        annoncées de loin par des nuages de fumées      des stratocumulonimbus noirs sur fond azur    l’histoire du racisme  c’est l’histoire d’une catastrophe qui tourne mal   certes    mais surtout        c’est l’histoire d’une catastrophe    qui tourne sur elle-même   comme une toupie       et qui se déplace comme un tourbillon maléfique      comme une tornade de fumées noires     comme le typhon fumant de la légende    qui montre son côté obscur       sa face noire     face noire diabolique    pour ne pas dire face nègre diabolique         tellement diabolique      que seul l’esclavage        a pu venir à bout un moment de ces faces plates de nègres       au nez écrasé par la violence du coup de poing raciste          même coup de poing raciste au cœur  des juifs venus de judée     installés en allemagne et chassés de l’europe entière  par les nazis       nazisme et racisme veulent me dire la même chose        l'histoire du racisme c'est l'histoire des mots du racisme         comme le mot     nègre     noir      qui vient du latin niger     noir    qui signifie nègre       les mots sont des masque qui servent à mentir       à servir la soupe froide du racisme ambiant      un visage vire à la couleur noire     la couleur noire devient une preuve         une preuve envoie en prison          la prison et l’extermination terminent le cycle naturel du racisme       le racisme commence rarement par un coup de poing il commence le plus souvent par une façon de regarder l’autre        la racisme classe      ensuite hiérarchise       enfin frappe à l’américaine         à chaque génération la catastrophe change la disposition de ses pieds      elle abandonne certain piétinements pour en forger d'autres         elle remplace le fouet du soupçon par l'injure      le sourire sardonique de mauvais aloi par le préjugé ordinaire qui passe partout       le racisme dénonce une couleur malsaine de la peau       c'est une maladie du regard qui rétrécit trois fois le regard de celui qui regarde          et lorsque l'histoire croit en avoir terminé avec le racisme dans certains milieux fraternellement solidaires       il revient par la porte  grande ouverte de l’évidence      avec un nouveau vocabulaire dédiabolisé       des vêtements plus propres comme il faut     et les mêmes vieilles peurs froissées soigneusement repassées par le fer politiquement correct du rassemblement national français      européen         mondial       rassemblement de la vache maigre       du veau  et du reste du troupeau de moutons qui votent bleu marine    alors que pour ma part        ma couleur préférée reste le rose         le lecteur qui va à la pêche en tournant la page au lieu de passer son temps à faire attention au message        ne lit pas                il lance son hameçon dans le texte         en espérant attraper une idée déjà connue           quand il remonte sa ligne          il s'étonne       de ne pas trouver le poisson que l'auteur n'a pas mis dans l'étang     il rentre    titubant     incertain et bredouille


à suivre



vendredi 6 août 2026


non omnis moriar          il ne restera de moi    qu'un pli d’étoffe          une fêlure de vitre        un grain de lumière       et le bruit de la page que l’on tourne        je ne mourrai pas tout entier     non omnis moriar                   quelqu’un viendra      quand l’ombre sera basse et la lumière haute         ouvrir le tiroir de notules     mais la lettre qui fut écrite ne cherche plus à atteindre           elle subsiste simplement        à la manière d’un caillou dans une chaussure         débarrassée de mon nom


je crois savoir que le langage mathématique       en tant que langage artificiel comporte plus d'un million de signes           tandis que le langage naturel comporte en français 24 signes       le langage mathématique d'un million de signes                 est artificiel et donne naissance à l'intelligence artificielle        le langage naturel en 24 signes        donne naissance à l'intelligence naturelle           le langage de communication est dit naturel quand il n'est pas créé par seulement quelques-uns mais créé par sédimentation de couches successives de pâte humaine tandis que le langage mathématique est artificiel dans la mesure où il se crée ex abrupto ex nihilo ne sert pas à la communication du réel mais à l'exploration du réel par des moyens parfois douteux comme le théorème de marguerite 


la vie recommence à chaque instant t          elle arrive les poches pleines de l’innocence d’aujourd’hui            le premier souffle du matin n’est pas le frère jumeau du second           entre les deux l’univers a changé de chemise         une fourmi a déplacé un caillou        une pensée a quitté son vieux manteau                       la vie recommence à chaque instant t        même lorsque rien ne semble bouger        le silence déménage           l’ombre change de jambe         la poussière poursuit son apprentissage          nous croyons continuer mais nous recommençons       nous croyons revenir mais le chemin a déplacé ses virages       la porte d’hier ouvre sur une autre maison          le langage recommence lui aussi                    il prend le même mot          le tourne entre ses doigts        souffle dessus comme sur une frite           et voilà qu’un mot ancien découvre une signification à laquelle il n’avait jamais osé penser        à chaque instant le cœur recommence son métier de cœur          les yeux recommencent leur métier de fenêtre         les mains leur métier de pont           le cerveau son métier d’étonnement             le citoyen poète croit écrire la suite pourtant il écrit toujours un premier vers          le précédent appartient déjà à quelqu’un d’autre          peut-être à celui que j’étais                            il y a quelques secondes        peut-être au langage qui nous précède d’un battement de cœur        la vie recommence à chaque instant          voilà pourquoi le désespoir n’a jamais le dernier mot          il oublie qu’une seconde suffit pour que l’air change de direction         pour qu’un oiseau traverse le ciel          pour qu’un visage relève les yeux         pour qu’un mot trouve enfin une bouche pour le dire    

          

une feuille tombe        on croit qu’elle tombe        en fait elle hésite       un enfant regarde une fourmi        une fourmi observe un caillou       un caillou regarde le temps qui passe      le temps ne regarde personne       d’autrui le temps n’en a rien à battre      au bout d’un certain temps une tasse vide est pleine de silence         au bout d’un certain temps seulement         ou pleine de sable blanc        j’observe une virgule faisant la sieste sur un banc       je l’observe avec une patience remarquable        l’observation est une politesse


au bout d’un certain temps les murs font remonter des informations       au bout d’un certain temps les chaises finissent par reconnaître les habitants d’une maison    au bout d’un certain temps les robinets se remplissent d’eau       au bout d’un certain temps les chaussures baillent en chemin      au bout d’un certain temps les serpents recommencent leur vie dans une autre peau      au bout d’un certain temps la pluie cesse        au bout d’un certain temps on change simplement de fauteuil et regarde la fenêtre au lieu de regarder le sol         au bout d’un certain temps on s’aperçoit que l’ange nous travaillait depuis le début en silence pendant que nous pensions vivre sans lui         au bout d’un certain temps plus personne 


quel ange nous travaille ?     quel ange nous pousse doucement ?  déplace notre chaise ? ouvre notre fenêtre ? disparait ?       quel ange souffle sur les braises ?  ralentit une seconde       retarde une larme        avance un sourire ?     quel ange garde les secrets de nos chaussures ?   peut-être qu’aucun ange ne nous travaille          peut-être est-ce seulement notre imagination       qui nous utilise       pour labourer les champs ?   quoi qu’il en soit      le temps      ou le langage      ou la patience     c’est la même chose !

 

la phénoménologie du tic nous enseigne quelques vérités          un tic est une sonnette qui indique un moment où la pensée cesse       ou bien     patine       fait du surplace dans une flaque d’idées reçues pleines de préjugés         s’enlise dans le sable du bois dont on fait des flutes       caracole dans le vide        dégage une odeur de brûlé       la phénoménologie du tic nous apprend que le tic est un geste       involontairement automatique       pour dire          « je mens »          car le tic parle         comme tout ce qui est d’ordre psychosomatique        car oui le tic est une maladie psychosomatique        l’inconscient monsieur freud tente de nous convaincre        en vain         que le tic est une manifestation hystérico-obsessionnelle libidineuse du « ça »           comme le clin d’œil libidineux      car monsieur a décidé  que tout ce qu’on ne comprend pas       relève du sexe     c’est un pari audacieux        analogue au pari de monsieur pascal     sur l’existence de dieu

 

comment gagner en profondeur            prendre une plume d’oie biseautée          tremper la plume dans l’encrier        le bel encrier en cristal au couvercle d’or dix-huit carats       effleurer la page avec le plumage             ne pas s’arrêter     ne pas se reposer dans la ramure           quand vous aurez trouvé enfin un mot           continuer        prendre son temps        attendre            ne pas s’arrêter         quand vous trouverez que le vide est     suffisamment profond         continuer à creuser l’idée      vous gagnerez encore en profondeur


quand j'écrirai de façon sublime j'arrêterai la poésie et me tournerai vers les mathématiques       quand j'aurai trouvé le mot parfait     le mot spectaculaire qu’on peut contempler    l’objet chéri de nos études et de nos méditations   celui qui fait vibrer l'entendement comme une corde de violoncelle quand mes phrases auront la qualité d'un théorème

et la beauté d'une course de chevaux         quand chaque syllabe vaudra au lecteur une émotion inoubliable       quand chaque vers sera l’ axe et le parallaxe du bonheur         quand la rime sera devenue aussi exacte qu'une bombe moderne   quand mon langage aura la richesse du nombre d'or     quand mes métaphores seront des fractales       quand mes silencieux anéantissements auront atteint la profondeur du zéro        quand j'aurai épuisé toutes les combines possibles

quand j'aurai prouvé que le larcin est un sous-ensemble de bureaux parisiens quand j'aurai réduit l'émotion à une formule concave           alors j'arrêterai d'écrire de la poésie       et je me tournerai vers les mathématiques        mais quand-même

je continuerai à creuser