Le dépôt
438 - ZOOM PÉGUY
TEXTES
Étoile de la mer voici la lourde nappe Et la profonde houle et l’océan des blés Et la mouvante écume et nos greniers comblés, Voici votre regard sur cette immense chape. Et voici votre voix qui nous apaise et frappe, Et l’écho de vos pas vers nos pas appelés, Et voici l’humble main qui nous garde et nous trappe, Et voici vos deux bras sur nos bras assemblés. Nous voici parvenus sur ce haut de la côte. Vers le plateau de fer et vers le sable doux Nous avons marché vers votre illustre voûte. Et voici l’étroit champ qui nous met à genoux, Et voici le vieux toit et la présence hôte, Et voici le palais du plus grand rendez-vous. https://www.poemes.co/presentation-de-la-beauce-a-notre-dame-de-chartres.html
Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle, Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre. Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle. Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles, Couchés dessus le sol à la face de Dieu. Heureux ceux qui sont morts dans cet étroit lieu. Heureux ceux qui sont morts pour des cités de paille. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans la première argile et la première terre. Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre. Heureux ceux qui sont morts pour des foyers bornés. https://www.poetica.fr/poeme-652/charles-peguy-heureux-ceux-qui-sont-morts/
La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance. La foi, ça ne m’étonne pas. Ça n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans ma création. Dans le soleil et dans la lune et dans les étoiles. Dans toutes mes créatures. Dans les astres du firmament et dans les poissons de la mer. Dans l’univers de mes créatures. Sur la face de la terre et sur la face des eaux. Dans les mouvements des astres qui sont dans le ciel. La foi, ça n'est pas étonnant. La charité, dit Dieu, ça ne m'étonne pas. Ce n'est pas étonnant. Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu'à moins d'avoir un cœur de pierre, comment n'auraient-elles pas de la charité les unes pour les autres. https://www.laculturegenerale.com/la-foi-que-jaime-le-mieux-dit-dieu-cest-lesperance-peguy/
Rien n'est beau comme un enfant qui s'endort en faisant sa prière, Dit Dieu. Je vous le dis rien n'est si beau dans le monde. Je n'ai jamais rien vu de si beau dans le monde. Et pourtant j'en ai vu des beautés. Et je m'y connais. Ma création regorge de beautés. Ma création regorge de merveilles. Il y en a tant qu'on ne sait pas où les mettre. J'ai vu des millions d'astres rouler sous mes pieds comme des grains de sable dans la mer. J'ai vu des jours de gloire et des nuits de lumière à faire pâlir les étoiles. J'ai vu des cœurs d'hommes qui sont de si grandes beautés. Mais je le dis, et je m'y connais, je n'ai rien vu de si beau Qu'un petit être qui s'endort avec confiance. https://www.prier.fr/poeme-rien-nest-beau-comme-un-enfant-qui-sendort/
C’est moi, dit Dieu, qui ai fait les matins. Et c’est moi qui ai fait les soirs. Et c’est moi qui ai fait les jours. Et c’est moi qui ai fait les nuits. Et c’est moi qui ai fait les semaines. Et c’est moi qui ai fait les mois. Et c’est moi qui ai fait les années. Et c’est moi qui ai fait les siècles. Et c’est moi qui ai fait les temps. Mais je n’ai rien fait de si beau que ce petit matin Où l’âme se réveille et vous offre sa fleur. https://www.vers-la-source.com/poem/c-est-moi-dit-dieu-qui-ai-fait-les-matins/
Présentation
Charles Péguy est un écrivain dont l'œuvre est marquée par une profonde unité entre la terre, l'histoire et la foi. Son style est immédiatement reconnaissable à ses répétitions incantatoires qui progressent comme une marche patiente vers la vérité. Poète de l'incarnation, il célèbre la grandeur des choses simples : le travail des champs, la naïveté de l'enfance et la force invisible de l'espérance. Son écriture, massive et rythmée, refuse les artifices pour se concentrer sur la solidité du mot et la présence du sacré dans le quotidien.
Bibliographie
Péguy, C., Le Porche du mystère de la deuxième vertu, Le Cahier de la quinzaine, 1911. Péguy, C., La Tapisserie de Notre-Dame, Le Cahier de la quinzaine, 1913. Péguy, C., Le Mystère des Saints Innocents, Le Cahier de la quinzaine, 1912. Péguy, C., Ève, Le Cahier de la quinzaine, 1913. Péguy, C., Œuvres poétiques complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1975.