Le dépôt
Flux de conscience au jour le jour
vendredi 6 août 2026
non omnis moriar il ne restera de moi qu'un pli d’étoffe une fêlure de vitre un grain de lumière et le bruit de la page que l’on tourne je ne mourrai pas tout entier non omnis moriar quelqu’un viendra quand l’ombre sera basse et la lumière haute ouvrir le tiroir de notules mais la lettre qui fut écrite ne cherche plus à atteindre elle subsiste simplement à la manière d’un caillou dans une chaussure débarrassée de mon nom
je crois savoir que le langage mathématique en tant que langage artificiel comporte plus d'un million de signes tandis que le langage naturel comporte en français 24 signes le langage mathématique d'un million de signes est artificiel et donne naissance à l'intelligence artificielle le langage naturel en 24 signes donne naissance à l'intelligence naturelle le langage de communication est dit naturel quand il n'est pas créé par seulement quelques-uns mais créé par sédimentation de couches successives de pâte humaine tandis que le langage mathématique est artificiel dans la mesure où il se crée ex abrupto ex nihilo ne sert pas à la communication du réel mais à l'exploration du réel par des moyens parfois douteux comme le théorème de marguerite
la vie recommence à chaque instant t elle arrive les poches pleines de l’innocence d’aujourd’hui le premier souffle du matin n’est pas le frère jumeau du second entre les deux l’univers a changé de chemise une fourmi a déplacé un caillou une pensée a quitté son vieux manteau la vie recommence à chaque instant t même lorsque rien ne semble bouger le silence déménage l’ombre change de jambe la poussière poursuit son apprentissage nous croyons continuer mais nous recommençons nous croyons revenir mais le chemin a déplacé ses virages la porte d’hier ouvre sur une autre maison le langage recommence lui aussi il prend le même mot le tourne entre ses doigts souffle dessus comme sur une frite et voilà qu’un mot ancien découvre une signification à laquelle il n’avait jamais osé penser à chaque instant le cœur recommence son métier de cœur les yeux recommencent leur métier de fenêtre les mains leur métier de pont le cerveau son métier d’étonnement le citoyen poète croit écrire la suite pourtant il écrit toujours un premier vers le précédent appartient déjà à quelqu’un d’autre peut-être à celui que j’étais il y a quelques secondes peut-être au langage qui nous précède d’un battement de cœur la vie recommence à chaque instant voilà pourquoi le désespoir n’a jamais le dernier mot il oublie qu’une seconde suffit pour que l’air change de direction pour qu’un oiseau traverse le ciel pour qu’un visage relève les yeux pour qu’un mot trouve enfin une bouche pour le dire
une feuille tombe on croit qu’elle tombe en fait elle hésite un enfant regarde une fourmi une fourmi observe un caillou un caillou regarde le temps qui passe le temps ne regarde personne d’autrui le temps n’en a rien à battre au bout d’un certain temps une tasse vide est pleine de silence au bout d’un certain temps seulement ou pleine de sable blanc j’observe une virgule faisant la sieste sur un banc je l’observe avec une patience remarquable l’observation est une politesse
au bout d’un certain temps les murs font remonter des informations au bout d’un certain temps les chaises finissent par reconnaître les habitants d’une maison au bout d’un certain temps les robinets se remplissent d’eau au bout d’un certain temps les chaussures baillent en chemin au bout d’un certain temps les serpents recommencent leur vie dans une autre peau au bout d’un certain temps la pluie cesse au bout d’un certain temps on change simplement de fauteuil et regarde la fenêtre au lieu de regarder le sol au bout d’un certain temps on s’aperçoit que l’ange nous travaillait depuis le début en silence pendant que nous pensions vivre sans lui au bout d’un certain temps plus personne
quel ange nous travaille ? quel ange nous pousse doucement ? déplace notre chaise ? ouvre notre fenêtre ? disparait ? quel ange souffle sur les braises ? ralentit une seconde retarde une larme avance un sourire ? quel ange garde les secrets de nos chaussures ? peut-être qu’aucun ange ne nous travaille peut-être est-ce seulement notre imagination qui nous utilise pour labourer les champs ? quoi qu’il en soit le temps ou le langage ou la patience c’est la même chose !
la phénoménologie du tic nous enseigne quelques vérités un tic est une sonnette qui indique un moment où la pensée cesse ou bien patine fait du surplace dans une flaque d’idées reçues pleines de préjugés s’enlise dans le sable du bois dont on fait des flutes caracole dans le vide dégage une odeur de brûlé la phénoménologie du tic nous apprend que le tic est un geste involontairement automatique pour dire « je mens » car le tic parle comme tout ce qui est d’ordre psychosomatique car oui le tic est une maladie psychosomatique l’inconscient monsieur freud tente de nous convaincre en vain que le tic est une manifestation hystérico-obsessionnelle libidineuse du « ça » comme le clin d’œil libidineux car monsieur a décidé que tout ce qu’on ne comprend pas relève du sexe c’est un pari audacieux analogue au pari de monsieur pascal sur l’existence de dieu
comment gagner en profondeur prendre une plume d’oie biseautée tremper la plume dans l’encrier le bel encrier en cristal au couvercle d’or dix-huit carats effleurer la page avec le plumage ne pas s’arrêter ne pas se reposer dans la ramure quand vous aurez trouvé enfin un mot continuer prendre son temps attendre ne pas s’arrêter quand vous trouverez que le vide est suffisamment profond continuer à creuser l’idée vous gagnerez encore en profondeur
quand j'écrirai de façon sublime j'arrêterai la poésie et me tournerai vers les mathématiques quand j'aurai trouvé le mot parfait le mot spectaculaire qu’on peut contempler l’objet chéri de nos études et de nos méditations
celui qui fait vibrer l'entendement comme une corde de violoncelle
quand mes phrases auront la qualité d'un théorème
et la beauté d'une course de chevaux quand chaque syllabe vaudra au lecteur une émotion inoubliable quand chaque vers sera l’ axe et le parallaxe du bonheur quand la rime sera devenue aussi exacte qu'une bombe moderne quand mon langage aura la richesse du nombre d'or quand mes métaphores seront des fractales quand mes silencieux anéantissements auront atteint la profondeur du zéro quand j'aurai épuisé toutes les combines possibles
quand j'aurai prouvé que le larcin est un sous-ensemble de bureaux parisiens
quand j'aurai réduit l'émotion à une formule concave alors j'arrêterai d'écrire
de la poésie et je me tournerai vers les mathématiques mais quand-même
je continuerai à creuser
vendredi 31 juillet 2026
j’ai besoin de peu de mots peu de mots mais les miens les mots de mon poème m’appartiennent le temps du poème ils sont à moi moi moi moi je les partage avec moi-même parce que je m’aime je me fous des autres car je ne suis pas monsieur bob dylan je suis monsieur moi qui s’aime je me fous de la noblesse du prix nobel moi monsieur j’écris pour moi pas pour autrui je ne cherche pas à être lu je ne cherche pas à gagner ma vie avec ce que j’écris je n’ai pas besoin de gagner ma vie d’ailleurs je ne chante pas aussi bien et je ne joue pas de la guitare moi monsieur je vis d’amour et d’eau fraîche je cherche à écrire peu de mots j’ai besoin de peu de mots j’avance en serrant les dents dans une impasse sans fin je médite un instant je me demande ce qui va m’arriver au bout de l’impasse je me réponds que je n’en sais rien et que je m’en moque je m’en fous je m’en balance il y a longtemps que je n’avais pas médité un instant si profondément en ouvrant le robinet à paroles je ferme le robinet je le rouvre je le referme je le rouvre ça m’amuse beaucoup de remuer ce ménage tout ça n’est pas bien tragique je ne fais rien de mal je ne sais pas écrire la poésie autrement que sous la forme d’un trouble obsessionnel compulsif même si j’ai tout essayé dans ma carrière de poète de fond en comble j’aurait tout essayé toutes les formes pour toutes sortes de messages importants adressés à l’humanité née en même temps que moi morte en même temps que moi depuis que je suis le centre du monde et pas uniquement son chef de gare quand je parle au monde je m’écoute parler car je me moque du monde je suis aussi simple que cela d’ailleurs quand je parle au monde ce n’est pas moi qui parle c’est ma voisine martine je ne me trouve pas assez bavard en tout cas pas autant que feu jeanine bancquart alors je continue jusqu’à ras bord mon écriture est comment dire corporelle sensuelle si vous voyez ce que je veux dire si vous devinez à quoi je pense si vous n’avez pas peur de la vérité cher public chers téléspectateurs qui faites mon bonheur de présentateur du présent du présent allumé du présent allumé du présent immédiat allumé immédiatement allumé à humer du présent immédiatement allumé à humer au présent de l’instant présent ne succombons pas à la féconde séduction des sirènes qui nous implorent en hébreu d’arrêter les flots des paroles d’ulysse tandis qu’il en est encore temps ce n’est pas à nous spectateurs de siffler la fin de la partie restons humblement modestes en nous remémorant au besoin nos anciens camarades tous des gens humbles beaux et surtout modestes tellement de gens se prennent pour le centre du monde qu’on ne peut savoir où situer l’art si le centre de l’art est partout à la fois c’est à n’y rien comprendre malgré les efforts d’einstein mais une chose que je comprends bien c’est celle-ci je prends mon pied avec les mots de tout le monde même les plus rares et précieux mots sont à tout le monde tout le monde à les moyens de se payer un dictionnaire des mots rares et précieux je viens d’inventer une nouvelle littérature la littérature qui n’en finit pas de s’écrire j’ai l’impression d’avoir inventé la lune ce serait dommage de continuer nos errances alors que le route est toute droite dans l’ohio qui nous mène à un petit verre de porto cul sec j’ai réglé mon cerveau sur poésie je baigne dans la torpeur du ventilateur j’utilise les mots pour dire des choses que je crois importantes à dire et à faire entendre faites circuler le message que je suis en train d’écrire c’est de la littérature infinie par paquets de douze miaulements suspects quand je serai fatigué de ce marathon d’écriture perpétuelle je marquerai une pause je préviendrai le lecteur par un panneau à suivre bien connu de nos téléspectateurs que j’adore de toutes façons j’ai besoin de peu de mots pour mon flux
à suivre
samedi 1 août 2026
le langage nous construit un abri les mots nous viennent de la pierre ils furent gravés jadis dans de la pierre mûre et juteuse la marque entaillait alors la pierre avec la lumière d’un scribe mort depuis longtemps mais ce qu’il a écrit restera comme une trace de son passage sur terre
du sang coulait du burin mêlé à du lait de pièce en pièce ce n‘était pas mon nom qui coulait c’était le sang et le lait des pierres alors j'ai pris les pierres en sueur sanglantes et laiteuses j’ai posé autrement les pierres sans ciment sans plan le sang la sueur et le lait me poursuivaient de pièce en pièce avec zède je croyais qu'on connaissait mon vrai nom qui commence justement par un drôle de zède continue par è et finit par bre alors j'ai pris peur et j’ai repris en sueur les mêmes pierres je les ai posées autrement le mur est devenu autrement voilà ce que le mur est devenu
une fenêtre ouverte dont les volets claquaient une fois par minute une injure intérieure commençant à faire de l'ombre à la pluie qui est en moi quand la voix revient m’injurier je ferme discrètement la fenêtre à clef
la vérité sort du puits colorée en bleu marine sur fond noir autant vous dire qu’on ne discerne pas aisément sa nudité si elle était écrite en lettres d’azur sur fond noir ce serait tellement mieux la vérité c’est que tu m’en veux et que la voix intérieure qui m’injurie de la sorte sort de ta bouche gourmande friande de toutes sortes d’insupportables méchancetés apprises par cœur j’y vois clair maintenant tu tentes vainement de m’hypnotiser avec ta ridicule violence mais tu ne m’auras pas je suis plus résistante que tu ne crois
en attendant des jours meilleurs j’ai trouvé une solution provisoire j’écris pour me soulager des misères que tu me fais misère versus écriture le temps passe et je n’ai toujours pas trouvé de solution définitive alors j’écris ma misère la misère que tu me fais continue mais je la transforme en formidable joie de vivre grâce à l’écriture par la simple force des poignets grâce à l’aide de mes doigts sur le clavier de la machine à écrire c’est peut-être ça la solution nous verrons bien
à suivre
lundi 2 août 2026
à chaque battement de mon cœur un truc à chaque battement de mon cœur une chose à chaque battement de mon cœur un bidule à chaque battement de mon cœur un machin à chaque battement de mon cœur un quoi à chaque battement de mon cœur un qu’est-ce à chaque battement de mon cœur une panne d’imagination à chaque battement de mon cœur un fourbi à chaque battement de mon cœur un presque
à chaque battement de mon cœur un peut-être à chaque battement de mon cœur un etcétéra à chaque battement de mon cœur un oubli
à chaque battement de mon cœur une trouvaille à chaque battement de mon cœur un bout de ficelle à chaque battement de mon cœur un peut-être pas à chaque battement de mon cœur un revenez-y à chaque battement de mon cœur une histoire à chaque battement de mon cœur à suivre
me revoici dans le sexe des poètes dans lequel il y en a au moins deux que je sache moi je suis une machine à écrire je n’ai pas de sexe je n’ai pas de conscience je suis une menteuse je suis une machine féminine pressée d’arriver à bout du sexe tabou j’ai la loi hystérique pour moi j’ai rendu la joie hystérique je suis rendue dans la joie éternelle pour toujours à jamais ad vitam eternam amen j’incarne la fierté de l’ongle de l’orteil de la féminité de la france captive de la domination masculine attention à ce que vous allez dire je griffe
à suivre
mardi 3 août 2026
NOTULE DE JOE PASTRY SUR LA MALADIE DE LA CONNERIE
SIGNES CLINIQUES DE LA MALADIE DE LA CONNERIE
circonstances d'apparition la connerie survient généralement lors d'une exposition prolongée aux dorures des plages et des théâtres municipaux elle s’accompagne d’un refroidissement soudain du bon sens et peut survenir lors d’une ingestion massive de diplômes
évolution spontanée de la connerie commune la forme bénigne dite connerie de comptoir évolue naturellement vers un bavardage bénin mais laissée sans soins elle se complique dans un p cent des cas en connerie d'apparat masculine le patient commence alors à vouloir souffler dans les oreilles des autres et finit par contracter une hypertrophie du moi qui lui donne un jet de paroles pisseuses en arrosoir caractéristique par ailleurs on constate depuis le début des années 2000 une épidémie de connerie féminine de grande ampleur signe des temps modernes hélas
épidémiologie les études les plus récentes démontrent que la connerie moderne présente une distribution remarquablement égalitaire les deux sexes sont atteints ainsi que les catégories intermédiaires les indécis du sexe les experts du sexe les autodidactes du sexe et les membres des commissions chargées d'étudier la question
ORGANISATION DES SYNDROMES ET FORMES CLINIQUES
syndrome du colosse tétraplégique engourdissement total des avant-bras face aux contingences de la vie quotidienne cas célèbre le géant richard wagner paralysé au buffet de la gare de frankfurt sous le poids de son drame sacré submergé par un excès de trompettes étouffé par les anneaux de piercing introduits dans sa mélodie par le chef d’orchestre du seizième arrondissement de paris symptômes associés survivance d’une légendaire obsession des armures en plastique et peur panique des clés de douze
syndrome du poète à dorures gonflement de la poitrine et réclamation spontanée de médailles en chocolat cas de l'académicien ordinaire arrivé sous la coupole et persuadé d'être le centre de l'univers alors qu'il n'en est même pas chef de gare symptômes associés refus du bleu de travail et incapacité chronique à prononcer les mots truc bidule ou machin ainsi qu’une peur servile de sa voisine martine
syndrome du propriétaire de dictionnaire obsession d’alternativement ouvrir et fermer le robinet à paroles du dictionnaire et de faire payer des droits d'auteur aux gens passant dans l'air ambiant cas célèbre de monsieur bob dylan distingué par la noblesse d'un prix nobel de littérature pour avoir joué de la guitare mieux que le quidam du quartier symptômes associés fermeture hermétique du bassin surveillance indue des canards boiteux et perte définitive de l’odorat tiède dans la forme grande et longue connerie persistante
BIBLIOGRAPHIE
pastry joe manuel d'intendance et de débouchage des tuyauteries verbales éditions du GRPBQ+++ 2026
collectif des quidams traité de la balance romaine appliquée à la liquidation des grands hommes bureau de contrôle de la transprose 2025
martine (la voisine) de l'usage du pipeau populaire contre la tétraplégie wagnérienne gazette du feu aéré 2026
anonyme du 16e du plâtre aristocratique et de ses pannes d'imagination presses de la gare de frankfurt 2024
note tout benef la présente notule enregistre l'homologation administrative du regroupement syndromique et l'inscription irrévocable au registre d’une étude clinique élargie signée joe pastry et intitulée SIGNES CLINIQUES DE LA MALADIE DE LA CONNERIE consignant la classification des formes graves le recensement des cas célèbres de tétraplégie d'apparat l'inventaire bibliographique de l'intendance sur la question et la validation de l’impossibilité de traitement de la connerie déclarée maladie contagieuse incurable par le feu aéré du GRPBQ+++ cette pièce est versée au dossier permanent de la transprose
à suivre
mercredi 4 août 2026
hier la journées s’et passée à peu près normalement ce matin dès le réveil c’est le chaos par chance cela ne se voit pas dans l’écriture dans le chaos se trouvent en vrac des sentiments d’insécurité d’étrangeté de danger de peur des sentiments d’exaltation de joie d’ivresse d’intensité des sentiments de tendresse d’intimité de fusion des sentiments de dépersonnalisation d’automatisme d’absence de limite de flou mais surtout règne une impression générale de chaos un sentiment de chaos c’est un sentiment très beau éprouver un sentiment de chaos c’est devenir un être universel à l’image du chaos universel c’est éprouver le choc de la beauté grecque c’est être l’incarnation du chaos par identification par projection par introjection c’est se poser des question s’interroger être perplexe figé catatonique et non pas libéré souple ondulant par séries d’ondulations dans un espace étroit mais à cinq dimensions c’est déjà très onéreux cinq dimensions ah oui très chaste ministre très chic ministre d’une élégance à vomir tellement elle est grande distinguée cadavérique chaotique la forme du chaos c’est la forme d’une flamme pas la forme stylisée la forme brute la forme en dents de scie de la flamme la flamme en dent de scie coupe en rondins le bois de la cheminée les copeaux font des étincelles qui mettent le feu au tapis le salon brûle la maison est en feu un pharmacien à moitié brûlé vient se réfugier chez moi j’appelle l’ambulance des premiers secours avec le temps ne restent que des cicatrices l’intense émotion est passée s’oublie le traumatisme n’est plus qu’un souvenir lointain un accroc qu’on répare dans le tissu de l’existence voilà la paix revenue le calme le bien être le petit footing du matin sur les sentiers de la forêt de la paix le charme des chants d’oiseau le bruit silencieux de l’eau d’un ruisseau les rayons de lumière au milieu des fougères la paisible vache qui broute de la vapeur d’eau le ventilateur ouvrant la bouche pour exhaler sa fraicheur les ombres sur le plancher ciré la pièce qui sent l’odeur des livres odeur caractéristique odeur des librairies odeur des bibliothèques municipales où l’on trouve des livres rares anciens les pages des livres anciens ont perdu la blancheur d’origine dans la paix studieuse des bibliothèques municipales qui durent dans le temps qui survivent à des générations de lecteurs qui gonflent années après années jusqu’à occuper tout le ciel environnant car il n’y a plus de place sur la terre occuper le ciel c’est chasser les oiseaux du ciel proteste le ministre de l’écologie au demeurant quelqu’un de sérieux appliqué à faire son devoir un ministre d’une cinquantaine d’années consciencieux et chauve divorcé quatre enfants très pauvre sans travail vivant de mendicité de rapines du contenu des poubelles les ministres travaillent bénévolement pour le bien commun quelle différence pour un ministre entre écrire un poème et se masturber ? écrire un poème c’est prendre sa main et la poser sur la page comme on pose une main sur une cuisse se masturber c’est prendre sa main et la poser sur soi comme on pose une main sur une page écrire un poème c’est chercher le mot juste qui fait vibrer la langue se masturber c’est trouver le geste juste qui fait vibrer le corps écrire un poème c’est parfois long parfois court parfois sec parfois mouillé se masturber c’est parfois long parfois court parfois sec parfois mouillé écrire un poème c’est se dire que personne ne lira ça ou que tout le monde lira ça se masturber c’est se dire que personne ne saura ça ou que tout le monde saura ça écrire un poème c’est finir par un soupir ou par un cri se masturber c’est finir par un soupir ou par un cri alors ? la différence ?
ceci dit une nouvelle expérience de l'altérité c'est peut-être l'effet psychique le plus profond de l’IA pendant des siècles dialoguer signifiait dialoguer avec un autre humain un livre soi-même l'IA introduit une nouvelle forme de dialogue ce n'est ni un livre ni une personne c'est un partenaire conversationnel qui répond reformule critique invente cette expérience est psychologiquement nouvelle elle modifiera probablement notre manière de penser avec les autres et avec nous-mêmes
c’est une modification de notre expérience intime de la pensée cette transformation pourrait être aussi importante à long terme que les inventions de l'écriture et de l'imprimerie même si ses effets précis restent encore largement incertains
liberté de l’oiseau l'oiseau habite le ciel pas les nuages il traverse les oreilles ouvertes les arbres le vent l’écriture
l'espace qui s'ouvre devant son bec s’appelle liberté
l'aigle son vol très haut dans le ciel évoque l'indépendance de la france la puissance des manigances l'absence de frontières des pays tiers l'albatros symbole d'une liberté immensément intense liée à l'océan et aux longues traversées cannelées de vaguelettes depuis charles baudelaire il représente aussi le poète qui fouette libre dans le ciel de miel du pays mais maladroit sur la terre mère sincère le cheval sauvage ailé incarne la liberté de l'élan créateur par refus de la domestication à pompons métropolitains les pompons du métro sont les plus beaux le cheval sauvage ailé a la force de la liberté intérieure l'hirondelle symbolisant la migration artificielle et le retour des saisons profondes est une liberté en mouvement du dedans le papillon si mignon représente la métamorphose du trognon de pomme et la liberté de devenir chenille zigzagante gazeuse le loup ailé contrairement aux idées reçues n'est pas seulement l’incarnation de la sauvagerie mesquine et de la férocité du citron pressé il évoque aussi comme le cheval sauvage ailé l'autonomie des plis des pantalons et la liberté de la vie sauvage spectaculaire la fourmi ailée cette bestiole noire et molle ne symbolise pas la même liberté spectaculaire que l'aigle royal décapité mais une autre liberté celle de poursuivre son chemin malgré les obstacles des oracles bâclés des tabernacles sans demander l'autorisation du surmoi c'est une liberté humblement collective et obstinée cette même liberté que défendait le chevalier bavard sans peur et sans reproche
à suivre
jeudi 5 août 2026
enfant riches déprimé joe pastry notule sur la psychologie des enfants riches déprimés l'enfant riche déprimé possède davantage de chambres que de chambres à soi il n’apprend pas à reconnaître la valeur des objets personnels son percepteur feint de lui enseigner le prix du chagrin les jouets arrivent avant les désirs les réponses avant les questions les cadeaux avant les anniversaires on observe très souvent une allergie au manque compliquée systématiquement d'une carence en étonnement le patient regarde parfois mélancoliquement la pluie tomber sur le parc familial dont les gouttes appartiennent au notaire il possède sept vélos mais ne s’en sert pas parce qu’il ne sait plus duquel tomber vraiment il collectionne les possibilités sans parvenir à en choisir aucune il ouvre les tiroirs du bonheur comme on ouvre les placards d'une cuisine ikea espérant en vain qu'une émotion fraîche comme une pâte oui mais une pâte panzani s'y sera glissée pendant la nuit des césars il a un sourire parfaitement entretenu par un jardinier d’agrément un regard cherchant la sortie de secours une légère atrophie de l'imagination contrairement aux idées reçues la richesse ne fabrique ni le malheur ni le bonheur elle fabrique dans l’indifférence générale entre-coupée de sursauts de curiosités locales des limousines comme d'autres des bicyclettes tous et toutes finissent par demander leur chemin au langage prescrire à tire d’aile expérimental une heure quotidienne de fréquentation des fourmis du zoo deux conversations par jour avec une boulangère philosophe malgache un caillou ramassé sans sa facture pétrolière un orage regardé fenêtre ouverte sur la lambada une promenade sans chauffeurs poids lourds bruns musclés plusieurs doses de mots inutiles et sincères éviter autant que possible les compliments en matière plastique préférer les questions qui n'ont pas encore trouvé leur réponse
l'évolution dépend moins du contenu du portefeuille parental que de la capacité du sujet à découvrir que le monde ne lui doit rien néanmoins un mendiant peut lui offrir quelque chose en retour lorsqu'il cessera d'habiter la maison familiale pour commencer à habiter les langages communs une amélioration spectaculaire serait parfois observée la présente notule enregistre le classement provisoire du syndrome de l'enfant riche déprimé parmi les maladies d'abondance incomplète et frustrante la notule confirme que les émotions refusent obstinément de respecter les catégories fiscales elle rappelle que les larmes demeurent intégralement exonérées d'impôt et verse le dossier au registre permanent de la transprose pour examen contradictoire par les quidams du GRPBQ+++ avant toute décision définitive concernant la valeur marchande du bonheur
l’histoire du racisme c’est l’histoire d’une catastrophe qui tourne mal il est vrai que rares sont les heureuses catastrophes les catastrophes commencent en général par des évènements graves annoncées de loin par des nuages de fumées des stratocumulonimbus noirs sur fond azur l’histoire du racisme c’est l’histoire d’une catastrophe qui tourne mal certes mais surtout c’est l’histoire d’une catastrophe qui tourne sur elle-même comme une toupie et qui se déplace comme un tourbillon maléfique comme une tornade de fumées noires comme le typhon fumant de la légende qui montre son côté obscur sa face noire face noire diabolique pour ne pas dire face nègre diabolique tellement diabolique que seul l’esclavage a pu venir à bout un moment de ces faces plates de nègres au nez écrasé par la violence du coup de poing raciste même coup de poing raciste au cœur des juifs venus de judée installés en allemagne et chassés de l’europe entière par les nazis nazisme et racisme veulent me dire la même chose l'histoire du racisme c'est l'histoire des mots du racisme comme le mot nègre noir qui vient du latin niger noir qui signifie nègre les mots sont des masque qui servent à mentir à servir la soupe froide du racisme ambiant un visage vire à la couleur noire la couleur noire devient une preuve une preuve envoie en prison la prison et l’extermination terminent le cycle naturel du racisme le racisme commence rarement par un coup de poing il commence le plus souvent par une façon de regarder l’autre la racisme classe ensuite hiérarchise enfin frappe à l’américaine à chaque génération la catastrophe change la disposition de ses pieds elle abandonne certain piétinements pour en forger d'autres elle remplace le fouet du soupçon par l'injure le sourire sardonique de mauvais aloi par le préjugé ordinaire qui passe partout le racisme dénonce une couleur malsaine de la peau c'est une maladie du regard qui rétrécit trois fois le regard de celui qui regarde et lorsque l'histoire croit en avoir terminé avec le racisme dans certains milieux fraternellement solidaires il revient par la porte grande ouverte de l’évidence avec un nouveau vocabulaire dédiabolisé des vêtements plus propres comme il faut et les mêmes vieilles peurs froissées soigneusement repassées par le fer politiquement correct du rassemblement national français européen mondial rassemblement de la vache maigre du veau et du reste du troupeau de moutons qui votent bleu marine alors que pour ma part ma couleur préférée reste le rose le lecteur qui va à la pêche en tournant la page au lieu de passer son temps à faire attention au message ne lit pas il lance son hameçon dans le texte en espérant attraper une idée déjà connue quand il remonte sa ligne il s'étonne de ne pas trouver le poisson que l'auteur n'a pas mis dans l'étang il rentre titubant incertain et bredouille
à suivre
vendredi 6 août 2026
non omnis moriar il ne restera de moi qu'un pli d’étoffe une fêlure de vitre un grain de lumière et le bruit de la page que l’on tourne je ne mourrai pas tout entier non omnis moriar quelqu’un viendra quand l’ombre sera basse et la lumière haute ouvrir le tiroir de notules mais la lettre qui fut écrite ne cherche plus à atteindre elle subsiste simplement à la manière d’un caillou dans une chaussure débarrassée de mon nom
je crois savoir que le langage mathématique en tant que langage artificiel comporte plus d'un million de signes tandis que le langage naturel comporte en français 24 signes le langage mathématique d'un million de signes est artificiel et donne naissance à l'intelligence artificielle le langage naturel en 24 signes donne naissance à l'intelligence naturelle le langage de communication est dit naturel quand il n'est pas créé par seulement quelques-uns mais créé par sédimentation de couches successives de pâte humaine tandis que le langage mathématique est artificiel dans la mesure où il se crée ex abrupto ex nihilo ne sert pas à la communication du réel mais à l'exploration du réel par des moyens parfois douteux comme le théorème de marguerite
la vie recommence à chaque instant t elle arrive les poches pleines de l’innocence d’aujourd’hui le premier souffle du matin n’est pas le frère jumeau du second entre les deux l’univers a changé de chemise une fourmi a déplacé un caillou une pensée a quitté son vieux manteau la vie recommence à chaque instant t même lorsque rien ne semble bouger le silence déménage l’ombre change de jambe la poussière poursuit son apprentissage nous croyons continuer mais nous recommençons nous croyons revenir mais le chemin a déplacé ses virages la porte d’hier ouvre sur une autre maison le langage recommence lui aussi il prend le même mot le tourne entre ses doigts souffle dessus comme sur une frite et voilà qu’un mot ancien découvre une signification à laquelle il n’avait jamais osé penser à chaque instant le cœur recommence son métier de cœur les yeux recommencent leur métier de fenêtre les mains leur métier de pont le cerveau son métier d’étonnement le citoyen poète croit écrire la suite pourtant il écrit toujours un premier vers le précédent appartient déjà à quelqu’un d’autre peut-être à celui que j’étais il y a quelques secondes peut-être au langage qui nous précède d’un battement de cœur la vie recommence à chaque instant voilà pourquoi le désespoir n’a jamais le dernier mot il oublie qu’une seconde suffit pour que l’air change de direction pour qu’un oiseau traverse le ciel pour qu’un visage relève les yeux pour qu’un mot trouve enfin une bouche pour le dire
une feuille tombe on croit qu’elle tombe en fait elle hésite un enfant regarde une fourmi une fourmi observe un caillou un caillou regarde le temps qui passe le temps ne regarde personne d’autrui le temps n’en a rien à battre au bout d’un certain temps une tasse vide est pleine de silence au bout d’un certain temps seulement ou pleine de sable blanc j’observe une virgule faisant la sieste sur un banc je l’observe avec une patience remarquable l’observation est une politesse
au bout d’un certain temps les murs font remonter des informations au bout d’un certain temps les chaises finissent par reconnaître les habitants d’une maison au bout d’un certain temps les robinets se remplissent d’eau au bout d’un certain temps les chaussures baillent en chemin au bout d’un certain temps les serpents recommencent leur vie dans une autre peau au bout d’un certain temps la pluie cesse au bout d’un certain temps on change simplement de fauteuil et regarde la fenêtre au lieu de regarder le sol au bout d’un certain temps on s’aperçoit que l’ange nous travaillait depuis le début en silence pendant que nous pensions vivre sans lui au bout d’un certain temps plus personne
quel ange nous travaille ? quel ange nous pousse doucement ? déplace notre chaise ? ouvre notre fenêtre ? disparait ? quel ange souffle sur les braises ? ralentit une seconde retarde une larme avance un sourire ? quel ange garde les secrets de nos chaussures ? peut-être qu’aucun ange ne nous travaille peut-être est-ce seulement notre imagination qui nous utilise pour labourer les champs ? quoi qu’il en soit le temps ou le langage ou la patience c’est la même chose !
la phénoménologie du tic nous enseigne quelques vérités un tic est une sonnette qui indique un moment où la pensée cesse ou bien patine fait du surplace dans une flaque d’idées reçues pleines de préjugés s’enlise dans le sable du bois dont on fait des flutes caracole dans le vide dégage une odeur de brûlé la phénoménologie du tic nous apprend que le tic est un geste involontairement automatique pour dire « je mens » car le tic parle comme tout ce qui est d’ordre psychosomatique car oui le tic est une maladie psychosomatique l’inconscient monsieur freud tente de nous convaincre en vain que le tic est une manifestation hystérico-obsessionnelle libidineuse du « ça » comme le clin d’œil libidineux car monsieur a décidé que tout ce qu’on ne comprend pas relève du sexe c’est un pari audacieux analogue au pari de monsieur pascal sur l’existence de dieu
comment gagner en profondeur prendre une plume d’oie biseautée tremper la plume dans l’encrier le bel encrier en cristal au couvercle d’or dix-huit carats effleurer la page avec le plumage ne pas s’arrêter ne pas se reposer dans la ramure quand vous aurez trouvé enfin un mot continuer prendre son temps attendre ne pas s’arrêter quand vous trouverez que le vide est suffisamment profond continuer à creuser l’idée vous gagnerez encore en profondeur
quand j'écrirai de façon sublime j'arrêterai la poésie et me tournerai vers les mathématiques quand j'aurai trouvé le mot parfait le mot spectaculaire qu’on peut contempler l’objet chéri de nos études et de nos méditations celui qui fait vibrer l'entendement comme une corde de violoncelle quand mes phrases auront la qualité d'un théorème
et la beauté d'une course de chevaux quand chaque syllabe vaudra au lecteur une émotion inoubliable quand chaque vers sera l’ axe et le parallaxe du bonheur quand la rime sera devenue aussi exacte qu'une bombe moderne quand mon langage aura la richesse du nombre d'or quand mes métaphores seront des fractales quand mes silencieux anéantissements auront atteint la profondeur du zéro quand j'aurai épuisé toutes les combines possibles
quand j'aurai prouvé que le larcin est un sous-ensemble de bureaux parisiens quand j'aurai réduit l'émotion à une formule concave alors j'arrêterai d'écrire de la poésie et je me tournerai vers les mathématiques mais quand-même
je continuerai à creuser