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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

373 - ZOOM KELLER


Textes




Le temps est un étrange tisserand qui mêle les fils de nos rêves aux fibres rudes de la réalité. Je regarde les gens de Seldwyla s agiter dans leurs petites passions et leurs grandes illusions, et je ne sais si je dois rire ou pleurer de cette comédie humaine. Nous sommes tous des apprentis de la vie, cherchant à construire une maison solide sur un terrain mouvant. La nature, elle, nous regarde avec une patience ironique. Elle sait que nos ambitions s éteindront comme des bougies dans le vent du soir, tandis que les montagnes resteront immobiles sous la neige. Il faut apprendre à aimer la vérité, même quand elle est amère comme le fiel, car c est la seule nourriture qui fortifie l âme. La poésie n est pas un mensonge doré, c est un miroir que l on promène le long des chemins pour capturer l éclat d une goutte de rosée ou la grimace d un hypocrite. https://www.projekt-gutenberg.org/keller/seldwyla/index.html




Boire un verre de vin au soleil couchant, c est communier avec la terre et le ciel. Le vin est la lumière mise en bouteille, la sagesse de l été qui vient réchauffer la froideur de nos hivers. Quand les paysans se retrouvent après le labeur, leurs visages sculptés par l effort deviennent soudain des paysages de paix. Il y a une dignité profonde dans le travail manuel, une harmonie que les citadins ont perdue à force de manipuler des chiffres et des abstractions. Je voudrais que mes récits aient la saveur du pain de campagne et la force du torrent qui dévale la colline. Ne cherchez pas chez moi des héros de théâtre ou des sentiments de salon. Je parle des gens de peu, de ceux qui luttent pour leur pain et leur honneur, car c est en eux que bat le cœur véritable du pays. La vie est une fête sérieuse, un banquet où chacun doit apporter sa part de joie et de courage. https://www.deutsche-biographie.de/sfz40455.html




Le vert de la forêt est un baume pour l esprit fatigué par les querelles politiques et les soucis d argent. Se perdre sous les frondaisons, c est retrouver le chemin de soi-même. Les arbres ne mentent jamais, ils poussent selon leur loi, sans se soucier du regard des voisins. Nous devrions apprendre d eux cette intégrité. Ma jeunesse fut une errance, une quête malheureuse vers la peinture, avant que je ne comprenne que mes pinceaux étaient des mots. Le monde est une image immense que Dieu a peinte pour nous, et notre tâche est de savoir la lire avec humilité. Chaque fleur est un poème, chaque pierre est une chronique. En écrivant Henri le Vert, j ai voulu raconter cette difficile naissance d un homme au monde, ce passage de l ombre de l illusion à la clarté de la réalité. C est un chemin de renoncement, mais c est le seul qui mène à la liberté. https://www.persee.fr/doc/egls_0338-3415_1986_num_13_1_1456




La ville de Zurich est ma mère et ma prison, le lieu de mes combats et le refuge de ma vieillesse. Ses rues m ont vu passer, jeune homme exalté par les révolutions de 1848, puis fonctionnaire rigoureux veillant sur les archives de la cité. On peut être à la fois un rêveur et un homme d action, un poète et un citoyen. La république n est pas une idée abstraite, c est une responsabilité quotidienne. Elle exige des hommes droits, des esprits libres qui ne se laissent pas acheter par l ambition ou la flatterie. Mes contes sont des avertissements aux complaisants, des satires contre la sottise qui se croit maligne. Car le danger pour un peuple n est pas l ennemi extérieur, mais la moisissure intérieure, l oubli des valeurs de solidarité et de simplicité qui ont fait notre force. Je veille sur ma ville comme un vieux chien de garde, aboyant quand le vent tourne à l orage. https://www.nzz.ch/feuilleton/gottfried-keller-der-dichter-als-staatsschreiber-ld.1495945




Le soir de la vie approche et les ombres s allongent sur le papier. Je regarde mes livres rangés sur l étagère et je me demande s ils sauront encore parler aux hommes de demain. Auront-ils encore le goût de cette réalité rugueuse que j ai tant aimée ? Le monde change, les machines remplacent les mains, et le bruit couvre le silence des champs. Mais le cœur humain, lui, reste le même, avec sa soif d amour et sa peur de la mort. J ai essayé de dire la beauté du monde tel qu il est, sans fard et sans artifice. Un rayon de lune sur un toit de chaume, le rire d une jeune fille à la fontaine, la mélancolie d un vieillard devant son foyer éteint. Tout cela vaut d être raconté. Ma plume se pose, fatiguée mais sereine. J ai fait ma part, j ai labouré mon champ. Que d autres maintenant sèment leurs propres rêves dans les sillons que j ai tracés avec amour et obstination. https://www.bibliotheca-reveriana.ch/gottfried-keller-le-maitre-de-seldwyla



Présentation de l auteur


Gottfried Keller, né en 1819 à Zurich et mort en 1890 dans la même ville, est l un des écrivains les plus importants du réalisme poétique de langue allemande. Après une tentative ratée de devenir peintre à Munich, il s est tourné vers la littérature, rencontrant un succès immense avec son roman autobiographique Henri le Vert. Figure centrale de la vie intellectuelle suisse, il a également occupé pendant quinze ans le poste de Premier Secrétaire du canton de Zurich, alliant ainsi avec une rare réussite une carrière de haut fonctionnaire et une oeuvre créatrice de premier plan. Ses recueils de nouvelles, notamment Les Gens de Seldwyla, dépeignent avec un mélange unique d ironie, de tendresse et de rigueur morale la société suisse du XIXe siècle, oscillant entre satire sociale et célébration de la nature.



Bibliographie


Henri le Vert (Der grüne Heinrich), Vieweg, 1854 (première version). Les Gens de Seldwyla (Die Leute von Seldwyla), Vieweg, 1856. Légendes septénaire (Sieben Legenden), Mauke, 1872. Nouvelles zurichoises (Züricher Novellen), Göschen, 1878. L Épousée de la forêt (Das Sinngedicht), Hertz, 1881. Martin Salander, Schottlaender, 1886.