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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

335 - ZOOM MILTON

Textes


Paradis perdu (Livre I, vers 242-263) : Le discours de Satan « Est-ce ici la région, le sol, le climat, dit alors l'Archange perdu, est-ce ici le séjour que nous devons changer contre le ciel ? Est-ce ici ce triste repos contre cette céleste lumière ? Soit ! puisque celui qui maintenant est souverain peut disposer et ordonner ce qui sera le mieux. Plus loin de lui est le mieux, de lui dont la raison a égalé la nôtre, mais que la force a élevé au-dessus de ses égaux. Adieu, champs fortunés où la joie habite éternellement ! Salut, horreurs ! salut, monde infernal ! et toi, profond enfer, reçois ton nouveau possesseur ! Il t'apporte un esprit que ne changeront ni le temps ni le lieu. L'esprit est à soi-même sa propre demeure ; il peut faire en soi-même un ciel de l'enfer, un enfer du ciel. Qu'importe où je serai, si je suis toujours le même, et ce que je dois être, tout, excepté celui que le tonnerre a fait plus grand ? Ici du moins nous serons libres. » https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Paradis_perdu_(trad._Chateaubriand)/Livre_I


L'Areopagitica (Discours sur la liberté de la presse) « Car les livres ne sont pas des objets morts et absolument sans vie ; ils contiennent une puissance de vie aussi active que celle de l'âme dont ils sont les rejetons. Bien mieux, ils conservent comme dans une fiole l'essence la plus pure, l'extrait le plus vivant de l'intelligence qui les a produits. Je sais qu'ils sont aussi vigoureux, aussi productifs que les dents du dragon de la fable ; semés çà et là, ils peuvent soudain faire surgir des hommes armés. Et pourtant, d'un autre côté, à moins d'être bien attentif, tuer un bon livre, c'est presque tuer un homme. Celui qui tue un homme tue une créature raisonnable, l'image de Dieu ; mais celui qui détruit un bon livre tue la raison elle-même, tue l'image de Dieu, pour ainsi dire, dans son regard. » https://fr.wikisource.org/wiki/Areopagitica_(traduction_partielle



Sur son aveuglement (Sonnet XIX) « Quand je considère comment ma lumière s'est épuisée / Avant la moitié de mes jours, dans ce monde sombre et vaste, / Et que ce talent qu'il est mortel de cacher / Loge en moi inutile, bien que mon âme soit plus encline / À servir ainsi mon Créateur, et à présenter / Mon compte véritable, de peur qu'il ne me réprimande à son retour ; / "Dieu exige-t-il le travail de jour, la lumière étant refusée ?" / Demandai-je sottement. Mais la Patience, pour prévenir / Ce murmure, répond bientôt : "Dieu n'a pas besoin / Soit du travail de l'homme, soit de ses propres dons ; qui porte le mieux / Son joug léger, celui-là le sert le mieux. Son état / Est royal : des milliers de gens à son ordre se hâtent / Et traversent les terres et les mers sans repos ; / Ils servent aussi, ceux qui seulement se tiennent debout et attendent." » https://fr.wikipedia.org/wiki/On_His_Blindness



Lycidas (Élégie pastorale, extrait) « Hélas ! que sert-il d'avoir un soin si tendre, / De cultiver la Muse ingrate et peu flatteuse ? / Ne vaudrait-il pas mieux, comme font d'autres, / Jouir de l'ombre avec Amaryllis, / Ou badiner avec les boucles de Néère ? / La gloire est l'éperon que l'esprit noble ressent / (Ce dernier défaut de l'âme généreuse) / Pour le pousser à mépriser les plaisirs et vivre des jours laborieux ; / Mais quand nous pensons saisir la récompense, / Vient la Parque aveugle avec ses ciseaux abhorrés, / Et elle tranche la vie au fil ténu. » https://fr.wikisource.org/wiki/Lycidas_(traduction_libre



Samson Agonistes (Chœur final) « Tout est pour le mieux, bien que nous doutions souvent / De ce que la Sagesse inexpliquable a en vue, / Et que nous ne trouvions pas de fin à nos maux. / Mais souvent elle se manifeste sans qu'on l'attende, / Et pour son serviteur, quand on le croit perdu, / Elle arrive avec une aide soudaine, / Pour donner une issue victorieuse. / Il nous a quittés avec la paix de l'esprit, / Tout désordre calmé, / Et rien d'autre que le repos et la félicité. » https://archive.org/details/samsonagonistes00miltuoft



Présentation


John Milton est l'architecte du grandiose. Son chef-d'œuvre, Le Paradis perdu, est l'épopée suprême de la langue anglaise, rivalisant avec Homère et Dante. Républicain convaincu et secrétaire de Cromwell, il a mis son immense culture classique au service de la cause politique avant de se consacrer, une fois devenu aveugle, à son œuvre poétique monumentale.

Sa poésie se définit par le « vers blanc » (pentamètre iambique non rimé), qu'il a porté à un niveau de musicalité et de complexité syntaxique inégalé. Milton ne se contente pas de raconter la chute de l'homme ; il explore le libre arbitre, la psychologie du mal (faisant de Satan une figure tragique fascinante) et la quête de la lumière intérieure. Son influence sur le romantisme et sur l'idée moderne de liberté intellectuelle est incommensurable.



Bibliographie