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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

200 - ZOOM WORDSWORTH

William Wordsworth, figure de proue du romantisme anglais et poète de la nature par excellence.


Textes


1. Les Jonquilles (I Wandered Lonely as a Cloud - Poème complet)


« J'errais solitaire comme un nuage Qui flotte au-dessus des vallées et des monts, Quand tout à coup je vis une foule, Une multitude de jonquilles dorées ; À côté du lac, sous les arbres, Elles flottaient et dansaient dans la brise.

Continues comme les étoiles qui brillent Et scintillent sur la Voie lactée, Elles s'étendaient en une ligne sans fin Le long du rivage d'une baie : J'en vis dix mille d'un seul coup d'œil, Secouant la tête en une danse joyeuse.

Les vagues à côté d'elles dansaient ; mais elles Surpassaient en gaieté les vagues étincelantes : Un poète ne pouvait qu'être gai, En une telle compagnie de joie : Je regardais — et regardais encore — mais pensais peu Au trésor que ce spectacle m'avait apporté :

Car souvent, quand je repose sur mon divan, D'une humeur distraite ou pensive, Elles reviennent briller sur cet œil intérieur Qui est la félicité de la solitude ; Et alors mon cœur de plaisir s'emplit, Et danse avec les jonquilles. »

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Jonquilles_(Wordsworth




2. Abbaye de Tintern (Extrait sur la mémoire et la nature)


« Cinq années ont passé ; cinq étés, avec la longueur De cinq longs hivers ! et à nouveau j'entends Ces eaux qui roulent de leurs sources montagnardes Avec un doux murmure intérieur. [...] À ces formes de beauté, Je dois, dans les moments de solitude, des sensations douces, Ressenties dans le sang, et ressenties le long du cœur ; Et passant jusque dans mon esprit pur, Avec un tranquille soulagement. [...] ... car j'ai appris À regarder la nature, non pas comme au temps De l'étourdie jeunesse ; mais en entendant souvent La musique calme et triste de l'humanité. [...] Et j'ai senti Une présence qui me trouble de la joie Des pensées élevées ; un sens sublime De quelque chose de bien plus profondément infusé, Dont la demeure est la lumière des soleils couchants. »

https://www.poetes.com/wordsworth/tintern.php



3. Le Prélude (Livre Premier - Extrait sur l'éducation de la nature)


« Sagesse et Esprit de l'univers ! Toi l'Âme qui es l'éternité de la pensée, Qui donnes aux formes et aux images un souffle, Et fais qu'elles durent ! n'est-ce pas par toi, Par d'invisibles liens, que dès mon enfance Tu as purifié mes sentiments et mon esprit, Et sanctifié par la douleur ou par la peur, Jusque dans leurs éléments les plus humbles, Mes pensées humaines ? [...] ... Parfois, de bonne heure, Alors que les astres commençaient à pâlir Dans l'obscurité, je m'en allais seul Parmi les collines, car l'esprit du monde Était sur moi ; je sentais les mouvements De la vie éternelle à travers les rochers, Et dans le ciel, et dans la marche des vents. »

https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Bibliotheque-de-la-Pleiade/Anthologie-de-la-poesie-anglaise




4. Londres, 1802 (Sonnet)


« Milton ! tu devrais être vivant à cette heure :

L'Angleterre a besoin de toi : elle est un marécage

D'eaux stagnantes : autel, épée et plume,

Foyer, l'héroïque richesse de la salle et du boudoir,

Ont perdu leur antique héritage anglais

De bonheur intérieur. Nous sommes des hommes égoïstes ;

Oh ! relève-nous, reviens vers nous ;

Et donne-nous la liberté, la vertu, le pouvoir.

Ton âme était comme une Étoile, et habitait à part ;

Tu avais une voix dont le son était celui de la mer :

Pure comme le ciel nu, majestueuse, libre,

Ainsi tu marchais sur le chemin commun de la vie,

Dans une joyeuse piété ; et pourtant ton cœur

S'imposait à lui-même les plus humbles devoirs. »

https://www.poetryfoundation.org/poems/45528/london-1802



5. Préface aux Ballades Lyriques (Extrait théorique)


« Le but principal que je m'étais proposé dans ces poèmes était de choisir des incidents et des situations de la vie commune, et de les relater ou de les décrire de bout en bout, autant que possible dans une sélection de langage réellement utilisé par les hommes. [...] La poésie est le débordement spontané de sentiments puissants : elle tire son origine d'une émotion recueillie dans la tranquillité : l'émotion est contemplée jusqu'à ce que, par une espèce de réaction, la tranquillité disparaisse graduellement, et qu'une émotion, parente de celle qui était auparavant le sujet de la contemplation, soit graduellement produite, et existe réellement dans l'esprit. »

https://www.persee.fr/doc/rlv_0035-3574_1935_num_1_1_1143



Présentation



William Wordsworth (1770-1850) est le pivot central de la poésie anglaise du XIXe siècle. Originaire de la région des Lacs (Lake District), il a transformé la perception occidentale de la nature. Avec son ami Samuel Taylor Coleridge, il publie en 1798 les Ballades Lyriques, un recueil qui marque la naissance officielle du romantisme anglais.

Son apport révolutionnaire est double. D'une part, il rejette le langage poétique artificiel du XVIIIe siècle pour adopter une langue simple, proche du peuple et du quotidien. D'autre part, il place le sujet pensant et sentant au cœur du poème. Pour Wordsworth, la nature n'est pas un simple décor, mais un guide spirituel, une puissance éducatrice qui permet à l'homme de retrouver sa propre dimension morale et métaphysique. Son chef-d'œuvre autobiographique, Le Prélude, explore la croissance de l'esprit du poète à travers ses interactions avec le paysage.



Bibliographie


  • Wordsworth, William & Coleridge, S.T., Lyrical Ballads, 1798 (traduction française par Maxime Rovere, Points Poésie).
  • Wordsworth, William, Le Prélude, 1850 (traduction de Pierre Leyris, Gallimard, coll. « Poésie »).
  • Lafay, Henri, La Poésie de Wordsworth, Paris, PUF, 1970. (Ouvrage de référence sur l'analyse thématique).
  • Bate, Jonathan, Romantic Ecology: Wordsworth and the Environmental Tradition, Routledge, 1991. (Pour une lecture moderne et écologique).
  • Anthologie, Poètes romantiques anglais, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.