Le dépôt
224 - ZOOM SEFERIS
Georges Séféris - Mythologie (Extrait de Mythistorema, III)
Je me suis réveillé avec cette tête de marbre entre les mains qui m'épuise les coudes et je ne sais où la poser. Elle tombait dans le rêve au moment où je sortais du rêve ainsi s'unirent nos vies et il sera très difficile de les séparer.
Je regarde les yeux : ni ouverts ni fermés je parle à la bouche qui s'efforce de parler je touche les joues qui ont traversé la peau je n'ai plus d'autre force.
Mes mains disparaissent et reviennent vers moi mutilées.
https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallimard/Poemes-1933-1955
Georges Séféris - Le Roi d'Asiné
Nous avons cherché tout le matin autour de la citadelle en commençant par le côté de l'ombre, là où la mer verte et sans reflet — sein de canard tué — nous recevait comme le temps sans aucune brèche. Nos veines étaient des fils de soie vides.
Le Roi d'Asiné : un vide sous le masque partout avec nous, partout avec nous, sous un nom : « Asinèn te... Asinèn te... » et ses enfants des statues et ses désirs le battement d'ailes des oiseaux et le vent dans les intervalles de ses pensées, et ses navires ancrés dans un port disparu.
https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Du-monde-entier/Poemes
Un vieillard sur la rive du fleuve (Extrait)
Et pourtant nous devons réfléchir comment nous avançons. Sentir n'est pas suffisant, ni penser, ni bouger ni le danger du corps dans le vieux rempart quand l'huile du jour baisse et que les lumières cherchent à naître. Ici, sur cette rive, je ne veux rien d'autre que parler avec des vagues, avec des nuages, avec des herbes. Je ne veux pas d'autre compagnie que le silence de l'eau.
https://www.leshommessansepaules.com/auteur-Georges_S_F_RIS-530-1-1-0-1.html
Dernier arrêt (Extrait)
Peu de nuits de lune m'ont plu. L'alphabet des astres que tu déchiffres selon ton angoisse et ton espérance et tu lis d'autres choses et d'autres encore. Mais maintenant que les pays sont devenus des cendres et que l'homme est une chose mesurée par la peur, l'étoile du soir est une blessure dans le ciel.
https://www.seuil.com/ouvrage/poemes-georges-seferis/9782020006347
Sur une ligne de poème étranger
Sur la pierre de la patience nous avons attendu le miracle. Le ciel était bas, sans oiseaux, sans lumière. Nous avons compté les jours, nous avons compté les morts et le vent ne venait pas gonfler nos voiles. Le miracle est une porte qui s'ouvre sur le vide, mais nous restons là, les mains pleines de poussière, à regarder l'horizon où la mer se confond avec la nuit.
https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Du-monde-entier/Poemes
présentation
Georges Séféris (1900-1971), premier Grec à recevoir le prix Nobel de littérature en 1963, occupe une place centrale dans la poésie européenne. Sa carrière de diplomate l'a mené à travers le monde, mais son ancrage est resté profondément lié à la Méditerranée et à la tragédie de l'hellénisme moderne (notamment la Grande Catastrophe de 1922). Sa poésie est caractérisée par une économie de moyens, un refus de l'emphase et une présence constante du passé antique. Pour Séféris, les ruines et les statues ne sont pas des décors, mais des membres fantômes de l'identité grecque, porteurs d'une douleur et d'une sagesse silencieuse.
bibliographie
- Séféris, Georges, Poèmes, traduction de Jacques Lacarrière et Égérie Mavraki, Gallimard, collection Poésie, 1988.
- Séféris, Georges, Essais : Poétique et Langue, traduction de Denis Kohler, Mercure de France, 1987.
- Kohler, Denis, La Grèce de Georges Séféris, Les Belles Lettres, 1989.
- Séféris, Georges, Journal (1925-1944), traduction de Lorand Gaspar, Mercure de France, 1988.
- Beaton, Roderick, George Seferis: Waiting for the Angel. A Biography, Yale University Press, 2003.