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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

306 - ZOOM CARVER

Le dernier fragment (Extrait de Dernière demande)

Et as-tu obtenu ce que tu voulais de cette vie, malgré tout ? Oui. Et que voulais-tu ? Me sentir aimé, me sentir chéri sur cette terre.

https://www.poeticous.com/raymond-carver/late-fragment?locale=fr


Bonheur (Extrait)

Il arrive de bonne heure ce matin, ce bonheur. Il est là avant que les livreurs de journaux ne fassent leur apparition. Il est dans cette lumière qui commence à filtrer, dans le silence de la maison vide. C'est quelque chose de si simple : le café qui coule, le chat qui s'étire, l'idée que rien, absolument rien, ne doit être accompli aujourd'hui.

https://www.poetryfoundation.org/poems/48145/happiness


La pluie (Extrait)

La pluie tombe sur les toits de la ville. Elle lave les vitres de la cuisine où je me tiens. Je me souviens d'autres pluies, de moments où tout semblait perdu, et où pourtant le simple bruit de l'eau sur le verre suffisait à me tenir éveillé, à me tenir debout. La mémoire n'est pas un poids, c'est cette pluie qui continue de tomber, doucement.

https://www.leshommessansepaules.com/auteur-Raymond_CARVER-137-1-1-0-1.html


Peur (Extrait)

Peur de voir une voiture de police s'arrêter devant la maison. Peur de ne pas pouvoir m'endormir. Peur de m'endormir et de ne pas me réveiller. Peur de l'arrivée du facteur. Peur de la maladie. Peur de la pauvreté. Peur de mon propre cœur qui bat trop vite ou trop lentement. Mais par-dessus tout, peur de l'oubli, cette neige qui recouvre tout et efface les noms.

https://www.poemes-provence.com/raymond-carver-poemes/


Là où l'eau se mêle à l'eau (Extrait)

J'aime les rivières. J'aime le bruit de l'eau qui passe sur les pierres. Je voudrais vivre près d'une confluence, là où deux courants deviennent un seul chemin. C'est là que réside la vérité, dans ce mélange, dans cette façon de perdre son nom pour devenir un flux plus vaste, plus calme, emportant le souvenir vers la mer.



Le Chemin (Extrait de La vitesse foudroyante du passé)

« Ne me demande pas de t’expliquer ce que j'éprouve en voyant ce chemin de terre s'enfoncer dans les pins. C’est un chemin que j'ai pris autrefois, quand j'étais un autre homme, un homme que je ne connais plus. La mémoire est ce chemin qui continue de marcher en nous bien après que nos jambes se sont arrêtées, cherchant une maison qui n'existe peut-être plus. »

https://www.poeticous.com/raymond-carver/the-path?locale=fr


Fenêtre (Extrait de Où l'eau se mêle à l'eau)

« Se tenir près de la fenêtre et ne rien faire. Regarder la lumière changer sur les feuilles du pommier. Se souvenir de l'époque où l'on courait après le temps, comme si le temps était quelque chose qu'on pouvait attraper. Aujourd'hui, je laisse le temps passer à travers moi, comme le vent à travers cette moustiquaire déchirée. C'est ça, peut-être, la vraie liberté : n'être plus qu'un témoin. »

https://www.poetryfoundation.org/poets/raymond-carver


Le Berceau (Extrait)

« Je me souviens de ma mère balançant ce berceau vide, longtemps après que j'en fus sorti. Elle balançait ses propres regrets, ses propres peurs, le rythme régulier du bois sur le plancher disait tout ce qu'elle ne pouvait pas dire avec des mots. Nous passons notre vie à balancer des berceaux vides, essayant de bercer le manque qui nous habite. »

https://www.leshommessansepaules.com/auteur-Raymond_CARVER-137-1-1-0-1.html


Alcool (Extrait de L'autre vie)

« Il y a des années dont je ne me souviens pas. Elles sont tombées dans le verre, elles se sont dissoutes. Mais parfois, au détour d'une rue, une odeur de pluie ou le bruit d'une portière qui claque ramènent un fragment de ce naufrage. On ne guérit pas du passé, on apprend juste à nager dans ses eaux troubles sans se noyer. »

https://www.lyrikline.org/fr/poemes/alcohol-12180


Autoportrait à cinquante ans (Extrait)

« Regarde ce visage dans le miroir. C'est la carte d'un pays où tu as beaucoup voyagé. Les rides sont les rivières, les taches sont les forêts brûlées. Ce n'est pas un beau visage, mais c'est le tien. Il porte la trace de chaque verre bu, de chaque mensonge dit, mais aussi de chaque matin où tu as choisi de rester en vie. Remercie-le. C'est le seul compagnon qui ne t'ait jamais quitté. »







présentation


Raymond Carver (1938-1988) a écrit une poésie du "peu". Issu de la classe ouvrière, marqué par l'alcoolisme et la précarité avant de connaître une fin de vie apaisée auprès de la poétesse Tess Gallagher, il a dépouillé ses vers de toute métaphore inutile. Sa poésie cherche l'épiphanie dans le banal : un cendrier plein, une lumière d'automne sur un mur, un moment de silence partagé.

Chez Carver, la mémoire est souvent liée au regret, mais un regret lavé par la tendresse. Ses poèmes fonctionnent comme des instantanés photographiques qui capturent la fragilité humaine. Il nous apprend que la poésie n'est pas au-dessus de la vie, mais qu'elle est la vie même lorsqu'on accepte de la regarder sans fard, avec une honnêteté qui confine à la prière laïque.



bibliographie

  • Carver, Raymond, La vitesse foudroyante du passé (Poèmes complets), traduction de Jean-Pierre Carasso, Points Poésie, 2015.
  • Carver, Raymond, Là où l'eau se mêle à l'eau, traduction de Simone Hilling, L'Olivier, 1994.
  • Carver, Raymond, Débutants (Nouvelles), traduction de Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, L'Olivier, 2010.
  • Gallagher, Tess, Soul Barnacles: Notes on Raymond Carver, University of Michigan Press, 2000.
  • Sklenicka, Carol, Raymond Carver: A Writer's Life, Scribner, 2009.