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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

191 - ZOOM VIGNY

Alfred de Vigny (1797–1863) est l’un des plus grands poètes, dramaturges et romanciers du romantisme français. Né à Loches dans une famille de vieille noblesse militaire appauvrie par la Révolution, il intègre l’armée en 1814, mais la monotonie de la vie de garnison et la chute de Napoléon le désillusionnent rapidement. Il se tourne alors vers la littérature et rejoint le cénacle romantique de Victor Hugo. Son œuvre, marquée par un pessimisme métaphysique et une réflexion sur la condition humaine, explore les thèmes de la solitude, de la fatalité, de la grandeur et de la servitude, notamment à travers les figures du poète, du soldat et du prophète. Vigny est aussi un précurseur du symbolisme, par son usage de symboles et de métaphores, et par sa quête d’une poésie dépouillée et philosophique.






La Mort du Loup (extrait de Les Destinées, 1864)


Les loups ne hurlent qu’aux nuits, on les entend, Comme un écho lointain qui répondrait. Un loup, cependant, que la faim rendait hardi, Poussé par l’instinct, vint au bord du chemin. Il était vieux, ses yeux luisaient dans la nuit, Sa gueule était sanglante et ses flancs étaient maigres. Il s’arrêta, flaira l’air, puis, d’un pas incertain, Il entra dans la lumière et fixa les hommes.

Les chasseurs, émus, le laissèrent s’avancer, Et le loup, sans peur, vint jusqu’à leurs genoux. Il les regarda tous avec ses yeux jaunes, Puis, d’un bond, il franchit le cercle des fusils, Et, libre, il disparut dans les bois sombres.

(Source : Un jour un poème)



La Maison du Berger (extrait de Les Destinées, 1864)


Si ton cœur, gémissant du poids de notre vie, Se traîne et se débat comme un aigle blessé, Portant, comme le mien, sur son aile brisée, Tout ce qu’il a d’amour, tout ce qu’il a d’envie ;

Si tu sens que l’exil est le seul bien ici-bas, Que le monde est un mur aveugle et sans issue, Où l’on heurte en pleurant la tête ensanglantée, Sans que rien s’ouvre au bruit de tes pas ;

Si tu vois que le temps, ce vieux fléau des hommes, Détruit tout ce qu’il touche et consume ce qu’il aime, Et que l’amour, ce feu qui devore et consume, N’est qu’un éclair qui passe et qu’un souffle qui fume ;

Alors, viens, nous irons, loin des vains tourments, Dans la paix des champs, sous les arbres qui tremblent, Où l’on entend parfois, quand tout dort dans les bois, Un murmure confus qui vient des cieux lointains.

(Source : Un jour un poème)




Chatterton (extrait de la pièce, 1835)


Ô Dieu ! si tu existes, prends pitié de moi ! Je suis jeune, je suis pauvre, je suis seul, Et je meurs de faim dans un grenier obscur. Je n’ai pas un ami, pas un frère, pas un père, Pas une main qui presse en silence la mienne, Pas un cœur où mon cœur puisse se reposer !

(Source : EspaceFrancais)




Le Cor (extrait de Poèmes antiques et modernes, 1826)


Je suis le vieux cor des forêts, Le dernier des cors de chasse, Qui sonne le retour des fêtes Où l’on tuait sans pitié.

Je suis le cor des vieux temps, Le cor des chevaliers errants, Le cor des amours mourants, Le cor des adieux sanglants.

(Source : Poetica)




Les Destinées (extrait du poème éponyme, 1864)


L’Homme est un dieu quand il rêve et un mendiant quand il pense. Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.

(Source : Universalis)



Présentation et style


Alfred de Vigny est un poète philosophique et solitaire, dont l’œuvre reflète une vision désenchantée de l’existence, marquée par la fatalité et la recherche d’une dignité stoïcienne face au destin. Ses personnages (le loup, le poète, le soldat) incarnent souvent des figures de parias, en lutte contre une société indifférente ou hostile. Son style, à la fois classique par la forme et moderne par le fond, annonce le symbolisme et influence des auteurs comme Baudelaire, Verlaine ou Mallarmé. Après 1838, il se retire dans sa propriété du Maine-Giraud, en Charente, où il vit reclus, méditant et écrivant peu, jusqu’à sa mort d’un cancer de l’estomac en 1863.



Bibliographie sélective


Poésie :

  • Poèmes antiques et modernes (1826)
  • Éloa, ou La Sœur des Anges (1824)
  • Les Destinées (1864, posthume)

Roman et théâtre :

  • Cinq-Mars (1826)
  • Stello (1832)
  • Chatterton (1835)
  • Servitude et grandeur militaires (1835)

Journal :

  • Journal d’un poète (publié en 1867)

Sources :