Le dépôt
331 - ZOOM SALINAS
Pedro Salinas
POÈMES
Seguridad
Ce n’est pas l’amour qui meurt, c’est moi. L’amour est plus fort que la vie, plus fort que la mort. L’amour ne meurt jamais. C’est moi qui meurs. Moi, qui ne sais pas vivre ce qui est vie, ce qui n’a pas de nom, ce qui est plus que la vie et la mort : l’amour.
L’amour ne meurt pas. Il est éternel. Il n’a pas de fin. Il est le commencement et la fin. Il est l’alpha et l’oméga. Il est le tout et le néant. Il est le oui et le non. Il est le jour et la nuit. Il est la lumière et l’ombre. Il est l’amour.
Source : Cátedra – Pedro Salinas, Seguridad
Pour vivre je ne veux pas
Pour vivre, je ne veux pas d’îles, de palais, de tours. Quelle joie plus haute : vivre dans les pronoms !
Ôte-moi le pain, si tu veux, ôte-moi l’air, mais ne m’ôte pas ton rire.
Ne m’ôte pas la rose, l’épi que tu effeuilles, l’eau qui dans tes mains scintille et se défait.
Source : Poesía española – Pedro Salinas, Para vivir no quiero
La voix à toi due (extrait)
Ce n’est pas une voix, c’est quelque chose de plus : c’est l’air qui a traversé ta voix. C’est l’air qui a touché ta voix et s’y est attaché, et la porte, et la ramène, et la laisse dans l’air de mon oreille.
Ce n’est pas une voix, c’est quelque chose de plus : c’est l’air qui a traversé ta vie. C’est l’air qui a touché ta vie et s’y est attaché, et la porte, et la ramène, et la laisse dans l’air de mon âme.
Ce n’est pas une voix, c’est quelque chose de plus : c’est l’air qui a traversé ton amour. C’est l’air qui a touché ton amour et s’y est attaché, et le porte, et le ramène, et le laisse dans l’air de mon cœur.
Source : Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes – Pedro Salinas, La voz a ti debida
Lettre d’amour
Je ne t’écris pas avec de l’encre, mais avec du sang. Je ne t’écris pas sur du papier, mais sur ma peau. Je ne t’écris pas avec des mots, mais avec des silences. Je ne t’écris pas avec des lettres, mais avec des larmes.
Je ne t’écris pas le jour, mais la nuit. Je ne t’écris pas à la maison, mais dans le vent. Je ne t’écris pas avec calme, mais avec urgence. Je ne t’écris pas avec de l’encre, mais avec du feu.
Je ne t’écris pas une lettre, mais ma vie. Je ne t’écris pas un poème, mais mon âme. Je ne t’écris pas avec une plume, mais avec le cœur. Je ne t’écris pas avec de l’encre, mais avec de l’amour.
Source : Babelio – Pedro Salinas, Carta de amor
L’âme et le corps
L’âme est lumière, le corps est ombre.
L’âme est envol, le corps est poids.
L’âme est liberté, le corps est prison.
L’âme est éternelle, le corps est poussière.
L’âme est amour, le corps est désir.
L’âme est paix, le corps est guerre.
L’âme est ciel, le corps est terre.
L’âme est Dieu, le corps est homme.
Source : Poesía española – Pedro Salinas, El alma y el cuerpo
PRÉSENTATION
Pedro Salinas, né le 27 novembre 1891 à Madrid et mort le 4 décembre 1951 à Boston, est l’un des poètes les plus importants de la Génération de 27, un groupe d’écrivains et de poètes espagnols qui ont marqué la littérature du XXe siècle. Professeur, critique littéraire et poète, Salinas a joué un rôle clé dans la modernisation de la poésie espagnole, en introduisant des influences avant-gardistes et en explorant des thèmes comme l’amour, la solitude, l’identité et la quête de sens.
Salinas a étudié la philosophie et les lettres à l’Université de Madrid, puis a enseigné dans plusieurs universités espagnoles et américaines, notamment à Johns Hopkins et à Wellesley. Son œuvre poétique, marquée par une grande rigueur formelle et une profondeur émotionnelle, se distingue par une recherche constante de la beauté et de la vérité à travers le langage. Il est surtout connu pour ses recueils La voz a ti debida (1933) et Razón de amor (1936), où il explore les nuances de l’amour, de la présence et de l’absence, avec une intensité et une élégance rares.
Son style, à la fois sobre et lyrique, est caractérisé par une économie de moyens et une capacité à exprimer des émotions complexes avec une simplicité apparente. Salinas a également écrit des essais critiques, des pièces de théâtre et des traductions, mais c’est avant tout sa poésie qui lui a valu une reconnaissance durable. Son œuvre, à la fois intime et universelle, continue de toucher les lecteurs par sa capacité à capturer les subtilités de l’expérience humaine.
Pedro Salinas a vécu une partie de sa vie en exil, fuyant la guerre civile espagnole et le régime franquiste. Malgré les difficultés de l’exil, il a continué à écrire et à enseigner, laissant une œuvre qui reste un pilier de la poésie espagnole moderne. Son héritage littéraire est célébré pour sa profondeur, son originalité et son engagement envers la beauté et la vérité.
BIBLIOGRAPHIE
- Pedro Salinas, La voz a ti debida, Cátedra, 2003.
- Pedro Salinas, Razón de amor, Espasa-Calpe, 1985.
- Pedro Salinas, Presagios, Castalia, 1994.
- Pedro Salinas, Obras completas, Aguilar, 1955.
- Wikisource – Pedro Salinas
- Poesía española – Pedro Salinas