Le dépôt
192 - ZOOM WILDE
Oscar Wilde (1854–1900) est l’un des écrivains les plus brillants et controversés de la littérature anglaise. Né à Dublin dans une famille bourgeoise et intellectuelle (son père était un médecin renommé, sa mère une poétesse engagée), il étudie à Trinity College puis à Oxford, où il se distingue par son esprit, son dandysme et son culte de la beauté. Figure centrale du mouvement esthétique, il défend l’idée que "l’art n’a d’autre but que lui-même" et que la vie doit être une œuvre d’art. Son unique roman, Le Portrait de Dorian Gray (1890), et ses pièces de théâtre (L’Importance d’être Constant, Salomé, L’Éventail de Lady Windermere) lui valent une célébrité internationale, mais aussi des scandales en raison de son homosexualité et de son non-conformisme.
En 1895, après une relation tumultueuse avec Lord Alfred Douglas, il est condamné à deux ans de travaux forcés pour "indécence grave". Ruiné et brisé, il s’exile en France sous le nom de Sébastien Melmoth et meurt à Paris en 1900, dans la misère mais entouré de quelques amis fidèles. Son œuvre, marquée par l’ironie, l’élégance et une profonde mélancolie, continue d’influencer la littérature et la culture.
Ballade de la Loge de Reading
Voici l'un des passages les plus célèbres de la « Ballade de la geôle de Reading » (traditionnellement traduit par « Ballade de la Loge de Reading »), tiré de la première partie :
« Il ne portait pas son habit écarlate,
Car le vin et le sang sont rouges,
Et l'on avait trouvé du sang et du vin sur ses mains
Quand on l'avait surpris avec la morte,
La pauvre morte qu'il aimait,
Et qu'il avait tuée dans son lit.
Il marchait parmi les Prisonniers,
Dans un costume de serge grise,
Un chapeau de cricket sur la tête,
Et son pas semblait gai et léger ;
Mais je n'ai jamais vu un homme regarder
D'un œil aussi avide le jour.
Je n'ai jamais vu un homme regarder
D'un regard aussi hagard
Cette petite tente bleue que les prisonniers
Appellent le ciel,
Et chaque nuage floconneux qui passait
Avec des voiles de soie.
[...]
Cependant, que chacun sache ceci :
Chaque homme tue la chose qu'il aime,
Que cela soit entendu par tous,
Les uns le font avec un regard amer,
D'autres avec une parole flatteuse,
Le lâche le fait avec un baiser,
L'homme courageux avec une épée ! »
https://fr.wikisource.org/wiki/La_Ballade_de_la_geôle_de_Reading
La Ballade de la geôle de Reading (The Ballad of Reading Gaol) est le dernier chef-d'œuvre poétique d'Oscar Wilde, publié en 1898 sous le pseudonyme « C.3.3. », qui correspondait au numéro de sa cellule.
Écrit après sa libération, ce poème relate l'exécution de Charles Thomas Wooldridge, un garde royal condamné pour le meurtre de sa femme. Wilde utilise ce récit pour dénoncer la brutalité du système carcéral victorien et explorer les thèmes universels de la culpabilité, de la souffrance humaine et de la rédemption. La structure de la ballade, avec son rythme régulier et lancinant, renforce l'aspect tragique et inéluctable de la condition des prisonniers.
Le Portrait de Dorian Gray (extrait, 1890)
"Il n’y a qu’une seule chose au monde pire que d’être parlé en mal, c’est de ne pas être parlé du tout." "La jeunesse est le seul bien qui mérite qu’on la possède, même au prix de son âme." "Chaque portrait peint avec sentiment est un portrait de l’artiste, non du modèle."
(Source : LePetitLittéraire)
L’Importance d’être Constant (extrait, 1895)
Algernon : "Le mariage est une institution qui a pour but de mettre fin à l’amour, en le rendant obligatoire." Jack : "Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué, mais les gens qui ne font rien sont toujours ceux qui ont le plus d’opinions."
(Source : StudySmarter)
Salomé (extrait, 1893) "
Je veux la tête de Jean-Baptiste sur un plateau d’argent." "La lune a l’air d’une femme qui sort d’un tombeau. Elle est pâle, elle est pâle comme une morte."
(Source : Babelio)
De Profundis (extrait de la lettre écrite en prison, 1897)
"Le malheur est la plus grande des écoles. Il nous révèle ce que nous sommes." "La société pardonne toujours au criminel, mais jamais au rêveur."
(Source : OscarWilde.fr)
Le Fantôme de Canterville (extrait, 1887)
"Nous autres fantômes, nous n’avons pas de repos. Nous sommes obligés de hanter les lieux jusqu’à ce que nos crimes soient expiés."
(Source : Sherpas)
Présentation et style
Oscar Wilde est un maître de l’ironie, du paradoxe et de l’épigramme, dont l’œuvre mêle humour, esthétisme et tragédie. Son style, à la fois brillant et subversif, explore les thèmes de l’artifice, de la beauté, de la décadence et de la rédemption. Il est aussi célèbre pour ses aphorismes ("On peut résister à tout sauf à la tentation", "La vie imite l’art bien plus que l’art n’imite la vie") et son dandysme, qui fait de sa propre existence une œuvre d’art. Après sa condamnation, son écriture devient plus sombre et introspective, comme dans De Profundis, où il médite sur la souffrance et la spiritualité.
Bibliographie sélective
Romans et nouvelles :
- Le Portrait de Dorian Gray (1890)
- Le Crime de lord Arthur Savile et autres histoires (1891)
- Le Fantôme de Canterville (1887)
Théâtre :
- L’Éventail de Lady Windermere (1892)
- Une femme sans importance (1893)
- Salomé (1893)
- L’Importance d’être Constant (1895)
Poésie et essais :
- Poems (1881)
- La Ballade de la geôle de Reading (1898)
- De Profundis (1905, posthume)
- Intentions (1891, essais)
Sources :