Le dépôt
107 - ZOOM CARCO
TEXTES
« Mortefontaine » (poème intégral, Poésies complètes)
Lien vers Poésies complètes (Babelio)
Un vieil orgue, comme autrefois,
Moud, essoufflé, « la Marjolaine ».
Ô mes amours de ce temps-là.
Jamais les mortes ne reviennent.
Elles dorment sous les lilas
Où les oiseaux chantent ma peine.
Sous les lilas qu’on a mis là
Les jours s’en vont et les semaines :
Ô mes amours, priez pour moi.
Poème
Lien vers La Bohème et mon cœur (Villefranche-de-Rouergue)
Matin gris, paresse ingénue…
Sur l’horizon,
Les vieux noyers de l’avenue
Et le toit bleu de la maison.
Le vent berce les feuilles rousses
D’un peuplier.
On dirait qu’à brusques secousses
Il pleut soudain dans l’air mouillé…
Et rien n’est si doux, ni si triste
Que de savoir
Le vent d’automne qui persiste
À faire qu’il pourrait pleuvoir.
« L’Homme traqué » (extrait, 1922)
Lien vers L’Homme traqué (Villefranche-de-Rouergue)
Il marchait depuis des heures, traqué par la police, traqué par ses souvenirs. Les rues de Paris, la nuit, sont des pièges. Chaque ombre peut être un ennemi, chaque coin de rue une embuscade. Il se souvenait des bistrots où il avait ri, des femmes qu’il avait aimées, des amis qui l’avaient trahi. Maintenant, il n’avait plus rien, pas même un nom. Il était un homme traqué, un fantôme dans la ville.
Il s’arrêta devant un café, hésita, puis entra. La chaleur, l’odeur de l’absinthe, les rires des clients lui firent mal. Il commanda un verre, but d’un trait, et sortit sans payer. Personne ne le retint. Personne ne le reconnut.
« Instincts » (extrait, 1911)
Lien vers Instincts (Booknode)
Le cabaret était plein de fumée et de bruit. Les femmes riaient trop fort, les hommes buvaient trop vite. Au fond de la salle, un piano jouait une valse traînante. Elle dansait, les yeux fermés, comme si elle voulait oublier. Lui, il la regardait, fasciné par sa beauté et sa tristesse. Il savait qu’elle mentait, qu’elle jouait un rôle, mais il s’en moquait. Cette nuit, il voulait croire à l’amour.
Elle s’arrêta soudain, le regarda droit dans les yeux, et lui dit : « Tu sais, tout ça, c’est du cinéma. » Il sourit, commanda une autre bouteille, et ils continuèrent à danser.
. Au vent crispé du matin
Lien vers Au vent crispé du matin (Villefranche-de-Rouergue)
Au vent crispé du matin,
Les vieux noyers de l’avenue
Ont l’air de dire : « C’est fini. »
Le ciel est gris, l’âme est nue.
Je marche seul, sans but, sans fin,
Et je me souviens de toi,
De tes yeux clairs, de ta voix,
De tes mains qui m’ont tenu.
PRÉSENTATION
Vie et œuvre
Francis Carco (1886–1958), de son vrai nom François Carcopino-Tusoli, est un écrivain, poète et journaliste français. Né à Nouméa, il a vécu à Montmartre, où il a fréquenté les milieux artistiques et bohèmes. Son œuvre, marquée par le réalisme et la poésie, explore les bas-fonds parisiens, l’amour, la solitude, et la nostalgie. Il a reçu le Grand Prix du roman de l’Académie française pour L’Homme traqué en 1922.
Thèmes clés
- La bohème et Montmartre : Carco célèbre la vie des artistes, des marginaux, et des amours éphémères.
- La mélancolie et la solitude : Ses poèmes et romans sont hantés par la perte, l’absence, et le temps qui passe.
- Les bas-fonds parisiens : Il décrit les cabarets, les ruelles sombres, et les destins brisés.
- L’amour et la trahison : Ses personnages aiment passionnément, mais sont souvent trahis ou abandonnés.
Style et influence
Carco écrit dans une langue à la fois poétique et réaliste, mêlant lyrisme et cruauté. Son œuvre, souvent qualifiée de « littérature populaire », influence le roman noir et la chanson française. Il est un précurseur du réalisme poétique, mêlant émotion et observation sociale.
BIBLIOGRAPHIE
- Carco, Francis – Poésies complètes, Gallimard, 1955.
- Carco, Francis – L’Homme traqué, Albin Michel, 1922.
- Carco, Francis – La Bohème et mon cœur, Albin Michel, 1912.
- Carco, Francis – Instincts, Albin Michel, 1911.
- Carco, Francis – Au vent crispé du matin, Albin Michel, 1912.
- Carco, Francis – Jésus-la-Caille, Albin Michel, 1914.
- Carco, Francis – Les Innocents, Albin Michel, 1916.