Le dépôt
371 - ZOOM PERRIER
Textes
Le jour est une coupe d or que nous buvons avec tremblement. Chaque goutte de lumière est un don, une seconde de surcroît accordée à notre fragilité. Il ne faut pas chercher à retenir le temps, mais à le laisser passer à travers nous comme le vent à travers les roseaux. On croit que l essentiel est dans l accumulation des jours, alors qu il est dans la qualité de notre consentement à l instant. Un simple regard posé sur une fleur, un oiseau qui traverse le ciel, et voilà que le monde s ouvre, qu il révèle sa face de gloire. La poésie n est rien d autre que cette attention extrême, cette écoute du silence qui chante au cœur de la clarté. Elle nous apprend à vivre à la surface de l éternité, sans autre bagage que notre propre souffle. https://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-direct-avec/3436034-anne-perrier.html
Le silence n est pas vide, il est plein d une présence qui nous précède et nous attend. Pour l entendre, il faut d abord faire taire en soi le tumulte des désirs et l agitation des pensées. C est une marche vers le dépouillement, une ascèse de la parole. Plus le poème est court, plus il a de chances d atteindre le noyau de vérité que nous portons tous. Je cherche le mot qui ne brise pas le silence, mais qui l éclaire de l intérieur, comme une petite lampe dans une chambre obscure. Il n y a pas de grandes choses et de petites choses, il n y a qu' une seule réalité, immense et mystérieuse, qui se donne à nous dans la nudité de l ici et maintenant. Apprendre à se taire, c est commencer à vraiment parler. https://www.letemps.ch/culture/anne-perrier-la-poetesse-de-lepure-et-de-la-lumiere
Je regarde l arbre devant ma fenêtre, il ne demande rien, il est simplement là. Il accepte la pluie, le vent, le givre et le soleil avec la même égale sérénité. Sa croissance est invisible et pourtant irrésistible. Nous devrions prendre exemple sur sa patience. Nous voulons toujours agir, transformer, posséder, alors que la véritable puissance réside dans l accueil. Être une terre qui reçoit la semence, une coupe qui reçoit l eau. La souffrance elle-même peut être un chemin de lumière si nous cessons de lutter contre elle. Elle nous creuse, elle nous prépare à recevoir une joie plus profonde, une paix que rien ne peut altérer. Tout est grâce pour celui qui sait s agenouiller devant le miracle de l exister. https://www.viceversa-litterature.ch/author/3784
L amour est le seul pont jeté sur l abîme du temps. Il n est pas un sentiment qui passe, mais une volonté de reconnaissance de l autre dans sa part la plus secrète. Aimer, c est veiller sur la solitude de l aimé, c est offrir un espace de liberté où l âme peut enfin se déployer sans crainte. Il y a une dimension sacrée dans le moindre geste de tendresse, dans le silence partagé au soir d une vie. Nous ne sommes ici que pour apprendre à aimer, pour transformer notre propre nuit en une aurore de partage. La poésie est le chant de cet amour, une célébration de la fraternité qui nous lie à chaque être, à chaque brin d herbe, dans une même trame de lumière et de fragilité. https://www.crefeco.org/display.php?fr/Revue28/15.html
La mort n est pas une ennemie, elle est la soeur du sommeil et de la lumière. Elle nous dépouille de nos masques et de nos vanités pour nous rendre à notre essence. Je n en ai pas peur, car je sens que nous sommes portés par un fleuve qui sait où il va. Ce qui meurt n est que l écorce, le fruit, lui, demeure et mûrit dans une autre clarté. Mourir, c est peut-être enfin voir le visage que nous avons cherché toute notre vie à travers les reflets du monde. C est entrer dans le grand repos, là où toutes les déchirures sont recousues, où toutes les larmes sont essuyées par une main de tendresse. En attendant, je continue de chanter la beauté du jour, car chaque seconde est une éternité offerte à notre émerveillement. https://www.fondation-perrier.ch/poete/
Présentation de l auteur
Anne Perrier, née en 1922 à Lausanne et morte en 2017 à Saxon, est l une des plus grandes voix de la poésie francophone de Suisse. Son oeuvre, d un dépouillement et d une clarté exceptionnels, est une quête permanente de la lumière et du sacré à travers la simplicité du quotidien. D abord musicienne, elle a transposé dans son écriture un sens aigu de la mélodie et du rythme, privilégiant la brièveté et l épure. Récompensée par de nombreux prix prestigieux, dont le Grand Prix national de la poésie en France (elle fut la première femme à le recevoir) et le Prix Ramuz, elle a construit une oeuvre habitée par une foi discrète et une fraternité profonde avec le monde vivant. Sa poésie est un chemin vers l intérieur, une invitation à la contemplation et à l accueil du miracle de l existence.
Bibliographie
Selon la nuit, Les Amis du Livre, 1952. Le Voyage trop court, Payot, 1961. Lettres perdues, Payot, 1971. Le Livre d Ophélie, Payot, 1979. La Voie nomade, Empreintes, 1986. Le Temps est un visage, Empreintes, 2012.