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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

367 - ZOOM LOSSIER

Textes




Il n'est pas de chemin qui ne mène au silence, pas de parole qui ne doive un jour se taire pour laisser place à ce qui ne peut être dit. Nous marchons sur une terre de passage, entre une ombre qui s'efface et une lumière qui tarde à venir. Nos mains cherchent une autre main, nos yeux cherchent un regard qui ne se détourne pas, mais la véritable rencontre se fait dans l'absence, dans ce vide que nous portons en nous comme un trésor caché. Il faut apprendre à aimer le peu, le presque rien, l'éclat d'une vitre sous la pluie ou le bruit d'un pas qui s'éloigne. C'est dans ce dénuement que l'âme commence enfin à respirer, qu'elle se dépouille des mots inutiles pour devenir elle-même un simple souffle. https://www.retronews.fr/journal/gazette-de-lausanne/11-janvier-1941/345/2679235/4




La poésie n'est pas un ornement, c'est une exigence de vérité qui nous brûle et nous délivre. Elle nous demande de tout perdre pour tout retrouver. Celui qui écrit doit être prêt à s'enfoncer dans sa propre nuit, sans lampe et sans guide, avec pour seule certitude la nécessité de témoigner pour ceux qui n'ont plus de voix. Le poème est une main tendue au-dessus de l'abîme, un pont de cristal jeté entre la solitude de l'un et la détresse de l'autre. Il ne s'agit pas de décrire le monde, mais de le faire exister dans sa dimension de sacré, de rendre à chaque objet, à chaque être, sa part d'éternité que le temps s'efforce de nous voler. https://www.viceversa-litterature.ch/author/3784




Je regarde le jardin qui s'assombrit sous le poids du soir. Les arbres ne sont plus que des formes incertaines, des prières qui montent vers un ciel de cendre. Tout semble se figer dans une attente que nous ne savons plus nommer. Est-ce la mort qui approche ou une nouvelle naissance qui se prépare dans le secret des racines ? Nous craignons le noir parce que nous avons oublié que c'est en lui que tout commence. La graine doit pourrir dans l'obscurité pour que la fleur puisse un jour saluer le soleil. De même, nos souffrances sont les labours d'une terre intérieure qui ne demande qu'à porter ses fruits, si nous avons la patience d'attendre l'heure de la récolte. https://www.crefeco.org/display.php?fr/Revue28/15.html



Être poète, c'est être un veilleur au milieu de la cité, celui qui ne s'endort pas quand les autres ferment leurs volets. C'est porter en soi le poids de l'invisible et le souci de l'humain. Il y a tant de froideur dans nos rues, tant d'indifférence dans nos échanges, que le moindre geste de tendresse devient un miracle. Je voudrais que mes mots soient comme de petits feux de camp autour desquels les égarés pourraient venir se réchauffer un instant. La poésie est une fraternité de l'ombre, une alliance secrète entre ceux qui savent que la beauté est la seule réponse possible à la violence et au désespoir qui nous entourent. https://www.culturactif.ch/ecrivains/lossier.htm



Le temps n'est pas un fleuve qui nous emporte, c'est un miroir qui nous révèle à nous-mêmes. Chaque minute est une porte qui s'ouvre sur l'infini, si nous savons l'habiter avec ferveur. Ne cherchez pas Dieu dans les nuages ou dans les livres compliqués, cherchez-le dans la qualité de votre présence au monde. Il est dans la fraîcheur de l'eau, dans la croûte du pain, dans la fatigue de l'ouvrier et dans le sommeil de l'enfant. La vie est une liturgie de chaque instant, un mystère qui se donne à celui qui accepte de s'agenouiller devant la majesté de l'ordinaire. Tout est grâce, pourvu que le cœur reste ouvert et que l'esprit ne se laisse pas aveugler par l'orgueil d'exister. https://www.letemps.ch/culture/jean-georges-lossier-un-poete-lame-pure




Présentation de l'auteur


Jean-Georges Lossier, né en 1911 à Genève et mort en 2004 dans la même ville, est un poète, essayiste et critique littéraire suisse. Longtemps collaborateur du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), son œuvre est profondément marquée par la question de l'altérité, de la souffrance et de la quête de spiritualité. Sa poésie, d'un dépouillement exemplaire, cherche à atteindre l'essentiel à travers une langue sobre et limpide. Disciple intellectuel de Charles Du Bos, il a construit une œuvre qui médite sur le silence, la présence et le dépassement de soi, faisant de l'acte d'écrire une véritable éthique de vie. Il a reçu plusieurs distinctions prestigieuses, dont le Prix de l'État de Genève et le Grand Prix du rayonnement de la langue française.



Bibliographie


Faire-part, Éditions de la Baconnière, 1944. Haute Cité, Éditions de la Baconnière, 1952. Chants de l'Indulgence, Éditions de la Baconnière, 1970. Pourquoi pourrions-nous oublier, Éditions de l'Aire, 1981. Le Long Voyage, Éditions de l'Aire, 1990. L'Un et l'Autre, Éditions de l'Aire, 2002.